Archive for the Hors case Category

Raton-laveurs congolais

Posted in Big A(frica), Hors case, RDC (Congo) with tags , , , , , , , , on 26 novembre 2014 by violemmenthumaine

 

Les listes surréalistes, tu l’as bien compris à force mon Inconnu/e préféré/e, j’aime bien.

Pendant longtemps, j’en ai écrit au détour de mes voyages et rencontres, quand je trouvais une atmosphère étrange, poétique, étonnante, énergique…. Ce sont « mes ratons-laveurs ».

En voici deux de ceux de mon avant-dernier séjour congolais.

 

Lundi 27 Avril 2009_ Route Quartier GB/aéroport Ngili/Quartier GB (Kinshasa)

ùùùùùù

1 Eglise de réveil qui hurle à plein micros de 20h à 6h….

**** eglise réveil RDC Source et

eglise-rdc-taille fichier

Source: © Syfia Grands Lacs/RDCongo

© Syfia Grands Lacs/RDCongo

1 hôtel Apocalypse.22,

10 joggeurs sur la côte de Limete,

1 Dieu qui nous a sorti d’Egypte,

1 vieille femme ridée comme LA Grand-mère qui peine à atteindre son siège de mendicité,

3 miss maquillées défrisées talons aiguilles jeans serrés et veste faux Dolce,

Des bus jaunes et bleus bourrés craqués,

***bus kin

bus kinshasa

shasa

Tous les regards fixés sur moi,

1 homme des rues qui me salue.

1 policier au check point MONUC de l’aéroport demande l’argent, car « on a de droit de demander ». Moi je dis que j’ai le droit de refuser mais je vous souhaite la bonne journée papa, et là 1 sourire immense et 1 merci plein de bonheur…

1 militaire MONUC qui ne parle pas un mot de français,

15 mecs en uniforme et yeux bleus comme la mer qui sifflent en me voyant passer avec ma valise, 1 pneu qui brûle,

***source radio Okapi. Pas

source radiookapi

Pas le bon pneu mais le bon pays. (Source Radio Okapi)

le bon pneu mais le bon pays.

1 bar « Ma mère avait raison »,

1 « Eglise du Christ l’évangélisation pour les Domineurs »,

3 casques bleus uruguayens qui me déshabillent du regard,

1 collégienne en uniforme qui pleure au bord de la route,

3 fillettes allant à l’école qui font « hi han » quand la voiture passe et 1 majeur dressé qui sort de la fenêtre en une réponse fatiguée, et

1 vigile du voisin ministre qui fait le salut militaire avec un « bonjour » de stentor quand on arrive.

 

Dimanche 3 Mai 2009 _ Route Kinshasa – Matadi

***route Matadi La route en question,

route matadi

La route en question, une fois sorti de Kinshasa bien sur. © Alain Huart ( Source )

 

© Alain Huart   source http://www.ecocongo.cd/fr/album/bas-congo-0

 

1 chaleur à pierre fendre,

100 trous dans le bitume,

*** trous route – source

trous route

En fait, la route plus souvent à ça. Source

http://vigilancerdc.afrikblog.com/archives/2009/04/16/13401345.html

1 Obama.com,

2 enfants qui nous jettent de la terre,

1 place vendôm.com,

des policiers avec des gilets orange fluo en goguette,

des hommes et des Primus,

*****pri

primus

Primus versus Skoll: les deux « bières nationales ».

mus

des « mundele donne-moi l’argent »,

des bouteilles de sirop anti-hémorroïdes marron et « moderne » car rapporté de chez les Blancs,

des « le Blanc donne-moi l’argent »

des barrages qui s’ouvrent aux étoiles de l’Europe,

3 Blancs motards rouges comme écrevisses et barbus comme des hells angels en panne le long de la route,

*** bas congo 5 Ça fait un

bas congo 5

Ça fait un peu chelou n’est-il pas?? … 😉

peu chelou n’est-il pas….

1 camionnette sur laquelle sont juchés 8 militaires mais seulement 3 kalachnikovs et autant de paires de lunettes de soleil,

1 volant qui tourne comme un parkisonien sous les mains de son chauffeur à la moindre montée,

1 souris qui traverse, et

2 oiseaux rouges comme le sang et noirs comme le désespoir.

*** eupplecte *** ce sont des oiseaux comm

eupplecte

Ce sont des oiseaux comme ça dont je parle (des eupplectes ignicolores/franciscains): ça déchire non?!!

 

e ça dont je parle (des eupplectes ignicolores) : ça déchire non?!!

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l’Hyper-Inflation comme si tu y étais

Posted in Big A(frica), Hors case with tags , , , , , , , , , on 30 septembre 2014 by violemmenthumaine

Salut mon Inconnnue/u préférée/é !

Aujourd’hui, cours d’histoire économique.

Enfin, non, pas vraiment, anyway ce n’est pas là l’objectif.

L’objectif est plutôt d’essayer de rendre significatif, concret, de traduire un grand « concept » dans la réalité de tout le monde, dans la vie quotidienne.

Tu vois, quand on te raconte, par des cours, des essais, des films, des news, des livres, des articles, l’histoire avec un grand H (et l’économie) ? La guerre, l’esclavage, les camps nazis, ce genre de trucs ? Qu’est-ce que ça implique au jour le jour, dans les décisions et les pratiques les plus banales ? Si tu es pauvre, si tu es Noir aux USA en 1935 ou dans tellement de pays dont la France encore aujourd’hui, que cela impliquera-t-il quand tu iras acheter ton pain, quand tu auras mal à la gorge ou que ton linge aura déteint ?

C’est exactement ce que j’ai envie de faire ici là maintenant au sujet de l’hyper inflation, celle que subît le Zimbabwe dans la deuxième moitié des années 2000.

Peut-être parce que je ne m’en suis toujours pas remise des années après.

Pas de cours d’économie, pas de présentation des causes du phénomène (ce d’autant plus que la plupart des analystes économiques se mono-focalisent sur une écriture de l’histoire bien bien « Blanc souverainiste » biaisée qui, bien qu’elle ne soit pas fausse, oblitère totalement des pans entiers de la réalité et reflète surtout la survivance d’un racisme nauséabond.)

Juste une petite illustration de ce que veut dire l’hyper-inflation au jour le jour, rien de plus.

HYPER 

                                      

INFLATION

La définition ne nous apporte aucune révélation fracassante hein : l’hyper inflation, c’est quand l’inflation s’emballe hors de tout contrôle.

Ce n’est pas arrivé très souvent dans l’Histoire, mais vous en avez tous entendu parler au moins une fois pendant vos cours au collège au moment où l’on vous a parlé de la Crise de 29 et de comment l’Allemagne a douillé.

Perso, l’image de mon livre d’histoire d’alors qui illustrait l’inflation en Allemagne, un vieux à moustache de ouf en redingote devant une charrette de billets [une putain de CHARRETTE de billets !] dans la rue, m’avait stupéfiée.

Je trouvais ça presque drôle, un peu magique et sans beaucoup de sens. Comment ce Monsieur si digne et si bien habillé pouvait-il être « pauvre » avec tous ces billets ?

*****char

Ce n’est pas la photo dont je me souviens, mais ça s’en rapproche pas mal et c’est la plus proche de mes souvenirs dans tout ce que j’ai pu trouver on line.

Ce n’est pas la photo dont je me souviens, mais ça s’en rapproche pas mal et c’est la plus proche de mes souvenirs dans tout ce que j’ai pu trouver on line.

rette****

Je ne savais pas que je vivrai un jour de l’intérieur la même chose que ce digne bourgeois moustachu des années 30 pendant quelques mois.

L’inflation qui ravagea le Zimbabwe  entre 2006 et 2009 est après la Hongrie le pire épisode d’hyper-inflation de l’histoire de l’humanité à ce jour.

J’ai vécu au Zimbabwe en 2007. Ce qui signifie, malgré le chaos dont j’ai été témoin, que ce que j’ai vu n’est même pas le pire de ce qu’ont vécu les femmes et les hommes zimbabwéennes/ns.

En effet, quand je suis arrivée, le dollar US ne valait encore « que » 300.000 dollars zimbabwéens, et « que » 1.200.000 quand je suis partie.

En 2008, les prix ont continué à doubler… tous les jours.

***infla

inflations

tions***

Maïdé maïdé, Alpha Tango à Tango Charlie, votre communication est arrivée avec friture, pouvez-vous répéter ?

Tango Charlie à Alpha Tango : Les prix doublaient tous les jours. Je répète : les prix, tous les prix, doublaient tous les jours. …. ; Allo allo ? Alpha Tango ?????

***gif QG arm

QG armee hallucine

ee hallucine***

Ouais.

Cette Absurdie a continué jusqu’en 2009.

Le 16 Janvier, le gouvernement édita son dernier nouveau billet en dollar zimbabwéen : celui avec un 1 et 14 ZEROS derrière.

Un billet, donc, de cent mille milliards.
**** 10.000.millia

million de milliard zim

rd dollars****

Avec des nombres de cet ordre, déjà de manière générale et à moins d’être astronome, géologue ou physicien moléculaire, on est déjà un peu largué.

Mais réalise que là, c’est toi qui utilises ces nombres tous les jours. Des nombres incroyablement élevés, tellement qu’à moins d’être Bill Gates tu n’achèteras jamais, en France et à la vérité dans la plupart des pays du monde, quoi que ce soit dont le prix atteigne le montant égal du plus petit billet de banque en dollars zimbabwéens nécessaire a minima à la fin de 2008.

Fin janvier 2009, le gouvernement abandonnait sa monnaie.  Malgré les assurances officielles que cela n’était que temporaire, la monnaie du Zimbabwe est encore aujourd’hui le dollar américain.

Néanmoins, l’abandon du dollar zimbabwéen pour le dollar américain a mis fin à l’inflation. Il y a même eu « baisse des prix » depuis.

Mais, du jour au lendemain, la majorité des zimbabwéennes et zimbabwéens se sont retrouvés avec des milliards qui ne valaient plus rien.
*****Starving mil

lionnaire****

Retour en 2007.

Qu’est-ce que ça veut dire au jour le jour de vivre dans un pays où l’inflation est de 22% par jour ?

Des baignoires de flouze

Cela veut dire, très simplement, que vous payez un avocat 1 million de dollars.

***ex prix

ou bien qu’il vous faut 100 millions de millions de dollars pour acheter 3 œufs. Source http://evilnitsuj.wordpress.com/2010/12/31/zimbabwean-dollar/

Ou bien qu’il vous faut 100 millions de millions de dollars pour acheter 3 œufs. Source

d’achat***

Assez logiquement, cela veut dire que, quelque soit la nature de tes achats, tu te trimballes avec des MONTAGNES d’argent. Au sens propre du terme.

Par exemple, quand j’allais faire les courses au supermarché, je partais avec mon sac à dos rempli à ras bord, bourré au maximum de liasses de billets. Il fallait une valise de billets pour dîner au restau.

*** restau

restau zim

Oui oui, c’était bien comme ça. Source

Zim***

Forcément, ça change ton rapport à l’argent.

La première fois où, en soirée, tu vois un mec allumer son cigare (production locale. En fait, à l’époque en tous cas, le Zimbabwe était le premier pays producteur au monde de tabac) avec un billet de 500.000, tu manques t’étouffer dans ton verre.

 

Les premiers jours, devant les amas de billets, tu as l’impression d’être Tony Montana.
*** sca

scarface

L’administratrice quand elle devait payer le staff -y compris nous- tous les 2 ou 3 jours.

rface***

Puis, au bout d’une ou deux semaines, après avoir rempli ta baignoire de billets de banque et jamais fait tes courses sans qu’il te manque au final deux ou trois millions comme tout le monde, on te dit billet et tu penses à ça :

**** Robes

en thune

Ou encore à ça:
**** pyramide

L’Allemagne durant la crise des années 30, encore...

L’Allemagne durant la crise des années 30, encore…

de billets**** .

Et puis surtout, à ça :

****pou

belle****
Tu ne te sens plus coupable parce que tu n’as pas à l’être : tout le monde, même les enfants des rues, fait comme toi : j’ai vu des feux lancés avec des liasses de billets par des gens pieds nus et habillés de loques, des trous dans les murs colmatés avec des billets….

*** thune

Bin quoi ? Je n’ai pas pris de photos à l’époque, donc rebelote avec l’Allemagne des années 30, mais en l’occurrence c’est du pareil au même.

Bin quoi ? Je n’ai pas pris de photos à l’époque, donc rebelote avec l’Allemagne des années 30, mais en l’occurrence c’est du pareil au même.

ordure***

Et tu voyais des trucs comme ça tous les jours:

*** pq

only****

Mais il n’y avait pas que cet aspect des choses qui rendait la vie au quotidien un tantinet surréaliste et al chouïa stressante.

Serial Etiqueteur

Je n’avais jamais pensé à une conséquence pourtant criante d’un doublement des prix quotidien: l’étiquetage des produits mis en vente devenait obsolète en moins d’une journée.

En conséquence de quoi, tous les supermarchés avaient engagé du personnel supplémentaire dont la seule et unique tâche était d’écrire et/ou de coller les étiquettes au prix actuel sur tous les produits des rayons.

On faisait ses courses de base au milieu d’un ballet d’hommes et de femmes en uniforme (souvent des blouses en toile de bleu de travail) dont le bras virevoltait sans cesse, le regard concentré et les sourcils froncés sur leur calculatrice, le doigt crispé sur leur crayon.

Files d’attente comme en 40

Vivre au jour le jour dans un pays où l’inflation est de 22% par jour veut aussi dire que la question de savoir si tu réussiras à avoir à becqueter aujourd’hui et demain perd définitivement tout aspect rhétorique.

Cela s’est passé ainsi à chaque épisode d’hyperinflation dans l’Histoire, mais, dans mon esprit inculte en tous cas, les files d’attente pour de la nourriture, les magasins vides, c’était associé à la guerre. L’association d’idées étant profondément ancrée dans mon esprit, le vivre, ce dans un pays en paix et qui était 10 ans avant considéré comme le grenier de l’Afrique, était super déstabilisant.

Encore une fois, ça veut dire quoi ?

Cela veut dire que si tu veux acheter de la farine, du sucre ou du pain, tu fais la queue.

*** qu

Comme ça. ..... sauf qu'à la vérité....

Comme ça. ….. sauf qu’à la vérité….

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A la vérité cette file d’attente est ridiculement petite.

A la vérité cette file d’attente est ridiculement petite.

+ queue 2****

Le dernier mois que j’ai passé à Hararé (la capitale du Zimbabwe), les queues en centre ville mesuraient ….. 1 km en moyenne. Un KILOMETRE !!!!!!!!!!

Qui dit queue dit, étonnamment rarement, fight. Quand tu attends sagement ton quignon pendant une heure et demi, qu’il ne te reste plus que 3 personnes devant toi et que là on te dit « il n’y a plus rien revenez demain », forcément, parfois les gens s’énervent.

Pas comme le *¤# de consumériste qui vitupère parce qu’il a raté son Prada en soldes ou le dernier Itruc ultra tendance et ultra pollueur, mais comme le type qui n’a plus rien à bouffer dans ses placards. Pas la même donne tu vois.

Et pourtant, en 4 mois je n’ai vu d’émeute qu’une putain de seule fois. [Respect et totale incompréhension pour ces hommes, ces femmes, qui n’ont pas, ni à ce moment ni plus tard (quand les délires de Robert ont directement causé une épidémie de choléra qui ravagea le pays, ou quand le même Robert dit –va te faire foutre- aux résultats des urnes, et, plus tard, à son vice-président d’opposition) donné la parole à la violence.]

Jeu De Rôle Grandeur Nature « Ville Fantôme dans les rayons »

Queue ou pas queue, encore faut-il qu’il y ait un truc à se procurer au final. L’ensemble des supermarchés n’étaient plus régulièrement approvisionné.

Durant le temps que j’y ai passé, le paroxysme du syndrome rayons de supermarchés désertiques a été atteint quand R. a gentiment envoyé à son seul pote hors Zimbabwe, la Chine, la quasi-totalité de la production animale du pays (viande, mais aussi œufs et produits laitiers). A ce moment là, joint aux problèmes réguliers de réapprovisionnement, les supermarchés étaient parfois vides à plus de 90%.

***Zi

m 1****
**** zi

m

2**

Ethologie de la fourmi en matière de stocks alimentaires : marathons et sprints stratégiques

Une fois que tu as bien tout ça en tête, tu devines qu’avoir de quoi bouffer chaque jour relève un peu du challenge.

Le serial étiquetage permanent et les flottements dans l’achalandage des rayons te transforment en athlète : tu fais un repérage express entre les deux ou trois grandes surfaces que tu peux dévaliser dans les mêmes 30 mn avant de choisir la moins chère, tu cours pour acheter les trucs qui ne sont pas encore ré-étiquetés, tu épluches ceux qui le sont pour être sur de ne pas passer à côté de celui qui a été oublié par le serial étiqueteur.

En cas d’aubaine comme une arrivée de farine, de café, de sucre, tu achètes, oui même toi qui ne dévalises pas la moitié du stock comme une bonne moitiée des gens, qui font les courses avec des chariots de manutentionnaires, même toi tu achètes en double. De retour chez toi tu verras si tu peux échanger le deuxième sac contre un truc que tu n’auras pas trouvé.

De toute façon, tu stockes au maximum.

Et évidemment, tu ne changes pas ton salaire de dollars US en une seule fois, mais tu l’échelonnes au max, 4 à 5 fois par semaine, histoire de ne pas te retrouver à ne pouvoir acheter qu’un paquet de clopes et une bouteille d’eau avec le reste de ton revenu mensuel 4 jours plus tard.

Tu deviens rapidement très scrupuleuse/x à suivre ces stratégies car ce sont les seuls éléments qui te permettent de maîtriser même un petit peu ce grand foutoir.

Mais même malgré ça, tu sais que tu ne repartiras jamais ni avec tout ce que tu avais mis sur ta liste, ni avec tout ce que tu avais mis dans ton caddy.

Voilà ce que cela signifie, au quotidien, de vivre l’hyperinflation.

………

Voilà ce que cela signifiait quand on appartient, comme c’était mon cas de Blanche expatriée en couple avec un homme travaillant pour une grande ONG internationale, (donc payé 1) décemment 2) au taux réel 3)en dollars américains), à la classe moyenne confortable.

Une personne qui n’avait pas à incorporer les transports dans son budget, , ce qui lui permettait de traverser la ville et d’aller chercher la viande à la source, soit l’abattoir de la ville et les usines de fabrication de pain et de lard and co, en plein dans la zone industrielle après le plus gros bidonville d’Hararé….

Je ne suis jamais parvenue à comprendre comment les masses urbaines de petite classe moyenne et en dessous ont survécu, comment ils ont fait au quotidien, et encore moins comment la population a pu rester calme et… réélire Robert Mugabe. (2 fois déjà depuis).

Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments

Posted in Big A(frica), Hors case, Kenya, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , on 21 septembre 2014 by violemmenthumaine

Yo bel/le Inconnu/e !

Le « personnel de maison » -comme on dit en politiquement correct- en Afrique. Cela fait longtemps que je pense à écrire un p’tit truc sur le sujet, mais j’hésitais plus qu’un peu car c’est particulièrement propice aux malentendus.

Quand tu dis/découvres que tu as une « bonne » là bas à quelqu’un en France, en gros, tu as au choix trois réactions :

1) « Ah je voiiiiiiiiiis, Mâdââaâme se la pète/est une grosse bourge//pétasse friquée ». (Euh, oui, d’un certain point de vue, enfin peut-être, mais en fait, non, mais de toute façon cela n’a RIEN A VOIR en l’occurrence)

2) « Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, comment c’est trop une vie de rêve sérieux. » (ah ???)

3) « Salope de raciste/néocolonialiste/social traître ». (bin même si non enfin pas totalement, c’est exactement ce que je pense en valeur absolue du fait d’avoir des domestiques, en Afrique ou ailleurs d’ailleurs. Ça complique forcément les choses quand tu en « as » un/e, de domestique.)

Je ne vais donc pas prendre de risque en abordant le sujet et me cantonner à ce que je sais le mieux faire ici : raconter ma life et mes réactions, rien de plus.

Les « domestiques » n’existent plus pas en France et en Occident en général (ou alors dans des sphères tellement huppées/friquées/jet set qu’elles comptent pour du beurre) mais font encore partie intégrante du tissu social urbain de la plupart des pays d’Afrique noire, en tous les cas de la dizaine que je connais.

En France, ils représentaient encore presque 14% de la population active à la fin du XIXème siècle.
***p 174

Si vous regardez bien : les domestiques ne travaillaient pas que pour les grands bourgeois mais bien pour presque toutes les couches de la société et si on calcule, on s’aperçoit qu’en dehors  du secteur industriel et de celui de la force publique, entre 1 famille sur 10 et 1 famille sur 4 employaient au moins un/e domestique.

Si vous regardez bien : les domestiques ne travaillaient pas que pour les grands bourgeois mais bien pour presque toutes les couches de la société et si on calcule, on s’aperçoit qu’en dehors du secteur industriel et de celui de la force publique, entre 1 famille sur 10 et 1 famille sur 4 employaient au moins un/e domestique.

***

Cette catégorie socioprofessionnelle a presque entièrement disparu avec la première guerre mondiale, et on ne la connaît plus en Europe aujourd’hui que sous des représentations nostalgiques d’un passé exotique dans les films à la Ivory ou dans Downtown Abbey.
**capture vestige

Antony Hopkins dans Les vestiges du Jour d'Ivory. #admiration#respect

Antony Hopkins dans Les vestiges du Jour d’Ivory. #admiration#respect

s du jour***dowtown-abb

La joyeuse petite troupe des domestiques de Dowtown Abbey (12 hein quand même, c’est carrément une PME !)

La joyeuse petite troupe des domestiques de Dowtown Abbey (12 hein quand même, c’est carrément une PME !)

ey-servants **

En fait, aujourd’hui, à moins que tu ne t’appelles Kardashian ou le Prince Harry, tu n’as pas de « domestique » : quelqu’un qui, lundi mardi mercredi jeudi vendredi, et (mais jamais quand il s’agit d’ONG internationales) souvent samedi et parfois même le dimanche aussi, arrive chez toi très tôt le matin pour ne repartir que le soir si ce n’est dort sur place, et fait ton ménage tes courses ta bouffe ta lessive ton repassage et tout le reste.

Non.

A l’extrême rigueur, tu auras peut-être une femme de ménage qui passera quelques heures chez toi une fois par semaine, et peut-être même pendant quelques années si besoin est une nourrice puis une baby-sitter, mais c’est tout et encore, ce n’est pas un passage obligé.

Alors qu’en milieu urbain au Burkina Faso, au Sénégal, en RDC, au Kenya, au Zimbabwe, au Gabon, en Ouganda et ailleurs, les domestiques sont omniprésents (et aussi aux Philippines, au Liban, en Inde ou au Mexique et yep, si je n’ai pas réussi à trouver un lien kawaï sur le sujet c’est peut-être bien parce que ça ne l’est pas, kawaï). C’est une estimation à vue de nez, mais je dirais que plus de 90% des expatriés emploient entre un et cinq « personnels de maison » sans compter le ou les gardiens: une bonne évidemment, une nounou pour 99% de celles (et ceux) qui ont un ou des mioches, un jardinier, un ou une cuisinière et un chauffeur.
Le plus souvent, la bonne se charge aussi des tâches de cuisine et des enfants.

Si vous avez vu (ou lu) La Couleur des Sentiments, vous voyez le tableau. Mais pas forcé de la jouer « bonnes noires vs patronnes blanches », ça peut se faire dans toutes les déclinaisons de couleur de peau côté patronnes.

Car, j’ai mis des années à le réaliser, tout le monde emploie des domestiques, pas seulement les Blancs-vilains-néocolons-racistes-et-pire-encore (mais ils existent ça pas de doute !).

En tous les cas, au début tout début (et puis encore longtemps après aussi), ça surprend, déstabilise et met pas top à l’aise.

Après non plus d’ailleurs en ce qui me concerne.

Juste, je vomis le concept côté domestiques (pas besoin d’explication, si ?) et je le refuse tout simplement côté patron.

Parce que j’ai envie d’être chez moi dans ma maison, pouvoir m’engueuler avec qui je veux comme je veux, déprimer ou exploser de rire ou jouir en hurlant quand je veux, traîner à oilpé ou baby doll ou tee-shirt dégueu plein de taches si je veux. Assez étrangement pour un humain vivant en 2014 et ayant un blog, j’affectionne vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup le concept de vie privée (genre je ne parle jamais plus de 2 mn au portable si je suis dans un lieu public par exemple). C’est un truc qui m’a toujours fait halluciner de voir, et pas seulement dans Downtown Abbey, combien les « patrons/nes » qui emploient des domestiques ne semblent pas réaliser et en tous cas se soucier de jouer Secret Story irl dans leur propre maison.

Mais parfois, souvent, on n’a pas le choix : le/la domestique est déjà là.

Cela veut dire qu’il y a quelqu’un qui est chez toi tous les jours, que tu sois absent/e ou sur place, seul/e ou pas, désœuvré/e ou surbooké/e. Ce quelqu’un n’est pas ton ami/e, il/elle n’est pas avec toi chez toi parce qu’il/elle t’aime bien mais parce que c’est son travail et qu’il/elle est payé/e pour cela, même si pas forcément par toi.

Perso, je n’ai jamais été pote avec mes employeurs chez qui je faisais le ménage, et l’eussè-je voulu que ce n’était très clairement pas envisageable au programme. De manière générale, je sais combien tenir des postes peu ou pas qualifiés peut faire subir de situations d’humiliation et quelle est la dose de violence symbolique quotidienne que l’on affronte quand on est personnel considéré comme peu qualifié. En ce qui me concerne, je parle et me conduis de la même manière avec tout le monde quelque soient les circonstances, ce qui a tendance à la fois à me faire haïr de tout plein de monde et me faire des potes chez les clochards et les caissières.

Mais ce n’est pas forcément ultra pertinent dans les relations quotidiennes avec la personne qui est domestique chez toi. Il peut y avoir comme un abîme de mécompréhension on va dire…

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve avec Djibéou au Burkina, Floribert et les mecs, Monsieur Philippe et Florence en RDC, Annie au Zimbabwe et Doris au Kenya, un post pour chacun.

Fin de cycle

Posted in Big A(frica), Hors case on 15 septembre 2014 by violemmenthumaine

 

Chère inconnue cher Inconnu,

Aujourd’hui je n’ai plus envie de déblatérer sur mon néant professionnel, comme le rythme effréné de mes publications depuis deux ans l’illustre bien.

source petite-serrure.cowblog.fr

Mais j’ai plein d’autres trucs qui taquinent mes doigts et mon clavier .

Rideau sur le chômedu et tutti quanti !

Rideau, donc.

Rideau, donc.

 Bonjour les idées plus ou moins foutraques qui me bullent dans la tête quand j’entends parler de l’Afrique sub-saharienne ou que l’on me pose des questions sur ma vie/la vie dans les différents pays de ce gigantesque continent (bon o.k TOUS les continents sont gigantesques comparés à l’Europe), avec évidemment une lichette d’HP*.

Je ne vais pas commencer à me la jouer sérieux ici hein : ce ne sera pas un guide touristique ni un traité de géo-politique, pas un plaidoyer ni des leçons péremptoires. Ce ne sera ni plus ni moins la même chose que lorsque je blatérais sur le CDI* : la farandole mentale tricotée par mes soins et qui ne traduit rien d’autre que mes expériences à moi, c’est-à-dire une femme, blanche, française, dans un temps t à un endroit précis dans un contexte donné.

En résumé (merci hier aujourd'hui et demain à Jacques Rouxel, sans qui l'humanité aurait vécu sans les Shadocks)

En résumé (merci hier aujourd’hui et demain à Jacques Rouxel, sans qui l’humanité aurait vécu sans les Shadocks)

Mariage et turbulences

Posted in Hors case, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , on 17 janvier 2014 by violemmenthumaine

Salut toi ô Inconnu/e.

Ces derniers mois, entres autres choses, je me suis mariée.

**** mariage

image****

Avec le Barbu dont je partage la vie depuis 17 ans et avec qui j’ai eu le gnome.

Ça ne change rien à notre couple.

On a été très heureux de le faire et cette journée a été fidèle à nous-mêmes, aussi étrange, passionnée et foutraque et décalée que notre vie. Youpie.

mmmm

Mon marié à moi était plus souriant, je n'étais pas morte, mais côté décalage ça le valait ;)

Mon marié à moi était plus souriant, je n’étais pas morte, mais côté décalage ça le valait 😉

mmm

Mais comme je ne suis pas devenue Bridget Jones depuis mon dernier article, ce n’est pas du tout de ces aspects des choses dont j’ai envie de parler.

Même si, oui, je vais parler de mariage.

 

Ecris ce que tu fais car c’est ce que tu es

Quand on se marie, un acte de mariage est établi par un représentant de l’Etat. Vous savez, le papier que signent avec des faciès de majordomes empaillés ou de nonnes extatiques les nouveaux mariés, leurs témoins et l’officiant (maire, adjoint/e au maire, capitaine de navire, ambassadeur/ice, consul/e).  Comme tous les actes civils, il a une vie largement plus longue que celles des personnes dont il parle : lui, il existe ad vitam aeternam. (ou du moins tant que les archives subsistent, hein)

Sur celui-ci (comme pour les actes de naissance et de décès) sont indiquées les professions respectives des époux et des témoins.

Pour celles et ceux qui se passionnent pour la généalogie, rien de bien nouveau là-dedans : au fur et à mesure des décennies et des siècles, les actes permettent de voir évoluer les prénoms…. et les professions, c’est-à-dire les raisons sociales, des individus dans un lieu/une famille donnée.

D’aucuns trouveront la chose bien anodine. On s’en fout, non, de ce bout de papier.

Moi, non.

Après tout, il s’agit, même si seulement auprès de l’Etat civil, de choisir un terme pour dire ce que l’on fait dans sa vie, terme qui dira qui vous étiez pour les siècles et les siècles. Amen.

Pourquoi se définir pour l’éternité serait un truc important hein ?

Le fameux acte de mariage ne s’écrit pas au débotté le jour J : il est préparé dès le dépôt de dossier pour la publication des bans. Tu as donc tout le temps de réfléchir à ce que tu vas bien pouvoir écrire à la ligne profession avant de déposer le dit dossier.

Quand on est CDI*,  remplir cette *¤%§ de ligne dans le dossier administratif relève du fantasme raisonné, ou bien d’une résignation absolue.

Les actes civils, d’aujourd’hui comme des siècles passés, indiquent souvent à la ligne profession : « sans activité », plus sobrement encore « sans », et, pour les femmes, « femme au foyer », ou, dans certaines régions (comme la Corse par exemple) : « ménagère »….

***** acte

Marie-Victorine, en cette belle année de 1872 donc, était "sans" profession.

Marie-Victorine, en cette belle année de 1882 donc, était « sans » profession.

« sans »****

Bien. OK.

Allez hop, je peux donc décider de m’affirmer CDI* 100% pur jus pour la postérité et choisir de faire inscrire « sans » à la ligne profession me caractérisant.

Vu que j’ai un utérus et que j’ai eu la décence de l’utiliser pour le bien de l’Humanité/la Société/ma Féminité, j’aurais pu écrire comme mes consœurs passées et contemporaines « femme au foyer».

 

Oui mais non. Pas du tout du tout du tout. Je ne veux pas. Hors de question. Niet.

Oui mais seulement…. Quoi mettre ? Qu’est-ce que je suis, moi, chômeuse chronique à répétition ?

J’aurais bien mis « humaine », mais cela n’ayant pas eu l’air de faire sourire qui que ce soit, je me suis donc pris la tête bien comme il faut pendant une bonne semaine pour décider quelle profession je pouvais bien choisir d’associer à ma petite personne.

Rien, absolument rien, ne me venait à l’esprit. J’ai fait énormément de choses, j’en fais toujours pas mal, mais honnêtement, rien de rémunéré suffisamment présent pour « me définir ».

Paralysie totale.

Alors j’ai laissé tomber : j’ai demandé. Juste à ma mère et ma sœur.

Vu que toutes les deux ont eu la même réponse, je n’ai pas cherché plus loin : je suis donc pour la nuit des temps humains (enfin, des temps des archives françaises) une anthropologue.

Wech.

Peu importe que je n’ai jamais été recrutée (à l’exception de ma glorieuse expérience professionnelle en tant « qu’experte », celle qui se solda par un salaire en faux billets) en tant qu’anthropologue, peu importe qu’aucun anthropologue ne me considérerait son égale, puisque cela ne semble gêner que moi ….

Le truc, c’est que visiblement, la présence de cette ligne « profession » sur tous les actes civils ne semble poser de question qu’à moi : comme si il était non seulement normal, mais juste évident, de définir, de situer quelqu’un uniquement par sa profession. Chez nous, on n’existe que par ce que l’on fait, et personne ne songe même à questionner cet état de fait. Surtout pas les mêmes qui trouvent que « mal vivre son chômage », c’est dans la tête, voire du cinéma limite hystérique (pour une femme hein, parce qu’un homme, voyez-vous, lui, se sent diminué dans sa virilité quand il ne travaille pas) ; du moins quand on n’a pas les dents qui baignent dans la misère évidemment.

…….

Décidément, j’aurais vraiment bien fait inscrire « humaine » sur cette putain de ligne.

 

 

« Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » et vénalité/pragmatisme fiscal

Mes évidents talents d’anthropologue, donc, ont du hiberné, voire s’être cryogénisés durant quelques mois, car j’ai tout bonnement été soufflée par les réactions diverses et variées de certain des membres de la famille et des amis à l’annonce de notre mariage.

Surtout considérant le fait que, d’une part, nous sommes ensemble depuis plus de 17 ans, partageons nos finances, avons un gnome de 12 piges, vivons ensemble ici ou ailleurs, bref, avons depuis belle lurette tous les apanages du couple  marié, et que, d’autre part, fidèles à nous-mêmes et aux contraintes de notre vie au-delà du réel d’HP*, nous avons convolé en justes noces à l’autre bout du monde entourés uniquement de nos témoins et de trois potes dont les agendas avaient fait qu’ils étaient dans le coin le jour J (vi vi vi, sans nos potes de toujours, sans famille, sans nos parents).

Genre on s’en fout un peu des falbalas autour, quoi.

J’avais mésestimé la prégnance et l’ampleur des rêves que les gens mettent dans le mariage : le truc a été bien mené hein, on ne parle que d’amour, de romantisme, de Princesse dont la robe blannnnnnnnche et immaculée serait un artefact quasi sacré issu d’âges immémoriaux (et tant pis si personne ne se mariait en blanc en Europe avant le 19ème siècle hein) qu’en effet, la plupart des gens considère le mariage comme « la fondation de la société/l’union sacrée d’un homme et d’une femme/ le référent absolu pour l’éducation des enfants/l’Amouuuuuuuuuur ».

[Si ça vous rappelle les pseudos débats qui ont agité l’hexagone au grand effarement du reste du monde (ehhhhhhhhhh oui, le « pays des Droits de l’Homme » a été le seul, parmi ceux qui ont intégré l’union institutionnelle de deux personnes de même sexe, où cette intégration a donné lieu à cette résurgence orléanaise d’une société que l’on pouvait penser en voie de disparition si ce n’est appartenant déjà totalement au passé), c’est normal.]

Pour tous ceux là, et même pour la plupart des autres, l’annonce de notre mariage a été l’occasion de désinhiber totalement leur côté fleur bleue : c’était mignon et bien déstabilisant de voir J, jeune fille « androgyne » arborant sans cesse un petit perfecto de cuir et alignant les blagues de cul bien trash sauter partout avec des « hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » et me demandant l’écume aux lèvres et des petits cœurs jaillissant de ses yeux de quelle couleur serait ma robe de mariage et si la coupe était novatrice ou non, et comment je serais coiffée et comment patati patata. Interloquant de recevoir des chèques et félicitations d’avoir « officialisé enfin notre union » d’amis de nos parents, que l’on n’a jamais vus et dont nous ignorions jusqu’au nom. Hallucinant, vraiment, le nombre de « hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ».

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La blonde qui gesticule, ce n'était pas la mariée (moi) mais bien les autres. Strange enought n'est-il pas?

La blonde qui gesticule, ce n’était pas la mariée (moi) mais bien les autres. Strange enought n’est-il pas?

ariage****

Y compris chez les hommes, hein, quoique le hiiiiiiiiiiiiii se transforme souvent en claque dans le dos de mon Barbu, le tout assaisonné d’un gloussement et d’une sortie de type « cool mec, a’y est tu l’as chopée c’est bon ».

  trouver g

A y est tu l'as pécho, a y est tu l'as péchooooooooooooo.

A y est tu l’as pécho, a y est tu l’as péchooooooooooooo.

if mec

Et puis il y a eu les autres, des collègues surtout, dont la réaction était bien méprisante et ironique, à base de « pff bien sûr vous faîtes ça pour les impôts tu m’étonnes », comme si l’on se mariait « pour de faux ».

Le rapport entre les deux ???

Les deux m’escagassent un peu beaucoup : les premiers parce que non, NON, le mariage n’a rien de sacré, le mariage n’est pas « universel », et certainement pas l’incarnation de l’amouuuuuuuuuuuuuuuuuuur. Les seconds parce que ce n’est pas ne pas s’aimer que de se marier « pour des raisons pragmatiques ».

Il y a, parmi tous les « arguments » avancés autour de la Loi Taubira, une vérité absolue qui n’a jamais, à ma connaissance, été énoncée, et qui manque totalement pour comprendre pourquoi, sans l’ombre d’une hésitation, l’union maritale de deux personnes du même sexe ne pouvait être qu’autorisée (à moins, bien sûr, de reconnaître et de revendiquer une vraie homophobie, ou pour être plus précise, de décider qu’une/un homosexuelle/el n’est pas un vrai humain mais un « sous » humain). Le mariage, plus que tout ce qu’il a été, est et sera pour la Loi ou dans le petit cœur romantoc des gens, est le passage obligatoire pour que l’amour et les engagements unissant deux personnes soient reconnus par la société.

Voyez, en ce qui me concerne, l’étude de l’anthropologie m’avait quelque peu fait passer l’envie de me marier un jour : car à la vérité, la « vérité anthropologique » du mariage ou de ce qui en fait office dans les différentes sociétés, c’est qu’il s’agit d’un contrat d’achat, ou ce que l’on achète est une femme et sa capacité reproductrice. Voilà ce que c’est, le mariage. Des droits sur les enfants à naître. Pas d’amour, pas de sacré là-dedans, juste un contrat. Quant à l’aspect « sacrement » pour ceusses qui croient en Dieu (mais vu qu’on parlait de mariage civil, je n’ai pas bien vu le rapport, sans doute que je suis un peu bouchée), la connaissance de l’évolution du dogme catholique et des différentes lectures du Livre lui foutent un bon coup de latte, étant donné que le mariage n’a été institué par l’église catholique, en gros, qu’autour du XIème siècle histoire de mater un peu la Noblesse. Ça ne vend pas forcément du rêve tout ça hein…

Mais à force de m’en prendre plein, plein, mais plein la gueule, à force de remarques humiliantes dans les mairies, de devoir payer des visas ou de ne pas pouvoir bénéficier d’assurance santé, et, summum du summum, rater un contrat car ne pouvant obtenir le visa, tout cela parce que je n’était pas mariée avec mon Barbu….. Voilà.

Au bout d’un moment y’a marre.

Parce que c’est aussi simple que ça. Il n’y a pas que les impôts, mais absolument tout le reste : état civil, visas, droits de résidence, finances, relations aux autorités diverses et variées, prise en compte des compromis et/ou sacrifices faits par l’un/e ou l’autre pour continuer la route à deux, assurances diverses et variées, tout cela n’est reconnu par la société que si l’on passe par la case mariage. Si tu n’es pas mariée/é, tu n’as aucun droit, aucune légitimité : tu resteras hors de la chambre à l’hôpital quand l’amour de ta vie agonisera ; on te demandera si tu es une pute (si si ; ça m’est arrivée deux fois, oui oui, quand même) quand tu renouvelleras tes visas, ou ta demande à la CAF.

Finalement, les deux groupes ont raison, ou plutôt illustrent parfaitement cet aspect des choses : que des gens qui nous connaissent depuis des années puissent penser, et pire, dire, que nous sommes maintenant vraiment en couple, alors que notre vie est ce qu’elle est ; que d’autres affirment que c’est « pour les impôts » (je vous raconterai bien qu’en ce qui nous concerne ça ne change que dalle au schmilblick, mais en fait on s’en fout non ?), tout cela, même les hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii de J and co, reflète cette vérité nue : l’amour entre deux individus n’est reconnu par la société que lorsque ces deux zigs passent devant le maire.

PS: Et pi ça fera toujours (très très très très) plaisir à votre mère. Ou votre belle-mère.

Hiiiiiiiiiiiiii merci mon Dieu, maintenant j'ai réussi ma vie. (Euh.... ??)

Hiiiiiiiiiiiiii merci mon Dieu, maintenant j’ai réussi ma vie. (Euh…. ??)

 

 

Miscellanées réactualisées

Posted in Cherche présent et avenir désespérément, Hors case, Kenya, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , , , , , , on 16 mai 2013 by violemmenthumaine

 

Certains d’entre vous chers/ères Inconnus/es, venez ici régulièrement (si si, je vous vois. Enfin Google stats vous voie).

Aussi me dis-je dans mon cerveau malade qu’actualiser un peu un peu certains des « dossiers » soulevés ici pour ma survie psychique le bonheur de tous n’est pas plus saugrenu que ça.

Des sondages, de ce qu’on leur fait dire et de leur non représentativité

Il y a quelques temps je m’offusquais de voir combien mes compatriotes semblent facho et bas du bulbe voire plus décérébrés qu’une amibe sur le chômage : depuis, mes errements internautes, qui me font cabrioler de pages tumblr big lol aux « blogs » et pages où, miracle, se développent de vrais débats d’idées, m’ont faite tomber sur une analyse passionnante des modalités selon lesquelles beaucoup de « sondages » sont menées.

L’auteur n’est pas un simple quidam, mais Alain Garrigou, qui est entre autres le directeur de l’Observatoire National des Sondages. Il travaille également sur les sondages, justement (quelle surprise hein ?!). Et ce qu’il nous dit montre combien ce que beaucoup de sondages disent de nous et des autres est aussi scientifique, aussi « vrai », que le pipi de chat est efficace pour soigner la migraine.

Il conclut son article par :

« On pourrait ainsi dire que les sondages par Internet recrutent surtout les sots et les fachos. . Au cours de l’histoire, la domination sur les esprits a trouvé bien des procédés. Les sondages par Internet ont inventé une recette si judicieuse qu’elle prêterait à rire, si elle n’était si pitoyable. »

Ça me rassure sur la mentalité de mes compatriotes. Si si. Encore faut-il que nous sachions prendre du recul face à la sacro sainte « information » (les sondages, les articles, les reportages, les journaux, mais aussi les blogs, les photos, les publicités)….

D’un Amour de Jeu et d’un soi-disant « atypisme ».

Il y a quelques mois, j’avais parlé d’un projet de court-métrage.

Ça s’appelle « Un Amour de Jeu », et si j’en avais parlé ici c’est que la forme du projet, mêlant réalité filmée, animation et 3D, nécessite un budget proche de l’énorme, à tel point qu’il fallait déjà des sous pour pouvoir présenter le dossier complet auprès du CNC, lequel devait contenir des séquences en animation et en 3D.

Un budget de 6000€ devait être réuni pour pouvoir présenter le projet. La réalisatrice, Bénédicte Moufflet, avait choisi de passer par le crowdfunding, KissKiss Bank Bank en l’occurrence.

Le truc chouette, c’est que oui, le budget a été réuni, et qu’Un Amour de Jeu a pu être présenté devant la commission du CNC.

Le truc carrément pas chouette, c’est que la réponse du CNC a été négative, le projet refusé, et donc aucun budget alloué.

Et alors que peux-tu bien avoir à en talquer (sauf si tu fais partie des personnes qui ont donné sur KissKissBankBank) ?

Voilà pourquoi.

La Commission motive toujours sa décision par un joli blabla, évidemment.

Or, ce qui m’astringe les neurones et m’irrite le palpitant, c’est que l’un des principaux arguments développés est que, je cite :

 « Le style est trop typé et trop girly. »

Trop typé. Typé.

En l’occurrence, ça veut dire que les 10 « arguments » que j’ai avancés pour vous pousser à visiter la page KissKissBangBang sont trop « typés » pour toucher un large public, donc.

Tu es un gros geek, hype, tu en as marre des court-métrages sans scénar et sans image qui passent tard le soir sur ton petit écran, tu es un Bisounours, rêves en manga, cartoon et anime, tu kiffes le rock (cause is not dead !!!!!!!!!!!!), tu aimes les belles filles un peu chtarbes, tu es un gamer :  tu es trop typé, en bref tu es atypique, en marge de la société.

  • Geek : 217 millions de résultats sur Google.

Personne ne consulte jamais ces sites (liste non exhaustive). CQFD.

  • 3 708 672 visionnages sur les 50 webseries en vogue actuellement. Et encore, il ne s’agit que des séries françaises, récentes, et choisies par le site (serieweb en l’occurrence). Au rayon geek, on remarquera que la série la plus visionnée en ce moment est Noob, avec 467 432 visites. Une série qui parle de…. Joueurs de Jeux de Rôle on line, de MMRPG quoi. On est à fond dans le « atypique » , c’est clair.
  • En dehors du porn, Internet est parcouru sans cesse par des humains désespérément à la recherche du summum de la Bisounours Attitude, avec en stars incontestées des chats des chats tout ce qui peut de près ou de loin provoquer des « c’est  mignoooooooooooooooooooooon »  et autres « share the love if you have heart » en boucle en commentaire. C’est clair, le « girly », c’est trop typé….

*** shojo

Il est évidemment extrêmement rare de trouver une image de ce type on line. D'ailleurs, personne n'en cherche. Bien sûr.

Il est évidemment extrêmement rare de trouver une image de ce type on line. D’ailleurs, personne n’en cherche. Bien sûr.

à fond****

Là encore, une inconnue. Qui connaît Sailor Moon? ( 7 030 000 pages via google).

Là encore, une inconnue. Qui connaît Sailor Moon? ( 7 030 000 pages via google).

GUGUGUGU

  • Suicide Girl a 5 454 755 fans sur facebook,  192 757 abonnés sur twitter, et  plusieurs centaines de milliers d’abonnés sur leur site tout court. Clair que les bombes un peu fêlées ne provoquent que peu d’enthousiasme et ne sont vraiment pas fédératrices, aujourd’hui.

****suicide girl

Gogo, une Suicide Girl très "un amour de jeu"

Gogo, une Suicide Girl très « un amour de jeu »

pictures****

Le jeu vidéo, c’est pour les enfants, tout le monde le sait. La masse d’acheteurs , de vendeurs, directeurs marketings, éditeurs, développeurs, béta-testeurs, journalistes, ont tous un sérieux retard mental.

µµµµVIDEO JE

SUIS UN GAMER

Oui, bien évidemment, peu de gens vont chercher le type d’image qui suit….

IMAGES

"trop mignoooooooooooooooooon"

« trop mignoooooooooooooooooon »

Interdit: trop typé, trop girly.....

Interdit: trop typé, trop girly…..

GEEK/K

Qui c'est qui c'est? Personne que les membres du CNC ne connaissent, visiblement.

Qui c’est qui c’est? Personne que les membres du CNC ne connaissent, visiblement.

AWAI/N

Mais, mais, c'est une fille!!! Qui joue à..... des jeux vidéos??!!! Plus que typé ça.... Un truc aussi ciblé ça devrait être interdit...

Mais, mais, c’est une fille!!! Qui joue à….. des jeux vidéos??!!!
Plus que typé ça…. Un truc aussi ciblé ça devrait être interdit…

ERD/H

I-TECH/

On a dit que le mignon kitsch était trop typé. Si si.

On a dit que le mignon kitsch était trop typé. Si si.

GAMER

IGOGOG

Mais où va-t-elle chercher des trucs pareil, hein?

Mais où va-t-elle chercher des trucs pareil, hein?

non, ceci n'est ni girly ni rocjk ni geek. Ce serait un peu chargé, irréaliste: on vous a dit qu'une telle esthétique, une telle culture, n'existe pas.

non, ceci n’est ni girly ni rocjk ni geek. Ce serait un peu chargé, irréaliste: on vous a dit qu’une telle esthétique, une telle culture, n’existe pas.

   Tout cela,

Ce gorille MENT!

Ce gorille MENT!

Ceci n'est pas en vente, car personne n'achète ce genre de truc. D'ailleurs, ceci n'est pas une photo.

Ceci n’est pas en vente, car personne n’achète ce genre de truc. D’ailleurs, ceci n’est pas une photo.

gigiigig

Pour finir, l'exemple archétypal de ce qui est viscéralement, totalement et définitivement trop "typé" pour être produit. Quel univers marginal, Diable!

Pour finir, l’exemple archétypal de ce qui viscéralement, totalement et définitivement trop « typé » pour être produit. Quel univers marginal, Diable!

hohoho

Tout cela, c’est trop typé. Mouiiiiiiiiiiiiiii.

O.K.

Il ne faut pas s’étonner que les moins de 35 ans considèrent la création majoritairement par le biais du net, et que les créateurs, d’ailleurs, pensent d’abord you-tube, tumblr et autres plates-formes.

Un Amour de Jeu ne disparaitra pas dans les limbes, d’ailleurs, le projet rebondira via Internet.

Mais j’ai moins envie d’aller au cinéma, d’un coup.

gogogogo

Les Elections supra démocratiques du Kenya,

une chic et chouette jurisprudence

ohoooh

Je parle peu du Kenya ici. Cela ne changera pas tout de suite. Mais je n’ai pu m’empêcher de pondre un ou deux articles, dont l’un peu avant le multi-scrutin, dont celui élisant le nouveau Président du Kenya.

Logiquement, je me dis que je devrais dire un mot sur les élections, maintenant qu’elles sont passées.

Le déroulement des dites élections, d’abord.

Côté morts et blessés, on reste « correct » : visiblement, quand il s’agit d’un pays africain, une dizaine de morts (à Kisumu principalement), c’est top : vous rendez-vous compte, il n’y a eu QUE ça, tranquille pépouze, on est bien en démocratie. Youpie !

Côté transparence ensuite : l’annonce des résultats a pris plus d’une semaine, presque deux en fait (génial, la ville était comme morte, on naviguait en pleine ville fantôme, les expats s’étaient tous barrés et les Kenyans ne sortaient que pour aller et rentrer du boulot)…. Suite à une surcharge des serveurs de l’opérateur téléphonique par le biais duquel les résultats des différents bureaux de vote étaient centralisés. No comment. Le truc le plus rigolo, c’est que pendant 3 ou 4 jours, l’écart entre les deux « favoris » est resté rigoureusement le même, à la tête près. Normal, les probabilités pour que cela devienne sont proches du zéro absolu mais on s’en talque : puisqu’on vous dit que tout cela a été vérifié et que tout est clean comme la première élection de Bush Junior.

Entre temps, le gouvernement a réuni la Presse internationale pour résilier une partie conséquente des droits d’exercer des journalistes, et donner « des consignes pour la couverture ultérieure des élections » à ceux qui restaient.

Résultats annoncés, le second n’est pas content, mise en appel auprès de la Commission Electorale. Presque un mois de vérifications scrupuleuses pour conclure, bien sûr, à l’exactitude des résultats annoncés.

Les résultats des élections, ensuite.

Ô joie ô allégresse, les élections du Kenya se sont déroulées dans le calme, le tissu économique de toute l’Afrique de l’est est sauvé et la respectabilité démocratique renforcée, alléluïa !

Sans surprise, c’est l’un des deux poulains, Uhuru Kenyatta, fils de Jomo Kenyatta, le premier président du pays après l’indépendance, et étonnamment riche propriétaire terrien, , qui est l’Elu.

*** Uhuru Kenyatta ; durant la cérémonie de

Uhuru Kenyatta lors de la cérémonie d'entrée au pouvoir. Copyright Guardian Kenya

Uhuru Kenyatta lors de la cérémonie d’entrée au pouvoir. Copyright Guardian Kenya

passation de pouvoir. Copyright Guardian Kenya***

Parallèlement, une majorité plus qu’écrasante des têtes de l’assemblée nationale, des gouverneurs et députés provinciaux sont du parti de son principal adversaire, Raila Odinga.

Quand on est ultra positif et tout-est-pour-le-mieux-dans-le-meilleur-des-mondes, on se dit que c’est génial, qu’une situation de cohabitation telle que celle-ci est fantastique pour la démocratie et l’évolution du pays. C’est d’ailleurs une première sur le continent (si l’on ne compte pas les gouvernements de cohabitation forcée post-conflit qui ont existé et existent encore un peu partout en Afrique, qui, eux, ne se constituent jamais par les urnes).

Quand on est un vilain pas beau colonialiste paternaliste qui croie ou veut croire un peu dans le droit international et le droit humanitaire, on est effaré. Car l’élection d’Uhuru Kenyatta est également une première historique, et laquelle ! Il est le premier président au monde à être élu alors qu’il est en cours d’instruction pour un procès pour crimes contre l’Humanité auprès de la Cour Pénale Internationale. Certes, il y avait bien Omar el Béchir, le président du (nord) Soudan, qui a un procès à la CPI sur le cul, mais, quand même, il était déjà au pouvoir quand celui-ci a été lancé hein.

Là, même pas. Une majorité de kenyans a donc voté pour un des types responsables des dizaines de milliers de morts de leurs compatriotes lors des élections précédentes.

Youpie.

C’est de la balle.

Le discours d’intronisation du zig a d’ailleurs bien donné la couleur : rejet virulent de la CPI , désignée comme d’habitude comme l’incarnation de la néo-colonisation, et rejet de « l’influence étrangère ». RIP à tous les morts (comme d’hab quoi).

ihohoh

De la délicatesse des RH

gogogoo

J’ai reçu une réponse à l’une de mes candidatures. Négative, bien sûr, mais dont la teneur, inédite pour moi, m’a laissée songeuse.

***lettre

lettre ldd

LDD****

« En cas de refus de la part des candidats contactés avant vous, vous serez recontacté ».

Il paraît que c’est habituel, comme formulation.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai mis un petit temps à réaliser :

***gif  merde c’ét

Hein? Quoi? Ahhhhhhhhhhhh d'accord. N'aurait-il pas été plus simple et moins vicieux de dire non, tout simplement?

Hein? Quoi? Ahhhhhhhhhhhh d’accord. N’aurait-il pas été plus simple et moins vicieux de dire non, tout simplement?

ait donc ça*****

Puis j’ai décidé finalement de le vivre comme ça :

***gif doigt

doigt d honneur

d’honneur***

Encore plus rien à voir

Sinon, ô Inconnus/es de plus en plus nombreux et réguliers, quand vous passez ici, ce serait pas mal si vous lâchiez un comm’, de temps en temps.

Et, comme au passage de certains/es d’entre vous j’ai pu découvrir des blogs plus que chouettes et étonnants, je m’en vais bientôt vous parler d’un ou deux d’entre eux. ..

Elections et réflexions pas si à la con à J-si peu

Posted in Big A(frica), Hors case, Kenya with tags , , , , , , on 3 mars 2013 by violemmenthumaine

Evidemment, si tu viens lire cet article plus de quelques heures après sa parution, l’échéance sera obsolète et une bonne partie de mes blablatages me feront passer soit pour une couillonne soit pour une visionnaire soit juste pour quelqu’un qui se tient un peu au courant et qui réfléchit un peu plus d’un quart de seconde.

Là tout de suite là maintenant, nous sommes à J-1 des élections au Kenya.

Élections qui dureront deux jours, et dont les résultats devraient être connus dans la nuit de mercredi à jeudi.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le lundi 4 mars 2013, les Kenyans qui auront eu la volonté d’abord, et la chance ensuite de pouvoir voter (puisque seuls 11 millions d’électeurs sur 18 ont pu s’enregistrer), auront un pain long comme un jour sans sur leur planche citoyenne.

Yep, vu qu’après presqu’un demi-siècle d’indépendance et les dernières élections présidentielles qui ont mené à ce que l’on sait (vive wikipedia) , les Kenyans ont enfin décidé de faire une nouvelle constitution (en 2010, par referendum, avec un taux de participation inédit là-bas (d’ailleurs 71% c’est pas si mal), les autorités on décidé qu’il était temps de l’appliquer, la Constitution.

Celle-ci prévoit un énooooooooooooooorme processus de décentralisation (et une réforme foncière qui soit ne sera pas appliquée, soit provoquera bien des remous ça c’est clair), avec pour but d’enfin donner la parole à tout le monde, aka à toutes les provinces, donc à peu près à tous les peuples formant la nation kenyane.

Plutôt que d’organiser des élections successives, ce qui coûte un peu-beaucoup-à la folie des sous et demande une motivation juste pas concevable de la part des électeurs, ce scrutin unique aboutira donc à l’élection de :

-le président/e de la République

-les députés nationaux

-les gouverneurs provinciaux

-les députés des assemblées provinciales

– les sénateurs

-les représentants des Femmes (ce qui est « marrant » quand on voit la part ridicule proportionnellement parlant des candidatEs aux élections. Passons)

Publié dans le quotidien Daily Nation du mardi 26 Février 2013

Publié dans le quotidien Daily Nation du mardi 26 Février 2013

6 élections d’un coup d’un seul. Rien que ça. Dont cinq sur un seul tour, la présidentielle pouvant tout aussi  bien se jouer en un tour qu’en deux.

L’avenir du Kenya, mais aussi de toute la région, se jouent.

Alors que les Ambassades et autres grosses huiles affichaient un calme olympien quand Nairobi et pas mal des provinces s’embrasaient les 4 derniers mois, depuis début Février c’est l’hallali. D’un seul coup, les points de rassemblement des ressortissants expatriés se couvrent de barrières, les consignes de sécurité se multiplient et les expatriés s’enfoncent comme à leur habitude soit dans un déni catégorique soit dans une angoisse proche de la panique. En général, les premiers sont encore présents à siroter du mauvais Cabernet tandis que les seconds ont sauté dans le premier avion après la fin de l’école (bin vi, les écoles françaises comme anglaises ont des vacances de février).

Vu que je n’ai pas envie de transformer ces pages de rigolmarade (merci Claude) bloguesque en truc sérieux, mais que je me dis qu’apprendre un truc ou deux en traînant en ligne ça peut être chouette, je vous conseille fortement chers/ères Inconnus/es, de cliquer ICI et d’y naviguer un peu partout histoire d’avoir une idée de ce qui est jeu, et de ce qui risque de se passer ou pas.

Pour les flemmards/es qui n’aiment pas ouvrir plein d’onglets (et qui parlent anglais, vu le côté n’importnawak de la traduction simultanée proposée), je remets direct ici  les passages essentiels :

Plutôt que de donner des pronostics, vu que je ne suis toujours pas medium et que de toutes façons, il y a plusieurs scénarios possibles probables (mais pas un où cela se passe sans incident, et pas un non plus où l’on sortirait vraiment des mêmes sempiternels problèmes : en gros, la présidentielle comme partout ailleurs, entre deux candidats, en l’occurrence les deux dinosaures vieux de la vieille un peu caricaturaux, dont un en procès auprès de la Cour Internationale de la Paix pour crimes de guerre), j’ai envie de lâcher dans le vent quelques observations qui me viennent.

1)      Ici comme partout, là-bas, ici : le péril djeune.

Bon. Vu le bordel de la mise en service des nouveaux papiers d’électeurs biométriques, tout plein d’électeurs ne pourront pas voter, OK.

Mais le vilaine curieuse que je suis a remarqué que plusieurs jeunes kenyans, genre très semblables aux jeunes pointés du doigt dans les JT français, vous savez, les vilains qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales parce qu’ils affirment que les politiques-c’est-tous-des-pourris-y-font-rien-pour-moi-keske-j’en-ai-à-foutre, se sont inscrits, cette fois-ci. Des gens éduqués, plus des ados mais encore jeunes, qui n’avaient jamais voté de leur vie avant le référendum de 2010 sur la nouvelle constitution, mais qui veulent qu’on les entende.

Des jeunes qui veulent autre chose que le sempiternel refrain clientélisto-tribalo-mes-choses. Qui veulent qu’on leur parle accès santé, business, boulot. Qui veulent que le pays leur laisse la place d’exister, pas que leur « ethnie » existe mais eux, vraiment eux, sans avoir à attendre que les vieux meurent. Ceux-là affirment haut et fort qu’ils voteront pour Peter Kenneth ou Martha karua, les deux outsiders proposant un truc qui ressemble à un programme.

Peter Kenneth. La presse oscille entre le panégérique fan de d'ultra-libéralisme (le Sieur est un gros PDG d'entreprise, dont le seul programme consiste à déclarer qu'il fera du Kenya ce qu'il a fait de son trust), et relayer les bagarres de chiffonnier racisto-nationaliste entre lui et Uhuru.

Peter Kenneth

Peter Kenneth et Martha Karua, les outsiders aimés par les jeunes éduqués de Nairobi.

et Martha Karua, les outsiders aimés par les jeunes éduqués de Nairobi.

Bon, honnêtement, le poids du nombre laisse peu de chance à ces aspirations de se concrétiser, mais…. Pour moi, ça ressemble à de l’espoir.

2)      Parano visionnaire ?

La CPI. La presse kenyane, tout comme nombre de ses homologues africaines, a du mal à se dépêtrer de l’idée que la Justice Internationale soit autre chose que l’un des nombreux avatars du néo-colonialisme. En gros, le fait que la Cour Pénale Internationale n’inculpe depuis son existence que des Africains (ou presque hein. Il y a notamment des serbes aussi. Mais bon, puisqu’on vous dit que la CPI c’est les vilains Blancs qui agressent les noirs. Si on vous dit) leur pose problème.

Que les dits Africains soient bien en l’occurrence des criminels de guerre d’envergure, que le dernier procureur de la CPI soit également une Africaine (Fatou Bensouda, guinéenne), et, enfin et surtout, que la CPI ne soit que la dernière incarnation d’organismes de Justice Internationale, après, par exemple, le TPI (Tribunal Pénal International) qui lui a bien inculpé des « non-africains » (notamment Milosevic et quelques uns de ses sbires, ou bien encore les hauts dignitaires des khmers rouges) ne semble pas entrer en ligne de compte, non plus le fait que les assignations à la CPI émanent d’Africains aussi.

Bon. Je ne vais pas rentrer dans le débat ici, ce n’est pas le lieu.

Mais…. Certains expatriés semblent avoir la frousse qu’au lieu de s’étriper entre eux, les Kenyans expurgent leurs frustrations diverses, pas mal focalisées sur la CPI en l’occurrence, sur les expatriés, Blancs tout particulièrement.

Perso, je n’ai absolument pas senti quoi que ce soit qui puisse renforcer cette crainte, qui ressemble pour moi bien à de la « parano expat », du genre « je-suis-le-centre-du-monde-donc-c’est-bien-moi-qui-vais-prendre-aaahhhhhhh ».

3)      De l’art de l’affiche et du placardage

Les panneaux électoraux, chez nous, forment le principal lieu d’exposition des affiches électorales. Ici, comment dire….

Les affiches se placardent partout, avec un talent impressionnant côté créativité : sur les murs bien sûr, ce d’autant plus que les habitations sont le plus souvent regroupées en lotissements encadrés de grands murs donnant sur la rue ; mais aussi, sur les arbres, les poteaux électriques, le bitume des routes sur plusieurs mètres d’affilé, les voitures (sur la carrosserie, mais aussi en banderoles flottant en bas du coffre), les toits : en un mot, partout quoi.

Les affiches en elles-mêmes laissent songeur/se sur les raisonnements des conseillers/ères en communication.

D’abord, le fait qu’une bonne moitié des affiches semblent avoir été fait avec un appareil photo jetable par un photographe ayant quelques problèmes de vue.

Ensuite, le fait étrange que nombre de candidats semblent… comment dire…. Avoir un look un peu étrange : une coupe chelou (genre une femme qui garde ses bigoudis. Si si), des habits perroquet style, une tête de gamin (un candidat me fait irrésistiblement penser, par exemple, à l’acteur qui jouait Arnold dans la « fabuleuse » sitcom des années 70 Arnold et Willy).

Certains candidats arborent des poses…. Personnelles : l’un se relève les manches avec un gros sourire, une part non négligeables ne sont pas de face mais de trois quart voire semblent carrément fuir l’objectif, beaucoup affichent une mine d’enterrement (bin vi faut être sérieux quoi)….

A noter, les affiches du NARC, le parti (plus que minoritaire) de la seule candidatE à la présidentielle, Martha Karua, qui présentent non seulement le/la candidat/e, mais aussi le suppléant en arrière-plan.

A mon grand regret, je n’ai pu récupérer plus que deux affiches dans la rue (voui, malgré tout, je n’avais pas trop envie de provoquer un incident : ici comme ailleurs, la sensibilité politique est parfois violente voyez-vous).

Mais elles représentent bien, je trouve, l’étonnement qui peut saisir à les voir.

L'un des deux favoris donc: Raila Odinga, actuel premier ministre et dont plusieurs hauts représentants du parti (l'ODM) sont actuellement en procès à la CPI.Ce n'est pas uune photo, comme vous l'aurez remarqué. Et moi je ne peux m'empêcher de me demander le pourquoi du comment de ce choix. Non mais sérieusement???! Si un expert en communication a une idée sur la question ça m'intéresse! ;)

L’un des deux favoris donc: Raila Odinga, actuel premier ministre et dont plusieurs hauts représentants du parti (l’ODM) sont actuellement en procès à la CPI.
Ce n’est pas une photo, comme vous l’aurez remarqué. Et moi je ne peux m’empêcher de me demander le pourquoi du comment de ce choix. Non mais sérieusement???! Si un expert en communication a une idée sur la question ça m’intéresse! 😉

Dans le registre non mais WTF, il y a, par exemple, ce candidat-là:

017

A Nairobi, en plus des différents scrutins, il a les représentants des « wards », l’équivalent des arrondissements à Paris. Celui où j’habite, Kikeleshwa, est un quartier résidentiel, petit pour Nairobi, principalement habité par la petite bourgeoisie kenyane.
Et, parmi les candidats, il y a lui.
Respect total pour le look (les dreads sont plutôt associés à la délinquance à Nairobi), la pose, et plus particulièrement l’expression uuuuuuuuuultra sympatoche du visage. Non, vraiment, chapeau Oo

4)      Méthode Coué ou signe de paix ?

La paix, contrairement aux idées de celles et ceux qui n’ont pas vécu la guerre autrement que par leur petit écran, ça se travaille.

Le Kenya, les Kenyans ont été traumatisés par les dernières élections, ce d’autant plus que ce furent les premières violences (au niveau national s’entend) que le pays a connu depuis l’Indépendance. La bouche de beaucoup de Kenyans exprime, revendique, crie et invoque le « plus jamais ça ».

Depuis un mois les Kenyans claironnent à qui veut l’entendre que cette fois-ci, tout se passera bien. Qu’il s’agisse d’une tentative pour s’auto-convaincre est bien sûr une possibilité, mais il est indéniable qu’une partie conséquente de la population ne veut pas de violences et se mobilise réellement pour des élections démocratiques sereines.

En effet, sans parler de la si fameuse « communauté internationale », la société kenyane (artistes, « leaders locaux », « société civile », responsables religieux) s’est fortement mobilisée, à tous les niveaux, pour la paix.

Cette semaine ont été organisés beaucoup de festivals pour la sauvegarder, le plus souvent mis en place par la Croix Rouge kenyane, très appréciée par la population et considérée généralement comme neutre politiquement.

Youtube Kenya (qui, ici comme ailleurs, parsème vos errements internautes de pubs diverses et variées) balance non stop depuis un mois cette pub fédératrice en faveur de la paix électorale, ce par la voix du comme toujours méga-populaire monde sportif.

Et puis, pour la première fois depuis toujours, les candidats, qui auparavant se seraient à peine dit bonjour, se sont rejoints lors d’un gigantesque rallye électoral dans le grand parc populaire du centre ville de Nairobi, Uhuru Park, dimanche 24 février dernier. Les charmants lurons ont fait la une de tous les journaux du lendemain après s’être tenu les mains et avoir prié d’une commune voix pour la paix durant et après les élections.

dimanche 24 février 2013, à Uhuru Park, le "festival de pières pur la paix" regroupant tous les candidats en un corps de gentils-bisounours-tous-unis-pour-la-paix: de gauche à droite, Uhura Kenyatta, James Kiyiapi, Peter Kenneth, Raila Odinga, Mohamed Dida et Martha Karua. Source Daily Nation du lundi 25 février 2013.

dimanche 24 février 2013, à Uhuru Park, le « festival de pières pur la paix » regroupant tous les candidats en un corps de gentils-bisounours-tous-unis-pour-la-paix: de gauche à droite, Uhura Kenyatta, James Kiyiapi, Peter Kenneth, Raila Odinga, Mohamed Dida et Martha Karua. Source Daily Nation du lundi 25 février 2013.

OK, ce n’est que du symbole et de la communication.

Mais.

Mais c’est rare, et oui, cela a une valeur et reflète bien quelque chose.

5)      Ragga fever ou comment Doc Gyneco peut aller se rhabiller.

Un dernier truc, qui rend la période électorale étonnamment festive : les candidats ont envoyé durant toute la campagne des camions, voire des chars dans toute la ville.

Non seulement les chars diffusent des discours électoraux, mais aussi et surtout… de la musique. A donf. Genre un petit côté gay pride, avec des dizaines de gens juchés sur les camions et qui chantent, dansent et interpellent les passants.

Ce y compris dans les quartiers de la petite et de la grande bourgeoisie.

Et puis pas n’importe quelle musique : du dancehall, de la house, et surtout du reggae et du ragga.

Or, si les deux premiers genres musicaux font le bonheur des boîtes de nuits branchées fréquentées par la bourgeoisie kenyane et les expatriés, les deux derniers sont la musique, essentiellement, des pauvres, celle qui envahie les taxis et les bidonvilles tentaculaires de la ville.

C’est un peu comme si l’UMP et le PS diffusaient Mafia K’1fri et Sniper en boucle en envoyant des mini-vans avec des amplis de 200 watts dans le 15ème et le 6ème arrondissement.

Pas trop notre truc hein ?

Genre, quand notre ex-président a voulu récupérer les djeunes, il a recruté Doc Gyneco.

Doc Gyneco ouais quand même.

(On ne peut pas dire que cela ait marché pour le Doc hein. Genre ça a foutu un peu définitivement en l’air sa carrière. Bon, OK, il ne rameutait pas franchement les foules dans les doubles zep, mais quand même.)

Ici, bin ça marche. Et non seulement ça marche, mais personne ne trouve à y redire.

Ce ne sont bien sûr que quelques observations, pas une analyse ni des prévisions de quoi que ce soit. Mais, moi et mes idées à la con, je trouve que tout ceci a du sens, et éclaire les élections kenyanes d’une lumière au moins aussi parlante que bien des articles politiques.

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