Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments


Yo bel/le Inconnu/e !

Le « personnel de maison » -comme on dit en politiquement correct- en Afrique. Cela fait longtemps que je pense à écrire un p’tit truc sur le sujet, mais j’hésitais plus qu’un peu car c’est particulièrement propice aux malentendus.

Quand tu dis/découvres que tu as une « bonne » là bas à quelqu’un en France, en gros, tu as au choix trois réactions :

1) « Ah je voiiiiiiiiiis, Mâdââaâme se la pète/est une grosse bourge//pétasse friquée ». (Euh, oui, d’un certain point de vue, enfin peut-être, mais en fait, non, mais de toute façon cela n’a RIEN A VOIR en l’occurrence)

2) « Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, comment c’est trop une vie de rêve sérieux. » (ah ???)

3) « Salope de raciste/néocolonialiste/social traître ». (bin même si non enfin pas totalement, c’est exactement ce que je pense en valeur absolue du fait d’avoir des domestiques, en Afrique ou ailleurs d’ailleurs. Ça complique forcément les choses quand tu en « as » un/e, de domestique.)

Je ne vais donc pas prendre de risque en abordant le sujet et me cantonner à ce que je sais le mieux faire ici : raconter ma life et mes réactions, rien de plus.

Les « domestiques » n’existent plus pas en France et en Occident en général (ou alors dans des sphères tellement huppées/friquées/jet set qu’elles comptent pour du beurre) mais font encore partie intégrante du tissu social urbain de la plupart des pays d’Afrique noire, en tous les cas de la dizaine que je connais.

En France, ils représentaient encore presque 14% de la population active à la fin du XIXème siècle.
***p 174

Si vous regardez bien : les domestiques ne travaillaient pas que pour les grands bourgeois mais bien pour presque toutes les couches de la société et si on calcule, on s’aperçoit qu’en dehors  du secteur industriel et de celui de la force publique, entre 1 famille sur 10 et 1 famille sur 4 employaient au moins un/e domestique.

Si vous regardez bien : les domestiques ne travaillaient pas que pour les grands bourgeois mais bien pour presque toutes les couches de la société et si on calcule, on s’aperçoit qu’en dehors du secteur industriel et de celui de la force publique, entre 1 famille sur 10 et 1 famille sur 4 employaient au moins un/e domestique.

***

Cette catégorie socioprofessionnelle a presque entièrement disparu avec la première guerre mondiale, et on ne la connaît plus en Europe aujourd’hui que sous des représentations nostalgiques d’un passé exotique dans les films à la Ivory ou dans Downtown Abbey.
**capture vestige

Antony Hopkins dans Les vestiges du Jour d'Ivory. #admiration#respect

Antony Hopkins dans Les vestiges du Jour d’Ivory. #admiration#respect

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La joyeuse petite troupe des domestiques de Dowtown Abbey (12 hein quand même, c’est carrément une PME !)

La joyeuse petite troupe des domestiques de Dowtown Abbey (12 hein quand même, c’est carrément une PME !)

ey-servants **

En fait, aujourd’hui, à moins que tu ne t’appelles Kardashian ou le Prince Harry, tu n’as pas de « domestique » : quelqu’un qui, lundi mardi mercredi jeudi vendredi, et (mais jamais quand il s’agit d’ONG internationales) souvent samedi et parfois même le dimanche aussi, arrive chez toi très tôt le matin pour ne repartir que le soir si ce n’est dort sur place, et fait ton ménage tes courses ta bouffe ta lessive ton repassage et tout le reste.

Non.

A l’extrême rigueur, tu auras peut-être une femme de ménage qui passera quelques heures chez toi une fois par semaine, et peut-être même pendant quelques années si besoin est une nourrice puis une baby-sitter, mais c’est tout et encore, ce n’est pas un passage obligé.

Alors qu’en milieu urbain au Burkina Faso, au Sénégal, en RDC, au Kenya, au Zimbabwe, au Gabon, en Ouganda et ailleurs, les domestiques sont omniprésents (et aussi aux Philippines, au Liban, en Inde ou au Mexique et yep, si je n’ai pas réussi à trouver un lien kawaï sur le sujet c’est peut-être bien parce que ça ne l’est pas, kawaï). C’est une estimation à vue de nez, mais je dirais que plus de 90% des expatriés emploient entre un et cinq « personnels de maison » sans compter le ou les gardiens: une bonne évidemment, une nounou pour 99% de celles (et ceux) qui ont un ou des mioches, un jardinier, un ou une cuisinière et un chauffeur.
Le plus souvent, la bonne se charge aussi des tâches de cuisine et des enfants.

Si vous avez vu (ou lu) La Couleur des Sentiments, vous voyez le tableau. Mais pas forcé de la jouer « bonnes noires vs patronnes blanches », ça peut se faire dans toutes les déclinaisons de couleur de peau côté patronnes.

Car, j’ai mis des années à le réaliser, tout le monde emploie des domestiques, pas seulement les Blancs-vilains-néocolons-racistes-et-pire-encore (mais ils existent ça pas de doute !).

En tous les cas, au début tout début (et puis encore longtemps après aussi), ça surprend, déstabilise et met pas top à l’aise.

Après non plus d’ailleurs en ce qui me concerne.

Juste, je vomis le concept côté domestiques (pas besoin d’explication, si ?) et je le refuse tout simplement côté patron.

Parce que j’ai envie d’être chez moi dans ma maison, pouvoir m’engueuler avec qui je veux comme je veux, déprimer ou exploser de rire ou jouir en hurlant quand je veux, traîner à oilpé ou baby doll ou tee-shirt dégueu plein de taches si je veux. Assez étrangement pour un humain vivant en 2014 et ayant un blog, j’affectionne vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup le concept de vie privée (genre je ne parle jamais plus de 2 mn au portable si je suis dans un lieu public par exemple). C’est un truc qui m’a toujours fait halluciner de voir, et pas seulement dans Downtown Abbey, combien les « patrons/nes » qui emploient des domestiques ne semblent pas réaliser et en tous cas se soucier de jouer Secret Story irl dans leur propre maison.

Mais parfois, souvent, on n’a pas le choix : le/la domestique est déjà là.

Cela veut dire qu’il y a quelqu’un qui est chez toi tous les jours, que tu sois absent/e ou sur place, seul/e ou pas, désœuvré/e ou surbooké/e. Ce quelqu’un n’est pas ton ami/e, il/elle n’est pas avec toi chez toi parce qu’il/elle t’aime bien mais parce que c’est son travail et qu’il/elle est payé/e pour cela, même si pas forcément par toi.

Perso, je n’ai jamais été pote avec mes employeurs chez qui je faisais le ménage, et l’eussè-je voulu que ce n’était très clairement pas envisageable au programme. De manière générale, je sais combien tenir des postes peu ou pas qualifiés peut faire subir de situations d’humiliation et quelle est la dose de violence symbolique quotidienne que l’on affronte quand on est personnel considéré comme peu qualifié. En ce qui me concerne, je parle et me conduis de la même manière avec tout le monde quelque soient les circonstances, ce qui a tendance à la fois à me faire haïr de tout plein de monde et me faire des potes chez les clochards et les caissières.

Mais ce n’est pas forcément ultra pertinent dans les relations quotidiennes avec la personne qui est domestique chez toi. Il peut y avoir comme un abîme de mécompréhension on va dire…

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve avec Djibéou au Burkina, Floribert et les mecs, Monsieur Philippe et Florence en RDC, Annie au Zimbabwe et Doris au Kenya, un post pour chacun.

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