Archive pour Absurdie

Ubu à l’aéroport

Posted in Act up!, Big A(frica), Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , on 17 novembre 2014 by violemmenthumaine

 

Mon Inconnu/e,

Peu après que l’on se soit agité et qu’on ait chié fait passer en accéléré un Patriot Act à la sauce camembert  sans que presque personne  (quand même ! ) ne lève un seul sourcil et où si peu d’élus n’aient tenté (et réussi, merci à tous les sus-mis-en-lien) d’amender le truc (sauf les Verts), le tout sans en parler ou presque, on pourrait croire que les frontières du monde entier sont du gruyère, que la Mondialisation avec un grand M a définitivement tout conquis, et que puisque tant de monde en pâtit voit l’impact plus ou moins directement dans sa vie, passer d’un pays à un autre, s’y installer si tant est que l’on passe par les voies légales et que l’on ne soit pas pauvre, communiquer et acheter des produits d’un pays à un autre serait du nanan.

**** gif dalai lama mort de

dalai lama mort de rire devant question con

rire devant question con****

Bon, sérieusement : reprenons les affirmations juste pour voir.

1) Voyager d’un pays à l’autre c’est facile.

1bis) S’installer à l’étranger, ce n’est un problème que lorsqu’on est pauvre/gros hippie/illégal.

Avant de contre-illustrer ces affirmations, je reprécise que tous mes exemples, réels, ne concernent (à une exception près) que des personnes de classe aisée (entre 2000 et 25000 euros par mois pour la famille), dont les séjours multiples en des points éloignés de la planète sont toujours liés à leur parcours professionnel et familial.

Attachez vos ceintures, on plonge encore une fois en Absurdie. Kafka n’a qu’à bien se tenir.

On disait donc : Voyager d’un pays à l’autre c’est facile. S’installer à l’étranger, ce n’est un problème que lorsqu’on est pauvre/gros hippie/illégal.

mmmm

mm

1) C’est moins facile quand tu es Noir.

mmmm

• Je ne suis jamais allée aux Etats Unis de ma vie, mais j’ai remarqué qu’aucune de mes connaissances à la peau blanche ne semble avoir eu de souci à l’aéroport en arrivant. Par contre, N., l’honorable doyen d’une des meilleures universités de son pays d’Afrique de l’est, qui passa la majeure partie de sa vie professionnelle à travailler dans les plus hautes sphères internationales, préfère ne plus se rendre aux USA depuis 2003. Tant pis s’il voit son fils aîné, qui vit depuis 25 ans là-bas et qui a la nationalité américaine, beaucoup plus rarement. Il a bien continué ses voyages pluriannuels pendant quelques années après le 11 septembre, mais a laissé tomber le gant après deux ans où il n’a jamais passé moins de 2h30 devant les agents de la Migration. Jamais. Moins. De. 2h 30.

• A., brillant sénégalais dont les travaux touchant aux droits fonciers font autorité depuis suffisamment longtemps pour qu’il soit employé en tant qu’expert par les Nations Unies, différentes universités européennes, etc. etc. , a réussi à convaincre sa femme, brillante femme d’affaires mère d’étudiants aux parcours sans faute, de ne pas s’installer en France, ce qu’elle souhaitait pourtant ardemment depuis plusieurs années. Comment s’y est-il pris ? Il lui a suffi de lui raconter son dernier passage en douane à Roissy. La dernière fois qu’il était invité en tant qu’expert mandaté de l’Union Européenne à un colloque international sur les conflits fonciers à Paris…. Il a passé 2 jours (2 jours !!!) retenu à Roissy par les autorités migratoires. Qui ne croyaient pas que cet immense homme à la peau nuit sans Lune puissent avoir un passeport diplomatique. Qui lui ont parlé en « petit nègre » pendant 48 heures, et qui se sont miraculeusement évaporés dans la nature quand des envoyés ministériels sont venus s’enquérir de leur protégé, inquiets de l’avoir vu manquer le cocktail de bienvenue du colloque.

• C. chercheur économiste congolais, a quant à lui connu une expérience sans doute unique : celle de manquer se faire emprisonner dans les geôles de l’aéroport d’un pays sud-américain pour « être venu d’un pays qui n’existe pas ». Invité d’honneur du gouvernement pour un séminaire de recherche macro-économique, il n’a du sa liberté qu’à l’arrivée pétaradante et courroucée du cortège ministériel en costume militaire. On était pourtant en 2010, soit 13 ans après la transformation du « Zaïre » en « République Démocratique du Congo », mais le logiciel des agents de la Migration n’était pas au courant….

*****

***

2) Un passeport neuf valable au moins 6 mois après la date de ton retour prévu tu auras sinon dans la panade tu seras.

mmm

Ceci est un truc SUPER IMPORTANT.

immigration aéroport

La file d’attente que tu ne pourras pas quitter si tu n’as pas les fameux 6 mois post retour de validité.

La preuve: c’est toujours communiqué par un astérisque renvoyant à la phrase en typo taille 6 en bas de page sur les sites des agences de voyage et des compagnies d’aviation…

Tant qu’on vaque au sein de l’espace Schengen et que l’on est ressortissant, on s’en fout, et c’est parfois le cas pour les voyages entre des pays appartenant à l’une des multiples communautés économiques du monde (pas moins de 6 en Afrique !).

Mais dans tous les autres cas, c’est vrai. Si jamais tu l’oublies, tu auras bien ton billet, parfois même ton visa (mais comment se fait-ce, hein ?. Seul Administrevil le sait), mais tu te feras gentiment chartériser à l’arrivée, au départ ou même en cours de route (c’est la surpriiiiiiiiiiiiiise).

* C’est ce qui arriva à J.
J. est de nationalité française et burundaise. Il a 19 ans et fait un BTS. Cela fait deux ans, depuis l’année de son bac, qu’il n’a pas vu ses parents, qui vivent actuellement au Kenya. Les dernières vacances avant l’examen final de son BTS, son père lui paye un billet pour une semaine de vacances avec eux. J. et sa famille sont super excités, ils ont prévu un max de trucs, teufs, sorties, safaris, des cadeaux comme s’il en pleuvait. J. s’envole et atterrit à Amsterdam à plus de minuit pour prendre son vol intercontinental. Seulement il ne prendra pas son avion. Son passeport n’était valide…. Que jusqu’à 4 mois après la date de son vol retour Nairobi/Paris. Ce jeune homme de 19 ans a du passer sa nuit dans l’aéroport et reprendre un avion pour son chez-lui –non payé ni même proposé par la compagnie d’aviation ni le service de la Migration bien sur-. Evidemment, dans ces cas là, aucun remboursement ne peut être attendu pour le billet d’avion…. J. a du attendre encore longtemps avant de revoir sa famille.

• C. était bien couillonne : elle se disait que puisque sa fille M., de nationalité burundaise et anglaise, rentrait dans sa patrie de naissance, peu importait que son passeport burundais soit périmé depuis 2 mois. Peu importait qu’il leur ait été impossible de l’avoir renouvelé puisqu’ils résidaient depuis 2 ans à Bangui, capitale de la Centrafrique…. Pays où le Burundi n’a pas d’ambassade, et où par conséquent il est impossible de renouveler ses papiers d’identité burundais. M, qui retournait voir sa famille pour les vacances d’été, avait 12 ans. Vol accompagné et tout. Elle fut néanmoins retenue pendant des heures. Jusqu’à ce que l’une des personnes qui l’attendait ait enfin l’idée de lui faire sortir son passeport français, valide, lui. Ce n’est qu’à la provision de cette pièce d’identité, étrangère donc, que M pût sortir de l’aéroport de son propre pays.

mmmmmmm

mmmm

3) Voyager, c’est suspect.

mmm

Déjà, selon les pays et les compagnies d’aviation, même si tu ne viens passer qu’un week-end pour un mariage, on récupérera tes empreintes digitales ou/et ton empreinte rétinienne. A l’entrée. A la sortie.

plplp

 source :
J’ai eu plusieurs passeports dans ma vie. Mon Barbu encore bien plus.

Je ne sais pas ce qu’il en est quand les visas qui s’accumulent sont pour l’Espace Shengen, les USA-le Canada-le Japon -l’Australie-la Nouvelle-Zélande, mais je peux vous dire que le temps passé devant les gentils policiers de la Migration est proportionnel au nombre de pages estampillées de pays du continent noir, et bien sur plus encore si vous êtes passé par la péninsule arabique.

Evidemment, quand vous êtes HP*, vous avez en plus la fâcheuse habitude d’ajouter le politiquement sulfureux à une liste de visas tous plus « exotiques » les uns que les autres, et très rapidement pléthorique (les vols directs Europe-Afrique sont rares en fait [en fait non. Ils reflètent le passé colonialiste, c’est tout : les vols directs Londres/Afrique mènent aux anciennes colonies de la Couronne, idem pour la France, la Belgique etc.], et inexistants ou presque d’un pays africain à l’autre –pays « hubs » mis de côté).

Genre, passer la guérite Migration d’un aéroport international avec un passeport tout décati (Révélation : non, le papier des passeports n’est pas immunisé contre la chaleur, l’humidité, le sable (ni les termites, rats et autres bestioles. Mais ça tu peux le contrer : coffre-fort mon ami. Qui ne pourra néanmoins rien contre l’humidité) avec un visa de la Syrie, ou du Liberia ou du Soudan ou du Mali ou de la Somalie (ou de plusieurs d’entre eux à la fois) implique que tu y passeras nettement, nettement, nettement plus de temps que les autres. Je te raconte même pas si tu es un homme et que tu portes un truc ressemblant même de loin à une barbe (même une moustache ou un bouc ça suffit à te cataloguer comme terroriste potentiel).

mmm

controle passeport

Barbu et il passe comme ça?! La main à couper qu’il n’a pas de visa libyen/somalien/soudanais dans les pages de son passeport, lui 😉

mmm

Soyons clair, il est des aéroports où le voyageur sera examiné encore plus attentivement que dans d’autres, notre palme personnelle revenant à l’aéroport d’Heathrow (celui de Londres quoi), dont les protocoles sécuritaires furent à l’origine du premier traumatisme de notre gnome et où les destinations « douteuses » de nos passeports respectifs nous retinrent plus de trois heures. (oui tu as bien lu).

mmm

mmm

4) C’est moins suspect si tu es riche

mmm

Pour obtenir des visas, souvent (mais pas toujours, loin de là), on vous demande de fournir des bulletins de salaire ou/et des relevés bancaires. Cela peut parfois être très clairement problématique.

Ainsi, mon amie B., coincée à Nairobi pour cause de masochisme gentillesse invétérée, ne pouvait pas obtenir le visa pour son propre pays, le Sénégal. Comme elle ne pouvait prouver sa nationalité sénégalaise car elle avait oublié le passeport idoine à Dakar, elle devait donc obtenir un visa à l’aide de son passeport gabonais. A l’époque, il n’y avait encore aucune ambassade sénégalaise à Nairobi, donc, comme souvent dans ces cas là, c’était l’ambassade de France qui assurait les services consulaires sénégalais.

Et comme toujours dans ce cas de figure, les critères pour l’obtention du visa étaient ceux de l’espace Schengen. Ne me demandez pas comment ni pourquoi (les sites officiels ne témoignent pas de telles exigences), mais l’un des critères discriminants pour l’obtention du visa est de pouvoir prouver que l’on possède un compte en banque possédant au moins 2000 euros.

Je passe sur le fait que la proportion de la population africaine qui possède un compte en banque est loin d’être majoritaire (même si elle est en perpétuelle augmentation), mais…. Sérieusement : 2000 euros ???!!!! C’est rigolo, non : au moins la moitié de mes connaissances en France, moi y compris jusqu’à il y a peu ne pourrait donc pas obtenir le visa Schengen !!! B était donc, évidemment, dans l’impossibilité d’avoir son visa. (Rassurez-vous, elle a fini par partir quand même, et n’a même pas fini en taule en arrivant. Heureusement qu’elle avait un ex qui bossait à la douane de l’aéroport quoi).

Enfin, il ne faut pas oublier que les relations diplomatico-politiques entre le pays de départ et celui d’arrivée peuvent également sérieusement handicaper vos démarches. Par exemple, depuis que le fils de l’Ambassadeur du Pays Fort Fort Lointain a une affaire de viol au cul dans notre douce France, la procédure pour l’obtention du visa a, comme c’est bizarre, totalement changé et est devenue très problématique… Le fameux critère financier est ainsi devenu un pré-requis, alors qu’il n’existait pas du tout avant ; les délais ont été triplés ; etc etc.

pkpkp

Bref : non, voyager ne se fait pas siiiiiiiiiiiiiiiiiii facilement que ça, n’en déplaise à ce que l’on peut entendre.

oioho

Parfois, vouloir bouger de  pays en pays, c'est très exactement ça.

Parfois, vouloir bouger de pays en pays, c’est très exactement ça.

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l’Hyper-Inflation comme si tu y étais

Posted in Big A(frica), Hors case with tags , , , , , , , , , on 30 septembre 2014 by violemmenthumaine

Salut mon Inconnnue/u préférée/é !

Aujourd’hui, cours d’histoire économique.

Enfin, non, pas vraiment, anyway ce n’est pas là l’objectif.

L’objectif est plutôt d’essayer de rendre significatif, concret, de traduire un grand « concept » dans la réalité de tout le monde, dans la vie quotidienne.

Tu vois, quand on te raconte, par des cours, des essais, des films, des news, des livres, des articles, l’histoire avec un grand H (et l’économie) ? La guerre, l’esclavage, les camps nazis, ce genre de trucs ? Qu’est-ce que ça implique au jour le jour, dans les décisions et les pratiques les plus banales ? Si tu es pauvre, si tu es Noir aux USA en 1935 ou dans tellement de pays dont la France encore aujourd’hui, que cela impliquera-t-il quand tu iras acheter ton pain, quand tu auras mal à la gorge ou que ton linge aura déteint ?

C’est exactement ce que j’ai envie de faire ici là maintenant au sujet de l’hyper inflation, celle que subît le Zimbabwe dans la deuxième moitié des années 2000.

Peut-être parce que je ne m’en suis toujours pas remise des années après.

Pas de cours d’économie, pas de présentation des causes du phénomène (ce d’autant plus que la plupart des analystes économiques se mono-focalisent sur une écriture de l’histoire bien bien « Blanc souverainiste » biaisée qui, bien qu’elle ne soit pas fausse, oblitère totalement des pans entiers de la réalité et reflète surtout la survivance d’un racisme nauséabond.)

Juste une petite illustration de ce que veut dire l’hyper-inflation au jour le jour, rien de plus.

HYPER 

                                      

INFLATION

La définition ne nous apporte aucune révélation fracassante hein : l’hyper inflation, c’est quand l’inflation s’emballe hors de tout contrôle.

Ce n’est pas arrivé très souvent dans l’Histoire, mais vous en avez tous entendu parler au moins une fois pendant vos cours au collège au moment où l’on vous a parlé de la Crise de 29 et de comment l’Allemagne a douillé.

Perso, l’image de mon livre d’histoire d’alors qui illustrait l’inflation en Allemagne, un vieux à moustache de ouf en redingote devant une charrette de billets [une putain de CHARRETTE de billets !] dans la rue, m’avait stupéfiée.

Je trouvais ça presque drôle, un peu magique et sans beaucoup de sens. Comment ce Monsieur si digne et si bien habillé pouvait-il être « pauvre » avec tous ces billets ?

*****char

Ce n’est pas la photo dont je me souviens, mais ça s’en rapproche pas mal et c’est la plus proche de mes souvenirs dans tout ce que j’ai pu trouver on line.

Ce n’est pas la photo dont je me souviens, mais ça s’en rapproche pas mal et c’est la plus proche de mes souvenirs dans tout ce que j’ai pu trouver on line.

rette****

Je ne savais pas que je vivrai un jour de l’intérieur la même chose que ce digne bourgeois moustachu des années 30 pendant quelques mois.

L’inflation qui ravagea le Zimbabwe  entre 2006 et 2009 est après la Hongrie le pire épisode d’hyper-inflation de l’histoire de l’humanité à ce jour.

J’ai vécu au Zimbabwe en 2007. Ce qui signifie, malgré le chaos dont j’ai été témoin, que ce que j’ai vu n’est même pas le pire de ce qu’ont vécu les femmes et les hommes zimbabwéennes/ns.

En effet, quand je suis arrivée, le dollar US ne valait encore « que » 300.000 dollars zimbabwéens, et « que » 1.200.000 quand je suis partie.

En 2008, les prix ont continué à doubler… tous les jours.

***infla

inflations

tions***

Maïdé maïdé, Alpha Tango à Tango Charlie, votre communication est arrivée avec friture, pouvez-vous répéter ?

Tango Charlie à Alpha Tango : Les prix doublaient tous les jours. Je répète : les prix, tous les prix, doublaient tous les jours. …. ; Allo allo ? Alpha Tango ?????

***gif QG arm

QG armee hallucine

ee hallucine***

Ouais.

Cette Absurdie a continué jusqu’en 2009.

Le 16 Janvier, le gouvernement édita son dernier nouveau billet en dollar zimbabwéen : celui avec un 1 et 14 ZEROS derrière.

Un billet, donc, de cent mille milliards.
**** 10.000.millia

million de milliard zim

rd dollars****

Avec des nombres de cet ordre, déjà de manière générale et à moins d’être astronome, géologue ou physicien moléculaire, on est déjà un peu largué.

Mais réalise que là, c’est toi qui utilises ces nombres tous les jours. Des nombres incroyablement élevés, tellement qu’à moins d’être Bill Gates tu n’achèteras jamais, en France et à la vérité dans la plupart des pays du monde, quoi que ce soit dont le prix atteigne le montant égal du plus petit billet de banque en dollars zimbabwéens nécessaire a minima à la fin de 2008.

Fin janvier 2009, le gouvernement abandonnait sa monnaie.  Malgré les assurances officielles que cela n’était que temporaire, la monnaie du Zimbabwe est encore aujourd’hui le dollar américain.

Néanmoins, l’abandon du dollar zimbabwéen pour le dollar américain a mis fin à l’inflation. Il y a même eu « baisse des prix » depuis.

Mais, du jour au lendemain, la majorité des zimbabwéennes et zimbabwéens se sont retrouvés avec des milliards qui ne valaient plus rien.
*****Starving mil

lionnaire****

Retour en 2007.

Qu’est-ce que ça veut dire au jour le jour de vivre dans un pays où l’inflation est de 22% par jour ?

Des baignoires de flouze

Cela veut dire, très simplement, que vous payez un avocat 1 million de dollars.

***ex prix

ou bien qu’il vous faut 100 millions de millions de dollars pour acheter 3 œufs. Source http://evilnitsuj.wordpress.com/2010/12/31/zimbabwean-dollar/

Ou bien qu’il vous faut 100 millions de millions de dollars pour acheter 3 œufs. Source

d’achat***

Assez logiquement, cela veut dire que, quelque soit la nature de tes achats, tu te trimballes avec des MONTAGNES d’argent. Au sens propre du terme.

Par exemple, quand j’allais faire les courses au supermarché, je partais avec mon sac à dos rempli à ras bord, bourré au maximum de liasses de billets. Il fallait une valise de billets pour dîner au restau.

*** restau

restau zim

Oui oui, c’était bien comme ça. Source

Zim***

Forcément, ça change ton rapport à l’argent.

La première fois où, en soirée, tu vois un mec allumer son cigare (production locale. En fait, à l’époque en tous cas, le Zimbabwe était le premier pays producteur au monde de tabac) avec un billet de 500.000, tu manques t’étouffer dans ton verre.

 

Les premiers jours, devant les amas de billets, tu as l’impression d’être Tony Montana.
*** sca

scarface

L’administratrice quand elle devait payer le staff -y compris nous- tous les 2 ou 3 jours.

rface***

Puis, au bout d’une ou deux semaines, après avoir rempli ta baignoire de billets de banque et jamais fait tes courses sans qu’il te manque au final deux ou trois millions comme tout le monde, on te dit billet et tu penses à ça :

**** Robes

en thune

Ou encore à ça:
**** pyramide

L’Allemagne durant la crise des années 30, encore...

L’Allemagne durant la crise des années 30, encore…

de billets**** .

Et puis surtout, à ça :

****pou

belle****
Tu ne te sens plus coupable parce que tu n’as pas à l’être : tout le monde, même les enfants des rues, fait comme toi : j’ai vu des feux lancés avec des liasses de billets par des gens pieds nus et habillés de loques, des trous dans les murs colmatés avec des billets….

*** thune

Bin quoi ? Je n’ai pas pris de photos à l’époque, donc rebelote avec l’Allemagne des années 30, mais en l’occurrence c’est du pareil au même.

Bin quoi ? Je n’ai pas pris de photos à l’époque, donc rebelote avec l’Allemagne des années 30, mais en l’occurrence c’est du pareil au même.

ordure***

Et tu voyais des trucs comme ça tous les jours:

*** pq

only****

Mais il n’y avait pas que cet aspect des choses qui rendait la vie au quotidien un tantinet surréaliste et al chouïa stressante.

Serial Etiqueteur

Je n’avais jamais pensé à une conséquence pourtant criante d’un doublement des prix quotidien: l’étiquetage des produits mis en vente devenait obsolète en moins d’une journée.

En conséquence de quoi, tous les supermarchés avaient engagé du personnel supplémentaire dont la seule et unique tâche était d’écrire et/ou de coller les étiquettes au prix actuel sur tous les produits des rayons.

On faisait ses courses de base au milieu d’un ballet d’hommes et de femmes en uniforme (souvent des blouses en toile de bleu de travail) dont le bras virevoltait sans cesse, le regard concentré et les sourcils froncés sur leur calculatrice, le doigt crispé sur leur crayon.

Files d’attente comme en 40

Vivre au jour le jour dans un pays où l’inflation est de 22% par jour veut aussi dire que la question de savoir si tu réussiras à avoir à becqueter aujourd’hui et demain perd définitivement tout aspect rhétorique.

Cela s’est passé ainsi à chaque épisode d’hyperinflation dans l’Histoire, mais, dans mon esprit inculte en tous cas, les files d’attente pour de la nourriture, les magasins vides, c’était associé à la guerre. L’association d’idées étant profondément ancrée dans mon esprit, le vivre, ce dans un pays en paix et qui était 10 ans avant considéré comme le grenier de l’Afrique, était super déstabilisant.

Encore une fois, ça veut dire quoi ?

Cela veut dire que si tu veux acheter de la farine, du sucre ou du pain, tu fais la queue.

*** qu

Comme ça. ..... sauf qu'à la vérité....

Comme ça. ….. sauf qu’à la vérité….

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A la vérité cette file d’attente est ridiculement petite.

A la vérité cette file d’attente est ridiculement petite.

+ queue 2****

Le dernier mois que j’ai passé à Hararé (la capitale du Zimbabwe), les queues en centre ville mesuraient ….. 1 km en moyenne. Un KILOMETRE !!!!!!!!!!

Qui dit queue dit, étonnamment rarement, fight. Quand tu attends sagement ton quignon pendant une heure et demi, qu’il ne te reste plus que 3 personnes devant toi et que là on te dit « il n’y a plus rien revenez demain », forcément, parfois les gens s’énervent.

Pas comme le *¤# de consumériste qui vitupère parce qu’il a raté son Prada en soldes ou le dernier Itruc ultra tendance et ultra pollueur, mais comme le type qui n’a plus rien à bouffer dans ses placards. Pas la même donne tu vois.

Et pourtant, en 4 mois je n’ai vu d’émeute qu’une putain de seule fois. [Respect et totale incompréhension pour ces hommes, ces femmes, qui n’ont pas, ni à ce moment ni plus tard (quand les délires de Robert ont directement causé une épidémie de choléra qui ravagea le pays, ou quand le même Robert dit –va te faire foutre- aux résultats des urnes, et, plus tard, à son vice-président d’opposition) donné la parole à la violence.]

Jeu De Rôle Grandeur Nature « Ville Fantôme dans les rayons »

Queue ou pas queue, encore faut-il qu’il y ait un truc à se procurer au final. L’ensemble des supermarchés n’étaient plus régulièrement approvisionné.

Durant le temps que j’y ai passé, le paroxysme du syndrome rayons de supermarchés désertiques a été atteint quand R. a gentiment envoyé à son seul pote hors Zimbabwe, la Chine, la quasi-totalité de la production animale du pays (viande, mais aussi œufs et produits laitiers). A ce moment là, joint aux problèmes réguliers de réapprovisionnement, les supermarchés étaient parfois vides à plus de 90%.

***Zi

m 1****
**** zi

m

2**

Ethologie de la fourmi en matière de stocks alimentaires : marathons et sprints stratégiques

Une fois que tu as bien tout ça en tête, tu devines qu’avoir de quoi bouffer chaque jour relève un peu du challenge.

Le serial étiquetage permanent et les flottements dans l’achalandage des rayons te transforment en athlète : tu fais un repérage express entre les deux ou trois grandes surfaces que tu peux dévaliser dans les mêmes 30 mn avant de choisir la moins chère, tu cours pour acheter les trucs qui ne sont pas encore ré-étiquetés, tu épluches ceux qui le sont pour être sur de ne pas passer à côté de celui qui a été oublié par le serial étiqueteur.

En cas d’aubaine comme une arrivée de farine, de café, de sucre, tu achètes, oui même toi qui ne dévalises pas la moitié du stock comme une bonne moitiée des gens, qui font les courses avec des chariots de manutentionnaires, même toi tu achètes en double. De retour chez toi tu verras si tu peux échanger le deuxième sac contre un truc que tu n’auras pas trouvé.

De toute façon, tu stockes au maximum.

Et évidemment, tu ne changes pas ton salaire de dollars US en une seule fois, mais tu l’échelonnes au max, 4 à 5 fois par semaine, histoire de ne pas te retrouver à ne pouvoir acheter qu’un paquet de clopes et une bouteille d’eau avec le reste de ton revenu mensuel 4 jours plus tard.

Tu deviens rapidement très scrupuleuse/x à suivre ces stratégies car ce sont les seuls éléments qui te permettent de maîtriser même un petit peu ce grand foutoir.

Mais même malgré ça, tu sais que tu ne repartiras jamais ni avec tout ce que tu avais mis sur ta liste, ni avec tout ce que tu avais mis dans ton caddy.

Voilà ce que cela signifie, au quotidien, de vivre l’hyperinflation.

………

Voilà ce que cela signifiait quand on appartient, comme c’était mon cas de Blanche expatriée en couple avec un homme travaillant pour une grande ONG internationale, (donc payé 1) décemment 2) au taux réel 3)en dollars américains), à la classe moyenne confortable.

Une personne qui n’avait pas à incorporer les transports dans son budget, , ce qui lui permettait de traverser la ville et d’aller chercher la viande à la source, soit l’abattoir de la ville et les usines de fabrication de pain et de lard and co, en plein dans la zone industrielle après le plus gros bidonville d’Hararé….

Je ne suis jamais parvenue à comprendre comment les masses urbaines de petite classe moyenne et en dessous ont survécu, comment ils ont fait au quotidien, et encore moins comment la population a pu rester calme et… réélire Robert Mugabe. (2 fois déjà depuis).

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