Elections et réflexions pas si à la con à J-si peu


Evidemment, si tu viens lire cet article plus de quelques heures après sa parution, l’échéance sera obsolète et une bonne partie de mes blablatages me feront passer soit pour une couillonne soit pour une visionnaire soit juste pour quelqu’un qui se tient un peu au courant et qui réfléchit un peu plus d’un quart de seconde.

Là tout de suite là maintenant, nous sommes à J-1 des élections au Kenya.

Élections qui dureront deux jours, et dont les résultats devraient être connus dans la nuit de mercredi à jeudi.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le lundi 4 mars 2013, les Kenyans qui auront eu la volonté d’abord, et la chance ensuite de pouvoir voter (puisque seuls 11 millions d’électeurs sur 18 ont pu s’enregistrer), auront un pain long comme un jour sans sur leur planche citoyenne.

Yep, vu qu’après presqu’un demi-siècle d’indépendance et les dernières élections présidentielles qui ont mené à ce que l’on sait (vive wikipedia) , les Kenyans ont enfin décidé de faire une nouvelle constitution (en 2010, par referendum, avec un taux de participation inédit là-bas (d’ailleurs 71% c’est pas si mal), les autorités on décidé qu’il était temps de l’appliquer, la Constitution.

Celle-ci prévoit un énooooooooooooooorme processus de décentralisation (et une réforme foncière qui soit ne sera pas appliquée, soit provoquera bien des remous ça c’est clair), avec pour but d’enfin donner la parole à tout le monde, aka à toutes les provinces, donc à peu près à tous les peuples formant la nation kenyane.

Plutôt que d’organiser des élections successives, ce qui coûte un peu-beaucoup-à la folie des sous et demande une motivation juste pas concevable de la part des électeurs, ce scrutin unique aboutira donc à l’élection de :

-le président/e de la République

-les députés nationaux

-les gouverneurs provinciaux

-les députés des assemblées provinciales

– les sénateurs

-les représentants des Femmes (ce qui est « marrant » quand on voit la part ridicule proportionnellement parlant des candidatEs aux élections. Passons)

Publié dans le quotidien Daily Nation du mardi 26 Février 2013

Publié dans le quotidien Daily Nation du mardi 26 Février 2013

6 élections d’un coup d’un seul. Rien que ça. Dont cinq sur un seul tour, la présidentielle pouvant tout aussi  bien se jouer en un tour qu’en deux.

L’avenir du Kenya, mais aussi de toute la région, se jouent.

Alors que les Ambassades et autres grosses huiles affichaient un calme olympien quand Nairobi et pas mal des provinces s’embrasaient les 4 derniers mois, depuis début Février c’est l’hallali. D’un seul coup, les points de rassemblement des ressortissants expatriés se couvrent de barrières, les consignes de sécurité se multiplient et les expatriés s’enfoncent comme à leur habitude soit dans un déni catégorique soit dans une angoisse proche de la panique. En général, les premiers sont encore présents à siroter du mauvais Cabernet tandis que les seconds ont sauté dans le premier avion après la fin de l’école (bin vi, les écoles françaises comme anglaises ont des vacances de février).

Vu que je n’ai pas envie de transformer ces pages de rigolmarade (merci Claude) bloguesque en truc sérieux, mais que je me dis qu’apprendre un truc ou deux en traînant en ligne ça peut être chouette, je vous conseille fortement chers/ères Inconnus/es, de cliquer ICI et d’y naviguer un peu partout histoire d’avoir une idée de ce qui est jeu, et de ce qui risque de se passer ou pas.

Pour les flemmards/es qui n’aiment pas ouvrir plein d’onglets (et qui parlent anglais, vu le côté n’importnawak de la traduction simultanée proposée), je remets direct ici  les passages essentiels :

Plutôt que de donner des pronostics, vu que je ne suis toujours pas medium et que de toutes façons, il y a plusieurs scénarios possibles probables (mais pas un où cela se passe sans incident, et pas un non plus où l’on sortirait vraiment des mêmes sempiternels problèmes : en gros, la présidentielle comme partout ailleurs, entre deux candidats, en l’occurrence les deux dinosaures vieux de la vieille un peu caricaturaux, dont un en procès auprès de la Cour Internationale de la Paix pour crimes de guerre), j’ai envie de lâcher dans le vent quelques observations qui me viennent.

1)      Ici comme partout, là-bas, ici : le péril djeune.

Bon. Vu le bordel de la mise en service des nouveaux papiers d’électeurs biométriques, tout plein d’électeurs ne pourront pas voter, OK.

Mais le vilaine curieuse que je suis a remarqué que plusieurs jeunes kenyans, genre très semblables aux jeunes pointés du doigt dans les JT français, vous savez, les vilains qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales parce qu’ils affirment que les politiques-c’est-tous-des-pourris-y-font-rien-pour-moi-keske-j’en-ai-à-foutre, se sont inscrits, cette fois-ci. Des gens éduqués, plus des ados mais encore jeunes, qui n’avaient jamais voté de leur vie avant le référendum de 2010 sur la nouvelle constitution, mais qui veulent qu’on les entende.

Des jeunes qui veulent autre chose que le sempiternel refrain clientélisto-tribalo-mes-choses. Qui veulent qu’on leur parle accès santé, business, boulot. Qui veulent que le pays leur laisse la place d’exister, pas que leur « ethnie » existe mais eux, vraiment eux, sans avoir à attendre que les vieux meurent. Ceux-là affirment haut et fort qu’ils voteront pour Peter Kenneth ou Martha karua, les deux outsiders proposant un truc qui ressemble à un programme.

Peter Kenneth. La presse oscille entre le panégérique fan de d'ultra-libéralisme (le Sieur est un gros PDG d'entreprise, dont le seul programme consiste à déclarer qu'il fera du Kenya ce qu'il a fait de son trust), et relayer les bagarres de chiffonnier racisto-nationaliste entre lui et Uhuru.

Peter Kenneth

Peter Kenneth et Martha Karua, les outsiders aimés par les jeunes éduqués de Nairobi.

et Martha Karua, les outsiders aimés par les jeunes éduqués de Nairobi.

Bon, honnêtement, le poids du nombre laisse peu de chance à ces aspirations de se concrétiser, mais…. Pour moi, ça ressemble à de l’espoir.

2)      Parano visionnaire ?

La CPI. La presse kenyane, tout comme nombre de ses homologues africaines, a du mal à se dépêtrer de l’idée que la Justice Internationale soit autre chose que l’un des nombreux avatars du néo-colonialisme. En gros, le fait que la Cour Pénale Internationale n’inculpe depuis son existence que des Africains (ou presque hein. Il y a notamment des serbes aussi. Mais bon, puisqu’on vous dit que la CPI c’est les vilains Blancs qui agressent les noirs. Si on vous dit) leur pose problème.

Que les dits Africains soient bien en l’occurrence des criminels de guerre d’envergure, que le dernier procureur de la CPI soit également une Africaine (Fatou Bensouda, guinéenne), et, enfin et surtout, que la CPI ne soit que la dernière incarnation d’organismes de Justice Internationale, après, par exemple, le TPI (Tribunal Pénal International) qui lui a bien inculpé des « non-africains » (notamment Milosevic et quelques uns de ses sbires, ou bien encore les hauts dignitaires des khmers rouges) ne semble pas entrer en ligne de compte, non plus le fait que les assignations à la CPI émanent d’Africains aussi.

Bon. Je ne vais pas rentrer dans le débat ici, ce n’est pas le lieu.

Mais…. Certains expatriés semblent avoir la frousse qu’au lieu de s’étriper entre eux, les Kenyans expurgent leurs frustrations diverses, pas mal focalisées sur la CPI en l’occurrence, sur les expatriés, Blancs tout particulièrement.

Perso, je n’ai absolument pas senti quoi que ce soit qui puisse renforcer cette crainte, qui ressemble pour moi bien à de la « parano expat », du genre « je-suis-le-centre-du-monde-donc-c’est-bien-moi-qui-vais-prendre-aaahhhhhhh ».

3)      De l’art de l’affiche et du placardage

Les panneaux électoraux, chez nous, forment le principal lieu d’exposition des affiches électorales. Ici, comment dire….

Les affiches se placardent partout, avec un talent impressionnant côté créativité : sur les murs bien sûr, ce d’autant plus que les habitations sont le plus souvent regroupées en lotissements encadrés de grands murs donnant sur la rue ; mais aussi, sur les arbres, les poteaux électriques, le bitume des routes sur plusieurs mètres d’affilé, les voitures (sur la carrosserie, mais aussi en banderoles flottant en bas du coffre), les toits : en un mot, partout quoi.

Les affiches en elles-mêmes laissent songeur/se sur les raisonnements des conseillers/ères en communication.

D’abord, le fait qu’une bonne moitié des affiches semblent avoir été fait avec un appareil photo jetable par un photographe ayant quelques problèmes de vue.

Ensuite, le fait étrange que nombre de candidats semblent… comment dire…. Avoir un look un peu étrange : une coupe chelou (genre une femme qui garde ses bigoudis. Si si), des habits perroquet style, une tête de gamin (un candidat me fait irrésistiblement penser, par exemple, à l’acteur qui jouait Arnold dans la « fabuleuse » sitcom des années 70 Arnold et Willy).

Certains candidats arborent des poses…. Personnelles : l’un se relève les manches avec un gros sourire, une part non négligeables ne sont pas de face mais de trois quart voire semblent carrément fuir l’objectif, beaucoup affichent une mine d’enterrement (bin vi faut être sérieux quoi)….

A noter, les affiches du NARC, le parti (plus que minoritaire) de la seule candidatE à la présidentielle, Martha Karua, qui présentent non seulement le/la candidat/e, mais aussi le suppléant en arrière-plan.

A mon grand regret, je n’ai pu récupérer plus que deux affiches dans la rue (voui, malgré tout, je n’avais pas trop envie de provoquer un incident : ici comme ailleurs, la sensibilité politique est parfois violente voyez-vous).

Mais elles représentent bien, je trouve, l’étonnement qui peut saisir à les voir.

L'un des deux favoris donc: Raila Odinga, actuel premier ministre et dont plusieurs hauts représentants du parti (l'ODM) sont actuellement en procès à la CPI.Ce n'est pas uune photo, comme vous l'aurez remarqué. Et moi je ne peux m'empêcher de me demander le pourquoi du comment de ce choix. Non mais sérieusement???! Si un expert en communication a une idée sur la question ça m'intéresse! ;)

L’un des deux favoris donc: Raila Odinga, actuel premier ministre et dont plusieurs hauts représentants du parti (l’ODM) sont actuellement en procès à la CPI.
Ce n’est pas une photo, comme vous l’aurez remarqué. Et moi je ne peux m’empêcher de me demander le pourquoi du comment de ce choix. Non mais sérieusement???! Si un expert en communication a une idée sur la question ça m’intéresse! 😉

Dans le registre non mais WTF, il y a, par exemple, ce candidat-là:

017

A Nairobi, en plus des différents scrutins, il a les représentants des « wards », l’équivalent des arrondissements à Paris. Celui où j’habite, Kikeleshwa, est un quartier résidentiel, petit pour Nairobi, principalement habité par la petite bourgeoisie kenyane.
Et, parmi les candidats, il y a lui.
Respect total pour le look (les dreads sont plutôt associés à la délinquance à Nairobi), la pose, et plus particulièrement l’expression uuuuuuuuuultra sympatoche du visage. Non, vraiment, chapeau Oo

4)      Méthode Coué ou signe de paix ?

La paix, contrairement aux idées de celles et ceux qui n’ont pas vécu la guerre autrement que par leur petit écran, ça se travaille.

Le Kenya, les Kenyans ont été traumatisés par les dernières élections, ce d’autant plus que ce furent les premières violences (au niveau national s’entend) que le pays a connu depuis l’Indépendance. La bouche de beaucoup de Kenyans exprime, revendique, crie et invoque le « plus jamais ça ».

Depuis un mois les Kenyans claironnent à qui veut l’entendre que cette fois-ci, tout se passera bien. Qu’il s’agisse d’une tentative pour s’auto-convaincre est bien sûr une possibilité, mais il est indéniable qu’une partie conséquente de la population ne veut pas de violences et se mobilise réellement pour des élections démocratiques sereines.

En effet, sans parler de la si fameuse « communauté internationale », la société kenyane (artistes, « leaders locaux », « société civile », responsables religieux) s’est fortement mobilisée, à tous les niveaux, pour la paix.

Cette semaine ont été organisés beaucoup de festivals pour la sauvegarder, le plus souvent mis en place par la Croix Rouge kenyane, très appréciée par la population et considérée généralement comme neutre politiquement.

Youtube Kenya (qui, ici comme ailleurs, parsème vos errements internautes de pubs diverses et variées) balance non stop depuis un mois cette pub fédératrice en faveur de la paix électorale, ce par la voix du comme toujours méga-populaire monde sportif.

Et puis, pour la première fois depuis toujours, les candidats, qui auparavant se seraient à peine dit bonjour, se sont rejoints lors d’un gigantesque rallye électoral dans le grand parc populaire du centre ville de Nairobi, Uhuru Park, dimanche 24 février dernier. Les charmants lurons ont fait la une de tous les journaux du lendemain après s’être tenu les mains et avoir prié d’une commune voix pour la paix durant et après les élections.

dimanche 24 février 2013, à Uhuru Park, le "festival de pières pur la paix" regroupant tous les candidats en un corps de gentils-bisounours-tous-unis-pour-la-paix: de gauche à droite, Uhura Kenyatta, James Kiyiapi, Peter Kenneth, Raila Odinga, Mohamed Dida et Martha Karua. Source Daily Nation du lundi 25 février 2013.

dimanche 24 février 2013, à Uhuru Park, le « festival de pières pur la paix » regroupant tous les candidats en un corps de gentils-bisounours-tous-unis-pour-la-paix: de gauche à droite, Uhura Kenyatta, James Kiyiapi, Peter Kenneth, Raila Odinga, Mohamed Dida et Martha Karua. Source Daily Nation du lundi 25 février 2013.

OK, ce n’est que du symbole et de la communication.

Mais.

Mais c’est rare, et oui, cela a une valeur et reflète bien quelque chose.

5)      Ragga fever ou comment Doc Gyneco peut aller se rhabiller.

Un dernier truc, qui rend la période électorale étonnamment festive : les candidats ont envoyé durant toute la campagne des camions, voire des chars dans toute la ville.

Non seulement les chars diffusent des discours électoraux, mais aussi et surtout… de la musique. A donf. Genre un petit côté gay pride, avec des dizaines de gens juchés sur les camions et qui chantent, dansent et interpellent les passants.

Ce y compris dans les quartiers de la petite et de la grande bourgeoisie.

Et puis pas n’importe quelle musique : du dancehall, de la house, et surtout du reggae et du ragga.

Or, si les deux premiers genres musicaux font le bonheur des boîtes de nuits branchées fréquentées par la bourgeoisie kenyane et les expatriés, les deux derniers sont la musique, essentiellement, des pauvres, celle qui envahie les taxis et les bidonvilles tentaculaires de la ville.

C’est un peu comme si l’UMP et le PS diffusaient Mafia K’1fri et Sniper en boucle en envoyant des mini-vans avec des amplis de 200 watts dans le 15ème et le 6ème arrondissement.

Pas trop notre truc hein ?

Genre, quand notre ex-président a voulu récupérer les djeunes, il a recruté Doc Gyneco.

Doc Gyneco ouais quand même.

(On ne peut pas dire que cela ait marché pour le Doc hein. Genre ça a foutu un peu définitivement en l’air sa carrière. Bon, OK, il ne rameutait pas franchement les foules dans les doubles zep, mais quand même.)

Ici, bin ça marche. Et non seulement ça marche, mais personne ne trouve à y redire.

Ce ne sont bien sûr que quelques observations, pas une analyse ni des prévisions de quoi que ce soit. Mais, moi et mes idées à la con, je trouve que tout ceci a du sens, et éclaire les élections kenyanes d’une lumière au moins aussi parlante que bien des articles politiques.

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