Boule de cristal exigée


Après le CV, la lettre de motive, le networking : la boule de cristal.......


Salut Inconnus/es !!

Ma vie sociale Nairobienne ( ?? nairobirote ? Nairobiste, allez, va pour nairobienne, et tant pis pour la doxa linguistique), assez aléatoire et pour tout dire franchement foutraque, m’a incidemment remise à l’esprit un des épisodes les plus fabuleux de ma longue quête de destruction du CDI*.

Kesaco, et pourquoi donc ?

Hé bien parce que, du haut de mes bientôt 35 printemps, et n’appartenant pas à l’espèce très répandue dans la communauté expatriée de la fière et méprisante desperate housewife attitude, mais, encore plus décalé ici, ayant à mon actif plusieurs expériences professionnelles humanitaires, un certain nombre de jeunes filles en fleur, le plus souvent stagiaires de leur état, sont venues me demander mon avis éclairé pour transformer la piste montagnarde de leur avenir pro en autoroute sans limite de vitesse.

Non pas que je sois la Sagesse incarnée ou que mon expérience tout comme mes réseaux professionnels au Kenya soient de la balle qui tue. Juste que je dois être, du moins dans la communauté francophone, la seule à ne passer ni ne vouloir passer mes journées à ça :

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie! J'ai trouvé un SU-PER PLAN pour des rideaux/chaussures/robes/tissus/bijoux/tapis/cosmétiques/meubles/passementeries/blanquettes de veau !!!!

"Tu sais quoi je suis E-PUI-SEE !! : J'ai fait du shopping/de l'aquagym/du yoga ayurvédique/pilate/zumba/cours de world food TOUTE-LA-JOUR-NEE d'hier! " " Oh bah oui je suis comme tooi, je ne SU-PPOR-TE PAS de ne rien faire! Mais avec le chauffeur qui arrive tooujours en retard, je n'ai pas pu deposer le patron de ma robe de cotktail à la couturière hier"....

Bon bon... OK, ça c'est pas l'ambassade de France à Nairobi mais celle de Belgique à Beyrouth. Mais vous voyez les nanas botoxées jusqu'à la moëlle assises autour du vieil adipeux bourré de thune? Bin c'est pareil.

Alors je réponds à leurs questions.

Je donne des conseils.

Pas franchement des scoops.

Sauf que personne ne leur a jamais dit.

Sauf que, alors que ces girondes ont pour la plupart justement LE diplôme patachouoc en humanitaire/sciences politiques/ patati patata, on ne leur a jamais expliqué comment s’organisait le recrutement ni la carrière en ce domaine, encore moins ce que cela signifiait très concrètement que de travailler « dans ce secteur ».

En général, elles me remercient très chaleureusement, plusieurs fois même, parfois des mois après (eh oui, je n’ai pas attendu d’être au Kenya pour répondre aux questions des jeunes diplômées/étudiantes), soutenant à ma grande surprise que « ce que je leur avais dit avait vraiment débroussaillé la route ».

Et en effet, je réalise que ces conseils de base que je donne, ce type de service là, aka donner la température et les modalités du marché du travail plus ses évolutions probables, ça, on ne l’apprend pas à l’école, non plus que dans les excessivement inutiles « constructions de projet professionnel » de chez Paul, ni même dans les excessivement onéreux « bilans de compétences » et autres « séminaires d’autopromotion » : comme le sémillant vieux beau de l’APEC nous l’avait si ingénument dit : « je ne connais rien à aucun domaine si ce n’est celui de se faire embaucher »….

Mais quel est le rapport avec toi crème de nombrilisme, vous demandez-vous in petto chères/ers Inconnues/s ?

Remontons le temps si vous le voulez bien…..

Back to the Future (des fois que vous ne soyez ni un gros geek ni né entre 70 et 80) : la machine à remonter dans le temps la plus aérodynamique de toute l'histoire du cinéma 🙂

Voilàààààààààààààààààààà.

Bien.

Voici déjà 2 ans (et je trouvais déjà que ça faisait longtemps dis donc !) que j’ai mon DEA, que je ne trouve rien, que les ONG auprès desquelles je postule ne me répondent pas (pas la peine de parler du reste, je l’ai déjà fait.). Les profils de postes évoluent. Apparaissent tout un tas de pré-requis sortis de nulle part, un peu comme dans le secteur du social en France…. Parmi ces derniers, il y en un qu’il ne me semble pas impossible de tenter d’obtenir, et, qui plus est, qui m’intéresse un tant soit peu : le DESS de santé publique.

C’est d’ailleurs le diplôme que plusieurs de mes connaissances ayant une formation similaire à la mienne (vous vous souvenez peut-être, le truc que personne ne connaît en Europe latine : « l’anthropologie sociale/l’ethnologie ») ont eu dans la foulée, du haut de leurs 22/23/24 années. Bon, en général, ils sont partis ailleurs pour ce faire : Belgique, Royaume Uni, pays scandinaves.

Moi, ayant 1) plus de 25 ans, 2) une famille à charge et déjà du mal à joindre les deux bouts, je ne peux pas m’offrir ce luxe : je dois rester dans notre cher hexagone, et en région parisienne plus spécifiquement.

Qu’à cela ne tienne, je vais intégrer un DESS de santé publique sur Paris.

Bon.

Sachez qu’une fois que vous avez quitté les bancs de la fac/l’école, y retourner tient de l’exploit, à moins que vous ayez déjà un boulot (auquel cas il existe un certain nombre de dispositifs permettant de financer les dites études, voire de vous rémunérer pendant ce temps. Comment ça c’est un peu débile d’aider ceux qui sont les moins vulnérables mais de n’accorder rien à ceux qui le sont le plus ? Vous avez vraiment mauvais esprit très chers….)  : non pas parce que vous êtes largués, mais parce que, contrairement aux jeunots qui tètent encore la thune de leurs génitrice/eurs et se plaignent de ne pouvoir profiter de leur prime jeunesse, vous aurez à justifier tout et son contraire pour convaincre les Temples du Savoir que, oui, vous méritez bien de poser vos minables fesses sur leurs bancs.

No soucy, j’ai la niaque, je monte des dossiers bétons, je prouve par A+B que je suis prête à bucher 24h/24 pour rattraper la licence en éco que je n’ai pas et remplir mes carences en stats, que ma motivation pour obtenir ce diplôme est suscitée par la réalité du marchée de l’emploi correspondant à mon « projet de vie professionnelle », bref, la totale.

Sur les 3 facs -les seules sur Paris à proposer ce cursus, ce à « des jeunes adultes sortis de la scolarité- auprès desquelles j’ai envoyé un tel dossier, seule une, Dauphine, daigne trouver que oui, pourquoi pas.

Dauphine, sa fac de droit, ses jeunes filles en jean et petit pulls....

On passe donc à la seconde étape : l’entretien. Tout comme un entretien d’embauche, sauf que si c’est tout bon c’est vous qui crachez la thune au lieu d’en recevoir pour votre travail.

Je me souviens que la dadame m’avait particulièrement cuisinée pour savoir si, vraiment, j’avais la force de travail nécessaire, moi une littéraire (bouh !!!!! l’insulte suprême) n’ayant pas même un bac S (enfin, C à mon époque de dinosaure), pour réussir à avoir le niveau en statistiques, d’une part, et en économie, d’autre part.

Visiblement, lui expliquer que j’avais réussi à obtenir avec mention très bien ma maîtrise puis mon DEA alors que j’étais seule avec mon enfant en bas âge tout en travaillant 15 heures par semaines (période bénie où j’ai maintes fois songée à me mettre aux amphètes et où l’exception française du statut de volontaire humanitaire qu’occupait alors mon Barbu me donnait envie de déposer des pains de plastic à un certain nombre d’endroits stratégiques) pour pouvoir nourrir le gnome à poils durs et avoir accès aux ressources bibliographiques nécessaires à mes mémoires, bin ça n’a pas suffi.

(Pourtant dediou, je peux assurer que ça, c’était de la putain de haute voltige, et qu’après avoir tenu le coup durant ces 4 années, mes expériences les plus hardcore « sur le terrain » m’ont toujours semblé plus simples à gérer à assurer.)

Lui lister les bouquins que j’avais déjà achetés et commencé à étudier, non plus.

Vous le devinez,

au final,

je ne l’ai pas fait,

ce DESS.

Je n’ai pas eu de réponse négative : j’ai été mise « sur liste d’attente ».

… … … …

Je ne sais pas combien il y avait de places pour les « gens comme moi », c’est-à-dire celles et ceux qui reviennent sur les bancs de la fac après les avoir quittés bien après la « date de péremption » sans avoir réussi à mettre plus qu’un orteil sur le marché de l’emploi.

J’ignore également qui a été pris. Sauf dans un cas (c’est ça de dire son nom aux personnes de rencontre : après, ils peuvent vérifier des données nyark nyark nyark), assez symptomatique je trouve : un charmant garçon.

Lequel, après avoir fait Sciences Po, avait intégré la Fonction Publique.

Il travaillait donc, lui.

Il venait d’obtenir une promotion, mais dans un secteur proche de la santé publique m’a-t-il dit.

Et, oui, il savait « qu’il n’avait pas institutionnellement besoin de suivre cette formation pour remplir son nouveau poste, il le ressentait comme un devoir moral ».

Cela lui serait-il difficile financièrement de lâcher du lest pendant un an, voire deux ?

Que nenni, le ministère lui offrait le dit DESS dans le cadre de la formation continue, ce sans qu’il perde un centime de son salaire.

Voyez, objectivement, ce garçon en Armani est respectable. Plus que cela même : admirable de probité et de conscience professionnelle, en ces temps de fac similé de république bananière (je sais, l’exemple est un peu ancien mais est loin d’être obsolète, et ce n’est qu’un parmi tant d’autres. Au moins celui-ci a-t-il soulevé quelques débats…)

Mais, voyez, l’amertume me chatouille les narines quand je vois que ce charmant homme a été accepté au DESS, alors que lui, il avait un travail et ne risquait en aucun cas de la perde s’il n’était pas intégré à ce DESS, et qu’il avait les moyens de vivre plus que correctement ce sans avoir aucune famille à charge.

(dingue hein ce que les gens me racontent, la plupart du temps, voire parfois comme ici sans me connaitre ni d’Eve ni d’Adam ? Ouais, il parait que « I got so much human ears, you know, ears heart-like, the kind opened on the world and the others’life. You listen like anybody else ». Dixit Annie, la femme de ménage qui travaillait chez nous quand nous étions au Zimbabwe. Cette dame devait avoir des problèmes de jugement: comme les RH  et autres conseillers à l’emploi me l’ont déjà dit maintes fois: n’ayant aucune formation en psycho autre que de l’autodidactie intellectuelle et relationnelle et aucun papier cul diplôme en aide sociale, je n’ai pas de « compétences en écoute ». Ah mais vraiment ! C’est dingue ça non, ces gens qui croient toujours qu’ils peuvent faire des choses et qui ne veulent pas se mettre dans la tête que non, ils ne valent rien et c’est barre !!!!)

Alors que, d’un autre côté, il y avait moi, une mère vivant à l’époque en-dessous du seuil de pauvreté (pour celles et ceux qui veulent des précisions : en considérant le foyer, soit le barbu + moi + le gnome) au chômage depuis deux ans, et qui avait BESOIN de ce truc appelé DESS de santé publique pour que la plupart des postes auxquels elle prétendait puissent, enfin, s’ouvrir à elle.

A votre avis, pourquoi ?

La brave dadame en tailleur antisexe en flanelle était prévenante: elle m’a même révélé le pourquoi du comment : c’était de ma faute, j’aurais « du faire ce DESS avant, parce qu’il est évident qu’il faut prévoir l’évolution du marché du travail ».

Voilààààààààààààààààààààà.

CQFD :

Pour avoir du taf,

il faut connaître l’avenir.

Donc, mesdames,  Messieurs, jeunes étudiants qui passez par ici : achetez une boule de cristal et mettez-vous sérieusement à la médiumnie.

Diane de Poitiers, elle, n'aurait pas eu de problème à trouver un emploi, grâce à ses compères et leur grosse boule!

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3 Réponses to “Boule de cristal exigée”

  1. Etant passé (si, si, parfois ça marche…) par la case cumule ton DESS avec le reste, juste quelques « trucs » bien démocratiquoégalitaire de l’éducation nazionale:
    – les 3ièmes cycles, ont leur financement selon leur taux de « placement professionnels à l’issue ». Evidement, quitte à prendre des personnes « sorties du cursus universitaire », mieux vaut prendre celles déjà bien établies dans la vie active, au moins, en plus de faire « social », ça fait grimper les stats…et les subventions.
    – nouveau DESS (M2, pardon), peu d’heures, recherche d’actifs pour les dites subventions futures.
    DONC: mieux vaut un petit mensonge agrémenté d’un joli jeu de coup de scanner/imprimante (dingue combien les gens croient encore au papier…) agrémenté d’un tailleur/costard que de dire la vérité vraie. On s’arrangera avec la morale en discutant sur la traduction arabique du mot « ruse » 🙂

    Je sais, notre système est si modèle que l’on devrait apprendre à toutes les républiques bananières combien il est bon…

    Euh, merci de ne plus mettre mes photos perso en ligne, même avec les charmantes créatures botoxées 😉

  2. Soreine Says:

    Hey, en même temps, tu as une piste de travail : conseillère en recherche d’emploi dans ces secteurs étranges. Un site internet basé là-dessus, des séances de coaching à quelques centaines d’euros les 10h, et tu as de quoi vivre.
    Et pour ton absence de DESS : clair, c’est moche, mais en même temps, j’entends là dedans une forme de justice (celle du libéralisme). Il était certainement plus qualifié que toi, car plus probablement gagnant. Il avait plus de chances que toi de finir en statistique favorable (tes efforts et ton sens du travail sont des données non quantifiables). D’autant qu’il avait sûrement aussi une aura relationnelle bien meilleure.

    Et enfin, même si j’aime bien chercher la faille, j’aime surtout ton sens de l’absurde et de la révolte. Je pense le partager, mon parcours m’ayant conduit à toucher du doigt les mêmes situations en d’autres endroits.

    Bon courage, bonne continuation nairobistique. Et n’abandonne pas!

    • Yep, vous avez tous les 2 raisons, et j’avoue ne pas avoir pensé à cette explication pourtant évidente du quota de « réussite » 🙂 ^^

      Mais c’est clair que sur ce sujet (la formation continue et le reclassement professionnel) je referai un article 🙂

      @frekileu:
      Toutes mes excuses Môssieur, je me suis contentée de piocher dans les réserves on line du Daily Star ^^

      Le Livre des Ruses m’avait en effet ouverte bien des portes, mais comme malgré ma forte tête, propension à l’agressivité et de nombreux aspects anti-légalistes, je continue à respecter quelques principes euh…. éthiques on va dire. Donc, même si je fignole chacun de mes CV désormais en changeant et « orientant » les informations délivrées sur ceux-ci, je me vois mal inventer de toutes pièces un diplôme/un boulot. ^^

      @Soreine:
      Ceci dit, j’ai plein de pistes d’emploi si je veux faire dans l »auto-entreprise », mais quitte à le faire, je préfère rester sur des projets qui me tiennent véritablement à cœur et revenir à mes anciennes amours créatives plutôt que de me ruer dans nouveau secteur de l’escroquerie organisée, en pleine expansion, qu’est le « coaching ». Rhoooooooooo! Merci toi, ça me donne une nouvelle idée d’article d’ailleurs (et là, on ira dans le vraiment, vraiment … euh…. particulier hein, et, encore une fois, je jure sur le code pénal/l’honneur/la Bible/le Coran/et tous les esprits des eaux et forêts que je n’invente RIEN, que tout, absolument tout, est réel. Oo)

      Anyway, je n’abandonne et n’abandonnerai pas; d’ailleurs, et quoique non, je n’ai à ce jour toujours pas de boulot, ma vie nairobistique (et ouais, ton option côté suffixe me botte, et d’ailleurs pourquoi pas?) côté CDI est tout de même nettement plus satisfaisante que ma vie hexagonalo-parisienne (… ouais, là aussi va falloir que je ponde un truc 🙂 )

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