Rien


Salut ô Inconnue, ô Inconnu.

Le temps passe….. J’avais promis deux trucs ici :

1) faire un panégyrique de celui ou celle qui saurait découvrir ce qui se cache derrière « mes » « VS »,

2) raconter ma première fois à la défunte ANPE, glorieusement remplacé par le non moins fumeux Pôle emploi.

 

Ce n’est pas encore cette fois ci que je tiendrai mes promesses : je n’ai pas vraiment la tête à ça ces temps ci, (d’autant plus que malgré mes précédents déboires je viens tout juste de m’y réinscrire, au Pôle emploi…. Mais si Hécate me lit, qu’elle sache que je lis très attentivement son très fourni blog.)

 

Pour tout dire, depuis la lecture de la bouse dont j’ai parlée précédemment, j’ai un peu du mal à sortir la tête de l’eau.

 

Aujourd’hui devait marquer un point final à ce sujet : je suis allée au colloque organisé en l’honneur de la sortie de la bouse. Il n’y avait que du beau monde, que des gens dont je connaissais le travail pour en avoir lu de nombreux extraits, des gens style people dans le monde übber côté de la violence faite aux femmes, de l’humanitaire et de la victimologie. La salle de conférence était pleine, ce qui signifie qu’il y avait au bas mot 400 personnes, visiblement réparties entre « professionnels », jeunes étudiants baba cool/dauphine col claudine, et gentilles vieilles grenouilles de bénitier.

Ce n’est pas que les interventions aient été inintéressantes.

Au contraire, elles étaient toutes brillantes et claires. Mais personne, en tous cas avant la dernière heure, à laquelle je n’ai pas assistée, n’a pris de distance par rapport à la bouse. Pis même, plusieurs intervenants y ont fait directement référence, avec des termes qui tendraient à prouver qu’ils l’ont lue.

Bouse qui par ailleurs a été présentée comme « indispensable ». …. D’ailleurs quand je suis partie une vingtaine d’exemplaires de la bouse avaient été vendues.

 

 

Vous vous souvenez de mon précédent post ?

Celui qui s’appelle « Oh my God ! » ?

Je n’exagérais pas du tout.

Du tout. Du tout du tout du tout.

 

J’étais gentille, en fait. Super gentille.

Parce que le pire de la bouse, c’est que la propagande qu’il distille –qui, comme toute bonne propagande, repose sur des faits indéniables tout en en oblitérant tout ceux qui ne vont pas son sens-, peut réellement jouer un rôle terrible dans la situation politique de la région concernée.

Quand on parle de rôle politique ici, il s’agit de répercussions qui se chiffrent en vies hein.

Et pas une ou deux.

Juste comme ça.

 

Croyez-vous que j’ai pris la parole ?

Suis-je restée jusqu’à la présentation officielle de la bouse ?

Ai-je cherché à rencontrer l’auteur de la bouse, qui était parait-il présent ?

Non. Non, et non.

 

Pour me consoler et ne pas me sentir coupable, je me dis que

1) la diffusion de la bouse est en fait une bonne chose : les « gens » ne verront pas la propagande, et tout le reste, les innombrables imprécisions ou erreurs et la lecture biaisée de la situation, n’est pas important, car la parole des victimes aura été entendue, ces femmes qui ont parlé à l’anus-de-vache auront été écoutées, et grâce à ça dans le monde un peu plus de personnes seront susceptibles de soutenir l’action de celles et ceux qui agissent pour que le malheur recule. (ouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah. Tain. Quand je lis cette phrase ridicule je me dis que si je pourrais être responsable comm’ pour une organisation caritative.)

2) la propagande en question n’aura pas de répercussions, car la bouse ne sera pas assez diffusée, ou pas dans les bons réseaux, et même si elle l’était la propagande n’en serait pas plus efficace, car soit déjà considérée comme VRAIE ou bien parce que non prise en compte par le lectorat.

 

Pourquoi ?

Pourquoi je n’ai rien dit à personne, pourquoi je n’ai pas fait en sorte que mes inquiétudes par rapport à la bouse soient entendues à défaut d’être écoutées ? ………..

Je pourrais dire que l’opportunité ne s’est pas présentée (c’est pas faux hein non plus).

Je pourrais dire que je n’ai pas osé. C’est vrai.

Mais cette phrase ne veut pas dire grand-chose, ou pour être plus exacte représente juste un exemple archétypal d’euphémisme.

Je n’ai pas « pas osé », il était juste impossible pour moi de faire quoique ce soit à part écouter et penser. Quelle aurait-été ma légitimité ? Mon statut ? On en a toujours un quand on parle à quelqu’un, et celui-ci est encore plus contraignant quand on prend la parole dans un colloque : c’est lui qui fera qu’on vous écoutera, que votre parole sera mise en question, acceptée telle quelle ou écartée.

La seule chose que je me sentais, c’était chômeuse.

Autant dire rien.

 

Ca nous arrive à tous. Nous, les chômeurs de longue durée.

 

Hé oui, il paraît que les chômeurs ont presque tous une piètre image d’eux-mêmes et ont tendance se dévaloriser et se désocialiser dis donc ! Didier Fassin, l’une de mes idoles (un anthropologue ^^ ), a publié un bouquin fantastique sur le sujet, ou plutôt sur le fait que les pouvoirs publics, ayant remarqué le phénomène, ont ouvert dans les années 90/00 une série de lieux d’écoute pour les chômeurs, des psys quoi. Avec un discours de psy, le même que celui des gourous new age aussi : ton bonheur et ton malheur ne dépendent que de toi, de ta manière de voir et de vivre les choses.

Comme le note avec son brio coutumier Fassin, le truc c’est que prétendre « soigner » les chômeurs en leur proposant des psychothérapies c’est bien, mais ne serait-il pas plus efficace de leur donner du travail ? (pour ceux que ça intéresse :

http://livre.fnac.com/a1415669/Didier-Fassin-Des-maux-indicibles

 

Se sentir rien c’est juste normal quand on est chômeur.

Pas au début bien sûr.

Non plus quand cela est un choix ou une stratégie de survie (spéciale dédicace à mes amis artistes qui alternent périodes de CDD non ou peu qualifiés avec périodes d’assédics durant lesquels ils bossent comme des fous sur leurs peintures, leurs films, leur art, leur vie quoi ! )

Pas quand c’est court.

Mais après un an ? Deux ans ? Et plus encore ?

 

Ca ne servait à rien que j’ouvre la bouche. Je ne me prends pas pour ce que je ne suis pas. J’étais aujourd’hui une des 400 personnes présentes venues écouter ceux qui savent.

Rien d’autre.

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2 Réponses to “Rien”

  1. Longtemps que je n’étais pas venue vous lire. Je comprends la difficulté et l’amertume ressentie. Un peu.
    Pour Paul t’emploie….au bas mots, il ne savent même pas décrypter le sens des intitulés de vos diplômes;
    A vous lire.

    • je n’écris pas souvent ici donc vous n’avez pas raté grand chose au demeurant…..
      Merci.
      Quant à Paul….; Comment dire…. Je répondrai à ça dans mes prochains posts si je ne change pas d’avis d’ici là! Mais dîtes-vous que je ne ne m’y suis pas réinscrite -pour la 3ème fois- dans l’espoir que cette fois ils puissent me proposer un truc en relation avec ma formation ou mes expériences, espoir que de toutes façons, en gros et très difficilement, j’ai définitivement abandonné ce mois ci.

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