Tout va très bien Madame la Marquise


Salut Inconnu/Inconnue.

Christmas time !!! Visiblement, marigot de guirlandes rouges, vertes et ors et pénible tâche de remplir la hotte sans en avoir les moyens sont largement mondialisés. Du moins, kenyanisé.

Yep ! Car décembre à Nairobi, c’est ça : les centres commerciaux, principal lieu de sociabilisation pour la minorité l’ensemble de la population ne vivant pas dans les bidonvilles, se remplissent de déco surchargée avec plus encore d’enthousiasme et de fioritures que sur les Champs Elysées, et l’on voit un peu partout des Pères Noël noirs  à barbe blanche bien raide accueillir les petits n’enfants sur leurs genoux pour faire des photos dignes d’un Tumbl’r américain devant leur « grotte-chalet suisse », le tout baignant dans les chants de Noël à la Dickens, souvent exécutés en live par des chorales composées de Kenyans d’âge divers et variés en uniforme divers et variés (ouais, encore). Les marchés de Noël se multiplient un peu partout au milieu de la luxuriance végétale tropicale…. Bref, je regrette ardemment l’interdiction formelle de prendre toute photo dans un centre commercial, vous auriez pu dans le cas contraire toucher du doigt le côté surréaliste de la chose.

Noël à Nairobi ça aurait pu être ça...

Noël à Nairobi ça aurait pu être ça…

Mais c'est définitivement ça puissance 10 (source dosima.org)

Mais c’est définitivement ça puissance 10 (source dosima.org)

 

 

 

 

 

 

 

 

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Noël, c’est beau, c’est mignon, c’est le Moment de Paix Universel patati patata. Est-ce pour cela que, contrairement à l’an dernier, personne ou presque, ni parmi les ONGs, ni dans les ambassades, gros trusts ou structures officielles, personne ne semble s’inquiéter de la montée de la tension politique à Nairobi ?

Nan, je ne veux pas dire que ça sent direct la guerre civile, mais j’avoue que la différence en termes d’équation risque réel/ réaction entre ce mois de décembre 2012 et les mois d’octobre à décembre 2011 me laisse songeuse….

 L’an dernier : 1 enlèvement/assassinat d’une française ultra médiatisé, et 2 grenades lancées à Nairobi, moins de 10 morts, le tout exclusivement dans des zones attenantes au système tellement « exotique » des matatus, qui, or le fait de susciter le marketing de nombres d’autocollants caustiques pour les touristes et expats (genre « Be aware, I’ve been matatu driver ! » et autres « I’ve been in matatu and I survived ! »), ont la particularité de n’être pratiquement pas fréquenté par les riches, les officiels, les expatriés.

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S’en était ensuivi des mesures de couvre-feu et d’interdiction de mouvements en cascade de l’ensemble des Ambassades occidentales, des entreprises internationales, et, plus grand guignolesque encore, de nombreuses ONGs internationales.

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Cette année, rien.

Pourtant, comment dire….

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Brossons un peu le tableau. Le Kenya fait figure pour beaucoup de modèle parmi l’Afrique post-coloniale, tant au point de vue économique que social et politique, ayant la particularité de n’avoir connu aucune explosion de violence de son accès à l’indépendance si l’on ne compte pas les conflits fonciers inter claniques des provinces du nord… aux dernières élections présidentielles, soit fin 2007. Le candidat de l’opposition contesta avec raison les résultats du vainqueur, et le pays connut durant les mois qui suivirent des successions d’émeutes mâtinées de chasse ethnique. Bilan, entre 1 200 et 2 500 morts, 250 000 déplacés (vous remarquerez que comme souvent, on ne comptabilise ni les viols ni les pillages), puis, comme souvent dans ces cas là, un gouvernement mixte mêlant avec plus ou moins de bonheur les deux camps criminels de guerre politiques.

Après s’être étonnés, les analystes se sont étendus pour expliquer doctement que la crise était, bien sûr, prévisible.

Par ailleurs, les Kenyans, eux, ont l’air 5 ans après de ne toujours pas s’en être remis. Je ne parle pas des conséquences économiques, je parle du fait que l’ensemble des Kenyans avec qui j’ai parlé en un an et demi ont TOUS exprimé de la peur, avec le même sentiment de surprise absolue que les Américains après le 11/09, et avec autant de terreur absolue. La « société civile » (arrrrrrrrrrrrrrrrgh, le charme des ONGismes !), le milieu artistique, tout le monde s’est mobilisé pour la « restauration de la paix nationale ». Une constitution clairement plus démocratique a été votée par référendum fin 2010. Plus encore, très vite, un processus de justice pour les crimes commis a été mis en place par la CPI, et 6 des meneurs des violences assignés à comparaître pour crime contre l’humanité le 8 mars 2011. (ils ne sont actuellement plus que 4)

Le processus, comme toujours en ce cas là, est long et donc toujours en cours.

Là où ça devient rigolo, c’est quand l’on constate les points suivants :

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Des candidats plus démocrates-tu-meurs

  • Sur les 5 candidats aux prochaines élections présidentielles kenyanes…. 2 au moins sont concernés directement par le procès en cours à la CPI (sans compter un troisième, non candidat mais qui s’est allié à l’un des 2 en échange d’un poste de 1er ministre). La cinquième fait vraiment figure d’exception, puisque non seulement elle n’est pas suspectée de crimes contre l’humanité, mais elle est une femme, et, ô hallucination, plutôt socialo (entendons, en faveur de programmes sociaux, et rétive à l’ultra libéralisation).

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L'un des deux favoris, donc (spécialement à Nairobi): Uhuru Kenyatta, ci-dessus durant sa première comparution devant le tribunal de la CPI, le 8 avril 2011). Sa récente alliance avec William uto, lui aussi mis en accusation par la CPI, mais pour l'un des camps adverses, est considérée comme la "Meilleure chance pour la prévention de nouvelles violences" (dixit l'East African, le journal le plus sérieux de l'Afrique de l'Est)....

L’un des deux favoris, donc (spécialement à Nairobi): Uhuru Kenyatta, ci-dessus durant sa première comparution devant le tribunal de la CPI, le 8 avril 2011). Sa récente alliance avec William Uto, lui aussi mis en accusation par la CPI, mais pour l’un des camps adverses, est considérée comme la « Meilleure chance pour la prévention de nouvelles violences » (dixit l’East African, le journal le plus sérieux de l’Afrique de l’Est)….

Raila Odinga, actuel Premier Ministre eyt chef de file du parti d'opposition, l'ODM, ayant tenté de faire sa "révolution orange" lors des derières élections (mais non mis en accusation auprès de la CPI, lui). A également fait alliance (avec plus de 10 personnes/partis). Favori pour "Jeune Afrique".

Raila Odinga, actuel Premier Ministre et chef de file du parti d’opposition, l’ODM, ayant tenté de faire sa « révolution orange » lors des dernières élections (mais non mis en accusation auprès de la CPI, lui). A également fait alliance (avec plus de 10 personnes/partis). Favori pour « Jeune Afrique ».

Peter Kenneth. La presse oscille entre le panégérique fan de d'ultra-libéralisme (le Sieur est un gros PDG d'entreprise, dont le seul programme consiste à déclarer qu'il fera du Kenya ce qu'il a fait de son trust), et relayer les bagarres de chiffonnier racisto-nationaliste entre lui et Uhuru.

Peter Kenneth. La presse oscille entre le panégérique fan de d’ultra-libéralisme (le Sieur est un gros PDG d’entreprise, dont le seul programme consiste à déclarer qu’il fera du Kenya ce qu’il a fait de son trust), et relayer les bagarres de chiffonnier racisto-nationaliste entre lui et Uhuru.

James ole Kiyiapi. Le seul candidat au parcours d'homme politique qui n'ait pas de mise en accusation internationale sur le dos. Etait jusqu'à la campagne Ministre de l'Education.

James ole Kiyiapi. Le seul candidat au parcours d’homme politique qui n’ait pas de mise en accusation internationale sur le dos. Le seul également, avec l’unique candidatE, à avoir refusé toute alliance « car cela amoindrirait les gains démocratiques réalisés au kenya » Etait jusqu’à la campagne actuelle Ministre de l’Education.

Martha Karua. Tout le monde s’en fout parce qu’elle est d’un tout petit parti (le NARC) et refuse tout de go toute alliance parce que « 40 millions de kenyans -soit y compris les nourrissons!- vont l’élire présidente »… Elle la seule à avoir un programme différent: « [she’s] the one that is most ideologically different from the rest. It is left to the centre, where the rest lean right, with a strong human-rights agenda. » (East African 14/12/2012).

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  • A Nairobi, les meetings politiques ont commencé, et l’on voit fleurir partout des tee-shirts et chemises rouges, marquant ainsi un soutien pour Uhuru Kenyatta, (allié avec son ancien adversaire durant les tueries de 2008) celui contre qui les accusations sont les plus sérieuses. Ses futurs votants se comptent d’ailleurs à foison parmi le personnel kenyan des organisations de lutte contre les violations des Droits de l’Homme ou de « peacebuilding » (ouais. Même les organisations francophones utilisent le terme, sans visiblement aucune velléité de franciser la chose), ce qui ne déprime absolument pas les HP* avec qui ils travaillent hein. Le truc hyper funky, c’est que le résultat du procès à la CPI, qui décidera donc si Uhuru est coupable de crimes contre l’humanité ou non, aura lieu APRES les élections présidentielles. No soucy Mc Fly.
Un p'tit rally: à Nairobi comme à Tokyo-New-York,-Berlin-Paris, c'est toujours joli.... (source kenya.rcbowen.com)

Un p’tit rally: à Nairobi comme à Tokyo-New-York,-Berlin-Paris, c’est toujours joli…. (source kenya.rcbowen.com)

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Un processus méga transparent visant à s’assurer que tous les citoyens pourront voter

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Et pendant ce temps, la guerre continue….

  • Bin oui, le Kenya est toujours en guerre contre les vilains al shebaab, aka tentent, avec succès d’ailleurs, de faire croire à leurs compatriotes que leur armée enchaîne succès sur succès, mais, hein, quand même, la guerre est toujours en cours et voilà.

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Des attentats et agressions dont tout le monde se talque

Voilà. Ca, c’est le contexte. OK.

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Dans le même temps, depuis un mois environ, les événements violents politiques s’enchaînent (sans compter, en octobre dernier, l’exécution très « commando style » d’un imam très influent à Mombasa, qui entraina 2 jours de manifs dans tout le pays): d’abord, ce fut une embuscade contre la police kenyane dans les territoires du nord, durant laquelle la bagatelle de 31 policiers fut tués (la presse kenyane s’est alors violemment interrogée, sous la forme qui n’a d’humoristique que pour les français suivante : « que sont donc nos policiers pour qu’on les tire comme des poulets ? ». Sans relation avec le fait précédent, les attentats et émeutes se multiplient à Eastleigh.

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Eastleigh, c’est, comme son nom l’indique, un grand quartier du sud-est de Nairobi, encadré par des zones industrielles. Un quartier pauvre, mais qui est le véritable cœur des échanges dans la capitale, un marché gigantesque à ciel ouvert, avec ses petits quartiers : l’alimentaire frais, l’alimentaire industriel (sodas, eaux minérales, huiles, stocks de pâtes, de sucre etc), les tissus, des fringues à des prix défiant toute concurrence (mais visiblement, quand je dis que, le prix de vente étant inférieur au prix de production, cela ne peut qu’être directement issu de la piraterie organisée somali, j’énerve tout le monde), du mobilier, de la ferraille, etc etc. Un quartier sans aucune route goudronnée, comme si l’on était dans les bidonvilles (et non. Dans les bidonvilles comme Kibera ou Kabete, c’est largement pire), ce qui, vu la pluviométrie locale, équivaut à un marécage de la grandeur d’une ville entière. Un quartier plein de mosquées, et de leurs principaux fidèles : les Somalis.

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Eastleigh, c'est ça.

Eastleigh, c’est ça.

Eastleigh et les fringues: un costard neuf à 20 € ou les charmes de la piraterie… (source migration.ox.ac.uk)

La bouffe et les épices, aussi. Toutes les boutiques sans exception ou presque sont tenues par des somalis.

Eastleigh, c’est aussi la bouffe et les épices. Toutes les boutiques sans exception ou presque, qu’il s’agisse de vendre des quintaux de sucre, des épices en vrac, des tissus, des fringues ou des tables de jardin, sont tenues par des somalis. (source hiraan.com; un journal de la diaspora somalie)

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Eastleigh, c’est  la fois LE quartier somali, et LE quartier commerçant de Nairobi (même si la plupart des expatriés blancs n’y mettent jamais les pieds).

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La Somalie, c’est-à-dire le pays où l’armée kenyanne est en guerre depuis maintenant plus d’un an, sans avoir fait évoluer ses positions depuis plusieurs mois.

A Eastleigh, le 18 novembre dernier, une grenade envoyée dans un bus (les fameux matatus !) avait fait 9 morts et une trentaine de blessés. S’en est ensuivi deux jours d’émeute durant lesquels la population kenyane non somalie a fait le misère aux « vilains terroristes somalis » (qui décidément sont soit très très cons puisqu’ils se visent eux-mêmes, soit innocents des attentats, d’ailleurs non revendiqués. M’enfin bon).

Quelques jours plus tard, une bombe posée dans la rue : un mort et un blessé.

Enfin, le dernier en date à ce jour, vendredi 7 décembre, une grenade fut lancée à la sortie d’une mosquée, tuant cette fois-ci 5 personnes, dont un député, et une petite dizaine blessées.

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Voilàààààààààààààà.

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L’ambiance est donc super übber funky winky détendue smooth et sereine, hein.

Vachement plus que l’an dernier.

Hein, comment cela on dirait plutôt le contraire ?

Je ne vous le fais pas dire.

Mais, cette fois ci, étrangement, aucun communiqué d’aucune ambassade à destination de ses ressortissants pour instaurer un quelconque procédé d’urgence sécuritaire, rien, que dalle, que dchout. Non plus chez les gros trusts, dont les grands cadres pourront tous aller passer les Fêtes dans de somptueux lodges  à 9000 $ la semaine sur la côte, y compris à Lamu.

Comme je suis une vieille anar un peu bas du bulbe, je me dis que bon, cette année, ce ne sont que les pauvres d’un quartier pauvre et musulman qui sont touchés, et que donc on s’en fout. Mais l’an dernier non plus, aucun expatrié, aucun bourgeois n’avait été touché par les 2 ou 3 grenades minables.

Alors ?

La réussite de tout plan d’évacuation ou de sécurisation de ressortissants/employés serait-elle tout bêtement assujettie à 200 % au secret le plus total ? En ce cas, ce pourrait être le pourquoi d’un tel silence.

Non ?

Ou bien ces élites diverses et variées seraient-elles pétries de la certitude niaisement béate de croire que l’un des Marchés les plus fleurissants du continent ne peut absolument pas rebasculer dans la violence ? Ou que taire les risques est le meilleur moyen de conjurer le sort ?

Ou bien tout le monde serait-il simplement con ?

Et, quand si les élections, ou plutôt les post-élections, ne se déroulent pas dans un climat serein et idéalement démocratique, quelques gros pontes expatriés témoigneront-ils de leur surprise, ou bien au contraire de leur Savoir Immense qui leur avait fait prévoir le truc, ou bien encore nieront-ils minimiseront-ils juste les faits ?

Notons tout de même que le degré d’inquiétude des uns (le conglomérat expatrié) est inversement proportionnel à celui des analystes et medias politiques.

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