La Seconde fois c’est toujours mieux…


 

Certes, mon dépucelage chez Paul-y-boit n’avait pas été mirifique et j’étais moyennement excitée à l’idée de renouveler l’expérience.

Mais bon, le temps passant…. Les tentatives diverses et variées échouant….. L’espoir après un de mes CDD-qui-ne-servent-à-rien-sauf-me-filer-des-illusions-de-ouf me faisant croire que peut être cette fois-ci j’aurais droit à…. Je sais pas moi, des assedics ? Une formation ? Une plume dans le cul ?

 

Et puis il y avait tous ces gens qui me répétaient d’un air convaincu que c’était normal si ça n’avait mené à rien la première fois, parce que je n’avais pas « situé mes compétences » et que de toutes façons pas à tortiller fallait viser des postes de cadre tu vois….

Ahhhhhh, les gens…..

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Ça c’est juste spécial dédicace à moi même, parce que voilà.


Donc, malgré le fait que croire que Paul puisse te permettre de trouver un boulot soit aussi réaliste que parier tout ton compte épargne sur le tirage du Loto parce qu’une voix t’a dit les numéros du tirage dans la nuit, je m’y suis réinscrite au Pôle Emploi, qui d’ailleurs s’appelait encore l’ANPE.

La brave dame de chez Paul, appelons-la Ginette, me reçoit, jette un œil sur mes deux beaux CV, me regarde et m’aboie à la gueule : « non mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse pour vous avec vos compétences sans blague ? Vous nous faîtes perdre notre temps inscrivez-vous à l’APEC Madame enfin !!! »

La dame a été un peu interloquée (il en faut peu pour m’émouvoir, z’avez remarqué ?), mais a attendu avec le sourire que Ginette avale un Tranxène et lui réexplique plus posément, que, voilà, voyez, nous on ne s’occupe que des sous-qualifiés et des secteurs qui recrutent tout le temps comme la restauration et le bâtiment, mais pour ceux qui ont fait des études supérieures, on ne peut vraiment rien pour eux.

Bon, bien sûr, j’ai quand même posé la question pour les assedics/la formation gratuite et ce genre de chose. Et bien sûr, la réponse a été non.

Enfin, pas exactement. Ginette m’a demandé d’un air dédaigneux que vu mes soucis financiers –et pourtant comparé à maintenant je pétais dans la soie à l’époque- j’avais le droit au RMI et que quand même fallait pas avoir inventé le fil à couper le beurre pour faire la demande. Je lui explique donc que, c’est bizarre mais j’ai déjà tenté le coup et en fait non. Comme Ginette m’affirme que SI, elle est SURE, je dois y avoir droit, j’ai redéposé un dossier, et bien sûr, j’ai claqué toutes ces impressions, cette grande enveloppe et ces timbres pour rien.

 

Okayyyyyyyyyyyyyy.

Bien sûr. Mon Dieu suis-je bête et débile et crétine et stupide et tout et tout ?! Comment n’y avais-je pas pensé  à l’APEC ?

Je me suis donc inscrite à –roulement de tambour -: l’A.P.E.C, ou Association des Prostiputes de l’Epargne Capitalisée, Association Pour l’Emploi des Cadres.

 

Tu vois, jeune padawan, pour arriver en haut du système pyramidal du grand Capital, t’inscrire sur le site de l’APEC tu devras. Intégrer les concepts orwelliens d’auto-vente/réseautage/ marketing sentimental tu veilleras. Quand proche de la Maîtrise du foutage-de-gueule-« in » tu seras, à la première réunion entre padawans tu te rendras. Mais attention !!!!!!!!!! Savoir que parmi vous des Déjà Maîtres il y aura tu dois, tindindiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin…..

 

Bon, moi, bonne couillonne de l’espace à bretelles que je suis malgré ma si monumentale intelligence, j’ignorais tout cela, ou du moins m’attendais à un certain multiculturalisme professionnel voyez.

Vu le slogan, oups, pardon l’accroche comme on dit dans le marketing publicitaire, de la chose, j’ aurais du avoir la puce à l’oreille.

 

Oui ?

Je cite : l’APEC, c’est « le meilleur choix avant d’en faire un ».

So what me direz-vous ?

He bin voyez, ça c’est la dialectique de vente pure et dure, celle des winners de la life : tu ne cherches pas un boulot, tu proposes tes services.

En fait c’est le boulot qui te court après et toi qui choisis le plus de la balle qui tue entre tous, tu vois le genre ? Ce n’est pas le RH qui te fait du bien là où tu te crispes un peu plus chaque semaine mais toi qui consens à le rencontrer.

 

 

 

Je suis donc allée dans les locaux high tech très Ikéa-c’est-pour-les-pauvres-alors-on-fera-la-même-mais-en-rajoutant-deux-ou-trois-zéros-au-budget de l’APEC …

Une grosse différence entre chez Paul et l’Association des Putes Expertes en Coloscopie. Chez Paul, il y a de tout : du mineur ravagé par l’acné juvénile au soixantenaire tavelé, du mec à casquette et Reeboks à la nana en tailleur, le seul point commun notable entre tous les « usagers » c’est qu’ils regardent tous par terre.

Alors que chez les Actionnaires Putassiers de l’Exploitation des Citoyens, là y’a pas 25 profils hein : 25-30 ans, c’est la seule fourchette. Tout le monde regarde devant lui en dodelinant de la tête sur son Ipod ou bien se perd dans l’observation de son écran tactile, tout le monde a de l’argent, et ça se voit : pas de chaussures usées, pas de bouloches aux pulls ni aux manteaux, pas de baskets d’ailleurs, peu de jeans, des sacs et attaché-case en cuir de übber bonne faction, pas d’originalité mais du  bon goût, pas bling bling pour un sou mais coûteux bien comme il faut.

On nous fait descendre et nous installer dans une salle de conférence, genre avec tableau veleda et projecteur pour présentation powerpoint à deux balles. (visiblement la maîtrise de .ppt ne fait pas partie des compétences du coach-emploi de l’apec)

On a des petites tables en contreplaqué, on se croirait au collège.

Tout le monde sort son attirail de survie : bloc note pour la plupart, PDA et stylo tactile pour 2 types, mini bouteille d’eau, et bien sûr Iphone/Blueberry/portable customisé. Chacun y configure le mode silencieux mais sans l’éteindre, des fois qu’on les appelle pour reprendre l’affaire de Bill Gates mais seulement s’ils répondent dans la seconde.

 

Devant nous, juste devant le tableau, un type. La cinquantaine minimum, fringué gentleman farmer mais avec de grooooooosses auréoles de sueur sous les aisselles (moi ce que j’en dis hein, c’est que ça ne fait pas très cadre-je-maîtrise-mon-image-tellement-comme-un-dingue-que-tu-vas-me-payer-pour-que-je-t’apprenne-comment-faire).

Voyez, en management et techniques de manipulation compagnie, il y a le collectif/la verbalisation/le focus group. Donc on y va : tour de salle où chacun doit se présenter et expliquer son parcours et ses attentes : ça donne une dynamique de groupe et ça permet de faire croire aux bœufs qu’on leur permet d’exprimer leur individualité alors qu’en fait c’est exactement le contraire.

C’est comme ça que j’ai pu constater que la communication en fait c’est très surfait et genre total bouché, vu que les ¾ de la salle bin c’était des pros de la comm’. Quelques banquiers, un journaliste, deux « créatifs », genre un web designer et une graphiste.

Bien sûr j’ai souscrit à l’exercice hein.

 

L’utilité de cet atelier en ce qui me concerne se résume dans la déclaration du type qui l’animait à la fin du tour de salle où il s’est adressé à moi direct : « c’est pas de ma faute si vous avez fait des études qui ne servent à rien prenez-vous en à vous-même».

*Je ne sais pas si un jour j’écrirai un post  à part entière pour rentrer dans le lard de cette idée reçue, mais l’évoquer là tout de suite là maintenant est juste évident : comme beaucoup de choses que l’on pense universelles, l’état de fait selon lequel les sciences humaines ne « servent à rien » dans le marché du travail tout comme le fait que le travail social soit peu voire pas rémunéré est une caractéristique française, ou tout du moins latine. Dans les pays anglo-saxons quelqu’un qui fait de la socio ou de l’anthropo on lui lèche les pieds en attendant d’avoir la chance d’avoir quelqu’un d’aussi réactif et socio-intelligent. C’est con hein ?)* – fin de la parenthèse

 

Après, le gars aux glandes sudoripares over actives nous a fait un grand sourire, et déclara : « si vous croyez que je vais vous donner du travail ou vous aider à en trouver, vous pouvez sortir tout de suite. »

Ah ?

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh oui, comme d’hab quoi. Sinon le mec il servirait à quelque chose tu vois?

 

Mais je ne regrette pas d’y avoir assisté : j’ai pu admirer le cirque. J’ai pu rendre service même : ouais, la nana de la finance qui voulait bosser dans le commerce équitable elle est repartie grâce à moi avec trois adresses et 5 noms….

J’ai écouté avec intérêt et montage de fou rire en cascade le vieux type nous expliquer que tout se fait « par réseau » et que « tout le monde en a un, vous avez bien une boulangère, un pharmacien ? Donc vous avez du réseau ». Si si pour de vrai (tout le monde sait que c’est par ta boulangère que tu deviendras chef du monde/courtier en bourse/architecte informatique pour un ministère/responsable RH. Non ?)

Je l’ai écouté avec la rage aussi qui montait : je hais ces gens qui n’ont jamais travaillé, en fait, qui ne connaissent rien au travail quelque soit le domaine mais font profession de donner des conseils et de les faire payer fort chers à ceux qui en cherchent.

Aucune idée de l’évolution du marché de l’emploi. Aucune compétence dans aucun secteur : ils ne savent que dalle en informatique, en finance, en quoi que ce soit en fait, même en marketing for real. Que dchout. Ce qui ne les empêche nullement d’être ultra fier d’eux en expliquant que leur « boulot c’est de vous expliquer comment vous vendre ».

C’est-à-dire ?

: « – considérez-vous comme une action en bourse, il faut faire fructifier les dividendes en jouant sur l’indice de rareté. VOUS –et le gars lance son bras en nous pointant du doigt– êtes le produit dont l’entreprise rêve !! »

Ouais.

Ce sont les mêmes qui vont pleurer leurs stock options sur le canapé rembourré d’un psy –lacanien œuf corse, sinon ça serait pas trop trendy- parce que leur vie est triiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiste et dépourvue de sens, de plaisir et que ils ne se réalisent pas parce qu’ils ont toujours obéi à ce que la société leur dictait tu vois ?

Je vous dis juste le truc comme ça :

Inconnu/e si tu cherches un boulot ou souhaite en changer : ne donne pas d’argent –surtout si tu ne l’as pas- à ces vautours de l’espace. Le jour où un « conseiller/consultant en bilan de compétences/coach emploi » pourra te dire : tu cherches ça ? Alors il faut que tu mettes en relief ceci, ceci, et cela, tente auprès de x, y, z, ce jour là oui tu pourras payer un bras les services d’un de ces chacals.

La manipulation psychique de base, pardon, la pensée marketing, c’est bien,  hein, ça marche. Mais ça ne suffit pas à moins d’avoir déjà le « profil idéal ». Savoir se vendre, oikidoki. Mais si tu ne sais pas auprès de qui, bullshit. Si on ne te donne pas les alinéas qui vont dans ta case tu perds ton temps, parce que nous sommes des milliers, des millions même, à faire de même. On te vend du mensonge sous cellophane conçu à la chaine, alors que ce qu’il faudrait c’est du mensonge sur mesure.

Et puis comme ils ne peuvent répondre à aucune de tes questions, ils t’expliquent que le problème vient de toi, qu’il faut « travailler sur la confiance en soi, si tu crois en toi le reste suivra ». Paulo Coehlo chez les traders quoi.

 

Comme quoi la seconde fois c’est pas forcément mieux que la première.

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