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Doris (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 6 -final)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Kenya, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , on 25 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

Après l’avoir prouvé avec Djibéou, Floribert, Annie, Monsieur Philippe et Florence, je mets un point final à cette série avec

 

Doris

Kenya. Nairobi.

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Quand je suis arrivée à Nairobi il y a 3 ans, je me disais que youpie, je pourrais me passer de « personnel de maison » : on avait, pour la première fois de toutes mes vies africaines, un vrai chez nous.

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Aucune bonne déjà sur place à ne pas foutre à la porte.

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Il y avait l’électricité environ 3h par jour et l’eau courante sauf pendant 4 mois par pompe, on trouvait des supermarchés un peu partout et il était donc possible de faire la cuisine en un temps similaire à celui que l’on y passe en France.

***gif joie

joie de la balle

de la balle***

Ouais.

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Les modalités du réel (ça en jette non ?) de l’électricité et de l’eau courante étant à la vérité très fluctuantes, et l’installation d’une machine à laver impliquant de carrément péter une pièce, on abandonna l’idée de posséder ce pas de géant dans la condition féminine pour l’humanité qu’est la machine à laver le linge.

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Un mois. Presque deux.

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Chacun a des limites au-delà desquelles ses convictions et sentiments basculent (sinon la traumatologie, la torture, la psycho n’existeraient pas). Par rapport au fait de ne pas employer d’aide de maison, en ce qui me concerne, c’est l’absence de machine à laver (et de laveries automatiques).

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Laver son linge à la main…. Je l’ai fait, plein de fois : durant presque tout mon séjour au Burkina, et à chacun de mes séjours africains où je séjournais chez des gens ou à l’hôtel (parce que le prix est juste une blague cosmique : à ce prix là tu peux légitimement te demander si tes nipes ne sont pas rincées au champagne).

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Tu vois les pubs à la con pour le lavage à la main, genre ça :

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Ou ça :

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Bin c’est pas seulement du top kitsch sois-une-potiche-et-souris-style.

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C’est aussi limite une escroquerie tellement le synopsis est fake, faux, impossible, irréalisable, absurde. Même avec la lessive la plus top moumoute du monde, laver quoi que ce soit ne prend jamais, jamais, jamais 5 minutes top chrono et ne se fait jamais, jamais, jamais nonchalamment du bout des orteils en se balançant du haut d’un hamac.

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En vrai, après avoir lavé son linge, on ressemble en gros à ça :

-gif fatigue après

fatigue apres boulot teuf je suis

boulot teuf je suis-

Laver son linge, spécialement des jeans, des serviettes de bain et des draps, c’est juste juste long, très long, très, très chiant, et à moins d’avoir des mains de joueur de jumbé tu as la paume et la peau entre les doigts quasiment à vif alors que tu n’as pas encore essoré la moitié du truc.

Là en plus je n’étais pas toute seule: on était trois (avec ses horaires de malade, le Barbu était hors jeu pour cette fois côté lessivage). Trois, putain, dont un gremlin.

Juste NON.

Finalement, j’ai donc cherché quelqu’un pour s’occuper de ça, juste pour ça : faire la lessive et la repasser. Soit trois fois 3 h par semaine.

La femme de ménage du bureau du Barbu avait une fille, Doris, qui bossait en petits temps partiels chez différents employeurs, dont le bureau lui-même quand des analystes arrivaient en poste ou étaient juste de passage et que l’appartement « de passage » était donc occupé.

On engagea donc Doris.

Sauf que c’était la première fois que c’était moi qui payais, et donc qui devais choisir combien je payais.

J’avais déjà frayé dans les eaux insalubres des desperate expats housewifes et je connaissais donc les prix moyens de rémunération (une misère), d’une part, et le prix moyen de la vie (similaire à celui d’une grosse ville de province en France) d’autre part.

Honnêtement, quand on convertit en euros, ça fait juste exploitation pure et dure, mais en la payant à l’heure un peu plus du double du prix « normal », on savait par expérience qu’il y avait déjà un risque qu’au lieu de nous penser sympas elle nous catalogue direct braves couillons.

Même aujourd’hui je ne sais pas du tout ce qu’elle a jamais pensé de notre accord. Qui peut bien savoir ce que pense Doris ??…

Doris…… Ah, Doris.

Qui est Doris ?

***gif holmes

Même Lui donnerait sa langue au chat à cette question: QUI est Doris?

Même Lui donnerait sa langue au chat à cette question: QUI est Doris?

reflexion

Certains (comme elle travaillait à l’appartement de passage du bureau du Barbu, beaucoup de nos copains/ines la connaissaient et elle nous faisait tous un peu flipper) affirment péremptoirement qu’elle est légèrement déficiente mentale.

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Je suis loin de partager cette certitude, mais cela fait en effet partie des éventualités.

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Une autre serait que sa maîtrise de l’anglais n’est que relative. Particulièrement à l’écrit.

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Ou bien qu’elle est traumatisée (par quoi ou qui ??? un/e ex patron/ne ? enfant battue ?? les élections précédentes ??? ….)

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Ou tout simplement qu’elle incarne l’un des paroxysmes de ce « cloisonnement de classes » si prégnant au Kenya.

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Ou encore au contraire qu’elle s’en fout (de tout, de ces chaînes qui pendent à nos couuuuuuuuus) que c’est une grosse anar nihiliste et rebelle qui joue la comédie. (mais alors elle le cache avec un talent inégalable).

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Ou peut-être un mélange de plusieurs de ces possibilités.

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Le fait est qu’employer Doris et l’avoir chez moi trois après-midis par semaine n’a pas été un élément choupi à l’aise Blaise de ma vie à Nairobi.

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Les trois premiers mois.

Doris se fige dès que je lui parle en swahili. Elle se fige aussi quand je lui pose des questions ou lui demande son opinion sur quoi que ce soit dès lors que cela n’a pas trait à son taf.

Mais aussi, Doris pète tout.

***gif intervention

intervention étrangère pas délicate

Piolet dorisien

étrangère pas délicate-

Quand je dis tout, c’est tout.

Soit, en trois mois : une cafetière électrique, trois tasses, deux verres, le couvercle de la chasse d’eau, une brosse à cuvette de W.C, le four (porte bloquée et/ou démontée 3 fois. Regard paniqué/exorbité de Doris quand je réparais le truc). Je devais également relaver tous les draps après elle, et tous les vêtements où il y avait vraiment des taches.

Doris était venue à chaque fois m’avertir de la casse.

A chaque fois, elle gardait la tête et le regard baissé et énonçait la chose d’une petite voix chevrotante. Elle ressemblait à un mélange de ça :

***gif choupinou bord de

choupinou bord larmes i need a hug

s larmmees need a hug***** –
Et ça :
**** pplanète

planete-terreur-un-film-grindhouse-grindhouse-planet-terror-2007-08-15-5-g

terreur****

Je lui répondais donc à chaque fois que ce n’était pas grave. (#bisounours)

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Sauf que quand même, je relavais derrière elle souvent et elle pétait plein de trucs. Il fallait que je trouve un moyen que cela s’arrête.

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Les échanges en matière d’horaires et de nature du travail m’avaient contrainte à me rendre à l’évidence: visiblement, il était juste impossible/inconcevable pour elle de ne s’occuper que de la lessive et donc de n’avoir que ces 3 putains d’heures 3 jours par semaine plutôt que 3 après-midis, soit une bonne heure de plus à chaque fois. Au final elle s’occupa aussi du nettoyage des sols et des poussières ainsi que de celui du four et de ses plaques de gaz.

Joint à cela, l’envie permanente de vérifier que mes cheveux ne se sont pas transformés à mon insu en serpents à chaque fois que j’essayais de lui parler et qu’elle se transformait en statue m’avaient déjà bien ébranlée.

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Comment faire ?

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Quand la lessive de la semaine avait abouti à ce que deux caleçons du Barbu finissent éventrés en deux, j’ai pris mon courage à la main et ai exprimé mon mécontentement.

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La semaine d’après encore, d’autant plus que cette fois c’est un pantalon qu’elle avait explosé. (Doris, du haut du son mètre 40, a un côté Terminator bien caché).

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Je commençais à trouver que… comment dire… (le problème est très exactement là, comment le dire?)

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La semaine d’après, quand elle a à nouveau pété un pantalon (à moi cette fois) et un caleçon, je ne me suis pas énervée.

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Mais je lui ai expliqué calmement qu’à partir de là on prélèverait 1000 shillings kenyans (soit le prix d’un pantalon au marché de seconde main ou à Eastleight) par habit ou objet détruit, 500 s’il s’agit d’un caleçon, parce que nos habits ne poussent pas sur les arbres. Que je peux parfaitement faire la lessive moi-même comme je l’avait fait auparavant en attendant de trouver quelqu’un pour la remplacer et que cela ne serait pas compliqué vu la paye que nous proposons, car, oui, nous connaissons les prix et c’est bien notre choix de rémunérer à cette hauteur.

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La semaine d’après, elle niqua encore un pantalon, plus une robe. (ouais, moi qui ne savais pas ce qu’était un dressing jusqu’il y a peu, j’avoue que là, même moi je commençais sérieusement à m’inquiéter pour nos garde-robes.)

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A la fin du mois, donc, je lui ai donné 2000 shillings en moins. (sur 20000).

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Je suis peut-être un peu une salope de Social Traître limite néocolonialiste, mais plus jamais Doris ne péta quoi que ce soit.

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Les 18 mois qui suivirent

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Doris ne se contentait pas de se figer dès que je tentais de lui adresser la parole, tentatives que je cessai au bout de 6 mois d’essais infructueux.

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Non. Doris ouvrait aussi des yeux grands comme des soucoupes…

***gif yeux é

yeux écarquillés

quarquillés****

Quand je jouais à la Wii avec mon gnome.

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Quand je faisais la cuisine.

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Encore plus quand elle me voyait faire la vaisselle.

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Quand je recousais des habits.

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Quand je skypais.

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Quand je bossais mon swahili.

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En gros, dès qu’elle me voyait me comporter anormalement par rapport à la case à laquelle je suis sensée appartenir, soit trèèèèèèèèèès souvent. Pas ultra choupi.

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Vu que Doris n’a jamais réussi à arriver à l’heure, elle ne repartait pas tôt (en fait la plupart du temps c’est moi qui lui disais de partir vers 18h). Ce qui fait que, plusieurs fois, Doris croisa le Barbu.

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Là, ce n’était même plus une statue, mais…. Je ne sais pas comment dire autrement que cela : elle se conduisait comme si elle craignait qu’il la frappe, rasant les murs comme si elle voulait y disparaître et tenant toujours la tête baissée, les épaules rentrées…

***

Avant la semaine de notre mariage (et si jamais la tête apeurée/traumatisée de Doris était en fait la traduction de sa désapprobation envers notre vie maritale « dans le pêché »???? Cela est également possible…..), je n’avais jamais vu Doris sourire autrement que lorsque mon gnome ui parlait ou quand je disputai le dit gnome par rapport à ses fringues recouvertes de boue.

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Doris a mis un an et demi pour comprendre/accepter/croire et enregistrer que

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1) on n’attendait ni ne voulait qu’elle vienne travailler un jour férié (il y en a plusieurs au Kenya évidemment) et que non elle ne perdait pas de salaire pour autant,

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2) qu’après 18h grand max (la nuit est tombée à 19h/19h15 tous les jours de l’année. Et personne ne sort sans voiture la nuit à Nairobi.) elle partait,

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3) que si il avait fini son taf, elle pouvait partir et que là non plus elle n’aurait pas de sous en moins.

*****

Mais elle n’a jamais compris/accepté/cru(qu’en sais-je ?) que je voulais juste qu’elle fasse la lessive, le repassage et les sols et qu’elle reparte le plus vite possible, que le truc à la base est que je la payais pour une tâche et pas pour une durée.

Si elle a compris que c’était bien moi et pas elle qui rangeait le linge, que la vaisselle était toujours faite quand elle arrivait et que le linge sale était toujours déjà prêt à être laver (aka, mariné depuis au moins 1h dans une bassine remplie d’eau chauffée + poudre à laver), elle n’a jamais accepté de se contenter de ne faire que les sols et de ne pas épousseter/cirer tous les meubles, (et, régulièrement, de le faire également à l’intérieur de toutes les étagères de la cuisine).

Pour Doris, case housekeeper = ménage tout complet, point barre.

***

Je me sentais tellement mal à l’aise quand elle était là que je fuyais la maison le plus souvent possible les 3 fameux après-midis.

***

Je n’ai jamais osé lui dire -en dehors de l’épisode Opération Stop Destruction, moralement pestilentielle mais qui s’est avéré efficace à 100% comme évoqué plus haut- quoi que ce soit à propos de son travail, même si sa manie de ranger les choses dans la cuisine de sa manière très personnelle nous rendait chèvres.

***

[Parenthèse : mais POURQUOI faisait-elle ça ? En l’occurrence, à chaque fois qu’elle vidait les étagères qui étaient au mur, biennnnnn hautes et profondes et qu’elle les remplissait après nettoyage, elle rangeait méticuleusement les boîtes de conserves, les épices, les bocaux de pâtes etc. touuuuuuuuuuuuuuut au fond des étagères. C’est-à-dire inatteignables sans se déboîter la hanche et l’épaule quoi. Je précise que pour ce faire, Doris avait besoin de changer de pièce, de prendre une chaise dans le salon, de la rapporter devant, de grimper sur la chaise, et c’est seulement alors qu’elle pouvait ranger tout ça de cette manière si terriblement pratique. Hein, POURQUOI ? Pourquoi Doris rangeait-elle systématiquement l’ouvre-boîte, les couteaux de cuisine, les boules à thés et les planches à découper non seulement ailleurs que là où nous les rangions nous à chaque fois, mais aussi et surtout aux endroits les plus inaccessibles (mais toujours les mêmes) ? Fermons la parenthèse]

Le fait que la demoiselle ait en permanence cet air de chien battu et d’incompréhension angoissée, voire de panique totale durant mes tentatives de communication en swahili et mes tentatives d’échanges,

tout ça,

cette permanente interrogation psycho-linguistico-anthropologique qu’elle représentait et l’impression subséquente d’être face à quelqu’une que l’on sait juste ne pas comprendre même un peu, mais qui elle en revanche a plein d’idées sur toi mais tu ne sais pas non plus lesquelles exactement, c’est juste ME-GA-RE-LOU.

***

Doris est très clairement une des raisons pour lesquelles j’ai été contente de quitter Nairobi en novembre dernier.

****

Jamais plus Jamais

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Dans pas très longtemps si tout va bien je repars ailleurs, dans mon Pays Fort Fort Lointain adoré, et cette fois-ci, ho miracle, ou pourra avoir une machine à laver (la précédente occupante s’est barrée avec, la chienne), et l’appart a connu seulement une coupure d’électricité en un an et aucune coupure d’eau.

***gif poney moon

poney moon walk fier

walk fier ***
Oh yeah.

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Djibéou (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 1)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , , , , , on 21 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve avec:

Djibéou

Burkina Faso (♥♥♥♥). Dori.

Je n’ai même pas 20 ans, c’est ma première fois en Afrique, ma première fois hors d’Europe.

A la routarde, un sac à dos 120 litres et 1600 Francs pour 6 mois, j’accompagne mon Namoureux (déjà Barbu) qui vient y faire son stage de fin d’études. Tant que le stage n’est pas commencé, on dort à l’arrache dans des hôtels miteux ou nous sommes reçus chez des rastas du coin rencontrés la veille. Mais, pour ses 4 mois de stage, on est accueilli comme convenu chez D., un fonctionnaire burkinabé, Mossi de la capitale nommé contre son gré dans une sous-préfecture aux portes du désert, qui méprise les gens du coin et hait les Blancs. (Ambiance).

D. habite seul et emploie à temps complet Djibéou, qu’il nous présente en le désignant de la main : « ça c’est mon boy ».

*** boy

Hé ouais, je n’aurais jamais cru entendre le mot « boy » hors des pages de Tintin au Congo, et encore moins dans la bouche d’un africain. Cet artefact datant de la colonisation a été mis en vente à 50€ et adjugé à 130€ à l’Hôtel des ventes de Troyes l’an dernier

Hé ouais, je n’aurais jamais cru entendre le mot « boy » hors des pages de Tintin au Congo, et encore moins dans la bouche d’un africain. Cet artefact datant de la colonisation a été mis en vente à 50€ et adjugé à 130€ à l’Hôtel des ventes de Troyes l’an dernier

****

Quelques semaines après notre arrivée, D. part pour deux mois en stage dans sa chère capitale.

Nous voilà seuls avec le jeune Djibéou.

Me voilà seule avec Djibéou (bin oui, le Namoureux la journée, il est en stage).

Bon.

On lui donnait depuis le début autant que ce lui paye D en plus pour le taf que nous lui occasionnions en plus, cela ne changea donc pas nos habitudes. Mais on commençait à en avoir marre de manger les trois mêmes repas en boucle depuis notre arrivée et maintenant je savais parler un peu un peu le peul. Je me mis donc à faire les courses au marché et à faire la cuisine. Je n’osais pas, voire même je ne pensais pas à faire des remarques sur son travail à Djibéou : après une semaine durant laquelle j’avais relavé tout notre linge après lui, je faisais désormais moi-même la lessive tout court à sa place. [Je ne suis même pas clean freak, juste que le look tout latérite semblait trop Mad Max à mon goût, tout comme à l’ensemble de la population locale d’ailleurs, où seuls les Fous –il n’y avait pas d’enfants des rues ni de sans abri à Dori, à l’époque en tous cas- sortent dans la rue vêtus de tissus qui ne soient pas d’un blanc ou d’une couleur étincelante.]

**** photo

Ça, c’est une photo que j’ai prise par la fenêtre de la maison un après-midi durant la période de l’harmattan. Idéale pour un teint d’un ocre uniforme sur la peau et les vêtements du plus bel effet fantomatique.

Ça, c’est une photo que j’ai prise par la fenêtre de la maison un après-midi durant la période de l’harmattan. Idéale pour un teint d’un ocre uniforme sur la peau et les vêtements du plus bel effet fantomatique.

tempête*

mines

Enlève le casque et la lampe frontale et t’as le latérite look, bien dirty muddy, du genre à s’incruster bieeeeeeeeeeeeeen au « cœur de la fibre » comme dirait Ariel. (Musclator on m’appelait à mon retour ^^ après 6 mois de lessive à la main)

* mines**

Bref : Djibéou n’avait plus qu’une heure grand max de boulot par jour, mais on n’osait pas l’en priver : on n’allait pas retirer le pain de la bouche d’un homme, merde ! Et puis c’est grâce à lui si je pouvais avoir une conversation de base en peul et donc faire mon marché, même si sa présence me mettait souvent mal à l’aise depuis nos échanges linguistiques.

Ce n’était pas pour rien : un beau matin, alors que je prenais ma douche, qui donc entre « sans le faire exprès » dedans et se rince l’œil bien comme il faut  (il prend bieeeeeeeeen son temps no soucy, suffisamment pour qu’il soit bien installé contre le mur quand je me retourne et le découvre)? Djibéouuuuuuuuuuuuuuuuuuu.

*** unedouch

A peu près ma gueule quand il s’est pointé.

A peu près ma gueule quand il s’est pointé.

ehorrible***

Là, pour comprendre l’ampleur du point auquel le ‘tit père se foutait de ma gueule quand il se la joua voyeur d’abord, puis quand il s’en défendit ensuite devant moi puis mon Namoureux, faut avoir une idée de ce à quoi ressemblait la dite douche.

Tout comme la cuisine, les installations sanitaires étaient à l’extérieur de la maison, l’une et les autres à des coins opposés de la parcelle.

Voilà à quoi ressemblaient les dites installations sanitaires (mais avec un mur/couloir devant, ouvert sur la droite, et pas de porte devant la salle de douche ni la salle des toilettes.)

**** salles d’ai

photo retravaillée par mes soins d’après un cliché trouvé sur ce blog)

Photo retravaillée par mes soins d’après un cliché trouvé sur ce blog)

sances

La photo (pas de moi) donne une bonne idée de la dimension du truc habituel en Afrique de l’Ouest : les toilettes, ce n’est pas un ridicule mouchoir de poche, mais une bel espace d’environ 3m/3m, ce qui limite assez efficacement les nuisances liées à ce type d’installation quand la fosse en-dessous est bien profonde et qu’elle est régulièrement passée à la chaux).

La photo (pas de moi) donne une bonne idée de la dimension du truc habituel en Afrique de l’Ouest : les toilettes, ce n’est pas un ridicule mouchoir de poche, mais une bel espace d’environ 3m/3m, ce qui limite assez efficacement les nuisances liées à ce type d’installation quand la fosse en-dessous est bien profonde et qu’elle est régulièrement passée à la chaux).

**** chiottes****

Et le gars te dit qu’il ne l’a pas fait exprès, qu’il voulait juste aller aux toilettes.

Genre, c’est possible de ne pas faire exprès de se tromper de pièce, de ne pas voir qu’on passe les chiottes sans porte et de continuer sans le vouloir jusque la douche, sans avoir entendu le bruit de l’eau qui jaillit de la pomme.

**** ange-

Djibéou était neeeeeeeeeettement moins choupinou, en fait (source-retravailllée- http://papillondereve.centerblog.net/rub-tubes-diablesse-diables--2.html?ii=1 )

Djibéou était neeeeeeeeeettement moins choupinou, en fait (source-retravailllée d’ici )

démon****

Bien sûr.

Moi et mon Namoureux étions d’accord : il était juste hors de question que Djibéou continue à venir. No way.

Mais c’est pas gentil-gentil-gentil, hein, de priver un pauvre gars en face duquel on est teeeeeeeeellement privilégié hein non ça c’est vraiment pas Petit Poney style.

On a donc, très sérieusement mais avec un visage pas content, expliqué à Djibéou que, pour avoir fait si mal son taf que je me suis mise à le faire à sa place et pour m’avoir témoigné LE manque de respect absolu (la nudité absolue, …. , comment dire, est un Tabou avec un putain de grand T pour beaucoup de peuples, et les Peuls ne font pas exception)….

Il ne remettrait plus les pieds dans la parcelle tant que D. ne serait pas de retour…. et continuerait à recevoir son salaire complet, que nous lui viendrions lui remettre en main propre chaque lundi soir.

Faut pas venir nous faire ‘ièch hein ?!….

**** gif c’est ça

c'est ça ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis

ouaiiiiiiss*****

Voilà voilà voilà…..

Je fus donc  très « Petit Poney Style pour ma « première fois ».

**

les petits poneys style font iech

Et après Djibéou, voilà ce que j’en pensais, du Petit Poney Style.

**

DANGER : leçon de paranoïa où comment l’expatriation dilate la réalité

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Hors case, Kenya, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , on 11 novembre 2011 by violemmenthumaine

Vous savez, ou pas, qu’en ce moment le pays, la ville où je vis, sont DANGEREUX.

Tindindinnnnnnnnnnnnnnnnnnn.

Pour celles et ceux qui n’auraient qu’une idée aussi précise que les informations des JT de ce dont je peux bien parler : depuis quelques années, les Somali, ou plus exactement les al shebaab, c’est-à-dire les jeunes en arabe, ont magistralement renouveler l’art injustement oublié de la piraterie (mais sans les dreadlocks de Johnny D. ni l’option libertaire du XVIIème).

Depuis quelques mois, les mêmes ont décidé que les mers ne leur suffisaient plus et que les Blancs, ces supposées cornes d’abondance obscènement riches, feraient une bonne monnaie d’échange (ce en quoi ils se sont largement plantés, mais en même temps personne de sensé n’a jamais pensé que la capacité d’analyse et d’anticipation est la marque de fabrique des shebaab). La côte du Kenya, avec ses plages paradisiaques et sa culture africo-arabo-indienne aux multiples charmes architecturaux, musicaux, alimentaires, attire depuis longtemps les touristes : Lamu et son charme pittoresque patati patata.

(Non, ma maison ne ressemble pas à ça). Intérieur à Lamu, réalisé par l'architecte Claudio Mondola.

Si vous êtes blindé de thune, vous pouvez par exemple séjourner dans cet hôtel, le Majilis Lamu resort...

Faut avouer que ça n'est pas moche, Lamu...

Ahhhhhhhhhhh les côtes de l'océan indien à Lamu: ses palmiers, son eau turquoise, son paludisme, son tourisme sexuel, ses pirates...

Sauf que depuis septembre, un certain nombre de touristes, le plus souvent vieux, ont été enlevés. Et, parfois, tués. Comme, lorsqu’on est intelligent, on ne manque jamais une occasion de tenter de se faire de la maille, les drôles ont même une fois demandé de la thune pour rendre le corps (c’est-y-pas mignon ça ???)

Ajoutons à cela la

criiiiiiiiiiiiiiiiiiiiise

humanitaire. Et non, je ne fais pas du cynisme horribilicieux et totalement choquant. Sans entrer dans les détails parce que tout de suite ça serait moins funky et tout et tout, sachez juste que, comme un nombre certains d’autres « crises humanitaires ultra médiatiques », celle de la corne de l’Afrique et des camps de réfugiés du nord du Kenya, où les somali continuent d’affluer (continuent, parce que le camp dont vous voyez des stars pleines de bonne volonté parler en pleurant à la télé, en l’occurrence Daadab, existe depuis plus de 15 ans. Oui, quand  même) n’a RIEN d’une catastrophe « naturelle » où le problème réel serait la « famine » due à la « sécheresse », et que, depuis le temps, il faudrait peut-être se demander si l’aide ne participe pas au problème, en fait. Passons.

Reprenons, donc. Ajoutons à cela la criiiiiiiiiise humanitaire du nord du Kenya  tel que Mandera ou le camp de Daadab et leur folklore si typiquement « africain ».

Dadaab. Un camp de réfugiés quoi. Plus gros que pas mal d'autres, c'est vrai. Mais pas différent.

Notons qu’assez étrangement, quand on parle de malnutrition ou de famine, nos télés ne nous montrent jamais ça:

Eh ouiiiiiiiii. La pauvreté, en Europe, en France même, ça donne les mêmes effets qu'en Afrique.

Mais toujours ça:

Puisqu'on vous dit que la malnutrition, c'est A-FRI-CAIN. Non mais!

Or, cette crise humanitaire se corse un peu ces derniers temps puisque des « gentils », les beaux et preux HP* ont, eux aussi, été enlevés, dont les chevaliers sans peur et sans reproches de Médecins Sans Frontières.

Tout ça pose des problèmes au gouvernement kenyan : un gros trou dans les importations et les rentrées économiques, alourdi par une diminution pas vraiment légère du tourisme, principale source du PNB kenyan (les safaris, tout ça tout ça, le sourire et le charisme de Redford et la bonté de Karen Blixen magnifiée par Meryl Streep dans Out of Africa, whaouuu). Puis tout cela s’est fait sur LEUR territoire. Et puis l’an prochain, il y a les élections présidentielles (bin oui, y’a pas qu’chez nous ^^).

Alors Kibaki:

Kibaki, c'est lui: le président du Kenya depuis 2006

Kibaki, donc, a décidé, assez logiquement tout de même, de faire la guerre aux vilains al shebaab (ou shabaab). Il a conséquemment envoyé ses troupes au nord du pays, et même au sud de son voisin la Somalie. Le Kenya est donc en guerre, non contre la Somalie, plutôt contente de l’intervention kenyane, mais contre les mouvements rebelles shebaab.

Tout ça se passe au nord du Kenya, soit à plusieurs centaines de kilomètres de Nairobi, où la vie n’a pas changé d’un poil, et où la population, largement hostile aux shebaab et aux somali en général, est très contente de cet état de fait.

Sauf que, il y a quelques semaines, les vilains shebaab ont lancé, à deux reprises, des grenades en plein centre ville de Nairobi, une fois dans un bar fréquenté par la petite classe moyenne kenyane, le jour d’après à une station de bus (les dits bus sont à 99% fréquenté par des kenyans).

Et là, depuis, c’est….. N’importe nawak. L’Ambassade de France, mais aussi celle d’Angleterre et des USA, la plupart des gros trusts et…. Putain, ouais, des ONG ont imposé des mesures de couvre-feu (genre c’est pas bien de sortir après 19h30), préconisant de ne plus aller faire ses courses aux supermarchés, etc etc etc.

Hum.

Je vous vois déjà, là au fond et puis aussi devant, dire que c’est normal, encore heureux et que c’est moi (et puis aussi mon barbu, et mes potes ici aussi) qui ne suis qu’une inconsciente and so so…

Bon.

Alors, je pourrais jouer la vieille HP burnée, et expliquer que c’est un peu bizarre d’imposer des règles de sécurité plus strictes dans une ville en paix et avec un degré de corruption et de violence moins lourd que dans nombre de cités de pays « développés » que je ne les ai vues dans des coins VRAIMENT en guerre (genre où tu vois plus de kalach dans la journée que de mégots sur un trottoir à la sortie d’une boîte de nuit parisienne ; genre où tu as autant les foies quand tu rencontres un policier du pouvoir central que lorsque tu croises un milicien de 11 ans perché à 10 miles), mais ça ferait un peu too much (même si c’est vrai, croix de bois croix de fer si j’mens j’vais en enfer) et ça vous convaincrait pas plus.

Par contre….

Rappelez-vous….

1986 à Paris…. 7 attentats. Celui de la Rue de Rennes. 1995. RER B (ou C ??) à Saint-Michel. Pas une ou deux grenades, là. Des bombes. Pas 2 morts, là. Des dizaines. Comme à Madrid en 2004 (191 morts !), à Londres en 2005 (55 morts, 700 blessés).

Y’a-t-il eu des « couvre-feu » ? Y’a-t-il eu désertion des quidams dans les rues et les supermarchés ?

Ah bin non.

…. … … …

Ce qui est d’ailleurs logique, même en cas, comme cité ci-dessus, de VRAIES menaces terroristes. Pourquoi ? Parce que le propre du terrorisme, c’est justement de frapper, en apparence du moins, AU HASARD, de manière à ce que les gens ne se sentent plus en sécurité NULLE PART. Et si on s’arrête de vivre, on a déjà perdu. Et ce n’est pas comme si cela servait à quelque chose…

Donc, deux solutions : ouais, bien sûr, tu peux rester cloîtré chez toi et ne plus vivre que de boîtes de conserve puis de ragoûts de bottin, mais là, c’est juste… comment dire. Stupide ? Ouais, stupide.

L’autre solution, c’est de continuer de vivre –presque- exactement comme avant.

Là, l’ampleur des consignes données par « les représentants des occidentaux » est juste… Aberrante ? Grand-guignolesque ?

En fait, comme je suis une grosse tordue et que je traîne mes guêtres inutiles parmi les gens et les endroits bizarres de la planète (la jungle congolaise, les ghettos du 94, la Corrèze, les quartiers à putes de Kinshasa, la Corse etc.), je me dis, et ça ne m’aide guère à me rapprocher de « ma » communauté ici, que ce n’est, encore une fois, que l’illustration de la dilatation des représentations des communautés expatriées.

Keskece de koi elle parle la donzelle ?

Bin, de ça : quand tu es blanc expatrié en Afrique, tu :

1)      Adooooooooooooooores l’Afrique mais trouves systématiquement que TOUT est « moins » que « chez toi ». Moins efficace, moins organisé, plus « n’importe quoi ». Par exemple, ICI, « les démarches administratives sont parfois fastidieuses » (parce que tout le monde sait, qu’en France, Belgique ou aux States, l’administration c’est übber funky winky) ; « il faut 2 JOURS et 4 magasins différents d’affilée pour réussir à trouver un filtre à aspirateur de rechange » (y’a-t-il besoin de faire un commentaire là-dessus ?….)

2)      Ton pays c’est super de la balle-qui-tue, tu idéalises à mort, et voilà. Tu n’y as pas mis les pieds depuis 15 ans autrement qu’à Noël et pour farnienter ? No soucy, tu ES et RESTERAS A VIE français/hollandais/italien, donc TU SAIS que « chez toi », c’est MIEUX : ainsi, cela donne du relief carrément surréaliste au point 1 sus-mentionné.

Par exemple : tu as des enfants scolarisés. Ici à Nairobi, (et vues nos expériences familiales précédentes, je peux certifier que ce n’est pas toujours comme ça, loin de là), l’école française, outre le fait d’avoir une équipe pédagogique fantastique, offre des services trop de la balle : d’abord, les horaires ne sont pas absolument incompatibles avec le fait que l’élève ait des parents qui travaillent ou qui ont tout simplement une vie à coté de leur progéniture (à Kinshasa par exemple, l’école commençait tous les jours à 7h et ne finissait jamais après 13h. Oui. Songez aux implications logistiques familiales et sociales pour les mômes. Du bonheur) ; ensuite, pur la première fois hors de France (en ce qui nous concerne), l’école propose une cantine (et un service de ramassage scolaire aussi. Et une cinquantaine d’activités périscolaires pour tous les goûts et tous les âges, aussi. Genre c’est quand même de la balle moi je dis.)

Tu mets donc ton/tes (en général, les expatriés ont toujours plusieurs mômes, 3 en moyenne. Je n’ai toujours pas déterminé si c’était le facteur thune, droite réac catho ultra libérale, le fait que la plupart des femmes soient « au foyer » ou une forme de mimétisme local qui est à l’origine de cet état de fait) gamins à la cantine. Et après, tu te plains que « c’est horriblement cher et d’un niveau absolument déplorable. Payer ce prix pour un quignon de pain est hors de question, j’ai enlevé mes fils dès que j’ai pu ».

Alors…. Le prix exorbitant est …. Roulement de tambour de 440 shillings kenyans par repas en primaire, un peu moins en maternel et un peu plus en secondaire. Soit…. 3,40 euros. Hum. Oui, c’est bien le prix moyen proposé de restauration scolaire en France, sauf si tu es un peu pauvre et que tu habites dans une commune avec politique sociale !

Quant au « quignon de pain », euh…. Je ne vais même pas faire dans le subjectif ni imposer les délires dithyrambiques de mon gnome personnel (qui a  supplié de rester à la cantine tous les jours. Une première), je vais juste mettre, au hasard, la liste de menus pour une quinzaine hein. Le quignon de pain a super bon dos moi je trouve.

Ouais, bin moi je n'ai jamais eu de tels menus même en restau d'entreprise. J'dis ça j'dis rien...

Tout ça pour dire que le risque sécuritaire à Nairobi, c’est comme le prix exorbitant de la cantine à l’école française : une déformation de la réalité (pour le moment du moins hein, je ne sais ce qu’il en sera dans le futur) par le biais des lentilles de l’expatriation.

Poil au fion.

La France nous aime ou on la quitte. Devinez ce qu’on fait?….

Posted in Cherche présent et avenir désespérément, Hors case with tags , , , , , , , , , , , on 14 août 2011 by violemmenthumaine

A part cet anniversaire anecdotique, ma guerre contre le CDI* a pris –définitivement ?- un nouveau tour : je laisse tomber Moby Dick.

Du moins avec le label NF.

La baleine blanche dans mon glorieux pays, ça n’existe que pour….

Je ne sais pas pour qui.

Certes, certains domaines ne connaissent pas peu qu’anecdotiquement la crise : la restauration, le BTP, la communication/marketing, le fonctionnariat ou les finances. Mais ce n’est pas mon profil, ne l’a jamais été (sauf la restau mais à l’époque je n’avais pas d’enfant, vous savez le truc qui fait que 80% des boulots hors bureau vous deviennent soit interdits –car pas de moyens de faire garder le gnome- soit inutiles –car vous dépensez toute votre paye, voire plus- pour faire garder le gnome pendant que vous trimez) et ne le sera jamais.

Alors ?

Non non, ne t’emballe pas Inconnue/u qui te souviens de mon dernier entretien, je n’ai pas trouvé de boulot : malgré le fait que mon entretien se soit super bien passé, visiblement, je n’ai pas le poste.

Nooooooooooooooooooon, qu’est-ce que tu crois toi, je n’ai pas reçu de réponse me l’indiquant formellement enfin !!!

Hein, quoi ? Oui, l’organisation m’avait assurée de me donner une réponse 1) à l’entretien –deux fois-, 2) en réponse au mail de relance que je leur avais envoyé 10 jours après le délai qu’ils m’avaient initialement annoncé ! Même qu’ils avaient dit qu’ils donneraient une réponse formelle et motivée dans les 8 jours. Il y a …. Oh, quelque chose comme deux mois.

Oui, et alors ? Où as-tu vu qu’en dehors du pays des Bisounours qui que ce soit se donne la peine de répondre ? Tu te crois à Disneyland ou quoi ?

Cela dit, 2 mois après l’échéance de la prise de poste, sans réponse, on peut raisonnablement considérer qu’on ne l’a pas, le poste, ou que, dans le meilleur des cas, celui-ci n’est finalement pas financé. Ou que, les remous et émeutes diverses commençant à s’étendre à l’approche des élections présidentielles, les ONG retirent leurs billes et décident de ne finalement pas recruter des gens en famille, voire même des gens tout court.

Donc, non, je n’ai toujours pas de boulot hors ce fascinant métier de transcriptrice.

Si tu suis mes scribouillis belle/el Inconnue/u, tu dois savoir que j’ai un gnome, et le père du gnome qui va avec. Que ce dernier travaille depuis toujours dans l’humanitaire(car si, contrairement à ce qu’une bande de Schtroumpfs dopés à la connerie m’ont dit un beau soir, l’Humanitaire, c’est un métier).

Or, l’Humanitaire voyez-vous mes bons amis, cela ne se pratique pas en bas de chez soi.

Saint Servule de son petit nom: saint et mendiant (et infirme parce qu'il ne faut jamais s'arrêter en si bon chemin), le rêve de tout un chacun

Du moins pas de façon rémunéré : il faut savoir que 90% au moins (cela dépend des organismes mais ce taux est un grand minimum) des gens qui travaillent dans des programmes d’actions « humanitaires » (caritatives ou à visée sociale, quoi) en France le font exclusivement en bénévolat. Ce qui est super pour être un bon citoyen/acheter sa place au Paradis/donner des leçons autour de la table dominicale, mais pas vraiment pour ne pas sombrer dans la misère.

Non, l’humanitaire, le vrai, celui qui correspond à la définition du Droit International, c’est-à-dire l’aide en situation

1) de guerre ou

2) de catastrophe naturelle,

cela ne se pratique pas, ou très peu à l’heure actuelle (attention jeune padawan, cela peut changer du jour au lendemain hein, faut pas croire), dans nos contrées. Cela se pratique loin, très loin.

Vous voyez de la couleur en Europe, vous? Bin non hein......

Et souvent dans des conditions où les conjoints/es, et à fortiori les gnomes, ne sont pas conviés (raison pour laquelle je suis passée à côté d’au moins 2 postes).

Cela se traduit par des mois où la vie de famille/de couple se vivent à plusieurs milliers de kilomètres de distance, un peu comme pour les marins ou les militaires, sauf que les femmes de ces derniers ne sont étrangement pas considérées par le péquin lambda comme des débiles mais, souvent, comme des icônes/héroïnes/femmes idéales, fantasme moult fois exploité en productions télévisées (mon petit doigt me dit que les donzelles irl ne doivent pas être hypra fans de ces délires, mais bon).

Qui a dit pas glop ? Pour ta formidable empathie, tu auras droit à une image….

Rhooooooooooo que c'est beau, c'est noble, c'est.... n'importe nawak.

On s'approche de la réalité, là déjà, mais tout de suite ça fait moins rêver hein....

Or, depuis quelques mois, mon Barbu a trouvé la putain de perle rare, son Moby Dick à lui, truc encore plus invraisemblable que dans les autres secteurs professionnels : en effet, entres autres particularités choucardes, l’Humanitaire recrute principalement en contrats de quelques mois (3, 6, 9) dans les zones les plus bandantes … euh… sujettes aux accidents ou plus simplement au « burn out », et de 6 mois à 2 ou 3 ans dans les zones stables. Or, là, magique, mon Barbu a chopé un truc que l’on appellerait CDI si l’employeur était français.

Mon gnome et moi allons donc le rejoindre. A moins que je ne sois cette semaine atteinte d’une frénésie scripturale irrépressible, mon prochain article sera donc écrit de Nairobi.

C’est donc au Kenya que je chercherai donc désormais à sortir de ma situation de Chômeuse à Durée Indéterminée.

Pas que je m’imagine une autoroute professionnelle bordée d’émeraudes gloriolesques et de diamants salariaux, mais:

Rappelons les faits :

7 ans.

7 ans que j’ai fini mes études et que je cherche du taf en Hexagonie (la France n’est-elle pas exactement cela, un territoire géographique hexagonal à l’agonie ?), et que je n’en trouve pas, que j’enchaîne les refus et les portes dans la gueule, et que de surcroit je ne profite d’aucun des –nombreux- avantages du système social français, et que mon « profil » devient jour après jour encore plus propre à être jeté direct aux ordures par les recruteurs.

Alors, quelqu’un pourrait-il trouver une raison pour que je reste en France?  Non, personne ?

Sachant que dans notre beau pays,

les jeunes,

les vieux,

les « trop » diplômés,

les « trop bronzés »,

les pas assez diplômés,

les femmes avec enfants,

les gens qui ont été expatriés,

les personnes ne s’habillant/coiffant/maquillant pas comme dans le relooking de chez Paul,

celles ayant connu une arrêt de longue durée,

celles ayant changé de poste trop souvent,

celles n’ayant pas assez d’expérience,

celles ayant trop d’expérience,

celles ayant fait des études dites littéraires,

celles ayant une expérience artistique,

celles ayant fait tout leur début de carrière au même endroit,

celles ayant une vie associative et/ou politique affirmée,

sont toutes considérées comme « non bankables » par les recruteuses/eurs, on peut légitimement se demander QUI peut bien espérer encore construire une carrière ou plus modestement décrocher un poste dans notre beau pays.

Qui ??

Comme le dit Elizabeth Bard: «Est-ce que je veux vraiment élever mes enfants dans un pays où la première réponse à toutes les questions semble toujours être non?»

Bin non, et nous ne voulons pas y vivre non plus tout/es seuls/es, chiard ou pas.

Car voyez-vous sémillants/es Inconnus/es, il n’y a pas que moi qui se casse, se barre, se tire, trace sa route loin de notre territoire en espérant pouvoir enfin travailler.

Le sentiment chez beaucoup, beaucoup, beaucoup, de français de moins de 40 balais, c’est que notre pays ne veut pas de nous, ne veut pas mettre à profit nos compétences, nos expériences, notre envie de bosser.

Voici par exemple la liste des personnes de ma connaissance qui ont fait leur valise ou qui font tout pour les faire dans les mois à venir :

*    2 ingénieurs (partis au Canada tous les 2)

*    3 chercheurs/ses (partis en Angleterre, aux USA et en Allemagne : étonnamment, ces Jean-Foutre ne trouvaient pas ça funky d’avoir fait 9 ans d’étude et de finir avec même pas le SMIG. Des Jean-Foutre je vous dis.)

*   1 assistante sociale (départ en Belgique, ou malgré l’absence de gouvernement, on continue à payer les « agents sociaux » environ 2, 5 fois plus que chez nous.)

*   1 dessinatrice (départ Japon, et pas seulement parce que le manga c’est sa life : entre une production de fanzine non rémunérée et un taf payé, bizarre autant qu’étrange, elle n’a pas hésité)

*     1 journaliste (pigiste en France, direct directeur d’antenne au Canada.)

*    1 réalisatrice (New York, je cite: « là-bas on te donne ta chance. Ici on ne te la donne qu’une fois que tu n’en n’as plus besoin »)

*    1 informaticien (départ en Inde après 2 ans de quête de Moby Dick : cet imbécile avait trop d’expérience et pas assez de diplôme)

*   2 « financiers » (partis en Angleterre, où leur carrière a jumpé d’un coup, leur âge tendre -30 ans, du lait leur sort encore des naseaux non?- n’y faisant pas obstacle à leur progrès, et le second ayant perdu son poste en France pour avoir dévoilé en été –la chemisette, ou la destructrice de carrières- le tatouage celtique ornant son biceps, élément ayant été considéré comme totalement rien-à-voiresque avec le fait d’être banquier par la banque anglaise)

Je ne parle évidemment pas des myriades de personnes bossant dans la restauration qui font le choix de se balader tout partout dans le monde hein, ça c’est la case choix de vie, pas celle au centre des mes élucubrations présentes, celle du :

« j’en-ai-marre-de-trimer-comme-une-ouf-de-tenter-l’impossible-et-de-prendre-des-murs-dans-la-gueule-et-dans-l’ego ».

Par contre, je ne peux m’empêcher de rajouter les HP* : certes, au début, ils ont voulu faire de l’Humanitaire. Au bout d’un moment, pour tout un tas de raisons souvent très légitimes, ils se disent que bon, ils voudraient se poser et bosser dans leur ancien « chez eux ».

Et puis ils s’aperçoivent que ce n’est pas possible, que « chez nous », l’humanitaire, ce n’est pas un métier (d’ailleurs jusqu’à il y a quelques mois, Paul n’avait pas un seul code Rome qui correspondait à la chose, ce qui donnait des trucs supers choupis, comme un chef de mission -200 personnes sous ses ordres, gérant des budgets de plusieurs centaines de milliers d’euros voir de plusieurs millions, organisant des distributions sur des milliers de kilomètres² et dont le quotidien consistait à ranger à ses vues des ministres et toutes sortes d’élites- se retrouvant estampillé « ambulancier »), et que l’association immédiate se faisant dans les circonvolutions cérébrales des RH et autres responsables d’entreprise sont les suivantes : humanitaire/warrior immaîtrisable/hippie débile/quintessence de l’instabilité.

Alors les HP restent HP, ou bien en désespoir de cause ou parce qu’entre temps ils/elles se sont maqués/es avec un/e anglo-saxon/ne, retrouvent une vie « normale », mais pas en France, cher pays so fucking pas insouciant : en Angleterre, aux Pays Bas, aux USA, en Irlande, des pays où les ex HP sont un peu considérés comme des perles rares, des pays où, si l’on jette les travailleurs comme des kleenex (comme chez nous quoi), on leur donne avant la possibilité de montrer qu’ils valent quelque chose.

Un certain type dont je ne me souviens pas le nom a dit avec ferveur : « la France, tu l’aimes ou tu la quittes ».

Formulation non seulement sujette à interrogations diverses et variées, mais surtout formulation à retourner comme un gant: « la France t’aime ou tu la quittes ».

Je la quitte.

La France ne m’aime plus, si tant est qu’elle ne m’ait jamais aimée. La France n’aime pas ses enfants. La France n’aime pas ses trentenaires, la France n’aime pas ses jeunes.

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