Archive for the Des humains supra chouettes Category

Misères et Splendeurs de la circulation routière à Kinshasa

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, RDC (Congo) with tags , , , , , on 11 janvier 2016 by violemmenthumaine

Saluuuuuuuuuuuuuut mon Inconnu/e préféré/e !!!

Avant toute chose, je veux remercier (à nouveau) la quelqu’une qui a appelé à « mon retour » : parce que vi, ça fait grave zizir !!
Si j’ai été aussi silencieuse aussi longtemps, c’est un peu beaucoup, comme je l’ai répondu à mes fans (#chevilles baobab #auto-persuasion), parce que pendant longtemps je ne pouvais tout simplement pas travailler sur le blog. Je me disais que ça ferait un bon sujet de post de retour, expliquer qu’Internet, en dehors du fait que non ce n’est pas accessible partout et que oui ça peut aussi coûter un bras, hé bien c’est facile à pister/verrouiller/surveiller –beaucoup plus que ce que l’on nous dit dans « nos » pays-, mais comme j’ai déjà évoqué la question, en fait non.
J’ai pensé aussi que je pouvais revenir à mes premiers moutons : parler de moi (#Internet attitude). Parce qu’il s’est passé et se passe pleiiiiiiiiiiiiiiiiin de trucs, que je me pose tout plein de questions et que, parfois, un avis extérieur ça aide bien. Puis là encore, non. Pas tout de suite en tous cas.

kokokokpkpkpokp

Envie de parler de petits riens, ces petits trucs qu’on ne remarque pas forcément et qui font que le quotidien à Paris, New-York, Trou-sur-bouse-les-pécores, Ouagadougou, Valparaiso ou Kinshasa a des couleurs différentes.

Le visage protéiforme des transports urbains est l’un de ces petits riens qui font tout le « charme » du quotidien.

****GIF

pacman

Pacman

Après des années passées dans différentes métropoles africaines, la râlatitude permanente des franciliens quant aux services offerts par la RATP et la SNCF me semble obscène m’amuse al chouïa : moi, à chaque fois, j’en rêve avec des étoiles dans les yeux du RER et du métro au bout de quelques mois dans l’une de ces mégalopoles tentaculaires que sont la plupart des capitales africaines (j’ai dit la plupart, pas toutes. Bangui par exemple ressembleait à un petit village plus qu’autre chose.).

**GIF étoiles dans l

Ma tête au bout de quelques mois dans une grande ville africaine quand j’entends « métro », « RER », « noctambus ». Si. (et je vous parle pas de « tramway », là je frôle l’orgasme !)

Ma tête au bout de quelques mois dans une grande ville africaine quand j’entends « métro », « RER », « noctambus ». Si. (et je vous parle pas de « tramway », là je frôle l’orgasme !)

es yeux c est coooool**

  • Matrice

                                – Les bus

Non pas qu’il n’y ait pas de transports en commun : chaque pays, chaque ville regorge de mini-bus aux appellations variées mais toujours… euh…. Aussi « colorées » que leur look improbable, aux prix dérisoires et à la sécurité variant de l’aventure-je-suis-un-vrai-routard-proche-des-populations-locales-et-je-le-montre-ça-me-donne-du-grain-à-moudre-pour-épater-les-meufs-dans-les-soirées-estivales-hexagonales à Survivor-c’est-de-la-gnognote-pour-poupées-anémiées-à-côté-de-moi.

Certains plus finauds que d’autres en ont même fait un fond de commerce, comme au Kenya où les autocollants aux couleurs du drapeau affichant des « I tested matatu and I survived ! » et autres blagounettes se vendent comme des petits pains dans les magasins de souvenirs.

**

Incroyable : l’ami Google non plus que les autres moteurs de recherche ne m’ont sortie que ça sur le sujet. Il n’empêche que ça reste un exemple (même s’il n’est très clairement pas vendu au Kenya) du phénomène.

Incroyable : l’ami Google et les autres moteurs de recherche ne m’ont sortie que ça sur le sujet. Il n’empêche que ça reste un exemple (même s’il n’est très clairement pas vendu au Kenya) du phénomène.

**

Si on veut se la jouer local mais vraiment local l’on aime vivre dangereusement ou que l’on n’a pas les moyens de faire autrement, on peut donc se dire que l’on a à disposition un réseau de bus et voilà. Sauf que.

Quelle que soit la ville/le pays où j’ai séjourné, ce mode de transport, c’est-à-dire celui de la plupart des gens, est toujours limité en termes d’horaires (jamais de service nocturne, ou alors seulement jusque 21 ou 22h), et très souvent en termes de couverture géographique : ils couvrent rarement les quartiers vraiment riches, et ne couvrent les quartiers vraiment craignos que jusqu’à la tombée de la nuit, soit vers 18h. Et surtout, à Kinshasa et plus encore à Nairobi, l’ensemble du réseau est centré sur le centre ville, ce qui, à Nairobi, multipliait le trajet (et je ne parle même pas du temps d’icelui….) par 2 quand ce n’est pas par 5 ou 6…

**carte nai

pour article

Voyez par exemple, à Nairobi, pour aller du point A au point B (entre 25 et 45 mn à pied, 5 à 10 mn en moto), en bus collectif il faut passer par le point 0, au centre ville, et donc compter entre 1 et 2 HEURES. Vi vi vi.

robi travaillée****

Les cartes des transports n’existant dans aucune des villes où j’ai séjourné, d’une part, et les horaires dépendant de tout et n’importe quoi d’autre part, emprunter les bus collectifs hors des horaires d’arrivée au boulot (soit entre 5 et 8h du mat) et de retour chez soi (entre 16 et 17h30) pour un trajet directement desservi par le dit bus ne doit s’envisager que dans un cadre de flânerie et de découverte hasardeuse et jamais, jamais, JAMAIS dans un cadre professionnel ou tout simplement pour un trajet où le respect de l’horaire a une quelconque importance même de loin.

[Parenthèses :

1) linguistique : au Sénégal et au Burkina Faso, on les appelle les taxis brousse, au Kenya les matatu (« seulement trois » en swahili, soit le prix -300 kenyan shillings, à peu près 30 centimes d’euro- pour une unité de trajet), mais à Kinshasa on les appelle tout simplement les « esprits de mort ». Comme ça c’est clair.

2) esthétique : où que ce soit où j’ai séjourné en Afrique noire, les bus collectifs arborent tous, outre un état que n’importe quel contrôle technique qualifierait de bon pour la casse, une customisation toute personnelle au chauffeur ou/et proprio de la bête. Je regrette infiniment par exemple de ne pas avoir eu d’appareil photo pour immortaliser ce superbe matatu tombé du camion de l’écurie Playboy : entièrement matelassé à l’intérieur de faux cuir rose barbie avec les logos lapin du fameux magazine…. Le tout parsemé de “God is the answer” et “maiden is the wisdom” (sic) et une médaille de Jean-Paul II tressautant à côté du visage du chauffeur à chaque assaut des basses du ragga ghetto sortant des baffles d’un mètre de haut accrochées aux quatre coins du bus.]

ojojoijojjoi

DSCF4982

Tu as fait 25 mètres en 40mn et tu as du suer plus de 6 l et tu te fais chier comme un rat ? Occupe-toi avec les Grosses Têtes de Boulevard (Tain. Voilà ce qui arrive quand on n’écrit pas de post pendant aussi longtemps : des jeux de mots pourris limite incompréhensibles –ici entre le nom du présentateur d’une fameuse émission radiophonique française, la dite émission… et le nom de THE artère de Kinhasa, toujours bloquée -mais ce n’est pas la seule à l’être, loinnnnnnnnnnnnnn de là-, communément appelée « LE boulevard » -alors que 1) il y a pleiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin d’autre boulevards, 2) celui-là, comme les autres, a un nom, « du 30 juin » en l’occurrence).

DSCF5457

Occupe-toi, donc, disais-je, avec les Grosses Têtes de Boulevard: cherche le slogan d’esprit de mort inédit ou, au choix, le plus what the fuck, le plus mégalo ou le plus hypocrite.. Celui qui gagne a droit à un Carambar.

oihhoihoihoihoihoih

Ces fameux bus sont le principal moyen de locomotion des classes populaires, soit l’écrasante majorité de la population de Kinshasa. Les bourgeois congolais, tout comme leurs homologues kenyans, les évitent comme la peste (« on n’est plus au village ça c’est pour les sauvages ») (sic), et les expatriés toutes nationalités confondues ne les empruntent quasiment jamais (c’est moins vrai en Afrique de l’Ouest. Peut-être parce que les trajets y sont mieux indiqués et les conducteurs largement moins tarés).

– Les taxis

En dehors des bus ayant fait la guerre de 14, toute capitale africaine possède des services de taxi foisonnants de trois types : les taxis motos et les taxis voiture, eux-mêmes répartis le plus souvent en taxis collectifs et taxis directs.

Les taxis motos sont à peine plus chers que les bus, mais comme eux, ils ont une sphère d’action réduite, car il n’est pas rare qu’ils soient purement et simplement interdits dans les quartiers riches centraux. Par contre, ce sont eux qui bossent le plus tard (en gros, toute la nuit sans interruption). En Afrique de l’ouest, ça reste le principal moyen de transport de l’ensemble de la population non motorisée, voire le seul de nuit. Perso, j’adore les utiliser : les mecs sont tellement éberlués de voir unE Blanche avoir recours à leur service qu’ils ne pensent même pas à gonfler les prix. Œuf corse, les motos ont elles aussi leur comptant d’autocollants, fausses fourrures fluo et scotchs fleurant bon la classe et le bon goût.

[Dommage encore une fois que je n’ai pas trouvé ni n’ai fait de photo classe de la chose : les « stations » de taxi mot ont pourtant, avec leur touche Easy Rider, un sacré touche.]

**

Tit exemple de « hoooo quelle est belle ma bécane Kin’ style

Tit exemple de « hoooo quelle est belle ma bécane Kin’ style

*’ ****

Avec les taxis voiture collectifs, on jumpe côté prix : la masse ne les utilise pas, il faut au moins appartenir à ce qu’on appelle chez nous la classe moyenne (qui reste, dans la plupart des pays africains, encore en voie d’apparition) pour pouvoir se les offrir régulièrement. Les premières fois ça décontenance un peu : plus que des taxis, ce sont des bus améliorés : ils font un trajet et un seul, mais s’arrêtent à la demande du client quand il est arrivé à destination plutôt que de s’arrêter uniquement à des stations. Tout comme les bus collectifs, tout bagage, même très lourd et même très volumineux, sera accepté. Je n’en ai pas vu à Nairobi (ce qui ne signifie pas qu’ils n’y existent pas).

Enfin, les taxis tout court : une voiture qui ne prend qu’une demande à la fois. Là, ça varie beaucoup en fonction des villes et des pays. A Nairobi, en dehors du quartier des boîtes et bars, il était extrêmement difficile de trouver un taxi disponible après 21h si l’on ne passait pas par une centrale d’appel, et la plupart refusait de desservir autre chose que les quartiers résidentiels. C’est le mode de transport des riches en transit ou des touristes. Les prix…. Disons que puisqu’il n’y a jamais (ou presque, et la seule fois où j’ai vu ça –à Ouagadougou en 2013-, leurs tarifs étaient à 400% du prix du marché hé hé hé) de prix affichés, le montant demandé/négocié sera toujours le fruit d’un savant calcul en fonction du statut social que le chauffeur supputera être celui de son client, et toujours très largement au-dessus du prix local réel quand il sera destiné à un Etranger.

     –  Avoir sa voiture

S’il y a bien une chose qui a changé entre ma première fois africaine il y a une vingtaine d’années et aujourd’hui, c’est le nombre de voitures dans les rues des villes africaines. A Ouagadougou en 1997, on pouvait compter le nombre de caisses rencontrées en une journée, et la quasi totalité appartenait à des Blancs. Aujourd’hui les routes des capitales ressemblent au périph’ à 18h en semaine : tout cadre africain possède sa/ses bagnole/s, et le syndrome mesurage de bite statut social affilié à la marque/la taille/la brillance des chromes fait des ravages. Considérant la nature très particulière du trafic et du réseau routier dans les capitales africaines, un fou rire me tiraille toujours le bide quand je vois un 4/4 suffisamment grand pour excéder la taille de ton salon de parisien bohème mais pas bourgeois, ou mieux encore (moins courant aussi il faut le reconnaître) quand je croise une putain de voiture de course rutilante au châssis à moins de 20 cm du sol dans ces coins où avoir accès à une route bitumée, plate et sans nid-de-poule est aussi courant que devenir président de la République après avoir fait le buzz sur youporn pour s’être tapé une mannequin en polystyrène à tête de vache en sniffant de la colle.

**

LA voiture idéale à Kinshasa : un vrai 4/4 mais en format twingo

LA voiture idéale à Kinshasa : un vrai 4/4 mais en format twingo

photo Rav 4. ***

– Utiliser ses pieds

A l’exception de Nairobi (‘tain, ce sont des Xmen ces types qui font du vélo à Nairobi : sans même parler du côté wild du trafic, on parle quand même d’une ville ou le plat n’existe pas et qui ne descend jamais à moins de 1600m d’altitude hein. Non, respect éternel !), je n’ai jamais vu (en RDC, au Sénégal, Burkina, Congo, Gabon, Zimbabwe, Ethiopie) quiconque utiliser un vélo comme moyen de locomotion habituel (si ce n’est comme succédané de charrette pour transporter des marchandises), et encore moins des rollers, patinettes et autres skate.

Il reste donc les pieds. Se bouger le fion quoi.

Alors, soyons clair : si tu prends en considération tout ce qui précède, tu devines bien que beaucoup de gens les utilisent, leurs pieds. Mais TOI, toi le riche/le Blanc/le zig tout court, il est impensable que tu marches. Marcher, c’est pour les pauvres. Marcher : on ne marche que lorsqu’on ne peut pas faire autrement. Marcher quand tu peux te payer une course en transport ou que tu as une bagnole, c’est impossible, ça fait buguer les gens, carrément. Là encore il y a des variations selon les pays, mais on reste toujours dans le même paradigme. (de quoi faire un post à soi tout seul ça, le rapport à la marche !).

Mais pour être honnête, marcher limite forcément les déplacements, sans même parler du climat : Paris est minuscule comparé à Kinshasa ou Nairobi. Vraiment minuscule. Ce qui implique, à moins d’être un putain d’athlète, de rester à peu de choses près dans son quartier.

Le réseau routier

Une fois posés les différents moyens de locomotion à disposition, il faut avoir à l’esprit la Toile sur laquelle ils s’utilisent.

Kinshasa, même dans ses trois communes riches, a peu, très peu de routes bitumées. Et même celles-ci comptent toutes ou presque des trous (on te parle pas de quelques centimètres hein, non non, on parle de gouffres dans lesquels une berline urbaine de base s’encastre pour de bon), fissures et autres joyeusetés. Il pleut des torrents les ¾ de l’année, ce qui transforme les rues en marécages dans le meilleur des cas et en torrents de boue dans le pire (des dizaines de morts chaque année durant les saisons des pluies dans les quartiers les plus pauvres.)

**** photo rue

Cette rue, par exemple, se situe dans LE quartier le PLUS RICHE et le mieux équipé de Kinshasa (la commune de la Gombe), celle où sont situés toutes les ambassades, les ministères et la plupart des expatriés tout comme une bonne part de l’élite congolaise).

Cette rue, par exemple, se situe dans LE quartier le PLUS RICHE et le mieux équipé de Kinshasa (la commune de la Gombe), celle où sont situés toutes les ambassades, les ministères et la plupart des expatriés tout comme une bonne part de l’élite congolaise).

plein d’eau :

Ajoutons à cela la quasi inexistence de panneaux d’indication de direction, d’une part, et la rareté des panneaux de signalisation tout court et autres futilités que sont les feux rouges et les passages piétons, la plupart du temps purement symboliques car dépourvus des feux susmentionnés.

La RDCongo est pourtant l’une des mieux placées, paraît-il (O.M.G), sur l’échiquier africain à ce sujet. Si si. D’ailleurs, le gouvernorat de Kinshasa a investi lourdement sur la question avec un certain succès côté buzz, avec l’installation d’une dizaine de…. Robots sortis d’un film de SF des années 50 censés réguler le trafic aux principaux carrefours de la ville. Lesquels ne marchent jamais plus d’un jour sur 5.

*** les 2 tof

Voilà, donc, un exemple de "robot-roulage", celui de Kitambo Magasin en l'occurence.

Voilà, donc, un exemple de « robot-roulage », celui de Kitambo Magasin en l’occurence.

s des robots***

Voilà. Le tableau est brossé.

Forcément, avec un bordel pareil, la circulation serait de tout repos que l’on sauterait à pieds joints hors de toute probabilité de Réel…

Sur la route un sith jedi tu seras

Vu que je suis principalement parisienne dans ma vie hexagonale, je sais ce que c’est que des automobilistes adeptes du n’importe nawak speedesque bien agressif. Sans doute la raison pour laquelle, malgré tout, dans les bons jours, je ne trouve pas la circulation kinoise si angoissante.

Je suis d’une totale mauvaise foi.

Je sais pas toi, mais quand les faits suivants appartiennent à l’ordinaire, j’ai du mal à rester zen.

  • Se mettre au point mort au milieu de la rue tous feux éteints, ou mieux encore, en plein virage (en général pour téléphoner mais c’est pas forcé)
  • Voir une bagnole retournée (au sens propre du terme) sur le côté de la route
  • Voir une bagnole juchée en équilibre sur les séparateurs de file/le poteau électrique/le feu plus du tout rouge
  • Voir une caisse rouler à contre-sens d’une 4 voies sur 400 mètres
  • Les pleins phares à 99,9% du temps de nuit
  • Un 45 tonnes arrêté à la perpendiculaire de ce qu’on appellerait ailleurs une nationale quand ce n’est pas une autoroute.
  • les queues de poisson sous toutes leurs formes

La queue de poisson est tout un art en fait, on peut même considérer que tout vrai permis de conduire congolais devrait en inclure une dans l’épreuve de conduite tant cela fait partie intégrante de la conduite à Kin, que tu le veuilles ou pas d’ailleurs : vu que personne ne respecte le principe de voie (genre si tu veux tourner à gauche tu vas dans la file d’extrême-gauche, mais seulement dans ce cas : « Tssssss, en tous cas toi tu es vraiment compliqué ») et que l’embouteillage spontané est carrément élevé au rang de l’art conceptuel ici (exemple : vous êtes à 5 autos sur un boulevard à 8 voies ; poussée par une dizaine de gars, une charrette surmontée de 500 kg de manioc le remonte et un sac tombe. Les 2 bagnoles arrivant devant la dite charrette et son sac auront 8 chances sur 10 de se tourner en tête bêche en bloquant toutes les voies. 10 mn plus tard, le boulevard est bloqué sur 500 mètres pour une bonne demi-heure minimum. Voilà voilà)

Les camions, les grooooos bus taille RATP le pratiqueront tout aussi allégrement que les autres hein. Evidemment.

Même sans aller chercher jusque là, il est clair que si tu veux faire plus de 300 mètres en moins d’une heure, il te faudra impérativement maîtriser l’art d’« entrer la tête », c’est-à-dire foncer dans le tas au dernier moment pour espérer pouvoir tourner.

*** tof t

 Voilà à quoi ressemble la circulation à Kinshasa dans un bon jour. Jeune padawan, si tu parviens à identifier le sens dans lesquels roulent l’ensemble des voitures de cette photo en moins dune minute tu auras gagné ton premier sabre laser…

Voilà à quoi ressemble la circulation à Kinshasa dans un bon jour. Jeune padawan, si tu parviens à identifier le sens dans lesquels roulent l’ensemble des voitures de cette photo en moins dune minute tu auras gagné ton premier sabre laser…

rafic.

Bien sur, vous pourrez rencontrer un camion sur une route en boue terre de 2.5m de large.

Et il y a les piétons. Autant ceux-ci (sans doute parce qu’ils tiennent à la vie) sont très vigilants à Nairobi, autant les piétons kinois pensent être les fils cachés d’Iron man. Entendons par là que le piéton kinois aura une tendance affirmée à traverser au dernier moment en surgissant de ton angle mort, y compris en pleine nuit (alors qu’il n’y a pratiquement pas de lampadaires en état de fonctionnement, ce qui change quelque peu la donne), d’une part, et une tendance non moins prégnante à ralentir quand il te voit arriver. Il est même assez fréquent de le voir s’arrêter au beau milieu de la chaussée pour tailler le bout de gras, ou, version plus-je-cherche-le-fight, à te détailler des cheveux à la taille pour bien marquer sa désapprobation de ne pas avoir la rue à lui tout seul.

Manque encore une touche essentielle pour avoir une image à peu près ressemblante du trafic routier kinois : le bruit. Genre le périph c’est pipi de chat moi je te le dis. Car en plus des harangues des chauffeurs de taxis et bus collectifs indiquant leur destination aux péquins –qu’on retrouve partout en Afrique noire- tu dois rajouter une utilisation hystérique permanente du klaxon. Quand je dis permanente, je pèse mes mots. Les grosses artères de la ville sont un chaos excédant largement les 200 db de 6 h du mat à 10h du soir.

Beaucoup de ces caractéristiques se retrouvent dans d’autres grandes villes africaines, mais parmi celles où j’ai vécu, aucune n’a cette saveur propre à Kinshasa qui fait que, en fin de compte, ça donne le sourire si tant est qu’on veuille le voir.

N’oublie pas de cliquer « j’aime », l’éclat de diamant de la route kinoise

A lire tout ce qui précède, on pourrait résumer la circulation kinoise comme un avatar de l’enfer sur Terre où seuls les enfoirés total égoïstes naviguent.

Et pourtant…. Si les Latins « parlent avec les mains », les Kinois, eux, conduisent en langage des signes.

????

Les conducteurs indiquent leur déplacement (ou plutôt leur désir de déplacement) par des mouvements de la main codifiés. Si cette pantomime permanente peut sembler participer au foutoir général, parmi tous ces gestes il en est un qui me donne toujours le sourire et qui permet d’en récolter à foison :

Quand un véhicule en laisse passer un autre (le doubler, tourner, traverser une rue, s’arrêter convenablement), l’autre sortira sa main et lèvera le pouce.

Presque toujours (je dirais environ 8 fois sur 10). Et en général avec un grand sourire.

*** pouce

Ce petit geste à la con, quand il n’est pas virtuel, bin ça fait toujours chaud au cœur.

Ce petit geste à la con, quand il n’est pas virtuel, bin ça fait toujours chaud au cœur.

levé :

Je sais pas moi, mais j’imagine mal à Paris ce genre d’attitude : oui c’est vrai les tires filant en sens interdit, montant sur les trottoirs ou passant d’une file à l’autre au dernier moment ne sont pas très courant (lol), mais en dehors des insultes si françaisement colorées je n’ai pas trop vu d’interactions entre les conducteurs, et jamais de pouce levé avec un grand sourire.

Mieux encore : si vous lever le pouce en préventive (longue pratique perso), le type qui était prêt à plier ton capot contre ce camion essence sans autre façon s’arrêtera à presque tous les coups ; le flic (Hummmmmmmmmmmmm, un autre article peut-être, un jour) renoncera avec un haussement de sourcils surpris à bloquer ta caisse pour te soutirer tes dollars.

C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. En tous les cas ça change ma vision du truc quoi : ça donne l’impression de rencontrer des dizaines de nouveaux copains à chaque fois qu’on prend la route et ça redonne espoir dans le côté choupi de l’humanité : si, dans ce bordel foutraque, des gens sont capables de rester cool, alors le meilleur est possible.

Le pouce levé ou la splendeur de la circulation routière à Kinshasa.

Publicités

Doris (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 6 -final)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Kenya, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , on 25 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

Après l’avoir prouvé avec Djibéou, Floribert, Annie, Monsieur Philippe et Florence, je mets un point final à cette série avec

 

Doris

Kenya. Nairobi.

****

Quand je suis arrivée à Nairobi il y a 3 ans, je me disais que youpie, je pourrais me passer de « personnel de maison » : on avait, pour la première fois de toutes mes vies africaines, un vrai chez nous.

*****

Aucune bonne déjà sur place à ne pas foutre à la porte.

*****

Il y avait l’électricité environ 3h par jour et l’eau courante sauf pendant 4 mois par pompe, on trouvait des supermarchés un peu partout et il était donc possible de faire la cuisine en un temps similaire à celui que l’on y passe en France.

***gif joie

joie de la balle

de la balle***

Ouais.

***

Les modalités du réel (ça en jette non ?) de l’électricité et de l’eau courante étant à la vérité très fluctuantes, et l’installation d’une machine à laver impliquant de carrément péter une pièce, on abandonna l’idée de posséder ce pas de géant dans la condition féminine pour l’humanité qu’est la machine à laver le linge.

****

Un mois. Presque deux.

****

Chacun a des limites au-delà desquelles ses convictions et sentiments basculent (sinon la traumatologie, la torture, la psycho n’existeraient pas). Par rapport au fait de ne pas employer d’aide de maison, en ce qui me concerne, c’est l’absence de machine à laver (et de laveries automatiques).

*****

Laver son linge à la main…. Je l’ai fait, plein de fois : durant presque tout mon séjour au Burkina, et à chacun de mes séjours africains où je séjournais chez des gens ou à l’hôtel (parce que le prix est juste une blague cosmique : à ce prix là tu peux légitimement te demander si tes nipes ne sont pas rincées au champagne).

*****

Tu vois les pubs à la con pour le lavage à la main, genre ça :

****

Ou ça :

****

Bin c’est pas seulement du top kitsch sois-une-potiche-et-souris-style.

****

C’est aussi limite une escroquerie tellement le synopsis est fake, faux, impossible, irréalisable, absurde. Même avec la lessive la plus top moumoute du monde, laver quoi que ce soit ne prend jamais, jamais, jamais 5 minutes top chrono et ne se fait jamais, jamais, jamais nonchalamment du bout des orteils en se balançant du haut d’un hamac.

****

En vrai, après avoir lavé son linge, on ressemble en gros à ça :

-gif fatigue après

fatigue apres boulot teuf je suis

boulot teuf je suis-

Laver son linge, spécialement des jeans, des serviettes de bain et des draps, c’est juste juste long, très long, très, très chiant, et à moins d’avoir des mains de joueur de jumbé tu as la paume et la peau entre les doigts quasiment à vif alors que tu n’as pas encore essoré la moitié du truc.

Là en plus je n’étais pas toute seule: on était trois (avec ses horaires de malade, le Barbu était hors jeu pour cette fois côté lessivage). Trois, putain, dont un gremlin.

Juste NON.

Finalement, j’ai donc cherché quelqu’un pour s’occuper de ça, juste pour ça : faire la lessive et la repasser. Soit trois fois 3 h par semaine.

La femme de ménage du bureau du Barbu avait une fille, Doris, qui bossait en petits temps partiels chez différents employeurs, dont le bureau lui-même quand des analystes arrivaient en poste ou étaient juste de passage et que l’appartement « de passage » était donc occupé.

On engagea donc Doris.

Sauf que c’était la première fois que c’était moi qui payais, et donc qui devais choisir combien je payais.

J’avais déjà frayé dans les eaux insalubres des desperate expats housewifes et je connaissais donc les prix moyens de rémunération (une misère), d’une part, et le prix moyen de la vie (similaire à celui d’une grosse ville de province en France) d’autre part.

Honnêtement, quand on convertit en euros, ça fait juste exploitation pure et dure, mais en la payant à l’heure un peu plus du double du prix « normal », on savait par expérience qu’il y avait déjà un risque qu’au lieu de nous penser sympas elle nous catalogue direct braves couillons.

Même aujourd’hui je ne sais pas du tout ce qu’elle a jamais pensé de notre accord. Qui peut bien savoir ce que pense Doris ??…

Doris…… Ah, Doris.

Qui est Doris ?

***gif holmes

Même Lui donnerait sa langue au chat à cette question: QUI est Doris?

Même Lui donnerait sa langue au chat à cette question: QUI est Doris?

reflexion

Certains (comme elle travaillait à l’appartement de passage du bureau du Barbu, beaucoup de nos copains/ines la connaissaient et elle nous faisait tous un peu flipper) affirment péremptoirement qu’elle est légèrement déficiente mentale.

**

Je suis loin de partager cette certitude, mais cela fait en effet partie des éventualités.

**

Une autre serait que sa maîtrise de l’anglais n’est que relative. Particulièrement à l’écrit.

**

Ou bien qu’elle est traumatisée (par quoi ou qui ??? un/e ex patron/ne ? enfant battue ?? les élections précédentes ??? ….)

**

Ou tout simplement qu’elle incarne l’un des paroxysmes de ce « cloisonnement de classes » si prégnant au Kenya.

**

Ou encore au contraire qu’elle s’en fout (de tout, de ces chaînes qui pendent à nos couuuuuuuuus) que c’est une grosse anar nihiliste et rebelle qui joue la comédie. (mais alors elle le cache avec un talent inégalable).

**

Ou peut-être un mélange de plusieurs de ces possibilités.

***

Le fait est qu’employer Doris et l’avoir chez moi trois après-midis par semaine n’a pas été un élément choupi à l’aise Blaise de ma vie à Nairobi.

***

Les trois premiers mois.

Doris se fige dès que je lui parle en swahili. Elle se fige aussi quand je lui pose des questions ou lui demande son opinion sur quoi que ce soit dès lors que cela n’a pas trait à son taf.

Mais aussi, Doris pète tout.

***gif intervention

intervention étrangère pas délicate

Piolet dorisien

étrangère pas délicate-

Quand je dis tout, c’est tout.

Soit, en trois mois : une cafetière électrique, trois tasses, deux verres, le couvercle de la chasse d’eau, une brosse à cuvette de W.C, le four (porte bloquée et/ou démontée 3 fois. Regard paniqué/exorbité de Doris quand je réparais le truc). Je devais également relaver tous les draps après elle, et tous les vêtements où il y avait vraiment des taches.

Doris était venue à chaque fois m’avertir de la casse.

A chaque fois, elle gardait la tête et le regard baissé et énonçait la chose d’une petite voix chevrotante. Elle ressemblait à un mélange de ça :

***gif choupinou bord de

choupinou bord larmes i need a hug

s larmmees need a hug***** –
Et ça :
**** pplanète

planete-terreur-un-film-grindhouse-grindhouse-planet-terror-2007-08-15-5-g

terreur****

Je lui répondais donc à chaque fois que ce n’était pas grave. (#bisounours)

**

Sauf que quand même, je relavais derrière elle souvent et elle pétait plein de trucs. Il fallait que je trouve un moyen que cela s’arrête.

***

Les échanges en matière d’horaires et de nature du travail m’avaient contrainte à me rendre à l’évidence: visiblement, il était juste impossible/inconcevable pour elle de ne s’occuper que de la lessive et donc de n’avoir que ces 3 putains d’heures 3 jours par semaine plutôt que 3 après-midis, soit une bonne heure de plus à chaque fois. Au final elle s’occupa aussi du nettoyage des sols et des poussières ainsi que de celui du four et de ses plaques de gaz.

Joint à cela, l’envie permanente de vérifier que mes cheveux ne se sont pas transformés à mon insu en serpents à chaque fois que j’essayais de lui parler et qu’elle se transformait en statue m’avaient déjà bien ébranlée.

***

Comment faire ?

***

Quand la lessive de la semaine avait abouti à ce que deux caleçons du Barbu finissent éventrés en deux, j’ai pris mon courage à la main et ai exprimé mon mécontentement.

***

La semaine d’après encore, d’autant plus que cette fois c’est un pantalon qu’elle avait explosé. (Doris, du haut du son mètre 40, a un côté Terminator bien caché).

***

Je commençais à trouver que… comment dire… (le problème est très exactement là, comment le dire?)

***

La semaine d’après, quand elle a à nouveau pété un pantalon (à moi cette fois) et un caleçon, je ne me suis pas énervée.

***

Mais je lui ai expliqué calmement qu’à partir de là on prélèverait 1000 shillings kenyans (soit le prix d’un pantalon au marché de seconde main ou à Eastleight) par habit ou objet détruit, 500 s’il s’agit d’un caleçon, parce que nos habits ne poussent pas sur les arbres. Que je peux parfaitement faire la lessive moi-même comme je l’avait fait auparavant en attendant de trouver quelqu’un pour la remplacer et que cela ne serait pas compliqué vu la paye que nous proposons, car, oui, nous connaissons les prix et c’est bien notre choix de rémunérer à cette hauteur.

***

La semaine d’après, elle niqua encore un pantalon, plus une robe. (ouais, moi qui ne savais pas ce qu’était un dressing jusqu’il y a peu, j’avoue que là, même moi je commençais sérieusement à m’inquiéter pour nos garde-robes.)

***

A la fin du mois, donc, je lui ai donné 2000 shillings en moins. (sur 20000).

****

Je suis peut-être un peu une salope de Social Traître limite néocolonialiste, mais plus jamais Doris ne péta quoi que ce soit.

****

Les 18 mois qui suivirent

**

Doris ne se contentait pas de se figer dès que je tentais de lui adresser la parole, tentatives que je cessai au bout de 6 mois d’essais infructueux.

***

Non. Doris ouvrait aussi des yeux grands comme des soucoupes…

***gif yeux é

yeux écarquillés

quarquillés****

Quand je jouais à la Wii avec mon gnome.

**

Quand je faisais la cuisine.

**

Encore plus quand elle me voyait faire la vaisselle.

**

Quand je recousais des habits.

**

Quand je skypais.

**

Quand je bossais mon swahili.

**

En gros, dès qu’elle me voyait me comporter anormalement par rapport à la case à laquelle je suis sensée appartenir, soit trèèèèèèèèèès souvent. Pas ultra choupi.

***

Vu que Doris n’a jamais réussi à arriver à l’heure, elle ne repartait pas tôt (en fait la plupart du temps c’est moi qui lui disais de partir vers 18h). Ce qui fait que, plusieurs fois, Doris croisa le Barbu.

***

Là, ce n’était même plus une statue, mais…. Je ne sais pas comment dire autrement que cela : elle se conduisait comme si elle craignait qu’il la frappe, rasant les murs comme si elle voulait y disparaître et tenant toujours la tête baissée, les épaules rentrées…

***

Avant la semaine de notre mariage (et si jamais la tête apeurée/traumatisée de Doris était en fait la traduction de sa désapprobation envers notre vie maritale « dans le pêché »???? Cela est également possible…..), je n’avais jamais vu Doris sourire autrement que lorsque mon gnome ui parlait ou quand je disputai le dit gnome par rapport à ses fringues recouvertes de boue.

***

Doris a mis un an et demi pour comprendre/accepter/croire et enregistrer que

***

1) on n’attendait ni ne voulait qu’elle vienne travailler un jour férié (il y en a plusieurs au Kenya évidemment) et que non elle ne perdait pas de salaire pour autant,

***

2) qu’après 18h grand max (la nuit est tombée à 19h/19h15 tous les jours de l’année. Et personne ne sort sans voiture la nuit à Nairobi.) elle partait,

***

3) que si il avait fini son taf, elle pouvait partir et que là non plus elle n’aurait pas de sous en moins.

*****

Mais elle n’a jamais compris/accepté/cru(qu’en sais-je ?) que je voulais juste qu’elle fasse la lessive, le repassage et les sols et qu’elle reparte le plus vite possible, que le truc à la base est que je la payais pour une tâche et pas pour une durée.

Si elle a compris que c’était bien moi et pas elle qui rangeait le linge, que la vaisselle était toujours faite quand elle arrivait et que le linge sale était toujours déjà prêt à être laver (aka, mariné depuis au moins 1h dans une bassine remplie d’eau chauffée + poudre à laver), elle n’a jamais accepté de se contenter de ne faire que les sols et de ne pas épousseter/cirer tous les meubles, (et, régulièrement, de le faire également à l’intérieur de toutes les étagères de la cuisine).

Pour Doris, case housekeeper = ménage tout complet, point barre.

***

Je me sentais tellement mal à l’aise quand elle était là que je fuyais la maison le plus souvent possible les 3 fameux après-midis.

***

Je n’ai jamais osé lui dire -en dehors de l’épisode Opération Stop Destruction, moralement pestilentielle mais qui s’est avéré efficace à 100% comme évoqué plus haut- quoi que ce soit à propos de son travail, même si sa manie de ranger les choses dans la cuisine de sa manière très personnelle nous rendait chèvres.

***

[Parenthèse : mais POURQUOI faisait-elle ça ? En l’occurrence, à chaque fois qu’elle vidait les étagères qui étaient au mur, biennnnnn hautes et profondes et qu’elle les remplissait après nettoyage, elle rangeait méticuleusement les boîtes de conserves, les épices, les bocaux de pâtes etc. touuuuuuuuuuuuuuut au fond des étagères. C’est-à-dire inatteignables sans se déboîter la hanche et l’épaule quoi. Je précise que pour ce faire, Doris avait besoin de changer de pièce, de prendre une chaise dans le salon, de la rapporter devant, de grimper sur la chaise, et c’est seulement alors qu’elle pouvait ranger tout ça de cette manière si terriblement pratique. Hein, POURQUOI ? Pourquoi Doris rangeait-elle systématiquement l’ouvre-boîte, les couteaux de cuisine, les boules à thés et les planches à découper non seulement ailleurs que là où nous les rangions nous à chaque fois, mais aussi et surtout aux endroits les plus inaccessibles (mais toujours les mêmes) ? Fermons la parenthèse]

Le fait que la demoiselle ait en permanence cet air de chien battu et d’incompréhension angoissée, voire de panique totale durant mes tentatives de communication en swahili et mes tentatives d’échanges,

tout ça,

cette permanente interrogation psycho-linguistico-anthropologique qu’elle représentait et l’impression subséquente d’être face à quelqu’une que l’on sait juste ne pas comprendre même un peu, mais qui elle en revanche a plein d’idées sur toi mais tu ne sais pas non plus lesquelles exactement, c’est juste ME-GA-RE-LOU.

***

Doris est très clairement une des raisons pour lesquelles j’ai été contente de quitter Nairobi en novembre dernier.

****

Jamais plus Jamais

*****

Dans pas très longtemps si tout va bien je repars ailleurs, dans mon Pays Fort Fort Lointain adoré, et cette fois-ci, ho miracle, ou pourra avoir une machine à laver (la précédente occupante s’est barrée avec, la chienne), et l’appart a connu seulement une coupure d’électricité en un an et aucune coupure d’eau.

***gif poney moon

poney moon walk fier

walk fier ***
Oh yeah.

Florence (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 5)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo) with tags , , , , , on 24 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

Après Djibéou, Floribert, Annie et Monsieur Philippe, la preuve avec

 

Florence

 

République Démocratique du Congo. Kinshasa.

***
J’ai 32 ans. Je travaille pour une ONG internationale avec le Barbu, mon bureau est ma maison et ma maison mon bureau, ceci comprenant évidemment le gnome (c’est déjà pas forcément top en général, mais c’est juste NO WAY quand tu es HP* pour tout un tas de raisons).

***
Ce qui signifie que Florence, une jeune maman de quelques années de moins que moi, fait le ménage ++++ : pas seulement celui de la maison d’habitation et la lessive des 3 ou 4 ou 5 expatriés qui y habitent mais aussi le ménage des 4 bureaux de la mission. (Avant notre arrivée, elle faisait également la cuisine des expatriés, après seulement le déjeuner du personnel congolais pour la pause de midi quand la cagnotte était pleine.)

***
Rapidement, je m’aperçus que l’équipe congolaise parlait à Florence comme de la merde (genre le comptable qui jette à terre devant elle son assiette sale –véridique-).

*!*!*!*

lunettes retirées wtf

Il a fait quoi là Dugland à Florence?

!*!*!*

Rien de mieux qu’un borsalino et un regard de tueur  qu’une ou deux phrases bien senties pour que plus personne n’oublie son prénom ni de s’exprimer dans les formes avec elle.

****

Du coup, Florence m’aimait bien. Moi aussi.

*****
Florence, c’est la seule de toutes les « domestiques » que j’ai « eues » avec qui j’ai partagé, je crois, une relation normale, sans peur, foutage de gueule, mécompréhension ni gêne d’un côté comme de l’autre.

*****
C’est-à-dire ?
Je lui demandais un travail précis, n’hésitant pas à exprimer mon mécontentement quand il n’était pas fait (2 ou 3 fois au début et ralass), ce n’était pas mon amie ni ma pote et je ne me sentais obligée de rien envers elle, mais nous nous parlions, poliment, respectueusement, amicalement même (comment ça je me contredis ? Bin en fait non, avoir une discussion amicale avec quelqu’un qu’on voit tous les jours, c’est juste normal, ce n’est pas être copain/copine). Si elle avait un problème par rapport au taf elle me le disait, moi idem, et tout allait bien.

******

Unique dans ma série perso. (no prise de tête, no culpabilité, no rien du tout.)

*****

Monsieur Philippe (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 4)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo) with tags , , , , , , , on 22 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

Après Djibéou, Floribert et Annie, la preuve avec

Monsieur  Philippe

République Démocratique du Congo. Bas Congo, ville routière.

J’ai 30 ans, je suis ici avec le Barbu et le gnome, je travaille avec le Barbu pour une consultance, donc boulot boulot tous les jours de 8h du mat à minuit, avec une pause de 3h en après-midi pour faire cours au Fruit de mes entrailles.

Encore une fois, l’homme-à-tout-faire est déjà présent et engagé à notre arrivée dans cette « maison d’hôte » au milieu du compound d’une association locale, qui bénéficie du courant en permanence ainsi que de l’eau courante. Monsieur Philippe a l’âge de mon père et a été « le boy de bons Pères Blancs belges » pendant des années.

Monsieur Philippe est celui qui nous fit réaliser que demander à un homme-à-tout-faire de cuisiner un plat traditionnel local est une ERREUR FATALE pour tes papilles, tes maxillaires et l’ensemble de ton système digestif.

Quand, le premier jour, nous lui avions dit que nous ferions nous-mêmes la cuisine (comme toujours), il s’était redressé droit comme un I et avait expliqué que ses anciens employeurs « lui avaient appris la cuisine traditionnelle de « chez nous », que son pâté de tête de veau en gelée était incomparable et qu’il pouvait relever n’importe quel défi ».

** dignité

Monsieur Philippe avait à ce moment là la même tête que le type à gauche, là sur la photo (–source http://kamizole.blog.lemonde.fr/2010/09/23/photo-parlante-%C2%ABsarkosarko-outrage%C2%BB-franche-ment-ridicule-et%E2%80%A6-psychotique/ )

Monsieur Philippe avait à ce moment là la même tête que le type à gauche, là sur la photo (source )

outragée***

Bon, clairement, l’honneur de Monsieur Philippe était en jeu : OK on était des Mundele (des Blancs en lingala) al chouia chelou et il voulait bien ne pas faire la cuisine pour nous (??!!), mais il tenait à nous faire un repas : quoi que l’on voudrait, il le ferait !

Okayyyyyyyyyy.

Vu que l’essentiel des denrées disponibles dans le coin se résumait à première vue à du chou, des haricots rouges (et des verts, et des blancs, et des crèmes), des lentilles, des oignons et des aubergines, (l’atmosphère des home sweet homes embaumait les fragrances les plus rares), et qu’en matière de cauchemar de végan, on ne pouvait trouver que du poulet et du bœuf consommables sans marteau piqueur à l’unique condition d’avoir été battus sauvagement à coup de bouteille de Ricard, on a préféré lui demander de nous faire découvrir LE plat traditionnel du coin.

*** gif ttendrissage

-tutoriel d’attendrissage de viande-qui-connaît-les-chambres-frigorifiques-des-routiers-mais-pas-la-chaîne-du-froid made in Hulk. DIY attitude

Ci-dessus, petit tuto d’attendrissage de viande-qui-connaît-les-chambres-frigorifiques-des-routiers-mais-pas-la-chaîne-du-froid made in Hulk. DIY attitude

made in hulk****

Il choisit de nous faire découvrir le fumbwa, fierté du Bas Congo mais qui est consommé dans toute l’Afrique centrale.

****fumbwa

Voilà un fumbwa qui a tout l’air de casser la chatte à priori. (vous trouverez plein d’infos sur la plante et la recette ici) http://saveurdici-mbuji-mayi.blogspot.fr/2014/04/fumbwa-morue-grille-congo-rdc.html

Voilà un fumbwa qui a tout l’air de casser la chatte à priori. (vous trouverez plein d’infos sur la plante et la recette ici)

hum 2****

C’est délicieux. En fait c’est même une vraie tuerie (spéciale dédicace à Chouchou).

Sauf que.

Voyez, Monsieur Philippe a beau avoir été homme de ménage/cuisiner/homme-à-tout-faire pendant 17 ans, c’est un congolais de sexe masculin, marié et qui n’a pas fait d’études supérieures. Ce qui implique que, jamais ô grand jamais il n’a levé le petit doigt dans une cuisine autre que celle de ses patrons, et à fortiori jamais dans la cuisine familiale. Donc qu’il n’a jamais préparé un fumbwa de sa vie.

Or, voyez, le fumbwa c’est cool, y’en a toute l’année, ça apporte des protéines un peu (là je parle de la plante à l’origine du plat), mais, comme un tas d’autres trucs de l’éventail alimentaire africain, ça demande une putain de préparation avant d’être consommable.

La base du plat est constituée, donc, des feuilles de la plante qui porte son nom.

****plante

ça ressemble à ça, au départ.

ça ressemble à ça, au départ.

originale***

On peut le deviner en regardant bien la photo ci-dessus : dures, résistantes, très fibreuses, les feuilles de fumbwa ressemblent plus à celles d’un artichaut mutant qu’à celles de la laitue blanche.

Tellement qu’avant toute tentative de cuisson, on émince très, très, très finement les feuilles et on les fait tremper au moins une heure. C’est en général sous la forme pré-découpée qu’on trouve le truc dans les marchés.

**** fumbwa

C'est vendu comme ça, voilà.

C’est vendu comme ça, voilà.

pas cuit***

Monsieur Philippe avait bien acheté le truc déjà coupé, OK. Mais il s’est contenté de faire cuire le tout, y plongeant pour faire fête des thomsons, poissons pas mauvais du tout mais à côté desquels la truite n’a pas d’arêtes si vous voyez le genre (et attention hein, des arrêtes de compète, du genre à résister à la pression bien comme il faut et à lacérer l’œsophage quelque chose de bien), qu’on trouve sur les marchés, fumés et séchés, un peu partout en Afrique centrale.

****poisson

ce n’est pas du thomson (sans doute de l’anguille) mais le conditionnement est le même. (source http://www.souvenirducameroun.com/about.html )

Ce n’est pas du thomson (sans doute de l’anguille) mais le conditionnement est le même. (source)

fumé***

Sauf que, le poisson il l’a foutu tel quel genre 10mn avant la fin, donc il n’a pas eu le temps de se réhydrater même un peu (ni de parfumer le plat) et est donc resté dur comme le cul à Jeannette.

Sauf qu’il n’a pas fait tremper les feuilles une heure avant de commencer la cuisson (qui dure au moins une heure elle aussi).

Aussi nous sommes nous retrouvés, attablés devant Monsieur Philippe qui attendait anxieusement notre verdict, à bouffer du foin farci d’arêtes eeeeeeeeeeextrêmement acérées dépassant de boulettes de ferraille poiscaille au goût plus fort que du fromage corse en état de décomposition avancé.

***** pain de

Avouez que ça y ressemble, à du foin !

Avouez que ça y ressemble, à du foin !

nain fumbwa****
**** arete de pois

non ça n’a rien à voir, mais c’est ce que j’ai trouvé –merci Google- en cherchant des images de poisson avec beaucoup beaucoup d’arrêtes. Je trouve la chose …… surréaliste (création de Giuseppe Zanotti) alors voilà.

non ça n’a rien à voir, mais c’est ce que j’ai trouvé –merci Google- en cherchant des images de poisson avec beaucoup beaucoup d’arrêtes. Je trouve la chose …… surréaliste (création de Giuseppe Zanotti) alors voilà.

son giuseppe***

Comme nous sommes bien élevés et que si nous ne le faisions pas, ce n’aurait pas été les arrêtes qui nous auraient perforé le bide mais le regard de Monsieur Philippe, nous avons fini notre plat. Avec des mines enchantées qui plus est.

On a été malades comme des chiens (oui, il faut vraiment bien suivre la procédure avec ces feuilles !!!) et eu mal au bide pendant plus d’une semaine.

Mais l’honneur de Monsieur Philippe était sauf.

Annie (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 3)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , on 22 septembre 2014 by violemmenthumaine

 

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve, après Djibéou et Floribert, avec

Annie

Zimbabwe. Harare.

J’ai 30 ans, je suis « dépendante », c’est-à-dire que je suis la « compagne inutile du » Barbu, qui bosse pour les Chevaliers Blancs. Je suis là avec mon gnome, et ce sagouin va déjà à l’école. Je suis donc seule à la maison de 7h du mat au milieu de l’après-midi.

Comme nous sommes en famille, nous n’habitons pas avec les autres dans une des deux maisons communautaires (grosse mission) mais, comme deux autres familles (rarissime), rien que nous dans un appartement et quand nous arrivons, il y a déjà une bonne attitrée rien que pour nous.

Annie a la soixantaine, même si elle paraît bien 10 ans de plus. Elle est percluse de rhumatismes et ne voit plus grand-chose, mais elle est veuve sans enfants et n’a pas de famille ici : le salaire, toujours payé en dollars américains (et vue l’ « inflation » -à ce niveau là mon met des guillemets !- à l’époque, c’est un *%¤# d’avantage !!!) et la couverture santé sont juste vitaux pour elle.

Bien évidemment, je ne lui dis pas d’aller se faire voir et que je veux être tranquille chez moi.

Au chômage et en manque certain de méga-patate, je dois donc me lever tous les jours à 6h 30 pour être décente et fraîche comme une rose quand Annie arrive, entre 7 et 8h moins le quart.

Annie…. C’est avec elle que je découvre que le « personnel de maison » peut être le pire des loups pour le « personnel de maison ». Elle était tanzanienne, figurez-vous : une des incarnations de la « pas de souche bien louche » au Zim’ si vous voulez. C’est donc « tout naturellement » que les autres femmes de ménage de la mission, toutes beaucoup plus jeunes qu’elle et en forme, avaient pris l’habitude de lui refiler toutes les corvées à la moindre embrouille : ainsi, quand la machine à laver de la maison x, que l’ensemble des femmes de ménage de la mission utilisait, est tombée en rade et que tout le rez-de-chaussée de la baraque a été inondé, c’est à Annie que l’une des femmes de ménage est venue commander de nettoyer… et de faire la lessive de toute la mission.

***gif yoda allu

-A peu près ma tronche quand j’ai entendu la greluche parler à Annie comme si elle était son esclave.

A peu près ma tronche quand j’ai entendu la greluche parler à Annie comme si elle était son esclave.

me son sabre ****

Ni une ni deux, faut que je fasse quelque chose…

Quoi ?

Je n’aurais jamais cru pouvoir prononcer un truc comme ça : « De qui Annie est-elle la bonne ? Moi. JE suis la patronne, et moi je lui ordonne de rester chez moi tous les jours et de faire le travail que je lui demande. C’est clair ou il faut que je l’en parle à l’admine ? ».

Encore moins que cela pût susciter des larmoiements de remerciements dans les yeux de la dite bonne et son indéfectible amitié.

écarquillés***

monde à l-envers
*** monde à l’envers****

-DE L’IMPORTANCE DU CONTEXTE QUOI-

Floribert et les mecs (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 2)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo) with tags , , , , , , , on 22 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve, après Djibéou, avec

Floribert et les mecs

République Démocratique du Congo. Goma.

J’ai 27 ans, je suis étudiante, je suis là pour « faire mon terrain » nécessaire à l’écriture de mon mémoire et par là à l’obtention de mon DEA. Je bosse comme une dingue. Je suis accueillie au sein d’un programme d’une grande ONG internationale. C’est ma première fois en contexte humanitaire en zone de conflit.

Comme c’est le cas la plupart du temps quand on est en mission en HP*, j’habite avec tous les autres membres du programme, et les expatriés qui bossent en brousse viennent chez nous pour leurs « vacances » (ne jamais oublier que tout est relatif).

Ce n’est donc encore pas moi qui embauche ou paye qui que ce soit, je ne suis pas la « patronne », encore moins vu mon statut bâtard.

Mais c’est à ce moment là que j’ai compris :

1) qu’il était impossible hors capitale de travailler sans employer de personnel de maison (à moins de ne pas dormir).

[Problème : X travaille entre 8 et 12 h par jour. X n’a pas de machine à laver à disposition, ni aucun aliment prêt à consommer non plus que d’appareil électroménager à l’exception d’un four à gaz antédiluvien et d’un petit frigo. Puisque les routes ne sont pas goudronnées et les fenêtres non étanches, l’intérieur de la maison se recouvre en 24h d’une belle couche noirâtre (mais ailleurs ça peut être rougeâtre, marron, blanchâtre ou du plus bel ocre) de plusieurs millimètres. Combien de temps restera-t-il à X s’il va au marché (entre 1h30 et 3h), fait sa propre pitance (entre 1 et 3 h pour chaque repas), le ménage (2h minimum) et la lessive (environ 1h pour le linge de deux jours) ? 24 moins 13 minimum = entre 8h30 et 3h pour souffler, dormir, manger… et tout le reste. Et ça c’est quand il y a l’électricité et l’eau courante à dispo. C.Q.F.D]

****femme pilan

-Tu crois que c’est facile ? Tu la vois la dame là hein ? Il lui a fallu plus de trois heures pour remplir les bassines du résultat de son pilage. Et ELLE, elle a toute sa vie d’expérience (ou presque) derrière elle. Toi (ou moi) il nous faut le double (au moins).

-Tu crois que c’est facile ? Tu la vois la dame là hein ? Il lui a fallu plus de trois heures pour remplir les bassines du résultat de son pilage. Et ELLE, elle a toute sa vie d’expérience (ou presque) derrière elle. Toi (ou moi) il nous faut le double (au moins).

t dori****

2) Que ce n’est pas parce que tu es HP* que tu te conduis normalement/respectueusement/bien/décemment avec le dit personnel de maison.

3) Que beaucoup de « personnel de maison » estiment leur situation privilégiée quand ils travaillent pour une ONG internationale.

Floribert, le cuisiner de la petite troupe (on était entre 3 et 8 dans la maison, tous les jours), est vite devenu mon grand pote, ainsi que les gardiens (dont environ les 2/3 avaient suivi des études supérieures). Pas les filles qui faisaient le ménage et la lessive, car je n’étais pas là durant leurs heures de travail (bin oui, je travaillais aussi), on s’est juste croisées une fois à mon arrivée.

Pas parce que je leur ai rendu un quelconque service. Juste parce que je leur ai parlé, me suis intéressée à leur vie, leurs espoirs, leurs familles. Et parce qu’une fois ou deux j’ai pris leur parti face aux exigences ubuesques de certains HP* (comme, par exemple, avoir des crêpes tous les matins, alors qu’il n’y avait rien d’autre à dispo pour ce faire que du lait en poudre –Nido 4 ever).

C’est en discutant avec eux que je réalise qu’en fait, la plupart du staff de maison considère que travailler pour une ONG est une chance : la majorité du temps, le salaire est de 2 à 5 fois celui qu’ils toucheraient ailleurs pour le même travail, et surtout, contrairement à ce qui se fait la plupart du temps dans le privé, ils bénéficient ainsi que toute leur famille proche (époux/se/s, enfants, mais aussi parfois père, mère et fratrie) de couverture santé gratuite, et d’horaires fixes sans heures supplémentaires avec week-end toujours libre. (Et oui encore heureux il ne manquerait plus que ça !!!!)

Djibéou (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 1)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , , , , , on 21 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve avec:

Djibéou

Burkina Faso (♥♥♥♥). Dori.

Je n’ai même pas 20 ans, c’est ma première fois en Afrique, ma première fois hors d’Europe.

A la routarde, un sac à dos 120 litres et 1600 Francs pour 6 mois, j’accompagne mon Namoureux (déjà Barbu) qui vient y faire son stage de fin d’études. Tant que le stage n’est pas commencé, on dort à l’arrache dans des hôtels miteux ou nous sommes reçus chez des rastas du coin rencontrés la veille. Mais, pour ses 4 mois de stage, on est accueilli comme convenu chez D., un fonctionnaire burkinabé, Mossi de la capitale nommé contre son gré dans une sous-préfecture aux portes du désert, qui méprise les gens du coin et hait les Blancs. (Ambiance).

D. habite seul et emploie à temps complet Djibéou, qu’il nous présente en le désignant de la main : « ça c’est mon boy ».

*** boy

Hé ouais, je n’aurais jamais cru entendre le mot « boy » hors des pages de Tintin au Congo, et encore moins dans la bouche d’un africain. Cet artefact datant de la colonisation a été mis en vente à 50€ et adjugé à 130€ à l’Hôtel des ventes de Troyes l’an dernier

Hé ouais, je n’aurais jamais cru entendre le mot « boy » hors des pages de Tintin au Congo, et encore moins dans la bouche d’un africain. Cet artefact datant de la colonisation a été mis en vente à 50€ et adjugé à 130€ à l’Hôtel des ventes de Troyes l’an dernier

****

Quelques semaines après notre arrivée, D. part pour deux mois en stage dans sa chère capitale.

Nous voilà seuls avec le jeune Djibéou.

Me voilà seule avec Djibéou (bin oui, le Namoureux la journée, il est en stage).

Bon.

On lui donnait depuis le début autant que ce lui paye D en plus pour le taf que nous lui occasionnions en plus, cela ne changea donc pas nos habitudes. Mais on commençait à en avoir marre de manger les trois mêmes repas en boucle depuis notre arrivée et maintenant je savais parler un peu un peu le peul. Je me mis donc à faire les courses au marché et à faire la cuisine. Je n’osais pas, voire même je ne pensais pas à faire des remarques sur son travail à Djibéou : après une semaine durant laquelle j’avais relavé tout notre linge après lui, je faisais désormais moi-même la lessive tout court à sa place. [Je ne suis même pas clean freak, juste que le look tout latérite semblait trop Mad Max à mon goût, tout comme à l’ensemble de la population locale d’ailleurs, où seuls les Fous –il n’y avait pas d’enfants des rues ni de sans abri à Dori, à l’époque en tous cas- sortent dans la rue vêtus de tissus qui ne soient pas d’un blanc ou d’une couleur étincelante.]

**** photo

Ça, c’est une photo que j’ai prise par la fenêtre de la maison un après-midi durant la période de l’harmattan. Idéale pour un teint d’un ocre uniforme sur la peau et les vêtements du plus bel effet fantomatique.

Ça, c’est une photo que j’ai prise par la fenêtre de la maison un après-midi durant la période de l’harmattan. Idéale pour un teint d’un ocre uniforme sur la peau et les vêtements du plus bel effet fantomatique.

tempête*

mines

Enlève le casque et la lampe frontale et t’as le latérite look, bien dirty muddy, du genre à s’incruster bieeeeeeeeeeeeeen au « cœur de la fibre » comme dirait Ariel. (Musclator on m’appelait à mon retour ^^ après 6 mois de lessive à la main)

* mines**

Bref : Djibéou n’avait plus qu’une heure grand max de boulot par jour, mais on n’osait pas l’en priver : on n’allait pas retirer le pain de la bouche d’un homme, merde ! Et puis c’est grâce à lui si je pouvais avoir une conversation de base en peul et donc faire mon marché, même si sa présence me mettait souvent mal à l’aise depuis nos échanges linguistiques.

Ce n’était pas pour rien : un beau matin, alors que je prenais ma douche, qui donc entre « sans le faire exprès » dedans et se rince l’œil bien comme il faut  (il prend bieeeeeeeeen son temps no soucy, suffisamment pour qu’il soit bien installé contre le mur quand je me retourne et le découvre)? Djibéouuuuuuuuuuuuuuuuuuu.

*** unedouch

A peu près ma gueule quand il s’est pointé.

A peu près ma gueule quand il s’est pointé.

ehorrible***

Là, pour comprendre l’ampleur du point auquel le ‘tit père se foutait de ma gueule quand il se la joua voyeur d’abord, puis quand il s’en défendit ensuite devant moi puis mon Namoureux, faut avoir une idée de ce à quoi ressemblait la dite douche.

Tout comme la cuisine, les installations sanitaires étaient à l’extérieur de la maison, l’une et les autres à des coins opposés de la parcelle.

Voilà à quoi ressemblaient les dites installations sanitaires (mais avec un mur/couloir devant, ouvert sur la droite, et pas de porte devant la salle de douche ni la salle des toilettes.)

**** salles d’ai

photo retravaillée par mes soins d’après un cliché trouvé sur ce blog)

Photo retravaillée par mes soins d’après un cliché trouvé sur ce blog)

sances

La photo (pas de moi) donne une bonne idée de la dimension du truc habituel en Afrique de l’Ouest : les toilettes, ce n’est pas un ridicule mouchoir de poche, mais une bel espace d’environ 3m/3m, ce qui limite assez efficacement les nuisances liées à ce type d’installation quand la fosse en-dessous est bien profonde et qu’elle est régulièrement passée à la chaux).

La photo (pas de moi) donne une bonne idée de la dimension du truc habituel en Afrique de l’Ouest : les toilettes, ce n’est pas un ridicule mouchoir de poche, mais une bel espace d’environ 3m/3m, ce qui limite assez efficacement les nuisances liées à ce type d’installation quand la fosse en-dessous est bien profonde et qu’elle est régulièrement passée à la chaux).

**** chiottes****

Et le gars te dit qu’il ne l’a pas fait exprès, qu’il voulait juste aller aux toilettes.

Genre, c’est possible de ne pas faire exprès de se tromper de pièce, de ne pas voir qu’on passe les chiottes sans porte et de continuer sans le vouloir jusque la douche, sans avoir entendu le bruit de l’eau qui jaillit de la pomme.

**** ange-

Djibéou était neeeeeeeeeettement moins choupinou, en fait (source-retravailllée- http://papillondereve.centerblog.net/rub-tubes-diablesse-diables--2.html?ii=1 )

Djibéou était neeeeeeeeeettement moins choupinou, en fait (source-retravailllée d’ici )

démon****

Bien sûr.

Moi et mon Namoureux étions d’accord : il était juste hors de question que Djibéou continue à venir. No way.

Mais c’est pas gentil-gentil-gentil, hein, de priver un pauvre gars en face duquel on est teeeeeeeeellement privilégié hein non ça c’est vraiment pas Petit Poney style.

On a donc, très sérieusement mais avec un visage pas content, expliqué à Djibéou que, pour avoir fait si mal son taf que je me suis mise à le faire à sa place et pour m’avoir témoigné LE manque de respect absolu (la nudité absolue, …. , comment dire, est un Tabou avec un putain de grand T pour beaucoup de peuples, et les Peuls ne font pas exception)….

Il ne remettrait plus les pieds dans la parcelle tant que D. ne serait pas de retour…. et continuerait à recevoir son salaire complet, que nous lui viendrions lui remettre en main propre chaque lundi soir.

Faut pas venir nous faire ‘ièch hein ?!….

**** gif c’est ça

c'est ça ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis

ouaiiiiiiss*****

Voilà voilà voilà…..

Je fus donc  très « Petit Poney Style pour ma « première fois ».

**

les petits poneys style font iech

Et après Djibéou, voilà ce que j’en pensais, du Petit Poney Style.

**

%d blogueurs aiment cette page :