La France nous aime ou on la quitte. Devinez ce qu’on fait?….


A part cet anniversaire anecdotique, ma guerre contre le CDI* a pris –définitivement ?- un nouveau tour : je laisse tomber Moby Dick.

Du moins avec le label NF.

La baleine blanche dans mon glorieux pays, ça n’existe que pour….

Je ne sais pas pour qui.

Certes, certains domaines ne connaissent pas peu qu’anecdotiquement la crise : la restauration, le BTP, la communication/marketing, le fonctionnariat ou les finances. Mais ce n’est pas mon profil, ne l’a jamais été (sauf la restau mais à l’époque je n’avais pas d’enfant, vous savez le truc qui fait que 80% des boulots hors bureau vous deviennent soit interdits –car pas de moyens de faire garder le gnome- soit inutiles –car vous dépensez toute votre paye, voire plus- pour faire garder le gnome pendant que vous trimez) et ne le sera jamais.

Alors ?

Non non, ne t’emballe pas Inconnue/u qui te souviens de mon dernier entretien, je n’ai pas trouvé de boulot : malgré le fait que mon entretien se soit super bien passé, visiblement, je n’ai pas le poste.

Nooooooooooooooooooon, qu’est-ce que tu crois toi, je n’ai pas reçu de réponse me l’indiquant formellement enfin !!!

Hein, quoi ? Oui, l’organisation m’avait assurée de me donner une réponse 1) à l’entretien –deux fois-, 2) en réponse au mail de relance que je leur avais envoyé 10 jours après le délai qu’ils m’avaient initialement annoncé ! Même qu’ils avaient dit qu’ils donneraient une réponse formelle et motivée dans les 8 jours. Il y a …. Oh, quelque chose comme deux mois.

Oui, et alors ? Où as-tu vu qu’en dehors du pays des Bisounours qui que ce soit se donne la peine de répondre ? Tu te crois à Disneyland ou quoi ?

Cela dit, 2 mois après l’échéance de la prise de poste, sans réponse, on peut raisonnablement considérer qu’on ne l’a pas, le poste, ou que, dans le meilleur des cas, celui-ci n’est finalement pas financé. Ou que, les remous et émeutes diverses commençant à s’étendre à l’approche des élections présidentielles, les ONG retirent leurs billes et décident de ne finalement pas recruter des gens en famille, voire même des gens tout court.

Donc, non, je n’ai toujours pas de boulot hors ce fascinant métier de transcriptrice.

Si tu suis mes scribouillis belle/el Inconnue/u, tu dois savoir que j’ai un gnome, et le père du gnome qui va avec. Que ce dernier travaille depuis toujours dans l’humanitaire(car si, contrairement à ce qu’une bande de Schtroumpfs dopés à la connerie m’ont dit un beau soir, l’Humanitaire, c’est un métier).

Or, l’Humanitaire voyez-vous mes bons amis, cela ne se pratique pas en bas de chez soi.

Saint Servule de son petit nom: saint et mendiant (et infirme parce qu'il ne faut jamais s'arrêter en si bon chemin), le rêve de tout un chacun

Du moins pas de façon rémunéré : il faut savoir que 90% au moins (cela dépend des organismes mais ce taux est un grand minimum) des gens qui travaillent dans des programmes d’actions « humanitaires » (caritatives ou à visée sociale, quoi) en France le font exclusivement en bénévolat. Ce qui est super pour être un bon citoyen/acheter sa place au Paradis/donner des leçons autour de la table dominicale, mais pas vraiment pour ne pas sombrer dans la misère.

Non, l’humanitaire, le vrai, celui qui correspond à la définition du Droit International, c’est-à-dire l’aide en situation

1) de guerre ou

2) de catastrophe naturelle,

cela ne se pratique pas, ou très peu à l’heure actuelle (attention jeune padawan, cela peut changer du jour au lendemain hein, faut pas croire), dans nos contrées. Cela se pratique loin, très loin.

Vous voyez de la couleur en Europe, vous? Bin non hein......

Et souvent dans des conditions où les conjoints/es, et à fortiori les gnomes, ne sont pas conviés (raison pour laquelle je suis passée à côté d’au moins 2 postes).

Cela se traduit par des mois où la vie de famille/de couple se vivent à plusieurs milliers de kilomètres de distance, un peu comme pour les marins ou les militaires, sauf que les femmes de ces derniers ne sont étrangement pas considérées par le péquin lambda comme des débiles mais, souvent, comme des icônes/héroïnes/femmes idéales, fantasme moult fois exploité en productions télévisées (mon petit doigt me dit que les donzelles irl ne doivent pas être hypra fans de ces délires, mais bon).

Qui a dit pas glop ? Pour ta formidable empathie, tu auras droit à une image….

Rhooooooooooo que c'est beau, c'est noble, c'est.... n'importe nawak.

On s'approche de la réalité, là déjà, mais tout de suite ça fait moins rêver hein....

Or, depuis quelques mois, mon Barbu a trouvé la putain de perle rare, son Moby Dick à lui, truc encore plus invraisemblable que dans les autres secteurs professionnels : en effet, entres autres particularités choucardes, l’Humanitaire recrute principalement en contrats de quelques mois (3, 6, 9) dans les zones les plus bandantes … euh… sujettes aux accidents ou plus simplement au « burn out », et de 6 mois à 2 ou 3 ans dans les zones stables. Or, là, magique, mon Barbu a chopé un truc que l’on appellerait CDI si l’employeur était français.

Mon gnome et moi allons donc le rejoindre. A moins que je ne sois cette semaine atteinte d’une frénésie scripturale irrépressible, mon prochain article sera donc écrit de Nairobi.

C’est donc au Kenya que je chercherai donc désormais à sortir de ma situation de Chômeuse à Durée Indéterminée.

Pas que je m’imagine une autoroute professionnelle bordée d’émeraudes gloriolesques et de diamants salariaux, mais:

Rappelons les faits :

7 ans.

7 ans que j’ai fini mes études et que je cherche du taf en Hexagonie (la France n’est-elle pas exactement cela, un territoire géographique hexagonal à l’agonie ?), et que je n’en trouve pas, que j’enchaîne les refus et les portes dans la gueule, et que de surcroit je ne profite d’aucun des –nombreux- avantages du système social français, et que mon « profil » devient jour après jour encore plus propre à être jeté direct aux ordures par les recruteurs.

Alors, quelqu’un pourrait-il trouver une raison pour que je reste en France?  Non, personne ?

Sachant que dans notre beau pays,

les jeunes,

les vieux,

les « trop » diplômés,

les « trop bronzés »,

les pas assez diplômés,

les femmes avec enfants,

les gens qui ont été expatriés,

les personnes ne s’habillant/coiffant/maquillant pas comme dans le relooking de chez Paul,

celles ayant connu une arrêt de longue durée,

celles ayant changé de poste trop souvent,

celles n’ayant pas assez d’expérience,

celles ayant trop d’expérience,

celles ayant fait des études dites littéraires,

celles ayant une expérience artistique,

celles ayant fait tout leur début de carrière au même endroit,

celles ayant une vie associative et/ou politique affirmée,

sont toutes considérées comme « non bankables » par les recruteuses/eurs, on peut légitimement se demander QUI peut bien espérer encore construire une carrière ou plus modestement décrocher un poste dans notre beau pays.

Qui ??

Comme le dit Elizabeth Bard: «Est-ce que je veux vraiment élever mes enfants dans un pays où la première réponse à toutes les questions semble toujours être non?»

Bin non, et nous ne voulons pas y vivre non plus tout/es seuls/es, chiard ou pas.

Car voyez-vous sémillants/es Inconnus/es, il n’y a pas que moi qui se casse, se barre, se tire, trace sa route loin de notre territoire en espérant pouvoir enfin travailler.

Le sentiment chez beaucoup, beaucoup, beaucoup, de français de moins de 40 balais, c’est que notre pays ne veut pas de nous, ne veut pas mettre à profit nos compétences, nos expériences, notre envie de bosser.

Voici par exemple la liste des personnes de ma connaissance qui ont fait leur valise ou qui font tout pour les faire dans les mois à venir :

*    2 ingénieurs (partis au Canada tous les 2)

*    3 chercheurs/ses (partis en Angleterre, aux USA et en Allemagne : étonnamment, ces Jean-Foutre ne trouvaient pas ça funky d’avoir fait 9 ans d’étude et de finir avec même pas le SMIG. Des Jean-Foutre je vous dis.)

*   1 assistante sociale (départ en Belgique, ou malgré l’absence de gouvernement, on continue à payer les « agents sociaux » environ 2, 5 fois plus que chez nous.)

*   1 dessinatrice (départ Japon, et pas seulement parce que le manga c’est sa life : entre une production de fanzine non rémunérée et un taf payé, bizarre autant qu’étrange, elle n’a pas hésité)

*     1 journaliste (pigiste en France, direct directeur d’antenne au Canada.)

*    1 réalisatrice (New York, je cite: « là-bas on te donne ta chance. Ici on ne te la donne qu’une fois que tu n’en n’as plus besoin »)

*    1 informaticien (départ en Inde après 2 ans de quête de Moby Dick : cet imbécile avait trop d’expérience et pas assez de diplôme)

*   2 « financiers » (partis en Angleterre, où leur carrière a jumpé d’un coup, leur âge tendre -30 ans, du lait leur sort encore des naseaux non?- n’y faisant pas obstacle à leur progrès, et le second ayant perdu son poste en France pour avoir dévoilé en été –la chemisette, ou la destructrice de carrières- le tatouage celtique ornant son biceps, élément ayant été considéré comme totalement rien-à-voiresque avec le fait d’être banquier par la banque anglaise)

Je ne parle évidemment pas des myriades de personnes bossant dans la restauration qui font le choix de se balader tout partout dans le monde hein, ça c’est la case choix de vie, pas celle au centre des mes élucubrations présentes, celle du :

« j’en-ai-marre-de-trimer-comme-une-ouf-de-tenter-l’impossible-et-de-prendre-des-murs-dans-la-gueule-et-dans-l’ego ».

Par contre, je ne peux m’empêcher de rajouter les HP* : certes, au début, ils ont voulu faire de l’Humanitaire. Au bout d’un moment, pour tout un tas de raisons souvent très légitimes, ils se disent que bon, ils voudraient se poser et bosser dans leur ancien « chez eux ».

Et puis ils s’aperçoivent que ce n’est pas possible, que « chez nous », l’humanitaire, ce n’est pas un métier (d’ailleurs jusqu’à il y a quelques mois, Paul n’avait pas un seul code Rome qui correspondait à la chose, ce qui donnait des trucs supers choupis, comme un chef de mission -200 personnes sous ses ordres, gérant des budgets de plusieurs centaines de milliers d’euros voir de plusieurs millions, organisant des distributions sur des milliers de kilomètres² et dont le quotidien consistait à ranger à ses vues des ministres et toutes sortes d’élites- se retrouvant estampillé « ambulancier »), et que l’association immédiate se faisant dans les circonvolutions cérébrales des RH et autres responsables d’entreprise sont les suivantes : humanitaire/warrior immaîtrisable/hippie débile/quintessence de l’instabilité.

Alors les HP restent HP, ou bien en désespoir de cause ou parce qu’entre temps ils/elles se sont maqués/es avec un/e anglo-saxon/ne, retrouvent une vie « normale », mais pas en France, cher pays so fucking pas insouciant : en Angleterre, aux Pays Bas, aux USA, en Irlande, des pays où les ex HP sont un peu considérés comme des perles rares, des pays où, si l’on jette les travailleurs comme des kleenex (comme chez nous quoi), on leur donne avant la possibilité de montrer qu’ils valent quelque chose.

Un certain type dont je ne me souviens pas le nom a dit avec ferveur : « la France, tu l’aimes ou tu la quittes ».

Formulation non seulement sujette à interrogations diverses et variées, mais surtout formulation à retourner comme un gant: « la France t’aime ou tu la quittes ».

Je la quitte.

La France ne m’aime plus, si tant est qu’elle ne m’ait jamais aimée. La France n’aime pas ses enfants. La France n’aime pas ses trentenaires, la France n’aime pas ses jeunes.

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6 Réponses to “La France nous aime ou on la quitte. Devinez ce qu’on fait?….”

  1. Tu peux me rajouter dans les partants (de -pas encore- 40 balais)!

    • Je te dis « Yeeeeeeeeees » ou « sorry »???? 🙂 🙂 🙂

      A propos, je profite du fait que tu laisses un petit comm ici pour te demander pourquoi, alors que je me suis abonnée à ton blog, je ne reçois jamais de notification dans ma boît mail.: ????

      Euh et dis donc: j’ai peut-être tiré des conclusions abusives, mais je croyais avoir compris que tu étais fonctionnaire: aurais-tu décidé de quitter ce havre (de quoi, là les réponses sont multiples et toutes vraies quoique contradictoires), ou bien as-tu repris « du service », ou bien encore pars-tu dans une de nos Ambassades???

      • Pour le fonctionnement anarchique de wordpress, je crains de ne pouvoir répondre… 🙂
        Les conclusions ne sont pas abusives, mais sémantiquement discutables. Le fonctionnaire travaille (euh… rires) pour un Etat, ce qui implique du dit employeur certaines conditions pour exister, je ne rentrerai pas ici dans le DI, mais bon. OI, OG, ONG… à la base, le tout c’est de se tirer,pardon, de réussir à partir. Entre l’ « eau-noire » et ses contrats bidons, et emmener mes trolls des neiges au soleil avec leur mère (le côté trollesque n’est que de moi, hein!), j’ai fait le choix. Pas plus moral qu’un autre, pas plus que les autres, mais je pourrais toujours me réfugier sur le fait que j’aide mes compatriotes, ouarf!

      • ^^….
        Comme je ne suis pas sûre et certaine d’avoir absolument tout compris à ce que tu me réponds, je me contenterais de dire mieux vaut dyin corp que les eaux noires, mais au bout du compte, tu risques d’avoir une certaine nostalgie du drapeau côté éthique ;): le drapeau même troué de partout a des avantages non négligeables (tant que l’on garde à l’esprit le devoir de désobéissance)

        Mais clair que oui: pour avoir suivi un peu Hécate, partir était une super bonne option, et si vous pouvez flirter avec les dauphins en plus, je ne vois que du bonheur 🙂

        bonne installation et tout et tout.

        Sur ce, je m’en vais rejoindre les miens, de trolls 🙂 🙂 🙂 : D

  2. Côté éthique, c’est marrant, mais dans les pays où les dauphins gambadent dans les Fjords, où la misère est quasi aussi inexistante que l’insécurité, les humanitaires pullulent autant que les porteurs de drapeaux (non troués, juste délavés par le soleil 😉 ). Tout le monde a ses charrettes, ouarf!
    L’installation se poursuit, dans ce petit coin de paradis oublié (et c’est tant mieux!). Loin du béton, loin des cons, comme dit l’adage!

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