Joyeux Anniversaire


 

Il est temps de revenir à mes moutons : le CDI*.

Si j’ai délaissé ces pages depuis plusieurs mois, c’est que quelque soit le sujet auquel je tentais de m’atteler chères/ers Inconnues/us, je ne parvenais pas à prendre ce ton de blog-à-la-con-on-s’amuse-on-rigole.

mmm

Cette fois-ci, clairement, non plus.

mmm

Tant pis. Voyez-vous très chers/ères, on peut toujours rigoler, ne pas réussir à travailler, enchaîner les refus, ce n’est pas super fandard.

En ce qui me concerne, c’est aux abords de mon anniversaire que la coupe du désespoir et de l’auto-flagellation atteint son paroxysme.

Genre, maintenant par exemple.

mmm

Cela a commencé lors de ce fatidique passage des 30 ans : big teuf avec tous mes potes, ça aurait du être super funky. Cela été une des pires soirées de ma vie, avec tous ces gens qui me disaient, séries-magazines-bouquins à la con oblige, que j’étais une super chanceuse, car moi, j’étais en couple et en plus j’avais un gnome, youpie, ô quel accomplissement, quelle fierté, quel…. Eux qui étaient toutes et tous déjà engagés dans une vie professionnelle, certains/es plutôt brillamment.

Moi, la seule chose à laquelle je pensais, c’était qu’à 30 ans sonnés, j’étais toujours chômeuse, malgré toutes mes tentatives, tous mes efforts, tous mes projets.

mmmm

Bientôt, 6 ans de plus seront passés depuis cette soirée de folie que j’avais finie prostrée dans mon lit à chialer comme une baleine échouée.

mmm

36 ans.

mmm

Même si ma dernière expérience professionnelle (car, ô miracle, ô joie ineffable, j’ai eu le bonheur de bosser… 2 mois et demi durant l’année qui vient de s’écouler. Allégresse) m’a fait comprendre que dans certains contextes de merde j’étais encore considérée comme jeune puisque mes quasi centenaires collègues ont pris la liberté de m’appeler « bébé » tout comme d’ailleurs le seul autre membre de l’équipe à avoir moins de 60 ans (il en avait quand même 45 hein, et lui aussi était désigné sous le charmant surnom de « bébé ». Ambiance…), il s’avère que, normalement, à 36 ans, on commence plus à penser à une future retraite qu’à parvenir à entamer une carrière, voire plus modestement à décrocher un contrat de quoi que ce soit pour n’importe quel salaire.

mmm

A de très rares exceptions près, on ne parle du chômage que sous l’angle économique. Lequel, très clairement, est en effet primordial, car, malgré mon inappétence à la surconsommation, pose régulièrement des questions pas du tout angoissantes…

Mais, du moins en ce qui me concerne, ce n’est pas l’élément central.

mmmm

Quand j’étais petite, quand j’étais lycéenne puis étudiante, je ne me suis jamais projetée autrement qu’en quelqu’une agissant, ayant un rôle dans la société.

Entendons-nous bien, je ne parle pas de fantasmes de Prix Nobel ou de renommée quelconque. Je parle du fait que dans mon esprit, comme dans celui de la totalité de mes philosophes et intellectuels admirés ainsi que dans la majorité des membres de notre société occidentale d’ailleurs, on ne compte, on n’a de valeur, que si l’on FAIT quelque chose. Une certaine Simone de Beauvoir résume parfaitement ma pensée en disant que « Chaque fois que la transcendance retombe en immanence il y a dégradation de l’existence en « en soi », de la liberté à la facticité; cette chute est une faute morale si elle est consentie par le sujet; elle prend la figure d’une frustration et d’une oppression; elle est dans les deux cas un mal absolu. »

(et non je ne suis pas prout. Dire, ou en l’occurrence citer quelqu’un pour dire ce que l’on ressent par le biais d’un langage conceptuel permet une distance presqu’aussi efficace que l’humour, et vu que je n’ai pas envie de morver sur mon clavier hein….)

 mmmmmm

Qu’est-ce que c’est, être Chômeur/euse à Durée Indéterminée ?

mmmm

Une fois passé/repassé/enterré le sentiment d’injustice, l’incompréhension, s’installe une série d’évidences face auxquels les images/powerpoints tout plein de bons sentiments et d’optimisme indéfectible ne font carrément pas le poids.

Voilà la Voie de La Sagesse, autrement appelée Méthode Coué...

Evidence 1 :

Si je ne bosse pas, c’est de MA faute. Les premiers mois, les premières années, tu cherches donc quelle est ta faute : que ne fais-tu pas, que fais-tu qui est la cause de ce chômage ? Passé ce laps de temps, il ne te reste plus que ces conclusions :

Evidence 2 :

Tu es : con/ne, incapable de, inintéressant/e. Tu es JUSTE UNE MERDE.

Le problème, donc, c’est CE QUE TU ES.

Evidence 3 :

Tu es INUTILE. Tu ne sers à rien.

Evidence 4 :

A 30/35/X ans, tu vis encore aux crochets de la société/tes parents/ta famille/ ton mec/ta nana. Tu n’es pas un adulte, tu es DEPENDANT.

Evidence 5 :

PERSONNE NE VEUT DE TOI, à commencer par la Société : d’ailleurs, vient le moment charmant où tu n’as plus aucun droit à la sécu ni à aucune aide. (Bon, moi, encore une fois, je suis « atypique » : je n’ai JAMAIS eu droit à aucune aide, aucune assedic, et avec mes tendances fâcheuses à l’expatriation, je n’ai pas non plus accès à la CMU depuis que j’ai perdu mes droits sécu. Mais non, voyons, la société ne me considère pas comme de la sous-merde, tout ça n’est que dans mon esprit, je dois po-si-ti-ver. …)

Evidence 6 :

A moins que tu n’accumules les pas-de-chance-dans-la-vie/les tares innées, tu n’es pas seul/e.

D’ailleurs, dans le cas contraire, tu es relativement vite à la rue, et à plus longue échéance dans une fosse commune.

Tu n’es pas seule/l, donc. Tu as une famille, des parents par exemple.

Là, deux options :

–          Ta famille te conspue à chaque fois qu’ils te voient. Tu es la fille/le fils honnie/i. S’ils ne sont pas miséreux, ils t’aident régulièrement,  et te le rappellent quasi quotidiennement histoire que tu ne risques pas d’oublier à quel point tu n’es qu’un étron fumant.

–          Tes parents culpabilisent. Ils ne te le disent pas frontalement, ou alors pas souvent, mais le fait est là. Si tu n’es qu’un/e bougre/esse ayant échoué dans l’accession à la vie active, c’est qu’ils n’ont pas fait ce qu’il fallait. Ils ont été trop permissifs/idéalistes/sévères/trop quelque chose/pas assez.

Dans ce deuxième cas (quoiqu’évidemment personne ne préfère la première option), à ta culpabilité et ton sentiment de nullitude permanents s’ajoute le sentiment destiné à enrichir les psys (oups ! tu n’as pas de thune, tu ne peux donc pas aller en thérapie. M’enfin !) que tu es également responsable du sentiment de culpabilité, voire d’avoir raté leur vie, de tes géniteurs. Si, en plus, tu admires les dits géniteurs, c’est top moumoute, tu atteins les sommets des sentiments d’être l’incarnation même de la basse fosse d’aisance.

Tu peux aussi avoir, ou mieux encore, ajouter une variante : tu es en couple et ta moitié ressent, à tord ou à raison peu importe, la même chose que tes parents.

MMMM

Conclusion : tu es SOURCE DE SOUFFRANCE POUR CEUX QUE TU AIMES ET QUI T’AIMENT.

MMMM

Voilà, en gros, le sentiment de tout vrai CDI* (les autres, ceux et celles qui ont choisi de ne pas travailler, ne rentrent pas dans cette catégorie. Mais ils/elles sont les premiers/ères à fuir le/a CDI*….)

mmmm

Voilà ce que je ressens, en permanence durant le mois béni de mon anniversaire : je suis 100% responsable de ma situation, je ne suis qu’une merde dépendante dont personne ne veut et qui pour couronner le tout est source de souffrance pour les péquins obtus qui persistent à m’aimer.

Bon anniversaire !

En voilà qui ont parfaitement compris le sentiment qui m’habite…..

mmmmm

PS : promis, la prochaine fois ça sera rigolo pouet pouet. Amen.

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