Archive pour études

Boule de cristal exigée

Posted in Cherche présent et avenir désespérément, Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités, Tranche de steack with tags , , , , , , , , , , , on 14 octobre 2011 by violemmenthumaine

Après le CV, la lettre de motive, le networking : la boule de cristal.......


Salut Inconnus/es !!

Ma vie sociale Nairobienne ( ?? nairobirote ? Nairobiste, allez, va pour nairobienne, et tant pis pour la doxa linguistique), assez aléatoire et pour tout dire franchement foutraque, m’a incidemment remise à l’esprit un des épisodes les plus fabuleux de ma longue quête de destruction du CDI*.

Kesaco, et pourquoi donc ?

Hé bien parce que, du haut de mes bientôt 35 printemps, et n’appartenant pas à l’espèce très répandue dans la communauté expatriée de la fière et méprisante desperate housewife attitude, mais, encore plus décalé ici, ayant à mon actif plusieurs expériences professionnelles humanitaires, un certain nombre de jeunes filles en fleur, le plus souvent stagiaires de leur état, sont venues me demander mon avis éclairé pour transformer la piste montagnarde de leur avenir pro en autoroute sans limite de vitesse.

Non pas que je sois la Sagesse incarnée ou que mon expérience tout comme mes réseaux professionnels au Kenya soient de la balle qui tue. Juste que je dois être, du moins dans la communauté francophone, la seule à ne passer ni ne vouloir passer mes journées à ça :

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie! J'ai trouvé un SU-PER PLAN pour des rideaux/chaussures/robes/tissus/bijoux/tapis/cosmétiques/meubles/passementeries/blanquettes de veau !!!!

"Tu sais quoi je suis E-PUI-SEE !! : J'ai fait du shopping/de l'aquagym/du yoga ayurvédique/pilate/zumba/cours de world food TOUTE-LA-JOUR-NEE d'hier! " " Oh bah oui je suis comme tooi, je ne SU-PPOR-TE PAS de ne rien faire! Mais avec le chauffeur qui arrive tooujours en retard, je n'ai pas pu deposer le patron de ma robe de cotktail à la couturière hier"....

Bon bon... OK, ça c'est pas l'ambassade de France à Nairobi mais celle de Belgique à Beyrouth. Mais vous voyez les nanas botoxées jusqu'à la moëlle assises autour du vieil adipeux bourré de thune? Bin c'est pareil.

Alors je réponds à leurs questions.

Je donne des conseils.

Pas franchement des scoops.

Sauf que personne ne leur a jamais dit.

Sauf que, alors que ces girondes ont pour la plupart justement LE diplôme patachouoc en humanitaire/sciences politiques/ patati patata, on ne leur a jamais expliqué comment s’organisait le recrutement ni la carrière en ce domaine, encore moins ce que cela signifiait très concrètement que de travailler « dans ce secteur ».

En général, elles me remercient très chaleureusement, plusieurs fois même, parfois des mois après (eh oui, je n’ai pas attendu d’être au Kenya pour répondre aux questions des jeunes diplômées/étudiantes), soutenant à ma grande surprise que « ce que je leur avais dit avait vraiment débroussaillé la route ».

Et en effet, je réalise que ces conseils de base que je donne, ce type de service là, aka donner la température et les modalités du marché du travail plus ses évolutions probables, ça, on ne l’apprend pas à l’école, non plus que dans les excessivement inutiles « constructions de projet professionnel » de chez Paul, ni même dans les excessivement onéreux « bilans de compétences » et autres « séminaires d’autopromotion » : comme le sémillant vieux beau de l’APEC nous l’avait si ingénument dit : « je ne connais rien à aucun domaine si ce n’est celui de se faire embaucher »….

Mais quel est le rapport avec toi crème de nombrilisme, vous demandez-vous in petto chères/ers Inconnues/s ?

Remontons le temps si vous le voulez bien…..

Back to the Future (des fois que vous ne soyez ni un gros geek ni né entre 70 et 80) : la machine à remonter dans le temps la plus aérodynamique de toute l'histoire du cinéma 🙂

Voilàààààààààààààààààààà.

Bien.

Voici déjà 2 ans (et je trouvais déjà que ça faisait longtemps dis donc !) que j’ai mon DEA, que je ne trouve rien, que les ONG auprès desquelles je postule ne me répondent pas (pas la peine de parler du reste, je l’ai déjà fait.). Les profils de postes évoluent. Apparaissent tout un tas de pré-requis sortis de nulle part, un peu comme dans le secteur du social en France…. Parmi ces derniers, il y en un qu’il ne me semble pas impossible de tenter d’obtenir, et, qui plus est, qui m’intéresse un tant soit peu : le DESS de santé publique.

C’est d’ailleurs le diplôme que plusieurs de mes connaissances ayant une formation similaire à la mienne (vous vous souvenez peut-être, le truc que personne ne connaît en Europe latine : « l’anthropologie sociale/l’ethnologie ») ont eu dans la foulée, du haut de leurs 22/23/24 années. Bon, en général, ils sont partis ailleurs pour ce faire : Belgique, Royaume Uni, pays scandinaves.

Moi, ayant 1) plus de 25 ans, 2) une famille à charge et déjà du mal à joindre les deux bouts, je ne peux pas m’offrir ce luxe : je dois rester dans notre cher hexagone, et en région parisienne plus spécifiquement.

Qu’à cela ne tienne, je vais intégrer un DESS de santé publique sur Paris.

Bon.

Sachez qu’une fois que vous avez quitté les bancs de la fac/l’école, y retourner tient de l’exploit, à moins que vous ayez déjà un boulot (auquel cas il existe un certain nombre de dispositifs permettant de financer les dites études, voire de vous rémunérer pendant ce temps. Comment ça c’est un peu débile d’aider ceux qui sont les moins vulnérables mais de n’accorder rien à ceux qui le sont le plus ? Vous avez vraiment mauvais esprit très chers….)  : non pas parce que vous êtes largués, mais parce que, contrairement aux jeunots qui tètent encore la thune de leurs génitrice/eurs et se plaignent de ne pouvoir profiter de leur prime jeunesse, vous aurez à justifier tout et son contraire pour convaincre les Temples du Savoir que, oui, vous méritez bien de poser vos minables fesses sur leurs bancs.

No soucy, j’ai la niaque, je monte des dossiers bétons, je prouve par A+B que je suis prête à bucher 24h/24 pour rattraper la licence en éco que je n’ai pas et remplir mes carences en stats, que ma motivation pour obtenir ce diplôme est suscitée par la réalité du marchée de l’emploi correspondant à mon « projet de vie professionnelle », bref, la totale.

Sur les 3 facs -les seules sur Paris à proposer ce cursus, ce à « des jeunes adultes sortis de la scolarité- auprès desquelles j’ai envoyé un tel dossier, seule une, Dauphine, daigne trouver que oui, pourquoi pas.

Dauphine, sa fac de droit, ses jeunes filles en jean et petit pulls....

On passe donc à la seconde étape : l’entretien. Tout comme un entretien d’embauche, sauf que si c’est tout bon c’est vous qui crachez la thune au lieu d’en recevoir pour votre travail.

Je me souviens que la dadame m’avait particulièrement cuisinée pour savoir si, vraiment, j’avais la force de travail nécessaire, moi une littéraire (bouh !!!!! l’insulte suprême) n’ayant pas même un bac S (enfin, C à mon époque de dinosaure), pour réussir à avoir le niveau en statistiques, d’une part, et en économie, d’autre part.

Visiblement, lui expliquer que j’avais réussi à obtenir avec mention très bien ma maîtrise puis mon DEA alors que j’étais seule avec mon enfant en bas âge tout en travaillant 15 heures par semaines (période bénie où j’ai maintes fois songée à me mettre aux amphètes et où l’exception française du statut de volontaire humanitaire qu’occupait alors mon Barbu me donnait envie de déposer des pains de plastic à un certain nombre d’endroits stratégiques) pour pouvoir nourrir le gnome à poils durs et avoir accès aux ressources bibliographiques nécessaires à mes mémoires, bin ça n’a pas suffi.

(Pourtant dediou, je peux assurer que ça, c’était de la putain de haute voltige, et qu’après avoir tenu le coup durant ces 4 années, mes expériences les plus hardcore « sur le terrain » m’ont toujours semblé plus simples à gérer à assurer.)

Lui lister les bouquins que j’avais déjà achetés et commencé à étudier, non plus.

Vous le devinez,

au final,

je ne l’ai pas fait,

ce DESS.

Je n’ai pas eu de réponse négative : j’ai été mise « sur liste d’attente ».

… … … …

Je ne sais pas combien il y avait de places pour les « gens comme moi », c’est-à-dire celles et ceux qui reviennent sur les bancs de la fac après les avoir quittés bien après la « date de péremption » sans avoir réussi à mettre plus qu’un orteil sur le marché de l’emploi.

J’ignore également qui a été pris. Sauf dans un cas (c’est ça de dire son nom aux personnes de rencontre : après, ils peuvent vérifier des données nyark nyark nyark), assez symptomatique je trouve : un charmant garçon.

Lequel, après avoir fait Sciences Po, avait intégré la Fonction Publique.

Il travaillait donc, lui.

Il venait d’obtenir une promotion, mais dans un secteur proche de la santé publique m’a-t-il dit.

Et, oui, il savait « qu’il n’avait pas institutionnellement besoin de suivre cette formation pour remplir son nouveau poste, il le ressentait comme un devoir moral ».

Cela lui serait-il difficile financièrement de lâcher du lest pendant un an, voire deux ?

Que nenni, le ministère lui offrait le dit DESS dans le cadre de la formation continue, ce sans qu’il perde un centime de son salaire.

Voyez, objectivement, ce garçon en Armani est respectable. Plus que cela même : admirable de probité et de conscience professionnelle, en ces temps de fac similé de république bananière (je sais, l’exemple est un peu ancien mais est loin d’être obsolète, et ce n’est qu’un parmi tant d’autres. Au moins celui-ci a-t-il soulevé quelques débats…)

Mais, voyez, l’amertume me chatouille les narines quand je vois que ce charmant homme a été accepté au DESS, alors que lui, il avait un travail et ne risquait en aucun cas de la perde s’il n’était pas intégré à ce DESS, et qu’il avait les moyens de vivre plus que correctement ce sans avoir aucune famille à charge.

(dingue hein ce que les gens me racontent, la plupart du temps, voire parfois comme ici sans me connaitre ni d’Eve ni d’Adam ? Ouais, il parait que « I got so much human ears, you know, ears heart-like, the kind opened on the world and the others’life. You listen like anybody else ». Dixit Annie, la femme de ménage qui travaillait chez nous quand nous étions au Zimbabwe. Cette dame devait avoir des problèmes de jugement: comme les RH  et autres conseillers à l’emploi me l’ont déjà dit maintes fois: n’ayant aucune formation en psycho autre que de l’autodidactie intellectuelle et relationnelle et aucun papier cul diplôme en aide sociale, je n’ai pas de « compétences en écoute ». Ah mais vraiment ! C’est dingue ça non, ces gens qui croient toujours qu’ils peuvent faire des choses et qui ne veulent pas se mettre dans la tête que non, ils ne valent rien et c’est barre !!!!)

Alors que, d’un autre côté, il y avait moi, une mère vivant à l’époque en-dessous du seuil de pauvreté (pour celles et ceux qui veulent des précisions : en considérant le foyer, soit le barbu + moi + le gnome) au chômage depuis deux ans, et qui avait BESOIN de ce truc appelé DESS de santé publique pour que la plupart des postes auxquels elle prétendait puissent, enfin, s’ouvrir à elle.

A votre avis, pourquoi ?

La brave dadame en tailleur antisexe en flanelle était prévenante: elle m’a même révélé le pourquoi du comment : c’était de ma faute, j’aurais « du faire ce DESS avant, parce qu’il est évident qu’il faut prévoir l’évolution du marché du travail ».

Voilààààààààààààààààààààà.

CQFD :

Pour avoir du taf,

il faut connaître l’avenir.

Donc, mesdames,  Messieurs, jeunes étudiants qui passez par ici : achetez une boule de cristal et mettez-vous sérieusement à la médiumnie.

Diane de Poitiers, elle, n'aurait pas eu de problème à trouver un emploi, grâce à ses compères et leur grosse boule!

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La Seconde fois c’est toujours mieux…

Posted in Cherche présent et avenir désespérément, Retrouvons les vraies valeurs with tags , , , , , , , , , on 14 décembre 2010 by violemmenthumaine

 

Certes, mon dépucelage chez Paul-y-boit n’avait pas été mirifique et j’étais moyennement excitée à l’idée de renouveler l’expérience.

Mais bon, le temps passant…. Les tentatives diverses et variées échouant….. L’espoir après un de mes CDD-qui-ne-servent-à-rien-sauf-me-filer-des-illusions-de-ouf me faisant croire que peut être cette fois-ci j’aurais droit à…. Je sais pas moi, des assedics ? Une formation ? Une plume dans le cul ?

 

Et puis il y avait tous ces gens qui me répétaient d’un air convaincu que c’était normal si ça n’avait mené à rien la première fois, parce que je n’avais pas « situé mes compétences » et que de toutes façons pas à tortiller fallait viser des postes de cadre tu vois….

Ahhhhhh, les gens…..

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Ça c’est juste spécial dédicace à moi même, parce que voilà.


Donc, malgré le fait que croire que Paul puisse te permettre de trouver un boulot soit aussi réaliste que parier tout ton compte épargne sur le tirage du Loto parce qu’une voix t’a dit les numéros du tirage dans la nuit, je m’y suis réinscrite au Pôle Emploi, qui d’ailleurs s’appelait encore l’ANPE.

La brave dame de chez Paul, appelons-la Ginette, me reçoit, jette un œil sur mes deux beaux CV, me regarde et m’aboie à la gueule : « non mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse pour vous avec vos compétences sans blague ? Vous nous faîtes perdre notre temps inscrivez-vous à l’APEC Madame enfin !!! »

La dame a été un peu interloquée (il en faut peu pour m’émouvoir, z’avez remarqué ?), mais a attendu avec le sourire que Ginette avale un Tranxène et lui réexplique plus posément, que, voilà, voyez, nous on ne s’occupe que des sous-qualifiés et des secteurs qui recrutent tout le temps comme la restauration et le bâtiment, mais pour ceux qui ont fait des études supérieures, on ne peut vraiment rien pour eux.

Bon, bien sûr, j’ai quand même posé la question pour les assedics/la formation gratuite et ce genre de chose. Et bien sûr, la réponse a été non.

Enfin, pas exactement. Ginette m’a demandé d’un air dédaigneux que vu mes soucis financiers –et pourtant comparé à maintenant je pétais dans la soie à l’époque- j’avais le droit au RMI et que quand même fallait pas avoir inventé le fil à couper le beurre pour faire la demande. Je lui explique donc que, c’est bizarre mais j’ai déjà tenté le coup et en fait non. Comme Ginette m’affirme que SI, elle est SURE, je dois y avoir droit, j’ai redéposé un dossier, et bien sûr, j’ai claqué toutes ces impressions, cette grande enveloppe et ces timbres pour rien.

 

Okayyyyyyyyyyyyyy.

Bien sûr. Mon Dieu suis-je bête et débile et crétine et stupide et tout et tout ?! Comment n’y avais-je pas pensé  à l’APEC ?

Je me suis donc inscrite à –roulement de tambour -: l’A.P.E.C, ou Association des Prostiputes de l’Epargne Capitalisée, Association Pour l’Emploi des Cadres.

 

Tu vois, jeune padawan, pour arriver en haut du système pyramidal du grand Capital, t’inscrire sur le site de l’APEC tu devras. Intégrer les concepts orwelliens d’auto-vente/réseautage/ marketing sentimental tu veilleras. Quand proche de la Maîtrise du foutage-de-gueule-« in » tu seras, à la première réunion entre padawans tu te rendras. Mais attention !!!!!!!!!! Savoir que parmi vous des Déjà Maîtres il y aura tu dois, tindindiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin…..

 

Bon, moi, bonne couillonne de l’espace à bretelles que je suis malgré ma si monumentale intelligence, j’ignorais tout cela, ou du moins m’attendais à un certain multiculturalisme professionnel voyez.

Vu le slogan, oups, pardon l’accroche comme on dit dans le marketing publicitaire, de la chose, j’ aurais du avoir la puce à l’oreille.

 

Oui ?

Je cite : l’APEC, c’est « le meilleur choix avant d’en faire un ».

So what me direz-vous ?

He bin voyez, ça c’est la dialectique de vente pure et dure, celle des winners de la life : tu ne cherches pas un boulot, tu proposes tes services.

En fait c’est le boulot qui te court après et toi qui choisis le plus de la balle qui tue entre tous, tu vois le genre ? Ce n’est pas le RH qui te fait du bien là où tu te crispes un peu plus chaque semaine mais toi qui consens à le rencontrer.

 

 

 

Je suis donc allée dans les locaux high tech très Ikéa-c’est-pour-les-pauvres-alors-on-fera-la-même-mais-en-rajoutant-deux-ou-trois-zéros-au-budget de l’APEC …

Une grosse différence entre chez Paul et l’Association des Putes Expertes en Coloscopie. Chez Paul, il y a de tout : du mineur ravagé par l’acné juvénile au soixantenaire tavelé, du mec à casquette et Reeboks à la nana en tailleur, le seul point commun notable entre tous les « usagers » c’est qu’ils regardent tous par terre.

Alors que chez les Actionnaires Putassiers de l’Exploitation des Citoyens, là y’a pas 25 profils hein : 25-30 ans, c’est la seule fourchette. Tout le monde regarde devant lui en dodelinant de la tête sur son Ipod ou bien se perd dans l’observation de son écran tactile, tout le monde a de l’argent, et ça se voit : pas de chaussures usées, pas de bouloches aux pulls ni aux manteaux, pas de baskets d’ailleurs, peu de jeans, des sacs et attaché-case en cuir de übber bonne faction, pas d’originalité mais du  bon goût, pas bling bling pour un sou mais coûteux bien comme il faut.

On nous fait descendre et nous installer dans une salle de conférence, genre avec tableau veleda et projecteur pour présentation powerpoint à deux balles. (visiblement la maîtrise de .ppt ne fait pas partie des compétences du coach-emploi de l’apec)

On a des petites tables en contreplaqué, on se croirait au collège.

Tout le monde sort son attirail de survie : bloc note pour la plupart, PDA et stylo tactile pour 2 types, mini bouteille d’eau, et bien sûr Iphone/Blueberry/portable customisé. Chacun y configure le mode silencieux mais sans l’éteindre, des fois qu’on les appelle pour reprendre l’affaire de Bill Gates mais seulement s’ils répondent dans la seconde.

 

Devant nous, juste devant le tableau, un type. La cinquantaine minimum, fringué gentleman farmer mais avec de grooooooosses auréoles de sueur sous les aisselles (moi ce que j’en dis hein, c’est que ça ne fait pas très cadre-je-maîtrise-mon-image-tellement-comme-un-dingue-que-tu-vas-me-payer-pour-que-je-t’apprenne-comment-faire).

Voyez, en management et techniques de manipulation compagnie, il y a le collectif/la verbalisation/le focus group. Donc on y va : tour de salle où chacun doit se présenter et expliquer son parcours et ses attentes : ça donne une dynamique de groupe et ça permet de faire croire aux bœufs qu’on leur permet d’exprimer leur individualité alors qu’en fait c’est exactement le contraire.

C’est comme ça que j’ai pu constater que la communication en fait c’est très surfait et genre total bouché, vu que les ¾ de la salle bin c’était des pros de la comm’. Quelques banquiers, un journaliste, deux « créatifs », genre un web designer et une graphiste.

Bien sûr j’ai souscrit à l’exercice hein.

 

L’utilité de cet atelier en ce qui me concerne se résume dans la déclaration du type qui l’animait à la fin du tour de salle où il s’est adressé à moi direct : « c’est pas de ma faute si vous avez fait des études qui ne servent à rien prenez-vous en à vous-même».

*Je ne sais pas si un jour j’écrirai un post  à part entière pour rentrer dans le lard de cette idée reçue, mais l’évoquer là tout de suite là maintenant est juste évident : comme beaucoup de choses que l’on pense universelles, l’état de fait selon lequel les sciences humaines ne « servent à rien » dans le marché du travail tout comme le fait que le travail social soit peu voire pas rémunéré est une caractéristique française, ou tout du moins latine. Dans les pays anglo-saxons quelqu’un qui fait de la socio ou de l’anthropo on lui lèche les pieds en attendant d’avoir la chance d’avoir quelqu’un d’aussi réactif et socio-intelligent. C’est con hein ?)* – fin de la parenthèse

 

Après, le gars aux glandes sudoripares over actives nous a fait un grand sourire, et déclara : « si vous croyez que je vais vous donner du travail ou vous aider à en trouver, vous pouvez sortir tout de suite. »

Ah ?

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh oui, comme d’hab quoi. Sinon le mec il servirait à quelque chose tu vois?

 

Mais je ne regrette pas d’y avoir assisté : j’ai pu admirer le cirque. J’ai pu rendre service même : ouais, la nana de la finance qui voulait bosser dans le commerce équitable elle est repartie grâce à moi avec trois adresses et 5 noms….

J’ai écouté avec intérêt et montage de fou rire en cascade le vieux type nous expliquer que tout se fait « par réseau » et que « tout le monde en a un, vous avez bien une boulangère, un pharmacien ? Donc vous avez du réseau ». Si si pour de vrai (tout le monde sait que c’est par ta boulangère que tu deviendras chef du monde/courtier en bourse/architecte informatique pour un ministère/responsable RH. Non ?)

Je l’ai écouté avec la rage aussi qui montait : je hais ces gens qui n’ont jamais travaillé, en fait, qui ne connaissent rien au travail quelque soit le domaine mais font profession de donner des conseils et de les faire payer fort chers à ceux qui en cherchent.

Aucune idée de l’évolution du marché de l’emploi. Aucune compétence dans aucun secteur : ils ne savent que dalle en informatique, en finance, en quoi que ce soit en fait, même en marketing for real. Que dchout. Ce qui ne les empêche nullement d’être ultra fier d’eux en expliquant que leur « boulot c’est de vous expliquer comment vous vendre ».

C’est-à-dire ?

: « – considérez-vous comme une action en bourse, il faut faire fructifier les dividendes en jouant sur l’indice de rareté. VOUS –et le gars lance son bras en nous pointant du doigt– êtes le produit dont l’entreprise rêve !! »

Ouais.

Ce sont les mêmes qui vont pleurer leurs stock options sur le canapé rembourré d’un psy –lacanien œuf corse, sinon ça serait pas trop trendy- parce que leur vie est triiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiste et dépourvue de sens, de plaisir et que ils ne se réalisent pas parce qu’ils ont toujours obéi à ce que la société leur dictait tu vois ?

Je vous dis juste le truc comme ça :

Inconnu/e si tu cherches un boulot ou souhaite en changer : ne donne pas d’argent –surtout si tu ne l’as pas- à ces vautours de l’espace. Le jour où un « conseiller/consultant en bilan de compétences/coach emploi » pourra te dire : tu cherches ça ? Alors il faut que tu mettes en relief ceci, ceci, et cela, tente auprès de x, y, z, ce jour là oui tu pourras payer un bras les services d’un de ces chacals.

La manipulation psychique de base, pardon, la pensée marketing, c’est bien,  hein, ça marche. Mais ça ne suffit pas à moins d’avoir déjà le « profil idéal ». Savoir se vendre, oikidoki. Mais si tu ne sais pas auprès de qui, bullshit. Si on ne te donne pas les alinéas qui vont dans ta case tu perds ton temps, parce que nous sommes des milliers, des millions même, à faire de même. On te vend du mensonge sous cellophane conçu à la chaine, alors que ce qu’il faudrait c’est du mensonge sur mesure.

Et puis comme ils ne peuvent répondre à aucune de tes questions, ils t’expliquent que le problème vient de toi, qu’il faut « travailler sur la confiance en soi, si tu crois en toi le reste suivra ». Paulo Coehlo chez les traders quoi.

 

Comme quoi la seconde fois c’est pas forcément mieux que la première.

Avant le début du Rien

Posted in Cherche présent et avenir désespérément, Hors case with tags , on 12 août 2010 by violemmenthumaine

Inconnues, Inconnues,

Avant que de vous narrer avec moult détails les tentatives ubuesques de mézigue pour exister trouver un emploi feat statut stable je dois peut être « me recadrer dans le network social » comme dirait la conseillère du pôle emploi.

Voyez-vous, durant ma prime jeunesse, je crus que la vie serait pour moi une vallée de roses, m’enorgueillissant même des merdes douloureuses épreuves enrichissantes que je vivais parce qu’elles « me permettaient de savoir ce que les autres enfants ne savent pas et comme ça je serai plus forte que les autres une fois grande et toc ».

Du CP au bac, je fus 1ère de toutes mes classes ou presque, et je n ‘eus jamais autre chose que les félicitations à l’ensemble de mes conseils de classe –hors le n°2 et n°3 de ma 1ère à cause d’une prof de math psychorigide que j’ai considéré et traité comme la femme à abattre, notamment pour avoir personnellement insisté auprès du proviseur pour renvoyer du lycée une fille héroïnomane, juste après que son petit copain soit mort dans un accident de moto, parce qu’elle « ternissait l’image de notre établissement ».

Après avoir passé ma terminale à sécher la moitié des cours et passé mon « bachotage » à fumer dans le parc du lycée, j’obtins, à 17 ans, les doigts dans le nez, mon bac avec mention. Et encore, dîtes-vous bien ô inconnues/s que je vous passe les détails de mes réussites fulgurantes  qui remplissaient de joie tout un chacun dans la famille.

Une fois le bac en poche, ….. Ah ah…..

4 ans de théâtre, rien que de théâtre. Du genre, parce comme le dirait Rainer Maria, c’était la première et la dernière chose à laquelle je pensais chaque jour.

Suite à tout un tas de réflexions douloureuses et euphoriques, ces dernières liées à la rencontre de mon Homme, je choisis de quitter le théâtre pour une vie où je n’aurais pas à me vendre en permanence ni à m’inquiéter d’avoir à becqueter. Ha ha ha ha.

A presque 22 ans donc, je reprends les études, avec un magnifique « projet professionnel » dur comme du béton croyais-je : atteindre le DEA en anthropologie sociale, si possible à l’EHESS *comment ça illustre inconnu/e tu ignores ce qu’est l’EHESS ? … … … hé bin cherche –tu vois cher inconnu, à toi je peux le dire, mais je ne le peux pas à la RH indigne qui reçoit mon CV, comme quoi c’est con la vie- * parce que ça me faisait mouiller ma petite culotte l’idée d’étudier à l’endroit même où Foucault Bourdieu et tant d’autres affutèrent et affutent leur esprit et celui des autres.

Le but ? Avoir les connaissances, les compétences pour travailler dans l’humanitaire et pouvoir suivre mon Homme, qui finissait des études d’agronomie tropicale quand je l’ai rencontré avec pour seul objectif de faire de l’humanitaire. A l’époque où je repris les études mon Homme avait déjà commencé à travaillé pour différentes ONGs, et nombre de ses connaissances de travail avaient une licence en anthropologie. Comme je visais le DEA, je me disais donc que si jamais cela ne marchait pas, ou bien si un jour mon Homme et moi voulions cesser de bourlinguer à l’autre bout du monde, he bien je pourrais toujours me relancer dans la recherche, si tant est que je l’ai laissée tomber un jour, ou encore tenter les concours de cadre A de la fonction publique. Je précise juste qu’à l’époque, ce plan d’enfer –du moins la première partie, celle concernant l’humanitaire- était viable, comme –oui je me répète- plusieurs personnes que je connais l’illustrent parfaitement, poil aux dents.

Finito el theatro donc.

Je passe sur ces merveilleuses années. Je tombai enceinte pendant ma licence, lors d’un entre deux missions de mon Homme. Là encore, cogito cogito, avortement ou pas avortement, je réfléchis, je pèse, mon Homme dit + que banco du fin fond de sa brousse, je réfléchis encore genre 2 secondes, et déclare à mes géniteurs ébaubis : « je veux bien avoir 2 boulots à la fois s’il le faut mais je garde cet alien, on l’aime déjà poil aux bras ». Je passe mes partiels en format baleine, j’accouche deux semaines après la dernière épreuve. Durant les 2 années de ma maîtrise, je me suis occupée de mon fils seule ou presque –papa présent 2 mois et demi par an, famille gardant le gnome-, ai déménagé et installé notre chez nous, tout en réussissant ma maîtrise et travaillant environ 15h par semaine.

Je fus acceptée à l’EHESS *comment  tu .. pas ? bin idem* pour mon DEA, et là rebelote, sauf que je ne travaillais plus la seconde année parce que malgré mon côté Krishna je ne peux pas tout faire à la fois.

Septembre 2005 donc, j’ai mon DEA d’anthropologie sociale avec mention très bien. Mon gentil directeur m’explique d’un ton sentencieux, quand je lui explique que son imposition de ne travailler que dans la zone des Kivus –zone en guerre depuis à peu près 10 ans- parce que j’y ai fait mon terrain de DEA est un peu débile vu mon sujet et que de toutes façons je ne me peux y souscrire vu que j’ai un peu un gnome et que pour faire bouillir la marmite même vaguement eh bien son père travaille dans l’humanitaire, à des endroits où il ne peut non plus prendre en charge le dit gnome, mon gentil directeur, donc, me dit « il faut choisir entre la Recherche –une majuscule, au moins, mais sans doute des dorures à la feuille d’or aussi- et une vie sentimentale ».

Je me dis donc : stop, finito les études, sauf si un jour je convaincs un autre directeur du bien fondé de mon approche, et que je trouve un financement, aussi. Ah. Ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah.

Septembre 2005 donc. 29 ans, avec un gnome de 4 ans, un DEA d’anthropologie sociale avec mention très bien de la plus grande Ecole de Sciences Humaines de France si ce n’est d’Europe, et, vu que j’ai commencé à taffer dès mes 16 printemps, déjà tout plein de fascinantes expériences professionnelles précaires telles que baby sitting, animation scolaire et para scolaire, conteuse, professeur particulière, bibliothécaire vacataire, caissière, vendeuse, secrétaire, documentaliste, serveuse, télévendeuse.

J’allais sauter dans le Rien, mais à ce moment je ne le savais pas encore et regardais l’avenir avec l’assurance de l’ex winneuse que j’avais été.

Aux prochains numéros, que des exemples du grand Rien mais dans le désordre sinon ça m’ennuierait.

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