Avant le début du Rien


Inconnues, Inconnues,

Avant que de vous narrer avec moult détails les tentatives ubuesques de mézigue pour exister trouver un emploi feat statut stable je dois peut être « me recadrer dans le network social » comme dirait la conseillère du pôle emploi.

Voyez-vous, durant ma prime jeunesse, je crus que la vie serait pour moi une vallée de roses, m’enorgueillissant même des merdes douloureuses épreuves enrichissantes que je vivais parce qu’elles « me permettaient de savoir ce que les autres enfants ne savent pas et comme ça je serai plus forte que les autres une fois grande et toc ».

Du CP au bac, je fus 1ère de toutes mes classes ou presque, et je n ‘eus jamais autre chose que les félicitations à l’ensemble de mes conseils de classe –hors le n°2 et n°3 de ma 1ère à cause d’une prof de math psychorigide que j’ai considéré et traité comme la femme à abattre, notamment pour avoir personnellement insisté auprès du proviseur pour renvoyer du lycée une fille héroïnomane, juste après que son petit copain soit mort dans un accident de moto, parce qu’elle « ternissait l’image de notre établissement ».

Après avoir passé ma terminale à sécher la moitié des cours et passé mon « bachotage » à fumer dans le parc du lycée, j’obtins, à 17 ans, les doigts dans le nez, mon bac avec mention. Et encore, dîtes-vous bien ô inconnues/s que je vous passe les détails de mes réussites fulgurantes  qui remplissaient de joie tout un chacun dans la famille.

Une fois le bac en poche, ….. Ah ah…..

4 ans de théâtre, rien que de théâtre. Du genre, parce comme le dirait Rainer Maria, c’était la première et la dernière chose à laquelle je pensais chaque jour.

Suite à tout un tas de réflexions douloureuses et euphoriques, ces dernières liées à la rencontre de mon Homme, je choisis de quitter le théâtre pour une vie où je n’aurais pas à me vendre en permanence ni à m’inquiéter d’avoir à becqueter. Ha ha ha ha.

A presque 22 ans donc, je reprends les études, avec un magnifique « projet professionnel » dur comme du béton croyais-je : atteindre le DEA en anthropologie sociale, si possible à l’EHESS *comment ça illustre inconnu/e tu ignores ce qu’est l’EHESS ? … … … hé bin cherche –tu vois cher inconnu, à toi je peux le dire, mais je ne le peux pas à la RH indigne qui reçoit mon CV, comme quoi c’est con la vie- * parce que ça me faisait mouiller ma petite culotte l’idée d’étudier à l’endroit même où Foucault Bourdieu et tant d’autres affutèrent et affutent leur esprit et celui des autres.

Le but ? Avoir les connaissances, les compétences pour travailler dans l’humanitaire et pouvoir suivre mon Homme, qui finissait des études d’agronomie tropicale quand je l’ai rencontré avec pour seul objectif de faire de l’humanitaire. A l’époque où je repris les études mon Homme avait déjà commencé à travaillé pour différentes ONGs, et nombre de ses connaissances de travail avaient une licence en anthropologie. Comme je visais le DEA, je me disais donc que si jamais cela ne marchait pas, ou bien si un jour mon Homme et moi voulions cesser de bourlinguer à l’autre bout du monde, he bien je pourrais toujours me relancer dans la recherche, si tant est que je l’ai laissée tomber un jour, ou encore tenter les concours de cadre A de la fonction publique. Je précise juste qu’à l’époque, ce plan d’enfer –du moins la première partie, celle concernant l’humanitaire- était viable, comme –oui je me répète- plusieurs personnes que je connais l’illustrent parfaitement, poil aux dents.

Finito el theatro donc.

Je passe sur ces merveilleuses années. Je tombai enceinte pendant ma licence, lors d’un entre deux missions de mon Homme. Là encore, cogito cogito, avortement ou pas avortement, je réfléchis, je pèse, mon Homme dit + que banco du fin fond de sa brousse, je réfléchis encore genre 2 secondes, et déclare à mes géniteurs ébaubis : « je veux bien avoir 2 boulots à la fois s’il le faut mais je garde cet alien, on l’aime déjà poil aux bras ». Je passe mes partiels en format baleine, j’accouche deux semaines après la dernière épreuve. Durant les 2 années de ma maîtrise, je me suis occupée de mon fils seule ou presque –papa présent 2 mois et demi par an, famille gardant le gnome-, ai déménagé et installé notre chez nous, tout en réussissant ma maîtrise et travaillant environ 15h par semaine.

Je fus acceptée à l’EHESS *comment  tu .. pas ? bin idem* pour mon DEA, et là rebelote, sauf que je ne travaillais plus la seconde année parce que malgré mon côté Krishna je ne peux pas tout faire à la fois.

Septembre 2005 donc, j’ai mon DEA d’anthropologie sociale avec mention très bien. Mon gentil directeur m’explique d’un ton sentencieux, quand je lui explique que son imposition de ne travailler que dans la zone des Kivus –zone en guerre depuis à peu près 10 ans- parce que j’y ai fait mon terrain de DEA est un peu débile vu mon sujet et que de toutes façons je ne me peux y souscrire vu que j’ai un peu un gnome et que pour faire bouillir la marmite même vaguement eh bien son père travaille dans l’humanitaire, à des endroits où il ne peut non plus prendre en charge le dit gnome, mon gentil directeur, donc, me dit « il faut choisir entre la Recherche –une majuscule, au moins, mais sans doute des dorures à la feuille d’or aussi- et une vie sentimentale ».

Je me dis donc : stop, finito les études, sauf si un jour je convaincs un autre directeur du bien fondé de mon approche, et que je trouve un financement, aussi. Ah. Ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah.

Septembre 2005 donc. 29 ans, avec un gnome de 4 ans, un DEA d’anthropologie sociale avec mention très bien de la plus grande Ecole de Sciences Humaines de France si ce n’est d’Europe, et, vu que j’ai commencé à taffer dès mes 16 printemps, déjà tout plein de fascinantes expériences professionnelles précaires telles que baby sitting, animation scolaire et para scolaire, conteuse, professeur particulière, bibliothécaire vacataire, caissière, vendeuse, secrétaire, documentaliste, serveuse, télévendeuse.

J’allais sauter dans le Rien, mais à ce moment je ne le savais pas encore et regardais l’avenir avec l’assurance de l’ex winneuse que j’avais été.

Aux prochains numéros, que des exemples du grand Rien mais dans le désordre sinon ça m’ennuierait.

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7 Réponses to “Avant le début du Rien”

  1. Le Tiède Says:

    La vache ! Sortie de l’EHESS et la galère ? (oui, je connais l’école)
    Comment les recruteurs font pour ne pas connaître cette école ? C’est pas leur boulot ?
    Je commence à m’inquiéter, moi qui rentre en 1ère année d’école d’ingénieur.
    PS : Sinon, en parlant de Bourdieu je suis en train de lire « Langage et pouvoir symbolique », il est vraiment sympa.

    • Love and tout plein de youpies! 🙂 🙂 🙂 🙂
      Whouah, non seulement voici quelqu’un qui connaît l’EHESS, mais en plus c’est un ingénieur!

      Nan nan, ne t’inquiète pas (enfin pas plus que tout le monde quoi): ingénieur ça n’est pas des sciences dites humaines, soit « des études qui ne servent à rien et que personne ne connaît », comme un prochain post sur l’apec le montrera avec , j’espère, un peu de talent 🙂 Bref, à priori toi on sait à quoi correspond ta future formation, et on trouve ça chouette. (alors que l’anthropologie??? l’anthropo quoi?)

      Oui, Bourdieu est … sympa (un peu déstabilisant néanmoins comme qualificatif, amis je prends;)), et , qui plus est, « langage et pouvoir symbolique » est l’un de ses meilleurs bouquins. J’en rajoute une couche, mais: dis donc, un ingénieur qui lit du Bourdieu, et ses bouquins théoriques en plus, bien bien « jargonneux ». Mooi, les ingénieurs que ej connais, ils ont plutôt tendance à m’expliquer que mes articles (autre post en latence) sont juste ridicules-car-si-on-enlève-le-jargon-qui-ne-veut-rien-dire-alors-il-ne-reste-que-du-vent…..

      • Le Tiède Says:

        Oui, mais moi je suis un cas spécial, je lis pas mal d’histoire, et sur Bourdieu ensuite j’ai encore Noblesse d’Etat, La Reproduction, Homo Academicus et La Domination Masculine à lire. Sinon, je lis aussi de la SF et du shojo manga (quand je dis que je suis spécial).
        Et ne t’inquiète pas, tes articles sont très bien : tu es déjà dans mes flux RSS.

      • je ne le connais pas celui-là *honte*. (mais il a beaucoup bossé sur les anciennes élites, c’est même à partir d’elles qu’il a créé son concept le plus novateur, celui qui est passé à la postérité aussi…)

      • Le Tiède Says:

        Lequel tu ne connais pas ?
        Sinon, il n’y a pas à avoir honte, je ne prétends pas tout savoir en sciences (et même après mes études, en maths et informatique, je serais loin de tout connaître dans ces deux domaines).

      • ????
        Aucun de tes commentaires n’est arrivé en double…….

        Plein!
        Anyway, plus on connaît un sujet plus on sait que l’on ne sait rien 😉
        En fait, à l’exception de ses premières recherches en Afrique du nord, Bourdieu ne fait pas œuvre d’anthropologue mais de sociologue, donc c’est plutôt logique que je le connaisse relativement mal. Qui plus est, comme tout anthropologue, je me suis spécialisée très tôt sur une aire géographique, d ‘une part, et presqu’immédiatement sur un..; thème on va dire.
        L’aire en question n’est pas l’Europe, et le thème n’a rien à voir avec la violence symbolique mais avec la violence tout court, donc encore une fois, bourdieu….

      • Le Tiède Says:

        Ah, au fait, désolé pour le double post, mais ce ne serait pas mieux de décocher « Un administrateur doit toujours approuver le commentaire » dans les options (menu options de discussion), pour laisser seulement « L’auteur d’un commentaire doit avoir déjà au moins un commentaire approuvé ». C’est plus souple je trouve, mais tu es chez toi. (Enfin, j’ai l’impression que c’est ces paramètres qui sont utilisés mais je peux me tromper)

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