« Vous sentez, là, comme on vous la met profond? » demandait le Droit du travail à tous les clampins…


Inconnu, Inconnue,

Je pourrai vous narrer par le menu ma séance de tatoo :

  • combien ce grand dragon est juste de la balle-qui-tue même maintenant alors qu’il n’a que ses contours,
  • combien j’ai des petits doutes quant au fait que je me serais lancée dans un second tatouage, aussi grand qui plus est si j’avais autant douillé lors du premier (Leçon number one du tatoueur : c’est normal, plus tu vieillis plus tu douilles. Moralité, si tu veux te tatouer, fais-le avant ta majorité-*that’s a joke*-),
  • combien la neurologie est une science ultra passionnante et pleine d’inconnues : la douleur est variable de 2 à 15 sur une échelle de 1 à 10 d’un centimètre de peau à l’autre, ce qui est super chouette parce que comme ça c’est la surprise, (d’autant plus que, Leçon number two du tatoueur : notre sensibilité à la douleur est foncièrement asymétrique et hasardeuse.), et puis ça permet de tenir la durée mode montagne russe.

15 ans que je le voulais ce petit là ^^. Tatoo par Yom, Tribal Act

  • et enfin combien chuchoter « aïe aïe ah quaaaaaaaaaaand même putain de Dieu » ne fait pas de moi une chochote (une de mes hantises persos, chacun les siennes hein, l’endurance à la douleur fait partie de mes critères de respect que voulez-vous c’est comme ça.) : en fait, il paraîtrait que j’ai été plutôt classieuse (Leçon Three du tatoueur : les « nanas » encaissent beaucoup mieux et facilement que les « mecs », qui, paraîtrait-il, ont une fâcheuse tendance à ne pas rester immobiles quand ils ont mal. Dis maman, est-ce que ça veut dire que je suis vraiment vilaine si je trépigne de joie rien qu’à l’idée d’imaginer le gros mastard immortalisant une énième tête de mort en chialant comme une madeleine ??).

Oui, j’aurais pu faire un article complet  rien que là-dessus, chère/er Inconnue/u.

Mais en fait moi-ma-life-mes-douleurs-mon-tatoo, on s’en fout.

Par contre, le point final de mon équipée dans les marais d’une des multiples branches du « service à la personne », j’ai dénommé les cours à domicile, ça cela vaut le coup d’en parler : vu que la réaction première de certains quidams à qui j’en parle est de m’expliquer que ce n’est pas possible et que j’ai du mal comprendre, et que nom d’un petit bonhomme en clous, c’est juste hallucinant comme le Droit peut être la mère de tous les fils de pute, je vais vous expliquer le truc par le menu.

Parce que, quand même, après avoir bossé depuis mi mars sans recevoir le moindre picaillon -alors que je pouvais voir s’ajouter bulletin de salaire sur bulletin de salaire-, et que la boîte ne répondait pas à mon mail, j’ai fini par appeler l’Inspection du Travail.

Un indice aurait du me préparer à cette absurdité sans nom : le fait qu’à la ligne « employeur » des bulletins de salaire fantômes était écrit le nom et l’adresse des parents de mon élève plutôt que celui de Cours déclic ou Qualicours.

Mais non, j’ai juste halluciné. Interloquée ou choquée, dégoûtée, ulcérée, sont des termes trop réducteurs, l’état d’hallucination rend beaucoup plus tangible l’effet que m’a fait cette nouvelle preuve que le capitalisme libéral est un merveilleux système.

Avant même que j’ai fini d’expliquer à l’avocat de l’Inspection du Travail mon histoire, celui-ci m’arrêtait en soupirant et m’expliquait que si je voulais être payée, il fallait bien sûr que j’aille aux Prudhommes, en portant plainte contre….. les parents de mon élève.    …..

Les mêmes parents  qui me donnaient à chaque fin de cours un coupon Qualicours avec code barre, pour chacun desquels ils avaient, eux, déjà versé la somme de 30 ou 35 euros (alors que je touche au final 14 euros de la dite société).

WHAT THE FUCK ?????!!!!!!!!!!!

Pourtant, quand on lit le contrat en cherchant l’embrouille et même s’il est dit à l’article 3 que la rémunération de l’enseignant est assurée par les parents d’élève, l’article 4 spécifie pour « le règlement des salaires et pièces administratives, que les fiches de paye correspondent aux cours donnés à chaque élève par l’enseignant, faisant état des sommes perçues par Cours Declic pour le compte l’enseignant, donneront lieu à l’émission d’un virement vers le compte de celui-ci. »

Mais ne vous inquiétez pas, ne grondez pas comme un tigre acculé : une fois les parents perdu le procès que j’aurais intenté à leur encontre, no problem, il leur suffit de porter plainte à leur tour contre Qualicours. Vous remarquerez au passage, qu’à aucun moment Cours Déclic, la société avec laquelle j’ai moi eu 1° mon entretien d’embauche, 2° mon contrat, et 3° eu des contacts, car je n’ai JAMAIS eu le moindre contact avec quelqu’un de chez Qualicours,  ne peut être inculpée…

Pour la petite histoire, la mienne quoi, j’ai évidemment expliqué à l’inspecteur que puisque telle était la seule opportunité de faire respecter mes droits que m’offrait la Loi, je n’irais pas jusqu’à porter plainte car il était hors de question de participer à un système aussi abscons et de faire payer des gens à qui je ne reprochais rien et qui, eux, avaient rempli leurs obligations…

Comme parfois la vie n’est pas un clone grossier de la Belgique (aka « un bâton de merde », dixit Charles Baudelaire, comme quoi on peut être un des plus grands poètes de l’histoire et un con) mais une vallée de roses en bouton, deux heures après mon appel à l’Inspection du Travail, je recevais un coup de fil de Cours Declic, qui me virait dans la semaine la somme qu’ils me devaient, après que je leur aie expliqué que non, merci, je ne voulais pas continuer à travailler pour eux et que j’avais déjà informé les parents de ma démission, ce en leur en expliquant les raisons.

Mais j’ai discuté avec l’Inspecteur, et vous savez quoi ? Il m’a appris que cette histoire abracadabrante qui m’arrivait représentait près du 1/3 des affaires qu’il traitait.

Dans au moins une inspection du Travail de France, un tiers des affaires concerne des travailleurs dans le secteur du service à la personne qui ne reçoivent pas leur paye alors que les clients des dits services ont déjà payé le putain de service !!!!!!!!!!!!!

C’est-y-pas-fantastique ?

Tout n’est-il pas le mieux que l’on puisse rêver ? N’est-ce pas logique ?

Alors, oui, c’est clair que le formidable développement  du secteur économique de services à la personne est l’un des signes qui montrent le recul de mon pote le chômage, CQFD.

C’est marrant, aussi, que cette information, ce phénomène économique ne soit jamais dénoncé, ou même ne serait-ce que relevé, exposé, évoqué par les medias.

Non ?

Pour tous ceux qui voudraient quand même engager une femme de ménage, un jardinier, un réparateur, une prof de quoi que ce soit à domicile, une infirmière, une aide de vie : pour ne pas risquer de participer à l’enculade de salarié ni de se retrouver devant les Prudhommes pour quelque chose qu’ils n’auront pas fait, le tout sans pour autant payer au black, utilisez les chèques emplois service.

En attendant que ce tortueux et ubuesque détournement du droit du travail appartienne, un jour, au passé.

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