Mariage et turbulences


Salut toi ô Inconnu/e.

Ces derniers mois, entres autres choses, je me suis mariée.

**** mariage

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Avec le Barbu dont je partage la vie depuis 17 ans et avec qui j’ai eu le gnome.

Ça ne change rien à notre couple.

On a été très heureux de le faire et cette journée a été fidèle à nous-mêmes, aussi étrange, passionnée et foutraque et décalée que notre vie. Youpie.

mmmm

Mon marié à moi était plus souriant, je n'étais pas morte, mais côté décalage ça le valait ;)

Mon marié à moi était plus souriant, je n’étais pas morte, mais côté décalage ça le valait 😉

mmm

Mais comme je ne suis pas devenue Bridget Jones depuis mon dernier article, ce n’est pas du tout de ces aspects des choses dont j’ai envie de parler.

Même si, oui, je vais parler de mariage.

 

Ecris ce que tu fais car c’est ce que tu es

Quand on se marie, un acte de mariage est établi par un représentant de l’Etat. Vous savez, le papier que signent avec des faciès de majordomes empaillés ou de nonnes extatiques les nouveaux mariés, leurs témoins et l’officiant (maire, adjoint/e au maire, capitaine de navire, ambassadeur/ice, consul/e).  Comme tous les actes civils, il a une vie largement plus longue que celles des personnes dont il parle : lui, il existe ad vitam aeternam. (ou du moins tant que les archives subsistent, hein)

Sur celui-ci (comme pour les actes de naissance et de décès) sont indiquées les professions respectives des époux et des témoins.

Pour celles et ceux qui se passionnent pour la généalogie, rien de bien nouveau là-dedans : au fur et à mesure des décennies et des siècles, les actes permettent de voir évoluer les prénoms…. et les professions, c’est-à-dire les raisons sociales, des individus dans un lieu/une famille donnée.

D’aucuns trouveront la chose bien anodine. On s’en fout, non, de ce bout de papier.

Moi, non.

Après tout, il s’agit, même si seulement auprès de l’Etat civil, de choisir un terme pour dire ce que l’on fait dans sa vie, terme qui dira qui vous étiez pour les siècles et les siècles. Amen.

Pourquoi se définir pour l’éternité serait un truc important hein ?

Le fameux acte de mariage ne s’écrit pas au débotté le jour J : il est préparé dès le dépôt de dossier pour la publication des bans. Tu as donc tout le temps de réfléchir à ce que tu vas bien pouvoir écrire à la ligne profession avant de déposer le dit dossier.

Quand on est CDI*,  remplir cette *¤%§ de ligne dans le dossier administratif relève du fantasme raisonné, ou bien d’une résignation absolue.

Les actes civils, d’aujourd’hui comme des siècles passés, indiquent souvent à la ligne profession : « sans activité », plus sobrement encore « sans », et, pour les femmes, « femme au foyer », ou, dans certaines régions (comme la Corse par exemple) : « ménagère »….

***** acte

Marie-Victorine, en cette belle année de 1872 donc, était "sans" profession.

Marie-Victorine, en cette belle année de 1882 donc, était « sans » profession.

« sans »****

Bien. OK.

Allez hop, je peux donc décider de m’affirmer CDI* 100% pur jus pour la postérité et choisir de faire inscrire « sans » à la ligne profession me caractérisant.

Vu que j’ai un utérus et que j’ai eu la décence de l’utiliser pour le bien de l’Humanité/la Société/ma Féminité, j’aurais pu écrire comme mes consœurs passées et contemporaines « femme au foyer».

 

Oui mais non. Pas du tout du tout du tout. Je ne veux pas. Hors de question. Niet.

Oui mais seulement…. Quoi mettre ? Qu’est-ce que je suis, moi, chômeuse chronique à répétition ?

J’aurais bien mis « humaine », mais cela n’ayant pas eu l’air de faire sourire qui que ce soit, je me suis donc pris la tête bien comme il faut pendant une bonne semaine pour décider quelle profession je pouvais bien choisir d’associer à ma petite personne.

Rien, absolument rien, ne me venait à l’esprit. J’ai fait énormément de choses, j’en fais toujours pas mal, mais honnêtement, rien de rémunéré suffisamment présent pour « me définir ».

Paralysie totale.

Alors j’ai laissé tomber : j’ai demandé. Juste à ma mère et ma sœur.

Vu que toutes les deux ont eu la même réponse, je n’ai pas cherché plus loin : je suis donc pour la nuit des temps humains (enfin, des temps des archives françaises) une anthropologue.

Wech.

Peu importe que je n’ai jamais été recrutée (à l’exception de ma glorieuse expérience professionnelle en tant « qu’experte », celle qui se solda par un salaire en faux billets) en tant qu’anthropologue, peu importe qu’aucun anthropologue ne me considérerait son égale, puisque cela ne semble gêner que moi ….

Le truc, c’est que visiblement, la présence de cette ligne « profession » sur tous les actes civils ne semble poser de question qu’à moi : comme si il était non seulement normal, mais juste évident, de définir, de situer quelqu’un uniquement par sa profession. Chez nous, on n’existe que par ce que l’on fait, et personne ne songe même à questionner cet état de fait. Surtout pas les mêmes qui trouvent que « mal vivre son chômage », c’est dans la tête, voire du cinéma limite hystérique (pour une femme hein, parce qu’un homme, voyez-vous, lui, se sent diminué dans sa virilité quand il ne travaille pas) ; du moins quand on n’a pas les dents qui baignent dans la misère évidemment.

…….

Décidément, j’aurais vraiment bien fait inscrire « humaine » sur cette putain de ligne.

 

 

« Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » et vénalité/pragmatisme fiscal

Mes évidents talents d’anthropologue, donc, ont du hiberné, voire s’être cryogénisés durant quelques mois, car j’ai tout bonnement été soufflée par les réactions diverses et variées de certain des membres de la famille et des amis à l’annonce de notre mariage.

Surtout considérant le fait que, d’une part, nous sommes ensemble depuis plus de 17 ans, partageons nos finances, avons un gnome de 12 piges, vivons ensemble ici ou ailleurs, bref, avons depuis belle lurette tous les apanages du couple  marié, et que, d’autre part, fidèles à nous-mêmes et aux contraintes de notre vie au-delà du réel d’HP*, nous avons convolé en justes noces à l’autre bout du monde entourés uniquement de nos témoins et de trois potes dont les agendas avaient fait qu’ils étaient dans le coin le jour J (vi vi vi, sans nos potes de toujours, sans famille, sans nos parents).

Genre on s’en fout un peu des falbalas autour, quoi.

J’avais mésestimé la prégnance et l’ampleur des rêves que les gens mettent dans le mariage : le truc a été bien mené hein, on ne parle que d’amour, de romantisme, de Princesse dont la robe blannnnnnnnche et immaculée serait un artefact quasi sacré issu d’âges immémoriaux (et tant pis si personne ne se mariait en blanc en Europe avant le 19ème siècle hein) qu’en effet, la plupart des gens considère le mariage comme « la fondation de la société/l’union sacrée d’un homme et d’une femme/ le référent absolu pour l’éducation des enfants/l’Amouuuuuuuuuur ».

[Si ça vous rappelle les pseudos débats qui ont agité l’hexagone au grand effarement du reste du monde (ehhhhhhhhhh oui, le « pays des Droits de l’Homme » a été le seul, parmi ceux qui ont intégré l’union institutionnelle de deux personnes de même sexe, où cette intégration a donné lieu à cette résurgence orléanaise d’une société que l’on pouvait penser en voie de disparition si ce n’est appartenant déjà totalement au passé), c’est normal.]

Pour tous ceux là, et même pour la plupart des autres, l’annonce de notre mariage a été l’occasion de désinhiber totalement leur côté fleur bleue : c’était mignon et bien déstabilisant de voir J, jeune fille « androgyne » arborant sans cesse un petit perfecto de cuir et alignant les blagues de cul bien trash sauter partout avec des « hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » et me demandant l’écume aux lèvres et des petits cœurs jaillissant de ses yeux de quelle couleur serait ma robe de mariage et si la coupe était novatrice ou non, et comment je serais coiffée et comment patati patata. Interloquant de recevoir des chèques et félicitations d’avoir « officialisé enfin notre union » d’amis de nos parents, que l’on n’a jamais vus et dont nous ignorions jusqu’au nom. Hallucinant, vraiment, le nombre de « hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ».

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La blonde qui gesticule, ce n'était pas la mariée (moi) mais bien les autres. Strange enought n'est-il pas?

La blonde qui gesticule, ce n’était pas la mariée (moi) mais bien les autres. Strange enought n’est-il pas?

ariage****

Y compris chez les hommes, hein, quoique le hiiiiiiiiiiiiii se transforme souvent en claque dans le dos de mon Barbu, le tout assaisonné d’un gloussement et d’une sortie de type « cool mec, a’y est tu l’as chopée c’est bon ».

  trouver g

A y est tu l'as pécho, a y est tu l'as péchooooooooooooo.

A y est tu l’as pécho, a y est tu l’as péchooooooooooooo.

if mec

Et puis il y a eu les autres, des collègues surtout, dont la réaction était bien méprisante et ironique, à base de « pff bien sûr vous faîtes ça pour les impôts tu m’étonnes », comme si l’on se mariait « pour de faux ».

Le rapport entre les deux ???

Les deux m’escagassent un peu beaucoup : les premiers parce que non, NON, le mariage n’a rien de sacré, le mariage n’est pas « universel », et certainement pas l’incarnation de l’amouuuuuuuuuuuuuuuuuuur. Les seconds parce que ce n’est pas ne pas s’aimer que de se marier « pour des raisons pragmatiques ».

Il y a, parmi tous les « arguments » avancés autour de la Loi Taubira, une vérité absolue qui n’a jamais, à ma connaissance, été énoncée, et qui manque totalement pour comprendre pourquoi, sans l’ombre d’une hésitation, l’union maritale de deux personnes du même sexe ne pouvait être qu’autorisée (à moins, bien sûr, de reconnaître et de revendiquer une vraie homophobie, ou pour être plus précise, de décider qu’une/un homosexuelle/el n’est pas un vrai humain mais un « sous » humain). Le mariage, plus que tout ce qu’il a été, est et sera pour la Loi ou dans le petit cœur romantoc des gens, est le passage obligatoire pour que l’amour et les engagements unissant deux personnes soient reconnus par la société.

Voyez, en ce qui me concerne, l’étude de l’anthropologie m’avait quelque peu fait passer l’envie de me marier un jour : car à la vérité, la « vérité anthropologique » du mariage ou de ce qui en fait office dans les différentes sociétés, c’est qu’il s’agit d’un contrat d’achat, ou ce que l’on achète est une femme et sa capacité reproductrice. Voilà ce que c’est, le mariage. Des droits sur les enfants à naître. Pas d’amour, pas de sacré là-dedans, juste un contrat. Quant à l’aspect « sacrement » pour ceusses qui croient en Dieu (mais vu qu’on parlait de mariage civil, je n’ai pas bien vu le rapport, sans doute que je suis un peu bouchée), la connaissance de l’évolution du dogme catholique et des différentes lectures du Livre lui foutent un bon coup de latte, étant donné que le mariage n’a été institué par l’église catholique, en gros, qu’autour du XIème siècle histoire de mater un peu la Noblesse. Ça ne vend pas forcément du rêve tout ça hein…

Mais à force de m’en prendre plein, plein, mais plein la gueule, à force de remarques humiliantes dans les mairies, de devoir payer des visas ou de ne pas pouvoir bénéficier d’assurance santé, et, summum du summum, rater un contrat car ne pouvant obtenir le visa, tout cela parce que je n’était pas mariée avec mon Barbu….. Voilà.

Au bout d’un moment y’a marre.

Parce que c’est aussi simple que ça. Il n’y a pas que les impôts, mais absolument tout le reste : état civil, visas, droits de résidence, finances, relations aux autorités diverses et variées, prise en compte des compromis et/ou sacrifices faits par l’un/e ou l’autre pour continuer la route à deux, assurances diverses et variées, tout cela n’est reconnu par la société que si l’on passe par la case mariage. Si tu n’es pas mariée/é, tu n’as aucun droit, aucune légitimité : tu resteras hors de la chambre à l’hôpital quand l’amour de ta vie agonisera ; on te demandera si tu es une pute (si si ; ça m’est arrivée deux fois, oui oui, quand même) quand tu renouvelleras tes visas, ou ta demande à la CAF.

Finalement, les deux groupes ont raison, ou plutôt illustrent parfaitement cet aspect des choses : que des gens qui nous connaissent depuis des années puissent penser, et pire, dire, que nous sommes maintenant vraiment en couple, alors que notre vie est ce qu’elle est ; que d’autres affirment que c’est « pour les impôts » (je vous raconterai bien qu’en ce qui nous concerne ça ne change que dalle au schmilblick, mais en fait on s’en fout non ?), tout cela, même les hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii de J and co, reflète cette vérité nue : l’amour entre deux individus n’est reconnu par la société que lorsque ces deux zigs passent devant le maire.

PS: Et pi ça fera toujours (très très très très) plaisir à votre mère. Ou votre belle-mère.

Hiiiiiiiiiiiiii merci mon Dieu, maintenant j'ai réussi ma vie. (Euh.... ??)

Hiiiiiiiiiiiiii merci mon Dieu, maintenant j’ai réussi ma vie. (Euh…. ??)

 

 

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