Archive pour baby boomers

Fractures générationnelles

Posted in Cherche présent et avenir désespérément with tags , , , on 23 août 2010 by violemmenthumaine

Tu as plus de 75 ans, et du haut de ta retraite après tes 36 ans de boulot sans avoir ni le bac ou un diplôme technique, tu informes ta petite fille que puisqu’elle cherche du travail, elle doit postuler dans « les banques, parce que j’ai vu à la télé que le secteur recrute »…. Bien sûr, cette petite rigolote te dit que ce n’est pas possible parce qu’elle n’a pas la formation pour, mais c’est n’importe quoi.

Le fils à machine (né en 1950, lui) a bien fait banquier alors qu’il avait une licence d’art plastiques, alors hein c’est limite de la mauvaise foi quand même, elle ne veut rien essayer cette petite !!

………………….

Il fut un temps déjà lointain quoique pourtant fugace au regard de l’histoire de l’humanité, où il suffisait d’avoir « fait des études », soit avoir dépassé le baccalauréat, voire le BEPC, pour avoir du travail, ce quelque soit le domaine de tes études et à peu près quelque soit le domaine du dit travail. Si si.

Moult exemples affluent, que ces braves gens me montrent en exemple pour me pousser à postuler avec mon DEA d’anthropologie sociale dans les banques, les compagnies d’assurance, les agences de pub, celles de communication et/ou d’événementiel,  pour être RH et  autres postes « de bureau », alors que je pourrais toujours ressembler à Claudia Schieffer (et si tu me dis ô lecteur « mais ki c c’te meuf d’abord » bin…. Google c pas fait pour les chiens, petit gnome de moins  de 25 balais !) et avoir 250 de QI bin je ne les aurais pas ces postes, avec mon DEA d’anthropo poil au dos.

Vient ensuite la génération des veinards, celle de ceux qui partent à la retraite, celle de ceux qui nous gouverne, celle de ceux qui ont eu toutes les chances dans leur vie : aucune guerre sauf celle d’Algérie et encore, les 30 glorieuses, suffisamment facile la vie pour rêver à une société libre et tout et tout, pas de chômage, révolutionner le sexe socialement admis et en profiter sans avoir le sida, la retraite sans souci, la sécurité sociale, la sécurité de l’emploi, suffisante pour croire que le CDI c’est la norme, bref, la génération des baby boomers. Mes parents et leurs potes quoi. Ceux qui donnent beaucoup de leçons.

J’ai tenté TOUS les conseils, tous. Dans la période de 2 ans qui ont suivi l’obtention de mon DEA celle où « on cherche un boulot alimentaire en attendant de trouver mieux », j’ai tout essayé, y compris tous les splendides conseils des gens de cette génération, qui avaient tous « payé leurs études/leurs vacances/leurs tour du monde/année sabbatique » comme ça. Comment ?

–          En étant correctrice ou/et lectrice pour des maisons d’édition. En  effet, après réflexion, vu ma consommation assidue de livres divers et variés depuis ma plus tendre enfance, je me suis dit,  mon Dieu mais comment se fait-ce que je n’y ai point pensé plus tôt ? On peut penser que lire en moyenne 2 bouquins par semaine sans exception, sans compter les BD bien sûr serait en effet un peu utile. Bien sûr !

Résultat des courses : sur 55 maisons d’éditions contactées, seules les éditions Arlequin m’ont répondue. Si si –chhhhhhhhhhhhht, silence c’est malpoli de crachouiller sur son écran-. Pour me dire qu’ils n’avaient pas de poste disponible mais qu’ils gardaient mon CV sous le coude. J’ai laissé passer 8 mois, j’ai retenté le coup auprès de la cinquantaine de maisons d’édition, et puis après je me suis dit que dépenser le papier+l’encre+les enveloppes+les timbres pour un espoir aussi vain était super pas écologico-nomico-responsable et je n’ai pas réitéré.

Par contre j’ai également tenté, toujours sur les lumineux conseils de baby boomers survoltés, un tas de trucs qui sont tous tombés à l’eau avec un gros plouf.

–          Transcription de texte : hé oui ça existe. Vu qu’en bonne anthropologue je m’étais déjà farcie la retranscription exacte de mes centaines d’heures d’entretiens, là je me suis dit que c’était peut être une bonne idée, surtout que visiblement c’est bien payé (genre entre 40 et 100 euros la page). Passant par une amie qui par le biais de son boulot –tout ce qui est sondage et enquêtes marketing dit « qualitatif »- avait recours à des entreprises qui proposent ces services, j’ai donc postulé à trois d’entre elles.

Bilan des courses : fuck off, « vous n’avez pas les diplômes et compétences requises ». Le fait que, après harcèlement téléphonique de ma part, il se soit avéré que ma vitesse de transcription remplisse largement les critères, mieux même, les explose (moi la page je la fais en ¼ d’heure quand la qualité sonore de l’enregistrement est impecc. Soit environ 3 fois la vitesse moyenne offerte par ces boîtes), ne change rien à l’affaire visiblement : il faut avoir…. Bin je sais pas. Des diplômes X ou Y de secrétariat et sténodactylographie.

–          Le sous-titrage de films et documentaires pour malentendants. Idem, CV et bavouille envoyé à deux boîtes différentes, trois fois tous les 3 mois. No réponse.

–          Professeur chez Legendre/Acadomia & co.

La bonne blague. Comme si je n’y avais pas pensé toute seule. 10 tentatives. Arrivée deux fois à l’entretien d’embauche. Collectif bien sûr. Et là…. Bon, tu vas dire que j’en tire des conclusions hâtives, mais c’est bizarre tous les autres, bien plus jeunes que moi et sans aucune expérience de soutien scolaire, eux, étaient en math sup/spe, HEC, doctorat de physique…. C’est un pur hasard si je n’ai jamais été rappelée….

–          Ecrivain public.

Ici, petite explication : j’écris. Depuis toujours ou presque, et de tout ou presque. Et quoique cela ne se soit jamais soldé par une publication pour les créations fictionnelles ni une quelconque rémunération pour les autres (ouhhhhhhhhh là ça j’y reviendrai sois-en sûr, ouech ouech, ça remettra en perspective les affirmations de nos politiques sur le monde de la recherche…). Bref, je n’ai jamais demandé de l’aide à quiconque pour écrire une bafouille, administrative/amoureuse/de doléance, merci. Et en effet plusieurs mairies proposent les services d’écrivains publics, alors, encore une fois j’ai tenté en me disant que normalement…. Bin non. En fait…. La plupart du temps (en tous les cas tous les endroits  où je me suis adressée), il s’agit là de bénévolat.

–          « Ecrivain de vie »

Oui, ça se fait, d’ailleurs l’idée me plaît bien. Il s’agit d’écouter quelqu’un raconter sa vie, l’aider à en accoucher aussi en quelque sorte, et transformer le tout en biographie. Il paraît que la niche est en plein essor. Ah. Ah ah ah ah ah ah ah ah ah. C’est bon de rire parfois. Moi la seule chose à laquelle cela m’a conduite c’est de me fâcher avec deux associations parce que j’ai refusé de faire ça gratuitement. Ca doit être que je ne sais pas “activer les bons réseaux” comme dirait l’expert novlangue de l’apec.

–          Enquêtrice pour des sondages

A priori ce n’est pas super stupide comme idée, et d’un je l’ai déjà fait lors de ma trépidante vie d’étudiante, et de deux faire des enquêtes c’est un comme qui dirait une espèce de spécialité des anthropologues. J’ai donc envoyé ma candidature aux responsables RH et aux chefs des différents services d’Ipsos et TNS (l’ancienne Sofres). Trois fois, à trois mois d’intervalle pour chaque tentative. Je n’ai jamais été contactée, jamais.

La prochaine fois je parlerai de ceux chez qui on « valorise l’humain » 😉

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