Ubu à l’aéroport


 

Mon Inconnu/e,

Peu après que l’on se soit agité et qu’on ait chié fait passer en accéléré un Patriot Act à la sauce camembert  sans que presque personne  (quand même ! ) ne lève un seul sourcil et où si peu d’élus n’aient tenté (et réussi, merci à tous les sus-mis-en-lien) d’amender le truc (sauf les Verts), le tout sans en parler ou presque, on pourrait croire que les frontières du monde entier sont du gruyère, que la Mondialisation avec un grand M a définitivement tout conquis, et que puisque tant de monde en pâtit voit l’impact plus ou moins directement dans sa vie, passer d’un pays à un autre, s’y installer si tant est que l’on passe par les voies légales et que l’on ne soit pas pauvre, communiquer et acheter des produits d’un pays à un autre serait du nanan.

**** gif dalai lama mort de

dalai lama mort de rire devant question con

rire devant question con****

Bon, sérieusement : reprenons les affirmations juste pour voir.

1) Voyager d’un pays à l’autre c’est facile.

1bis) S’installer à l’étranger, ce n’est un problème que lorsqu’on est pauvre/gros hippie/illégal.

Avant de contre-illustrer ces affirmations, je reprécise que tous mes exemples, réels, ne concernent (à une exception près) que des personnes de classe aisée (entre 2000 et 25000 euros par mois pour la famille), dont les séjours multiples en des points éloignés de la planète sont toujours liés à leur parcours professionnel et familial.

Attachez vos ceintures, on plonge encore une fois en Absurdie. Kafka n’a qu’à bien se tenir.

On disait donc : Voyager d’un pays à l’autre c’est facile. S’installer à l’étranger, ce n’est un problème que lorsqu’on est pauvre/gros hippie/illégal.

mmmm

mm

1) C’est moins facile quand tu es Noir.

mmmm

• Je ne suis jamais allée aux Etats Unis de ma vie, mais j’ai remarqué qu’aucune de mes connaissances à la peau blanche ne semble avoir eu de souci à l’aéroport en arrivant. Par contre, N., l’honorable doyen d’une des meilleures universités de son pays d’Afrique de l’est, qui passa la majeure partie de sa vie professionnelle à travailler dans les plus hautes sphères internationales, préfère ne plus se rendre aux USA depuis 2003. Tant pis s’il voit son fils aîné, qui vit depuis 25 ans là-bas et qui a la nationalité américaine, beaucoup plus rarement. Il a bien continué ses voyages pluriannuels pendant quelques années après le 11 septembre, mais a laissé tomber le gant après deux ans où il n’a jamais passé moins de 2h30 devant les agents de la Migration. Jamais. Moins. De. 2h 30.

• A., brillant sénégalais dont les travaux touchant aux droits fonciers font autorité depuis suffisamment longtemps pour qu’il soit employé en tant qu’expert par les Nations Unies, différentes universités européennes, etc. etc. , a réussi à convaincre sa femme, brillante femme d’affaires mère d’étudiants aux parcours sans faute, de ne pas s’installer en France, ce qu’elle souhaitait pourtant ardemment depuis plusieurs années. Comment s’y est-il pris ? Il lui a suffi de lui raconter son dernier passage en douane à Roissy. La dernière fois qu’il était invité en tant qu’expert mandaté de l’Union Européenne à un colloque international sur les conflits fonciers à Paris…. Il a passé 2 jours (2 jours !!!) retenu à Roissy par les autorités migratoires. Qui ne croyaient pas que cet immense homme à la peau nuit sans Lune puissent avoir un passeport diplomatique. Qui lui ont parlé en « petit nègre » pendant 48 heures, et qui se sont miraculeusement évaporés dans la nature quand des envoyés ministériels sont venus s’enquérir de leur protégé, inquiets de l’avoir vu manquer le cocktail de bienvenue du colloque.

• C. chercheur économiste congolais, a quant à lui connu une expérience sans doute unique : celle de manquer se faire emprisonner dans les geôles de l’aéroport d’un pays sud-américain pour « être venu d’un pays qui n’existe pas ». Invité d’honneur du gouvernement pour un séminaire de recherche macro-économique, il n’a du sa liberté qu’à l’arrivée pétaradante et courroucée du cortège ministériel en costume militaire. On était pourtant en 2010, soit 13 ans après la transformation du « Zaïre » en « République Démocratique du Congo », mais le logiciel des agents de la Migration n’était pas au courant….

*****

***

2) Un passeport neuf valable au moins 6 mois après la date de ton retour prévu tu auras sinon dans la panade tu seras.

mmm

Ceci est un truc SUPER IMPORTANT.

immigration aéroport

La file d’attente que tu ne pourras pas quitter si tu n’as pas les fameux 6 mois post retour de validité.

La preuve: c’est toujours communiqué par un astérisque renvoyant à la phrase en typo taille 6 en bas de page sur les sites des agences de voyage et des compagnies d’aviation…

Tant qu’on vaque au sein de l’espace Schengen et que l’on est ressortissant, on s’en fout, et c’est parfois le cas pour les voyages entre des pays appartenant à l’une des multiples communautés économiques du monde (pas moins de 6 en Afrique !).

Mais dans tous les autres cas, c’est vrai. Si jamais tu l’oublies, tu auras bien ton billet, parfois même ton visa (mais comment se fait-ce, hein ?. Seul Administrevil le sait), mais tu te feras gentiment chartériser à l’arrivée, au départ ou même en cours de route (c’est la surpriiiiiiiiiiiiiise).

* C’est ce qui arriva à J.
J. est de nationalité française et burundaise. Il a 19 ans et fait un BTS. Cela fait deux ans, depuis l’année de son bac, qu’il n’a pas vu ses parents, qui vivent actuellement au Kenya. Les dernières vacances avant l’examen final de son BTS, son père lui paye un billet pour une semaine de vacances avec eux. J. et sa famille sont super excités, ils ont prévu un max de trucs, teufs, sorties, safaris, des cadeaux comme s’il en pleuvait. J. s’envole et atterrit à Amsterdam à plus de minuit pour prendre son vol intercontinental. Seulement il ne prendra pas son avion. Son passeport n’était valide…. Que jusqu’à 4 mois après la date de son vol retour Nairobi/Paris. Ce jeune homme de 19 ans a du passer sa nuit dans l’aéroport et reprendre un avion pour son chez-lui –non payé ni même proposé par la compagnie d’aviation ni le service de la Migration bien sur-. Evidemment, dans ces cas là, aucun remboursement ne peut être attendu pour le billet d’avion…. J. a du attendre encore longtemps avant de revoir sa famille.

• C. était bien couillonne : elle se disait que puisque sa fille M., de nationalité burundaise et anglaise, rentrait dans sa patrie de naissance, peu importait que son passeport burundais soit périmé depuis 2 mois. Peu importait qu’il leur ait été impossible de l’avoir renouvelé puisqu’ils résidaient depuis 2 ans à Bangui, capitale de la Centrafrique…. Pays où le Burundi n’a pas d’ambassade, et où par conséquent il est impossible de renouveler ses papiers d’identité burundais. M, qui retournait voir sa famille pour les vacances d’été, avait 12 ans. Vol accompagné et tout. Elle fut néanmoins retenue pendant des heures. Jusqu’à ce que l’une des personnes qui l’attendait ait enfin l’idée de lui faire sortir son passeport français, valide, lui. Ce n’est qu’à la provision de cette pièce d’identité, étrangère donc, que M pût sortir de l’aéroport de son propre pays.

mmmmmmm

mmmm

3) Voyager, c’est suspect.

mmm

Déjà, selon les pays et les compagnies d’aviation, même si tu ne viens passer qu’un week-end pour un mariage, on récupérera tes empreintes digitales ou/et ton empreinte rétinienne. A l’entrée. A la sortie.

plplp

 source :
J’ai eu plusieurs passeports dans ma vie. Mon Barbu encore bien plus.

Je ne sais pas ce qu’il en est quand les visas qui s’accumulent sont pour l’Espace Shengen, les USA-le Canada-le Japon -l’Australie-la Nouvelle-Zélande, mais je peux vous dire que le temps passé devant les gentils policiers de la Migration est proportionnel au nombre de pages estampillées de pays du continent noir, et bien sur plus encore si vous êtes passé par la péninsule arabique.

Evidemment, quand vous êtes HP*, vous avez en plus la fâcheuse habitude d’ajouter le politiquement sulfureux à une liste de visas tous plus « exotiques » les uns que les autres, et très rapidement pléthorique (les vols directs Europe-Afrique sont rares en fait [en fait non. Ils reflètent le passé colonialiste, c’est tout : les vols directs Londres/Afrique mènent aux anciennes colonies de la Couronne, idem pour la France, la Belgique etc.], et inexistants ou presque d’un pays africain à l’autre –pays « hubs » mis de côté).

Genre, passer la guérite Migration d’un aéroport international avec un passeport tout décati (Révélation : non, le papier des passeports n’est pas immunisé contre la chaleur, l’humidité, le sable (ni les termites, rats et autres bestioles. Mais ça tu peux le contrer : coffre-fort mon ami. Qui ne pourra néanmoins rien contre l’humidité) avec un visa de la Syrie, ou du Liberia ou du Soudan ou du Mali ou de la Somalie (ou de plusieurs d’entre eux à la fois) implique que tu y passeras nettement, nettement, nettement plus de temps que les autres. Je te raconte même pas si tu es un homme et que tu portes un truc ressemblant même de loin à une barbe (même une moustache ou un bouc ça suffit à te cataloguer comme terroriste potentiel).

mmm

controle passeport

Barbu et il passe comme ça?! La main à couper qu’il n’a pas de visa libyen/somalien/soudanais dans les pages de son passeport, lui 😉

mmm

Soyons clair, il est des aéroports où le voyageur sera examiné encore plus attentivement que dans d’autres, notre palme personnelle revenant à l’aéroport d’Heathrow (celui de Londres quoi), dont les protocoles sécuritaires furent à l’origine du premier traumatisme de notre gnome et où les destinations « douteuses » de nos passeports respectifs nous retinrent plus de trois heures. (oui tu as bien lu).

mmm

mmm

4) C’est moins suspect si tu es riche

mmm

Pour obtenir des visas, souvent (mais pas toujours, loin de là), on vous demande de fournir des bulletins de salaire ou/et des relevés bancaires. Cela peut parfois être très clairement problématique.

Ainsi, mon amie B., coincée à Nairobi pour cause de masochisme gentillesse invétérée, ne pouvait pas obtenir le visa pour son propre pays, le Sénégal. Comme elle ne pouvait prouver sa nationalité sénégalaise car elle avait oublié le passeport idoine à Dakar, elle devait donc obtenir un visa à l’aide de son passeport gabonais. A l’époque, il n’y avait encore aucune ambassade sénégalaise à Nairobi, donc, comme souvent dans ces cas là, c’était l’ambassade de France qui assurait les services consulaires sénégalais.

Et comme toujours dans ce cas de figure, les critères pour l’obtention du visa étaient ceux de l’espace Schengen. Ne me demandez pas comment ni pourquoi (les sites officiels ne témoignent pas de telles exigences), mais l’un des critères discriminants pour l’obtention du visa est de pouvoir prouver que l’on possède un compte en banque possédant au moins 2000 euros.

Je passe sur le fait que la proportion de la population africaine qui possède un compte en banque est loin d’être majoritaire (même si elle est en perpétuelle augmentation), mais…. Sérieusement : 2000 euros ???!!!! C’est rigolo, non : au moins la moitié de mes connaissances en France, moi y compris jusqu’à il y a peu ne pourrait donc pas obtenir le visa Schengen !!! B était donc, évidemment, dans l’impossibilité d’avoir son visa. (Rassurez-vous, elle a fini par partir quand même, et n’a même pas fini en taule en arrivant. Heureusement qu’elle avait un ex qui bossait à la douane de l’aéroport quoi).

Enfin, il ne faut pas oublier que les relations diplomatico-politiques entre le pays de départ et celui d’arrivée peuvent également sérieusement handicaper vos démarches. Par exemple, depuis que le fils de l’Ambassadeur du Pays Fort Fort Lointain a une affaire de viol au cul dans notre douce France, la procédure pour l’obtention du visa a, comme c’est bizarre, totalement changé et est devenue très problématique… Le fameux critère financier est ainsi devenu un pré-requis, alors qu’il n’existait pas du tout avant ; les délais ont été triplés ; etc etc.

pkpkp

Bref : non, voyager ne se fait pas siiiiiiiiiiiiiiiiiii facilement que ça, n’en déplaise à ce que l’on peut entendre.

oioho

Parfois, vouloir bouger de  pays en pays, c'est très exactement ça.

Parfois, vouloir bouger de pays en pays, c’est très exactement ça.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :