Miroir aux alouettes


Inconnu, Inconnue, NON, je n’ai pas été incarcérée par la FBI parce que je suis une dangereuse terroriste qui menace le Monde de la création et surtout les pactoles des trusts de production audiovisuelle.

Au lieu de cela, le Père Noël m’a offert un cadeau de la balle qui tue pour le mois de décembre : un job, contre rémunération, avec un contrat et tout ! Incroyable ! Un petit contrat d’un mois, kit tout compris 12H-de-taf-par-jour-mais-on-est-trop-content-de-les-faire-même-si-en-fait-on-n’a-ni-sécu-ni-assurance-ni-cotisations-et-un-salaire-tellement-bas-que-les-kenyans-compétents-n’en-n’ont-pas-voulu. (tant mieux, comme ça c’est moi qui l’ai eu ^^)

Je pourrais donc m’éloigner de mon sujet préféré et vous raconter combien c’était cool de resauter à pieds joints dans l’HP* et accomplir en un peu plus de 3 semaines ce qu’un connard n’avait pas fait en 3 mois ½. (mais je ne dois pas en dire du mal : après tout, c’est grâce au fait qu’il soit un Branleur majuscule parfaitement incompétent et confit dans sa petitesse méprisante et l’autosatisfaction que j’ai eu ce boulot. Bin oui, s’il avait fait son taf, il en aurait faite une, d’Evaluation des Besoins, et je n’aurais donc jamais eu le poste puisqu’il n’aurait jamais été ouvert.)

Ou me la jouer « cow-boy-nan-mais-moi-tu-vois-je-ne-raconte-jamais-mon-vécu-sur-le-Terrain-parce-que-je-ne-veux-pas-jeter-un-froid », parce que le bled sympathique où j’ai donc bossé se trouve être une sorte de point névralgique pour observer la détérioration du contexte sécuritaire kenyan et que ça ferait tâche et un peu contradictoire avec mon dernier article (m’en fous j’assume. Plus encore, j’affirme que cela n’a pas grand-chose à voir), tout en glissant subrepticement avec un soupir de lassitude amusée que j’ai encore été demandée en mariage (« Madam, I dare ask it to you because really your’re quite hallal for a muzungu – une Blanche-»).

Mais non.

Le fait est qu’aujourd’hui, encore et toujours, je me retrouve à chercher du taf, et qu’aujourd’hui plus encore qu’hier j’ai de gros doutes sur mon futur professionnel au Kenya. (pas que j’ai remarqué un changement profond dans le marché du travail dans notre beau pays de France qui m’inciterait à quitter mon Barbu, le soleil et la douceur de vivre à Nairobi hein. Rho là là non.)

Voyez-vous, dans le bucolique pays des HP*, Nairobi est un peu, au choix, comme une espèce de Saint Graal, ou un cimetière d’éléphants :

Le Saint Graal parce que c’est un endroit où, certes, vous œuvrez toujours pour « le Bien de l’Humanité » avec un grand H, mais où vous le faites avec l’eau courante, l’électricité, une alimentation variée et riche en fruits et légumes comme en viande, une maison avec télé par câble et Internet à presque haut débit, votre famille autour de vous sans que ce soit un motif de non recrutement et un salaire le plus souvent « indécent ». Et où, en plus, les contrats ne durent p    as 3 ou 6 mois mais en général entre 1 et 5 ans, ce qui est aussi inespéré dans l’HP que, disons, la décence la plus élémentaire pour Nadine Morano.

Un cimetière d’éléphants parce que les postes offerts, presqu’exclusivement des postes de chefs du monde de l’HP* en Afrique, voire au Moyen Orient, ne sont « espérables » qu’après plus de 10 ans d’expérience minimum dans LE même type de profil de poste ; parce que le travail sur le terrain et non pas plongé dans des tableaux Xcel ou des rapports bailleurs devant un bureau se compte en  jours si ce n’est en heures annuelles.

Ça, je le savais avant de venir.

Ce que je ne savais pas avant de travailler le mois dernier, c’est le contexte « local » de cet état de fait.

Et cette raison me titille les neurones grave. Aussi, en ces temps préélectoraux tout aussi bien hexagonaux que kenyans (pi américains aussi, et tout plein d’autres d’ailleurs), je m’en vais explorer rien qu’un petit peu le thème magique et toujours fédérateur de la préférence nationale.

We nid you! (et les autres on les jette.Parce que.)

Voyez-vous, le gouvernement kenyan a beaucoup de points communs dans son droit économique et son droit de la nationalité avec les abysses bleus marines qui hypnotisent tant de nos compatriotes.

C’est d’ailleurs loin d’être le seul pays africain à avoir un Droit de la Nationalité ridiculement restrictif et franchement saumâtre : un Droit où seul le Droit du Sang prévaut, et encore seulement par le père (votre mère peut être kenyane, si votre père non, vous ne le serez pas…), un Droit de la Nationalité où le mariage n’ouvre pas droit à la naturalisation, où, malgré un fort lobbying depuis plusieurs années, la double-nationalité est toujours interdite, et où la naturalisation est presque toujours refusée dans les faits, même si celle-ci est assurée dans la Constitution.

Ainsi, les populations d’origine indienne, présentes depuis tant de siècles et en si grand nombre que la culture indienne fait partie intégrante de la vie quotidienne kenyane, notamment dans l’alimentation la plus quotidienne, n’ont et n’auront jamais la nationalité kenyane. Tant pis qu’ils soient nés au Kenya, ainsi que leurs parents, les parents de leurs parents, les parents de leurs grands-parents, les parents de leurs arrières grands-parents….

Par contre, si un Droit de la Nationalité aussi restrictif et ancré dans le jus sanguinis est relativement courant sur le continent africain, je n’avais encore jamais été confrontée à un Droit économique et un Droit du Travail aussi protectionniste et xénophobe ailleurs en Afrique.

Par exemple, si vous êtes étranger, vous aurez, ce quelque soit le montant de votre revenu mensuel et le nombre de personnes qui dépendent du dit revenu, 33% de votre salaire prélevé (directement à la source. Ça, par contre, c’est chouette ! C’est décidemment un truc que notre cher Hexagone devrait songer à mettre en œuvre vite fait, histoire de permettre aux si nombreux citoyens qui ont des revenus changeants d’un mois sur l’autre et à fortiori plus encore d’une année sur l’autre de ne se pas retrouver en permanence dans des situations ubuesques et pour le moins dramatiques financièrement parlant. Rigolo, jamais personne n’a jamais évoqué la relation directe du principe « année+1/temps t+ 3 mois » inhérente aux impôts et aux aides sociales avec le phénomène des « vilains-pauvres-glandeurs-qui-vivent-sur-le-dos-des-contribuables »…. Alors que cela explique de nombreux cas où X préfère garder un peu plus longtemps ses assedics/ses allocs et refuser un CDD, ou encore où Y préfère ne pas demander les aides auxquelles il/elle a droit parce qu’il/elle sait avoir un contrat de x semaines d    ans z semaines et ne veut pas se retrouver obligé à rembourser les sommes perçues après ce contrat, quand il/elle aura déjà du mal alors à bouffer autre chose que du pain sec. M’enfin j’dis ça j’dis rien hein…)

Bon, vous me direz, vu l’échelle des salaires de la plupart des expatriés présents sur le territoire, on va pas pleurer.

Ouais, clair.

Mais continuons, pour voir…

Pour bosser, normal, il faut un permis de travail. Jusque là cela paraît plus que légitime. Quand, par contre, vous trouvez un boulot, et que votre employeur (qu’il s’agisse d’un gros trust ou d’une ONG, pour une fois cela ne change rien) vous fait signer un contrat, là, par contre, cela devient limite ésotérique : les délais d’obtention vont de 3 mois à….. Plusieurs années. Bien sûr, tant que vous n’avez pas le fichu permis de travail, vous ne pouvez, légalement, pas bosser. N’est-ce pas.

C’est que l’obtention de ce petit papier est assujettie à ce que notre cher et beau pays a mis en œuvre depuis quelques années sous le parrainage bienveillant d’Hortefeux/Guéant et consorts : la préférence nationale à l’embauche.

En clair, ici, cela signifie que si vous n’êtes pas kenyan, et à fortiori si vous êtes Blanc, vous n’avez pas de DROIT d’occuper un poste non qualifié. Ouais, c’est comme ça : le Kenya, t’es riche ou tu le quittes. Cela signifie aussi que pour chaque emploi qualifié, l’employeur devra justifier, comme chez nous déjà, qu’il n’a « pas été possible de trouver un Kenyan/Français avec les compétences requises pour le poste ».

D’ailleurs, en ce qui concerne le chouca secteur d’activité de l’HP*, il est expressément stipulé dans la Loi afférente aux ONG qu’une ONG, quelle que soit l’ampleur de ses programmes au Kenya, ne peut employer plus de 3 travailleurs expatriés….

Par ailleurs, le Kenya mène avec succès une politique protectionniste en matière commerciale, taxant les produits d’importation à la hussarde.

Bon. Bien. Et alors ?

Et alors, lorsque j’ai fait remarquer ceci, d’un air, j’en conviens, pas franchement enthousiaste, on m’a demandée avec un air entendu très CQFD-chouchoute, si « cela ne serait pas la raison grâce à laquelle le Kenya est développé. »

Certes, le Kenya et la France sont des pays très différents, avec un niveau de vie globale, une espérance de vie et une économie itou.

Mais quand même, la similitude en termes de « solution à la crise » proposées et mises en oeuvre mérite que l’on s’y arrête : puisque la « solution » à peu près tout est la préférence nationale, voyons un peu les glorieux résultats qu’une telle politique apporte, non pas au Kenya, mais aux Kenyans.

Une politique aussi coercitive en matière de préférence nationale à l’embauche, par exemple, a-t-elle fait disparaître le chômage ? Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhh, bin non : le taux de chômage avoisine actuellement les 40% ! (ouais, quand même).

En ce qui concerne le truc un peu à part des ONG, est-ce que le fier « refus de tout néo-colonialisme », celui-ci étant censé s’incarner dans la présence d’expatriés (qui, au passage, ne sont pas forcément anglais/français/amerloques, mais souvent péruviens/togolais/cambodgiens/colombiens, ce qui nous éloigne un peu de l’archétype de Tintin en Afrique, mais bon) aboutit à une amélioration de l’action humanitaire, une meilleure réponse aux besoins et une indépendance de l’aide ? ….. Oups. Non, répondre à cela, ce serait un article à soi tout seul…. Mais la réponse est non, foutre non et putain de non !

Mais, vous direz-vous, au moins, avec la taxation à l’importation, au moins, les Kenyans mangent kenyan et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ce que je vois, moi, c’est que ça ne marche pas.

Si les biens alimentaires « de luxe » (fruits et légumes, épices –alors que celles-ci ne sont que très anecdotiquement produits au Kenya-, viande) sont remarquablement peu chers –pour ma bourse ou la votre bien sûr-, en tous cas bien moins onéreux qu’en France, les produits alimentaires de base, ceux mangés par la totalité de la population kenyane, ce qui forme l’essentiel de l’alimentation des gens qui n’appartiennent pas aux populations urbaines de classe moyenne, c’est-à-dire le maïs, le manioc, les haricots, l’huile et le sucre, atteignent des prix exorbitants pour la population kenyane hors cadres, ce d’autant lus que ce sont les premiers produits à refléter l’inflation incessante.

Tout ça pour dire –de manière un peu décousue, pas très analytique et avec une légèreté assumée dans les données j’en conviens-, qu’espérer résoudre les problèmes d’une société en la refermant sur elle-même, ou ce qu’elle prétend être elle-même sur un archétype historique fallacieux, ce n’est pas seulement insupportable imbitable gerbatif questionnable du point de vue éthique et moral, c’est juste con car

                                                        totalement inefficace.

Alors:

Ne croyez

pas au

miroir aux

alouettes

de la

préférence

nationale

et tout ce

qui va avec.

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4 Réponses to “Miroir aux alouettes”

  1. Lu avec grand intérêt de découverte d’un monde incvonnu pour moi et surtout heureux que tu aies pu sortir de chez toi et curieux de savoir quel job t’était « offert »
    Je te reste proche en pensée positive.
    Cricou

  2. Greetings amigo! I absolutely agree with your thoughts.

  3. lazarille Says:

    Toi aussi tu publies les Spam… j’ai fait, mais j’y répondais, c’est encore mucho mehr fun.
    @cialis : me too, let’s ask to the beardman if he agrees although.

    c’est trés intéressant ce que tu dis. La faim dans le monde est purement politique. L’aide n’est pas responsable en elle-mème selon moi. En fait c’est plus complexe, c’est seulement que l’aide intervient dans un contexte donné comme compensation.
    Le contexte initial contient les vraies causes des problèmes.
    l’aide en compensant une partie des effets de ces causes, leur permet de perdurer, et finit par installer une sorte d’économie, écologie, qui est liée à sa présence.
    Supprimer l’aide ne supprimerait pas les causes mais elles les ferait mieux apparaitre, éventuellement en maximisant leurs effets, ce qui permettraient peut-etre de leur trouver une solution, comme on meurt guéri.

    • @Cricou: merci de continuer à me suivre 🙂

      @Lazarrille: Bienvenue ici, et merci pour tes nombreuses lectures & comm’. 😀 😀
      Yep, on pourrait parler de l’économie de l’humanitaire, (anyway j’y reviendrai, HP oblige), mais …. je ne vois pas trop le rapport avec cet article en l’occurence. (D’ailleurs, le Kenya n’a absolument pas supprimer la possibilité d’aide internationale sur son territoire: comme tout le reste, il l’a encadré à la « brunâtre », et comme moi mon secteur, c’est celui-là, je me suis donc appuyée dessus. ) Je voulais juste « montrer par A+B » que la nationalisme+protectionnisme cher à tant de politiques actuelles en France ou ailleurs, cela ne marche pas. Que ce n’est pas en freinant l’embauche des étrangers qu’on relance l’économie et fait disparaître le chômage, entres autres.

      Ah, pendant que j’y suis: yes et plus que yes, tu as raison, il en de la recherche d’emploi comme du reste en matière de « je pense l’herbe est + verte ailleurs ». Mais, en même temps, et à moins que je ne surestime gravement mes productions bloguesques, la lecture de ce tit blog du début à la fin devrait montrer que non, je ne réponds pas à ce schéma ^^ en ce qui concerne la Quête de Taf 🙂

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