Des « Thonon-les-Bains » à chier partout


Salut à toi cher/ère Inconnu/e !

Retranscrire les diverses apologies et victoires du libéralisme économique (non non, je n’exagère pas ni n’ai une lecture partiale de ce à quoi j’assiste le long de tous ces merveilleux CE et CCE : les gens, toujours ceux assis au côté le plus étroit des tables, vous savez, les places en-dessous de l’écran de projection, prononcent toujours à un moment donné une phrase telle que « ce n’est pas la loi de la tromperie, c’est la Loi du Marché » -sic- ) en les contraignant à rentrer dans les codes grammaticaux français standards a le don de dévitaliser le système neuronal et de rendre aussi vif que ce charmant Shar-pei:

Moi après 40 heures de transcription et l'heure de récompense et délassement post taf passée à mater les clips de GameOne

Voilà pourquoi je ne suis pas ultra productive ici ces temps-ci : que voulez-vous, mon addiction pour le gain n’a pas de limite.

Et pourtant, Sainte Marie-Gorette le sait en sa très grande preuve de masochisme comme chez toutes les saintes du calendrier ou presque sagesse, les temps derniers ont grave réveillé ma colère « violemment humaine »  et limité ma capacité à résister à la nausée si vous voyez ce que je veux dire.

               Ouvrons une parenthèse : what the fuck ?! Je devrais arrêter de fumer la moquette, d’où je vous sors

               des noms de saint pareils non mais franchement ?   Hé bien, petits incultes, sachez que Marie-Gorette

               existe bien.

Non, malgré son charmant sobriquet, Marie-Gorette n'est ni n'a jamais été une truie.


                     Marie-Gorette est une sainte italienne, Maria Goretti in extenso.

 Une sainte super populaire en République Démocratique du Congo, où le territoire entier pullule de femmes portant ce joli nom, ce qui, lors de mon premier passage là-bas, m’a grave laissée perplexe, et amenée à conclure après constatation de l’étonnement plein d’incompréhension de mes interlocutrices devant mon air hébété à leur « comme la Sainte voyez maman ! », que mes années de catéchisme étaient preuve en est du temps gâché. J’ai mis du temps à trouver qui était la gisquette, mais j’ai fini par trouver (merci à toi Wikipedia), et tout s’est éclairé :

*    italienne donc populaire au Congo (encore une fois, non je n’ai pas les fils qui se touchent : il se trouve qu’un très forte communauté italienne est implantée depuis fort longtemps au Congo, depuis la montée au pouvoir de Mussolini en fait, période à laquelle les italiens trouvant que le Brun ne leur allait pas au teint se barrèrent en masse au Congo. Je ne sais pas le pourquoi de la chose mais toujours est-il que c’est comme ça.)

*       une sainte dont la sainteté a été reconnue pour avoir, en gros….. avoir failli être violée à 11 ans, avoir suffisamment résisté à la chose pour que le type, dégoûté qu’une « fente issue de sa côte » lui oppose , résistance, la tue en la poignardant à 14 reprises, et que cet archétype de Femme made in MachoLand Ange de Pureté chuchote à son confesseur avant de clamser : « je lui pardonne, je veux qu’il vienne aussi au paradis : que Dieu lui pardonne car moi je lui ai déjà pardonné ». Ouais, quand même.

Bref, que du truc fait pour déclencher les hourras sur la terre préférée de Gide et Conrad.

Fin de la parenthèse. (oui, je sais, mes parenthèses sont longues.) (et oui, je sais, mon humour est de plus en plus… euh… personnel ?)

Reprenons : j’ai donc moyennement le temps d’écrire ici ces temps-ci, partagée que je suis entre un demi-boulot idylliquement lobotomisant et les heures passées à calmer mon dégoût généralisé,

Mais quand même.

Je ne pouvais passer à côté de CA, et rater l’occasion de commencer ma belle série d’articles destinés à ma merveilleuse section « mensonges et plus si affinités ».

Voyez, un truc qui fait la une des news yahoo, on s’en fout un peu : perdu au milieu des histoires de cul de people aussi illustres qu’un fond de caniveau et des « enquêtes » spécialistes des mise en causalité bancales mais faisant frétiller les calbutes du mari de la ménagère de moins de 50 ans (genre ça), j’avais déjà eu les moustaches qui frétillent, mais bon…. Et puis voilà, hop, magie de l’Internet, voilà-t-y-pas que dans les réseaux sociaux, un ou deux blogs que je suis, sans parler des commentaires sur la page même de l’article, je vois que la nouvelle émeut à mort au fond des chaumières.

Tant mieux.

Tant mieux que le péquin lambda trouve ça un peu choquant, que le maire UMP de Thon-les-Bains d’interdir de restreindre l’accès à la cantine pour les enfants ayant au moins un parent au chômage.

Ouais.

Sauf que il y a quand même un petit truc qui me chiffonne : partout, quoi que je lise, le fait même de cet article dans Libération d’ailleurs, on dirait toujours que ce fait soit une atrocité que l’on puisse exclusivement reprocher à ce brave Monsieur le Maire de Thonon.

Bin vous savez quoi ? Mon gnome a été à l’école (en France) dans 2 communes différentes, et dans les deux, l’accès à la cantine était interdit aux enfants dont l’un des parents ne pouvait pas justifier d’heures régulières de travail rémunéré. Alors, encore heureux, il existe des communes où l’accès à la cantine dans les écoles primaires est ouvert sans restriction à tous les enfants quelque soit la situation de leurs parents, mais le fait est que des Thonon-les-Bains, y’en a à chier partout dans notre beau pays.

© Mai-Lan

C’est aussi le cas pour les crèches, pour la même raison invoquée que celle du maire de Thonon-les –Bains : vu que le problème majeur est le sureffectif normal on ferme les écoles à tour de bras en milieu rural et les classes en milieu urbain, alors que la population concernée ne cesse d’augmenter depuis l’an 2000 et ne va pas cesser de le faire avant au moins 10 ans, il faut bien, pour respecter les consignes obligatoires de sécurité imposées parfois jusqu’à l’ubuesque par les mêmes qui ferment les classes, faire un tri.

Parce que voyez, quand vous êtes chômeur, et même si vous savez la vérité du contraire, même si vous croyez le contraire, même si vous espérez, voulez, attendez le contraire, VOUS N’ETES RIEN.

Quand vous répondez à une enquête, au moment de déterminer votre classe socio-culturelle, il n’y aura qu’une case pour chômeur, tout comme il n’y en a qu’une correspondant à la retraite : vous avez pu être ou voulez être agriculteur, journaliste, avocat, préparateur logistique, boulanger, toxicologue, ministre, vous ne serez plus que CHOMEUR (ou retraité).

Vous n’avez plus accès aux tickets restaus ni aux cartes Navigo remboursées : oui je sais, vous allez dire que c’est sans rapport, et que bien sûr de toute façon c’est normal quand même.

Oui, vous avez raison.

Mais si vous décalez la focale un tout petit peu, vous réaliserez donc que :

*quand tu bosses et que donc tu gagnes de l’argent, on te paye ta bouffe le midi, la moitié de tes déplacements y compris hors boulot, et que tu trouves des places en crèche, à la cantine et en garderie.

*quand tu ne bosses pas, donc quand tu ne touches pas d’argent hein (j’y reviendrai, sur cette magnifique autre représentation collective du chômeur français, le fameux vampire vivant dans le luxe et l’oisiveté grâce au sang du contribuable via les aides ; mais une autre fois), et que tu passes un temps certain à chercher du boulot, justement entre autre pour en avoir, de la thune : personne ne te paye ta bouffe ni tes déplacements, alors que tu en fais 10 fois plus pour cherche le fameux oiseau rare, bulletin de salaire de son petit nom, et si tu as un ou plusieurs gamins, tu n’as ni place en crèche ni à la cantine.

Dans un autre ordre d’idée, quand, toi, Chômeuse ou Chômeur  à Durée Indéterminée, tu te retrouves face à des inconnus qui ont plus de 25 balais en soirée, arrive forcément le moment où l’on te demande ce que tu fais dans la vie. Pour avoir expérimenté la chose un certain nombre de fois, évoquer le chômage même de loin et sans entrer dans les détails crée un halo d’évitement et de silence autour de la personne assez stupide pour penser que le faire ne portera en rien préjudice à ses relations sociales du soir en question.

La point de commun de tout ça ne fait pas un patchwork dépareillé, non, pas du tout. Mis en perspective les uns avec les autres, on en arrive à l’impression/la conclusion que :

Etre au chômage, c’est ne plus exister QUE comme tel : un/e chômeur/se. C’est être exclu, c’est ne plus exister. Ne plus avoir d’intérêt. Ne plus avoir les mêmes droits.

Non, plus que ça, ne pas exister, vraiment. Savez-vous par exemple que les chiffres que l’on (les représentants du gouvernement) vous donne du chômage dans notre beau pays ne représentent que les « catégories A et B » de la population inscrite au Pôle Emploi ? En gros, moi par exemple, je n’ai jamais été comptée comme chômeuse : si l’on prend en compte TOUS les chômeurs/euses, les chiffres des différents organismes oscillent entre 5 et 7 millions. Oui, je ne suis pas toute seule.

En l’occurrence et pour revenir à l’article de Libération à l’origine de ce post un peu déstructuré : être au chômage vous enlève toute légitimité à bénéficier d’un service : vous avez le temps ou vous dit.

Mais pourtant, si vous le dîtes, il y aura toujours quelqu’un pour vous  répondre avec un petit ton de reproche dans la voix, comme si vous étiez un gamin de primaire qui a mal compris une consigne ou fait une petite connerie, qui tire un peu sur la corde quoi :

« Tout ça tu sais ça dépend du point de vue, il ne tient qu’à toi de voir les choses autrement, il ne faut pas voir les choses en noir ».

Selon le cadre de l’interaction sociale en question, ton interlocuteur enchaînera en disant au choix :

A)    Tu devrais en profiter pour faire un retour sur toi-même et faire le point.

"Ananda in the Himalaya, outre un cadre hôtelier de luxe et une gastronomie raffinée, offre également un centre de bien-être dédié au corps et à l'esprit, avec des programmes entre ayurveda et yoga et offre une sérénité rare en ce monde." Suis-je bête, voilà la solution vu que je suis chômeuse! Ah, c'est con, j'ai pas les millions qui vont avec, je ferai la même sur mon vieux lino.

B)     Profite-en pour voir des gens / faire du taï-chi//suivre les conf du centre machin.

Là, pas d’illustration. Faudra carrément que je fasse un article. A venir.

C)     Vous n’êtes pas la seule dans ce cas là, pourquoi vous ne voulez pas sympathiser avec les autres demandeurs d’emploi/les autres mères qui ne travaillent pas ?

Ouais, clair qu'on a des points communs, CQFD

Beurk.

Alors là, toi ô CDI, tu réagis :

A)    Tu souris l’air illuminé par la Révélation que l’on vient de te faire et remercie chaleureusement ton interlocuteur/ice pour t’avoir inondé de sa très grande sagesse.

B)     Tu n’arrives pas à maîtriser ta réaction et tu lui fous un pain dans la mâchoire : une fois pétée, celle-ci ne permettra plus à ton interlocutrice/eur de prononcer une autre connerie ensuquée de mépris paternaliste.

C)     Tu n’arrives pas à maîtriser ta réaction et tu chiales comme une madeleine, on dirait une épave.

D)    Tu te trompes de dimension spatio-temporelle et tu réponds avec la force de l’évidence, citant la connasse de Beauvoir (un jour, peut-être, j’expliquerai pour la mère Simone est loin d’être une aussi grande dame que ce que l’on nous dit et en tous cas que ce que je croyais) comme d’autres le dernier hit de René la Taupe : « Chaque fois que la transcendance retombe en immanence il y a dégradation de l’existence en « en soi », de la liberté à la facticité; cette chute est une faute morale si elle est consentie par le sujet; elle prend la figure d’une frustration et d’une oppression; elle est dans les deux cas un mal absolu. »

E)     Avec la force de l’expérience, tu fermes ta grande gueule et tu te casses avant que ton ricanement ne mue.

Comme je suis là pour t’être utile cher/ère Inconnu/e, sache que si jamais par manque de bol tu te retrouvais dans cette situation, seules les réponses A. et E. sont correctes. En effet, la B. et la C. te feront cataloguer comme fou (et vu la dernière réforme en date, fais gaffe l’asile te guette), mais avec la B. en plus tu risques de finir en taule. Quant à la D., tu partiras non seulement méprisé gentiment mais aussi cordialement haï.

En conséquence de quoi, fais ce que je n’arrive pas à faire :

FERME

TA

GUEULE !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :