Archive pour histoire vraie

Réalité 1, Kant, 0

Posted in Act up!, Big A(frica), Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo), XX et XY with tags , , , , , on 2 mars 2015 by violemmenthumaine

 

Salut mon Inconnu/e préféré/e !

Bon, j’ai envie, une fois n’est pas coutume, d’éviter tout sujet qui fâche ou qui serait susceptible de donner une envie certaine de changer d’espèce car l’homo sapiens, ça craint vraiment trop du boudin.

Il paraît par ailleurs que les blogs ou/et podcasts tenus par des êtres humains de sexe féminin les plus suivis sont les blogs mode/coiffure/beauté/relooking/nail art (je ne me fais toujours pas au fait que cette … discipline mérite à elle seule une appellation et une blogosphère particulière…) sous toutes leurs formes.

Banco !!! Je vais donc parler, une fois n’est pas coutume, de Beauté, de ce-qui-fait-que-tous-s’écrient-en-te-voyant-comment-elle-est-trop-bonn-c’te-meuf, et en fait, surtout, comme toujours ou presque, de comment tout ça n’est jamais qu’une affaire de goûts et que ceux-ci sont très variés dans la nature humaine. Cette phrase est vraiment lamentable.

Précision anti-trolls
Non, je ne prétends pas ici donner une définition de la Beauté (pour moi il n’y en a pas, si ce n’est que le Beau est dans celui qui le voit).
Non je ne décris pas un profil physique qui serait type, ni pour les Blanches ni pour les Noires.
Et non je ne prétends pas faire de ce que je décris une Vérité Absolue.
Encore une fois, je vais parler ici de représentations au sens sociologico-anthropologique du terme, c’est-à-dire de l’image que la majorité des individus au sein d’une société donnée associe à un phénomène, un concept, une action, une attitude, d’autres individus etc.

Un certain Emmanuel Kant a affirmé voici pas mal de temps qu’ « est beau ce qui plaît universellement et sans concept », et l’omniprésence de géantes immédiatement classables en malnutrition aigüe modérée si ce n’est sévère au MUAC sur nos écrans et affiches diverses et variées semble confirmer l’affirmation du défunt Allemand.

[Parenthèse : pour toi qui n’es ni HP* ni spécialiste de nutrition qui compte d’urgence, au cas où tu te demanderais ce que peut bien être ce MUAC :

Le MUAC,pour Middle Upper-Arm Circonference en sigle (on A-DO-RE les sigles dans l’Humanitaire, encore plus qu’en France), désigne la procédure standard utilisée aussi bien par les agences de l’ONU, les médecins ou associations locales que les grandes ONGs internationales, pour définir, catégoriser (l’HP* idolâtre la catégorisation, c’est l’un de ses pêchés mortels) le degré de malnutrition des enfants, et, par extension et bien que la définition des normes biologiques pose problème, les adultes. Comme pas mal d’autres trucs, c’est MSF qui a inventé le binz il y a quelques dizaines d’années, mais maintenant n’importe quelle boîte de pharmacologie et matériel paramédical le fabrique, et le vend pour pas cher (genre entre 5 centimes et 2,50€ quoi). Il s’agit d’un bracelet en plastique souple gradué dont une des extrémités, plus large, est creusée d’une fenêtre.

*** MUA

Un bracelet MUAC, c’est ça

Un bracelet MUAC, c’est ça

C –.***

Une fois intégrée, pas besoin d’avoir fait maths sup pour suivre la procédure : tu prends le bracelet, tu le poses au milieu du bras gauche de l’enfant (ou de l’adulte), pile poil entre l’épaule et le coude, et tu refermes la bande comme pour faire un bracelet qui colle à la peau, en faisant coulisser la languette dans la fenêtre. Un résultat apparaît alors dans la fenêtre évidée. Si jamais tu ne sais pas lire ou que ça te fatigue trop d’apprendre les mesures marquant les différents stades de nutrition/sous-nutrition, il te suffit de regarder la couleur dans la fenêtre : si c’est vert c’est OK, si c’est jaune c’est toujours à peu près OK mais bon quand même si tu veux pas voir revenir le lutin dans quelques semaines avec un « score » orange ou rouge va falloir qu’il bouffe mieux et plus, si c’est orange faut le soigner direct, et si c’est rouge faut le soigner là tout de suite là maintenant et l’hospitaliser parce qu’il peut clamser d’une heure à l’autre.

Voyez le truc ?

***starved f

Et ça s’utilise comme ça.

Et ça s’utilise comme ça.

or attention –

Si on regarde les chiffres de la zone rouge du MUAC enfant, la première fois, on a juste la fausse certitude d’une faute de frappe (mais hélas non, c’est la réalité). Mais si l’on regarde les chiffres communément admis pour les adultes pour reconnaître une malnutrition modérée, soit un diamètre inférieur à 18,5 cm, on constate qu’une bonne partie des « top models » entrent sans le moindre doute dans la catégorie des malnutries.

,m,m,

Echelle de détermination du MUAC pour adultes. Juste les faits, quoi....

Echelle de détermination du MUAC pour adultes. Juste les faits, quoi….

mnmn

Moi j’dis ça j’dis rien. Fermons la parenthèse]

mmnmnm

Le cul de Gaïa tu arboreras et les hommes à tes pieds tu auras

***statuette

 © Edith (Source)

© Edith (Source)

callypyge***

Je disais donc :

Kant était con. Le Beau est tout sauf universel.

Et, pour le type physique des femmes (et des hommes mais comme ici je suis la Chef je n’en parlerai pas cette fois parce que voilà) « étant » l’archétype de la Beauté, malgré les apparences, il est toujours lié à un endroit X à un moment t.

Voyez, moi par exemple : hexagonalement parlant, depuis le passage de l’Alien dans mon bide, je suis « grosse » puisque je mets un bon 44 : bouhhhhhhh-mais-comment-ose-t-elle-sortir-de-chez-elle-autrement-qu’en-sac-poubelle… Je devrais forcément me sentir moche, pas désirable ou alors « m’assumer » comme d’autres « rondes », car il y a/aurait quelque chose à assumer, donc. (Je hais depuis toujours la presse dite féminine, car je n’ai jamais kiffé me faire prendre pour une quiche. C’est donc avec un plaisir immense que je te renvoie, mon Inconnue/u, à ce site carrément jouissif).

Et la vérité est que oui, en France et ailleurs, dépasser le 40, quel que soit le rapport que l’on a à son corps (ça va très bien merci), et même si tu as une vie sentimentale et/ou sexuelle épanouie, dépasser le 40 donc, te rappelle régulièrement si ce n’est quotidiennement, de l’utilisation du « mobilier urbain » à l’achat de nouvelles fringues en passant évidemment et surtout par une grande partie de tes interactions sociales, que la société dans laquelle tu vis te trouve tarte et, pire encore, coupable de l’être.

So what ?

So : ça, c’est la réalité en France, dans le monde occidental, mais ici, tout comme dans tous les autres pays africains où j’ai habité (sauf le Kenya où c’est beaucoup plus mitigé, ou pour être plus exacte, foncièrement dépendant du type d’interaction sociale et du peuple auquel appartiennent tes interlocuteurs),

Je

Suis

Une

Bombasse

*** gif bonne raison de

Même que ouais.

Même que ouais.

se la péter beyonce*

Genre on me déshabille du regard.

***tum

blr***

Genre on me drague. Beaucoup.

Genre les femmes me complimentent à chaque fois qu’elles me voient.

Et comme ce n’est jamais agressif et jamais menaçant, (expression d’une admiration plutôt que d’une « option » posée d’office, ce qui n’est pas du tout la même chose) hé bien, je kiffe : ça fait du bien d’exister à nouveau dans les interrelations genrées, de sentir que l’on est attirante quand ton univers d’origine te fait vivre précisément l’exact contraire des dizaines de fois par jour.

Car oui, globalement, sur le continent africain, une femme considérée par le péquin lambda comme « belle » a « des formes », beaucoup de formes.

Certes, il y a des exceptions (notamment dans la zone de la corne de l’Afrique, où la majorité –pas tous- des peuples a généralement une silhouette fine, très fine même, et très élancée), et l’expansion de l’accès à MTV/Vanity Fair et compagnie amoindrit franchement le phénomène, du moins chez les jeunes. On frôle même à certains endroits la fracture générationnelle. Mais, quand même, il demeure que l’immense majorité des hommes et femmes sénégalais, gabonais, congolais, burkinabé etc., considère les choses comme ça :

Postérieur super marqué super cambré, poitrine opulente et enrobage global égale :

Silouette fine et à tendance androgyne égale :

***gif non non

non non mais non lol

mais non lol***

Yep : si tu rentres dans un 36 ou même un 38/40 si tu as plus de 25 ans, tu attireras même l’inquiétude plus que l’envie. On te demandera parfois si tu n’es pas malade, ou ne te laissera tranquille que lorsque tu auras fini ta deuxième assiette, et si tu veux serrer tu passeras après ta « copine rigolote » de « chez nous ». Plus encore que la minceur, perdre du poids n’est jamais envisagé comme quelque chose de positif, mais toujours comme la traduction de quelque chose de négatif, au pire que tu as le sida, au mieux que tu es soucieuse ou fatiguée en ce moment. Vouloir faire un régime pour perdre du poids te transformera en sujet de plaisanterie, où, d’ailleurs, on te reprochera souvent d’être « Blanche dans ta tête », (et cette attitude n’est pas réservée aux classes pauvres ou/et peu éduquées).

Perso, ce changement me fait toujours, les premiers mois, un bien terrible à l’égo.

***gif chewba

Chewbacca Hair

cca hair***

Parenthèse info :
Ici comme partout, les humains et plus encore les humaines sont prêts/es n’importe quoi pour se plier au dictat sociétal (même que). Quand je dis que le méga cul méga cambré est un but à atteindre, il est donc logique que certaines jeunes femmes se fassent des trucs whatthefuckesques et dangereux bieeeeeeeeeeen comme il faut pour atteindre leur idéal physique. Même se fourer des cubes Maggie dans l’anus. ……

*** source

bombe

*** Cube Ma

gie

Cheveux longs attirent les flonflons (et les biftons)

Bon. Il me faut être honnête : une autre de mes caractéristiques physiques provoque l’enthousiasme et attire irrésistiblement les regards, et cette fois-ci ce n’est pas toujours très agréable…

J’ai les cheveux longs. Pas comme les accortes et souriantes jeunes femmes au brushing aérodynamique des publicités pour shampoings de notre petit écran, non. Vraiment, vraiment longs : détachés, je peux me les coincer sous les fesses en m’asseyant.

Et ça, comment dire…..

Il y aurait un documentaire fantastique à faire sur le rapport qu’ont les femmes noires avec leur chevelure, comment certaines sont capables de foutre la moitié de leur budget dedans en en changeant deux fois par mois, comment les divers rajouts et perruques qu’elles se plantent sur la tête finissent par les rendre à moitié chauves, comment le business des rajouts en cheveux naturels, majoritairement issus de la misère à la Causette (celle du père Victor hein, pas celle du « féminin du cerveau et pas du capiton ») de l’Inde et d’Amérique du Sud, a explosé depuis une dizaine d’années (325000 résultats sur Google pour « extensions cheveux naturels ») et comment ce sordide trafic ne semble choquer absolument personne ou presque.

          mm,m,

Où que j’aie trainé mes guêtres en brousse ou en quartiers populaires, j’ai toujours fini par me faire tripoter les cheveux par des filles au regard émerveillé.

Quelque soit le pays où j’ai séjourné, il y a toujours eu une femme de classe aisée pour me proposer de me les acheter. Sérieusement. La première fois, je l’ai plutôt mal pris, mais à la longue je vois venir le truc en avance et ai appris à refuser poliment sans offenser ma « copine » du moment, ce même quand les enchères atteignent des sommets indécents pour la serveuse, le taxi, l’agent de sécurité ou la femme de ménage qui écoute à côté. Cela dit, la cote de la mèche de cheveux naturels n’est pas la même partout : à Kinshasa on m’a proposé 200$ alors que les mêmes tifs avaient été estimés à 500$ à Nairobi…

llblb

Relativisme esthétique : bonus track centrafricain

Je ne peux pas clore cet article sans évoquer un aspect…. Déstabilisant des règles de la beauté ici. Cette fois ci, je ne suis pas concernée (je suis un peu beaucoup une hystérique de la pince à épiler), et cela concerne principalement les pays d’Afrique centrale     tels que la RDC, le Congo Brazza, le Cameroun, le Burundi, une partie de l’Ouganda et une partie de l’Angola, même si le phénomène existe également en Afrique de l’Ouest.

Je n’ai toujours pas réussi à savoir si ce fait culturel était exclusif à certains peuples, mais il est clair qu’il ne concerne pas ou peu les classes sociales ayant eu accès à un enseignement universitaire et que le phénomène tend à diminuer dans les jeunes générations.

Il n’y a pas que les poils capillaires qui provoquent admiration et fantasme. Il y a aussi les poils tout courts, plus spécifiquement les poils au visage et dans le décolleté, qui, selon les interlocutreurs/ices et les bleds, sont considérés comme le signe d’une sensualité de folie, d’une grande fertilité (et parfois aussi de sorcellerie).

Hum. C’est clair que la première fois que vous vous trouvez nez à nez avec une femme habillée de son plus beau pagne ou de son tailleur en faux Dolce Gabana, maquillée, coiffée, parfumée, juchée sur des chaussures de couturier, mais arborant fièrement des poils bieeeeeeeen longs, et bieeeeeeeen frisés sur le menton, la lèvre supérieure ou au beau milieu d’un décolleté plongeant, ce n’est pas forcément évident de ne pas les fixer et de rester attentif.

**ma

Exemple relativement courant à Kinshasa de pilosité faciale fièrement arborée

Exemple relativement courant à Kinshasa de pilosité faciale fièrement arborée

mi***

Queen okafor, jeune femme habitant à Lagos au Nigéria, à la pilosité certes peu courante mais qui, dixit différents sites africains : « fait courir les hommes et les femmes » Source

Queen okafor, jeune femme habitant à Lagos au Nigéria, à la pilosité certes peu courante mais qui, dixit différents sites africains : « fait courir les hommes et les femmes » Source

***     Source

Tout ça pour dire que définitivement, non, « la » Beauté n’est pas universelle. Pan dans les dents à Kant…

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Ubu à l’aéroport

Posted in Act up!, Big A(frica), Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , on 17 novembre 2014 by violemmenthumaine

 

Mon Inconnu/e,

Peu après que l’on se soit agité et qu’on ait chié fait passer en accéléré un Patriot Act à la sauce camembert  sans que presque personne  (quand même ! ) ne lève un seul sourcil et où si peu d’élus n’aient tenté (et réussi, merci à tous les sus-mis-en-lien) d’amender le truc (sauf les Verts), le tout sans en parler ou presque, on pourrait croire que les frontières du monde entier sont du gruyère, que la Mondialisation avec un grand M a définitivement tout conquis, et que puisque tant de monde en pâtit voit l’impact plus ou moins directement dans sa vie, passer d’un pays à un autre, s’y installer si tant est que l’on passe par les voies légales et que l’on ne soit pas pauvre, communiquer et acheter des produits d’un pays à un autre serait du nanan.

**** gif dalai lama mort de

dalai lama mort de rire devant question con

rire devant question con****

Bon, sérieusement : reprenons les affirmations juste pour voir.

1) Voyager d’un pays à l’autre c’est facile.

1bis) S’installer à l’étranger, ce n’est un problème que lorsqu’on est pauvre/gros hippie/illégal.

Avant de contre-illustrer ces affirmations, je reprécise que tous mes exemples, réels, ne concernent (à une exception près) que des personnes de classe aisée (entre 2000 et 25000 euros par mois pour la famille), dont les séjours multiples en des points éloignés de la planète sont toujours liés à leur parcours professionnel et familial.

Attachez vos ceintures, on plonge encore une fois en Absurdie. Kafka n’a qu’à bien se tenir.

On disait donc : Voyager d’un pays à l’autre c’est facile. S’installer à l’étranger, ce n’est un problème que lorsqu’on est pauvre/gros hippie/illégal.

mmmm

mm

1) C’est moins facile quand tu es Noir.

mmmm

• Je ne suis jamais allée aux Etats Unis de ma vie, mais j’ai remarqué qu’aucune de mes connaissances à la peau blanche ne semble avoir eu de souci à l’aéroport en arrivant. Par contre, N., l’honorable doyen d’une des meilleures universités de son pays d’Afrique de l’est, qui passa la majeure partie de sa vie professionnelle à travailler dans les plus hautes sphères internationales, préfère ne plus se rendre aux USA depuis 2003. Tant pis s’il voit son fils aîné, qui vit depuis 25 ans là-bas et qui a la nationalité américaine, beaucoup plus rarement. Il a bien continué ses voyages pluriannuels pendant quelques années après le 11 septembre, mais a laissé tomber le gant après deux ans où il n’a jamais passé moins de 2h30 devant les agents de la Migration. Jamais. Moins. De. 2h 30.

• A., brillant sénégalais dont les travaux touchant aux droits fonciers font autorité depuis suffisamment longtemps pour qu’il soit employé en tant qu’expert par les Nations Unies, différentes universités européennes, etc. etc. , a réussi à convaincre sa femme, brillante femme d’affaires mère d’étudiants aux parcours sans faute, de ne pas s’installer en France, ce qu’elle souhaitait pourtant ardemment depuis plusieurs années. Comment s’y est-il pris ? Il lui a suffi de lui raconter son dernier passage en douane à Roissy. La dernière fois qu’il était invité en tant qu’expert mandaté de l’Union Européenne à un colloque international sur les conflits fonciers à Paris…. Il a passé 2 jours (2 jours !!!) retenu à Roissy par les autorités migratoires. Qui ne croyaient pas que cet immense homme à la peau nuit sans Lune puissent avoir un passeport diplomatique. Qui lui ont parlé en « petit nègre » pendant 48 heures, et qui se sont miraculeusement évaporés dans la nature quand des envoyés ministériels sont venus s’enquérir de leur protégé, inquiets de l’avoir vu manquer le cocktail de bienvenue du colloque.

• C. chercheur économiste congolais, a quant à lui connu une expérience sans doute unique : celle de manquer se faire emprisonner dans les geôles de l’aéroport d’un pays sud-américain pour « être venu d’un pays qui n’existe pas ». Invité d’honneur du gouvernement pour un séminaire de recherche macro-économique, il n’a du sa liberté qu’à l’arrivée pétaradante et courroucée du cortège ministériel en costume militaire. On était pourtant en 2010, soit 13 ans après la transformation du « Zaïre » en « République Démocratique du Congo », mais le logiciel des agents de la Migration n’était pas au courant….

*****

***

2) Un passeport neuf valable au moins 6 mois après la date de ton retour prévu tu auras sinon dans la panade tu seras.

mmm

Ceci est un truc SUPER IMPORTANT.

immigration aéroport

La file d’attente que tu ne pourras pas quitter si tu n’as pas les fameux 6 mois post retour de validité.

La preuve: c’est toujours communiqué par un astérisque renvoyant à la phrase en typo taille 6 en bas de page sur les sites des agences de voyage et des compagnies d’aviation…

Tant qu’on vaque au sein de l’espace Schengen et que l’on est ressortissant, on s’en fout, et c’est parfois le cas pour les voyages entre des pays appartenant à l’une des multiples communautés économiques du monde (pas moins de 6 en Afrique !).

Mais dans tous les autres cas, c’est vrai. Si jamais tu l’oublies, tu auras bien ton billet, parfois même ton visa (mais comment se fait-ce, hein ?. Seul Administrevil le sait), mais tu te feras gentiment chartériser à l’arrivée, au départ ou même en cours de route (c’est la surpriiiiiiiiiiiiiise).

* C’est ce qui arriva à J.
J. est de nationalité française et burundaise. Il a 19 ans et fait un BTS. Cela fait deux ans, depuis l’année de son bac, qu’il n’a pas vu ses parents, qui vivent actuellement au Kenya. Les dernières vacances avant l’examen final de son BTS, son père lui paye un billet pour une semaine de vacances avec eux. J. et sa famille sont super excités, ils ont prévu un max de trucs, teufs, sorties, safaris, des cadeaux comme s’il en pleuvait. J. s’envole et atterrit à Amsterdam à plus de minuit pour prendre son vol intercontinental. Seulement il ne prendra pas son avion. Son passeport n’était valide…. Que jusqu’à 4 mois après la date de son vol retour Nairobi/Paris. Ce jeune homme de 19 ans a du passer sa nuit dans l’aéroport et reprendre un avion pour son chez-lui –non payé ni même proposé par la compagnie d’aviation ni le service de la Migration bien sur-. Evidemment, dans ces cas là, aucun remboursement ne peut être attendu pour le billet d’avion…. J. a du attendre encore longtemps avant de revoir sa famille.

• C. était bien couillonne : elle se disait que puisque sa fille M., de nationalité burundaise et anglaise, rentrait dans sa patrie de naissance, peu importait que son passeport burundais soit périmé depuis 2 mois. Peu importait qu’il leur ait été impossible de l’avoir renouvelé puisqu’ils résidaient depuis 2 ans à Bangui, capitale de la Centrafrique…. Pays où le Burundi n’a pas d’ambassade, et où par conséquent il est impossible de renouveler ses papiers d’identité burundais. M, qui retournait voir sa famille pour les vacances d’été, avait 12 ans. Vol accompagné et tout. Elle fut néanmoins retenue pendant des heures. Jusqu’à ce que l’une des personnes qui l’attendait ait enfin l’idée de lui faire sortir son passeport français, valide, lui. Ce n’est qu’à la provision de cette pièce d’identité, étrangère donc, que M pût sortir de l’aéroport de son propre pays.

mmmmmmm

mmmm

3) Voyager, c’est suspect.

mmm

Déjà, selon les pays et les compagnies d’aviation, même si tu ne viens passer qu’un week-end pour un mariage, on récupérera tes empreintes digitales ou/et ton empreinte rétinienne. A l’entrée. A la sortie.

plplp

 source :
J’ai eu plusieurs passeports dans ma vie. Mon Barbu encore bien plus.

Je ne sais pas ce qu’il en est quand les visas qui s’accumulent sont pour l’Espace Shengen, les USA-le Canada-le Japon -l’Australie-la Nouvelle-Zélande, mais je peux vous dire que le temps passé devant les gentils policiers de la Migration est proportionnel au nombre de pages estampillées de pays du continent noir, et bien sur plus encore si vous êtes passé par la péninsule arabique.

Evidemment, quand vous êtes HP*, vous avez en plus la fâcheuse habitude d’ajouter le politiquement sulfureux à une liste de visas tous plus « exotiques » les uns que les autres, et très rapidement pléthorique (les vols directs Europe-Afrique sont rares en fait [en fait non. Ils reflètent le passé colonialiste, c’est tout : les vols directs Londres/Afrique mènent aux anciennes colonies de la Couronne, idem pour la France, la Belgique etc.], et inexistants ou presque d’un pays africain à l’autre –pays « hubs » mis de côté).

Genre, passer la guérite Migration d’un aéroport international avec un passeport tout décati (Révélation : non, le papier des passeports n’est pas immunisé contre la chaleur, l’humidité, le sable (ni les termites, rats et autres bestioles. Mais ça tu peux le contrer : coffre-fort mon ami. Qui ne pourra néanmoins rien contre l’humidité) avec un visa de la Syrie, ou du Liberia ou du Soudan ou du Mali ou de la Somalie (ou de plusieurs d’entre eux à la fois) implique que tu y passeras nettement, nettement, nettement plus de temps que les autres. Je te raconte même pas si tu es un homme et que tu portes un truc ressemblant même de loin à une barbe (même une moustache ou un bouc ça suffit à te cataloguer comme terroriste potentiel).

mmm

controle passeport

Barbu et il passe comme ça?! La main à couper qu’il n’a pas de visa libyen/somalien/soudanais dans les pages de son passeport, lui 😉

mmm

Soyons clair, il est des aéroports où le voyageur sera examiné encore plus attentivement que dans d’autres, notre palme personnelle revenant à l’aéroport d’Heathrow (celui de Londres quoi), dont les protocoles sécuritaires furent à l’origine du premier traumatisme de notre gnome et où les destinations « douteuses » de nos passeports respectifs nous retinrent plus de trois heures. (oui tu as bien lu).

mmm

mmm

4) C’est moins suspect si tu es riche

mmm

Pour obtenir des visas, souvent (mais pas toujours, loin de là), on vous demande de fournir des bulletins de salaire ou/et des relevés bancaires. Cela peut parfois être très clairement problématique.

Ainsi, mon amie B., coincée à Nairobi pour cause de masochisme gentillesse invétérée, ne pouvait pas obtenir le visa pour son propre pays, le Sénégal. Comme elle ne pouvait prouver sa nationalité sénégalaise car elle avait oublié le passeport idoine à Dakar, elle devait donc obtenir un visa à l’aide de son passeport gabonais. A l’époque, il n’y avait encore aucune ambassade sénégalaise à Nairobi, donc, comme souvent dans ces cas là, c’était l’ambassade de France qui assurait les services consulaires sénégalais.

Et comme toujours dans ce cas de figure, les critères pour l’obtention du visa étaient ceux de l’espace Schengen. Ne me demandez pas comment ni pourquoi (les sites officiels ne témoignent pas de telles exigences), mais l’un des critères discriminants pour l’obtention du visa est de pouvoir prouver que l’on possède un compte en banque possédant au moins 2000 euros.

Je passe sur le fait que la proportion de la population africaine qui possède un compte en banque est loin d’être majoritaire (même si elle est en perpétuelle augmentation), mais…. Sérieusement : 2000 euros ???!!!! C’est rigolo, non : au moins la moitié de mes connaissances en France, moi y compris jusqu’à il y a peu ne pourrait donc pas obtenir le visa Schengen !!! B était donc, évidemment, dans l’impossibilité d’avoir son visa. (Rassurez-vous, elle a fini par partir quand même, et n’a même pas fini en taule en arrivant. Heureusement qu’elle avait un ex qui bossait à la douane de l’aéroport quoi).

Enfin, il ne faut pas oublier que les relations diplomatico-politiques entre le pays de départ et celui d’arrivée peuvent également sérieusement handicaper vos démarches. Par exemple, depuis que le fils de l’Ambassadeur du Pays Fort Fort Lointain a une affaire de viol au cul dans notre douce France, la procédure pour l’obtention du visa a, comme c’est bizarre, totalement changé et est devenue très problématique… Le fameux critère financier est ainsi devenu un pré-requis, alors qu’il n’existait pas du tout avant ; les délais ont été triplés ; etc etc.

pkpkp

Bref : non, voyager ne se fait pas siiiiiiiiiiiiiiiiiii facilement que ça, n’en déplaise à ce que l’on peut entendre.

oioho

Parfois, vouloir bouger de  pays en pays, c'est très exactement ça.

Parfois, vouloir bouger de pays en pays, c’est très exactement ça.

l’Hyper-Inflation comme si tu y étais

Posted in Big A(frica), Hors case with tags , , , , , , , , , on 30 septembre 2014 by violemmenthumaine

Salut mon Inconnnue/u préférée/é !

Aujourd’hui, cours d’histoire économique.

Enfin, non, pas vraiment, anyway ce n’est pas là l’objectif.

L’objectif est plutôt d’essayer de rendre significatif, concret, de traduire un grand « concept » dans la réalité de tout le monde, dans la vie quotidienne.

Tu vois, quand on te raconte, par des cours, des essais, des films, des news, des livres, des articles, l’histoire avec un grand H (et l’économie) ? La guerre, l’esclavage, les camps nazis, ce genre de trucs ? Qu’est-ce que ça implique au jour le jour, dans les décisions et les pratiques les plus banales ? Si tu es pauvre, si tu es Noir aux USA en 1935 ou dans tellement de pays dont la France encore aujourd’hui, que cela impliquera-t-il quand tu iras acheter ton pain, quand tu auras mal à la gorge ou que ton linge aura déteint ?

C’est exactement ce que j’ai envie de faire ici là maintenant au sujet de l’hyper inflation, celle que subît le Zimbabwe dans la deuxième moitié des années 2000.

Peut-être parce que je ne m’en suis toujours pas remise des années après.

Pas de cours d’économie, pas de présentation des causes du phénomène (ce d’autant plus que la plupart des analystes économiques se mono-focalisent sur une écriture de l’histoire bien bien « Blanc souverainiste » biaisée qui, bien qu’elle ne soit pas fausse, oblitère totalement des pans entiers de la réalité et reflète surtout la survivance d’un racisme nauséabond.)

Juste une petite illustration de ce que veut dire l’hyper-inflation au jour le jour, rien de plus.

HYPER 

                                      

INFLATION

La définition ne nous apporte aucune révélation fracassante hein : l’hyper inflation, c’est quand l’inflation s’emballe hors de tout contrôle.

Ce n’est pas arrivé très souvent dans l’Histoire, mais vous en avez tous entendu parler au moins une fois pendant vos cours au collège au moment où l’on vous a parlé de la Crise de 29 et de comment l’Allemagne a douillé.

Perso, l’image de mon livre d’histoire d’alors qui illustrait l’inflation en Allemagne, un vieux à moustache de ouf en redingote devant une charrette de billets [une putain de CHARRETTE de billets !] dans la rue, m’avait stupéfiée.

Je trouvais ça presque drôle, un peu magique et sans beaucoup de sens. Comment ce Monsieur si digne et si bien habillé pouvait-il être « pauvre » avec tous ces billets ?

*****char

Ce n’est pas la photo dont je me souviens, mais ça s’en rapproche pas mal et c’est la plus proche de mes souvenirs dans tout ce que j’ai pu trouver on line.

Ce n’est pas la photo dont je me souviens, mais ça s’en rapproche pas mal et c’est la plus proche de mes souvenirs dans tout ce que j’ai pu trouver on line.

rette****

Je ne savais pas que je vivrai un jour de l’intérieur la même chose que ce digne bourgeois moustachu des années 30 pendant quelques mois.

L’inflation qui ravagea le Zimbabwe  entre 2006 et 2009 est après la Hongrie le pire épisode d’hyper-inflation de l’histoire de l’humanité à ce jour.

J’ai vécu au Zimbabwe en 2007. Ce qui signifie, malgré le chaos dont j’ai été témoin, que ce que j’ai vu n’est même pas le pire de ce qu’ont vécu les femmes et les hommes zimbabwéennes/ns.

En effet, quand je suis arrivée, le dollar US ne valait encore « que » 300.000 dollars zimbabwéens, et « que » 1.200.000 quand je suis partie.

En 2008, les prix ont continué à doubler… tous les jours.

***infla

inflations

tions***

Maïdé maïdé, Alpha Tango à Tango Charlie, votre communication est arrivée avec friture, pouvez-vous répéter ?

Tango Charlie à Alpha Tango : Les prix doublaient tous les jours. Je répète : les prix, tous les prix, doublaient tous les jours. …. ; Allo allo ? Alpha Tango ?????

***gif QG arm

QG armee hallucine

ee hallucine***

Ouais.

Cette Absurdie a continué jusqu’en 2009.

Le 16 Janvier, le gouvernement édita son dernier nouveau billet en dollar zimbabwéen : celui avec un 1 et 14 ZEROS derrière.

Un billet, donc, de cent mille milliards.
**** 10.000.millia

million de milliard zim

rd dollars****

Avec des nombres de cet ordre, déjà de manière générale et à moins d’être astronome, géologue ou physicien moléculaire, on est déjà un peu largué.

Mais réalise que là, c’est toi qui utilises ces nombres tous les jours. Des nombres incroyablement élevés, tellement qu’à moins d’être Bill Gates tu n’achèteras jamais, en France et à la vérité dans la plupart des pays du monde, quoi que ce soit dont le prix atteigne le montant égal du plus petit billet de banque en dollars zimbabwéens nécessaire a minima à la fin de 2008.

Fin janvier 2009, le gouvernement abandonnait sa monnaie.  Malgré les assurances officielles que cela n’était que temporaire, la monnaie du Zimbabwe est encore aujourd’hui le dollar américain.

Néanmoins, l’abandon du dollar zimbabwéen pour le dollar américain a mis fin à l’inflation. Il y a même eu « baisse des prix » depuis.

Mais, du jour au lendemain, la majorité des zimbabwéennes et zimbabwéens se sont retrouvés avec des milliards qui ne valaient plus rien.
*****Starving mil

lionnaire****

Retour en 2007.

Qu’est-ce que ça veut dire au jour le jour de vivre dans un pays où l’inflation est de 22% par jour ?

Des baignoires de flouze

Cela veut dire, très simplement, que vous payez un avocat 1 million de dollars.

***ex prix

ou bien qu’il vous faut 100 millions de millions de dollars pour acheter 3 œufs. Source http://evilnitsuj.wordpress.com/2010/12/31/zimbabwean-dollar/

Ou bien qu’il vous faut 100 millions de millions de dollars pour acheter 3 œufs. Source

d’achat***

Assez logiquement, cela veut dire que, quelque soit la nature de tes achats, tu te trimballes avec des MONTAGNES d’argent. Au sens propre du terme.

Par exemple, quand j’allais faire les courses au supermarché, je partais avec mon sac à dos rempli à ras bord, bourré au maximum de liasses de billets. Il fallait une valise de billets pour dîner au restau.

*** restau

restau zim

Oui oui, c’était bien comme ça. Source

Zim***

Forcément, ça change ton rapport à l’argent.

La première fois où, en soirée, tu vois un mec allumer son cigare (production locale. En fait, à l’époque en tous cas, le Zimbabwe était le premier pays producteur au monde de tabac) avec un billet de 500.000, tu manques t’étouffer dans ton verre.

 

Les premiers jours, devant les amas de billets, tu as l’impression d’être Tony Montana.
*** sca

scarface

L’administratrice quand elle devait payer le staff -y compris nous- tous les 2 ou 3 jours.

rface***

Puis, au bout d’une ou deux semaines, après avoir rempli ta baignoire de billets de banque et jamais fait tes courses sans qu’il te manque au final deux ou trois millions comme tout le monde, on te dit billet et tu penses à ça :

**** Robes

en thune

Ou encore à ça:
**** pyramide

L’Allemagne durant la crise des années 30, encore...

L’Allemagne durant la crise des années 30, encore…

de billets**** .

Et puis surtout, à ça :

****pou

belle****
Tu ne te sens plus coupable parce que tu n’as pas à l’être : tout le monde, même les enfants des rues, fait comme toi : j’ai vu des feux lancés avec des liasses de billets par des gens pieds nus et habillés de loques, des trous dans les murs colmatés avec des billets….

*** thune

Bin quoi ? Je n’ai pas pris de photos à l’époque, donc rebelote avec l’Allemagne des années 30, mais en l’occurrence c’est du pareil au même.

Bin quoi ? Je n’ai pas pris de photos à l’époque, donc rebelote avec l’Allemagne des années 30, mais en l’occurrence c’est du pareil au même.

ordure***

Et tu voyais des trucs comme ça tous les jours:

*** pq

only****

Mais il n’y avait pas que cet aspect des choses qui rendait la vie au quotidien un tantinet surréaliste et al chouïa stressante.

Serial Etiqueteur

Je n’avais jamais pensé à une conséquence pourtant criante d’un doublement des prix quotidien: l’étiquetage des produits mis en vente devenait obsolète en moins d’une journée.

En conséquence de quoi, tous les supermarchés avaient engagé du personnel supplémentaire dont la seule et unique tâche était d’écrire et/ou de coller les étiquettes au prix actuel sur tous les produits des rayons.

On faisait ses courses de base au milieu d’un ballet d’hommes et de femmes en uniforme (souvent des blouses en toile de bleu de travail) dont le bras virevoltait sans cesse, le regard concentré et les sourcils froncés sur leur calculatrice, le doigt crispé sur leur crayon.

Files d’attente comme en 40

Vivre au jour le jour dans un pays où l’inflation est de 22% par jour veut aussi dire que la question de savoir si tu réussiras à avoir à becqueter aujourd’hui et demain perd définitivement tout aspect rhétorique.

Cela s’est passé ainsi à chaque épisode d’hyperinflation dans l’Histoire, mais, dans mon esprit inculte en tous cas, les files d’attente pour de la nourriture, les magasins vides, c’était associé à la guerre. L’association d’idées étant profondément ancrée dans mon esprit, le vivre, ce dans un pays en paix et qui était 10 ans avant considéré comme le grenier de l’Afrique, était super déstabilisant.

Encore une fois, ça veut dire quoi ?

Cela veut dire que si tu veux acheter de la farine, du sucre ou du pain, tu fais la queue.

*** qu

Comme ça. ..... sauf qu'à la vérité....

Comme ça. ….. sauf qu’à la vérité….

eue 1

A la vérité cette file d’attente est ridiculement petite.

A la vérité cette file d’attente est ridiculement petite.

+ queue 2****

Le dernier mois que j’ai passé à Hararé (la capitale du Zimbabwe), les queues en centre ville mesuraient ….. 1 km en moyenne. Un KILOMETRE !!!!!!!!!!

Qui dit queue dit, étonnamment rarement, fight. Quand tu attends sagement ton quignon pendant une heure et demi, qu’il ne te reste plus que 3 personnes devant toi et que là on te dit « il n’y a plus rien revenez demain », forcément, parfois les gens s’énervent.

Pas comme le *¤# de consumériste qui vitupère parce qu’il a raté son Prada en soldes ou le dernier Itruc ultra tendance et ultra pollueur, mais comme le type qui n’a plus rien à bouffer dans ses placards. Pas la même donne tu vois.

Et pourtant, en 4 mois je n’ai vu d’émeute qu’une putain de seule fois. [Respect et totale incompréhension pour ces hommes, ces femmes, qui n’ont pas, ni à ce moment ni plus tard (quand les délires de Robert ont directement causé une épidémie de choléra qui ravagea le pays, ou quand le même Robert dit –va te faire foutre- aux résultats des urnes, et, plus tard, à son vice-président d’opposition) donné la parole à la violence.]

Jeu De Rôle Grandeur Nature « Ville Fantôme dans les rayons »

Queue ou pas queue, encore faut-il qu’il y ait un truc à se procurer au final. L’ensemble des supermarchés n’étaient plus régulièrement approvisionné.

Durant le temps que j’y ai passé, le paroxysme du syndrome rayons de supermarchés désertiques a été atteint quand R. a gentiment envoyé à son seul pote hors Zimbabwe, la Chine, la quasi-totalité de la production animale du pays (viande, mais aussi œufs et produits laitiers). A ce moment là, joint aux problèmes réguliers de réapprovisionnement, les supermarchés étaient parfois vides à plus de 90%.

***Zi

m 1****
**** zi

m

2**

Ethologie de la fourmi en matière de stocks alimentaires : marathons et sprints stratégiques

Une fois que tu as bien tout ça en tête, tu devines qu’avoir de quoi bouffer chaque jour relève un peu du challenge.

Le serial étiquetage permanent et les flottements dans l’achalandage des rayons te transforment en athlète : tu fais un repérage express entre les deux ou trois grandes surfaces que tu peux dévaliser dans les mêmes 30 mn avant de choisir la moins chère, tu cours pour acheter les trucs qui ne sont pas encore ré-étiquetés, tu épluches ceux qui le sont pour être sur de ne pas passer à côté de celui qui a été oublié par le serial étiqueteur.

En cas d’aubaine comme une arrivée de farine, de café, de sucre, tu achètes, oui même toi qui ne dévalises pas la moitié du stock comme une bonne moitiée des gens, qui font les courses avec des chariots de manutentionnaires, même toi tu achètes en double. De retour chez toi tu verras si tu peux échanger le deuxième sac contre un truc que tu n’auras pas trouvé.

De toute façon, tu stockes au maximum.

Et évidemment, tu ne changes pas ton salaire de dollars US en une seule fois, mais tu l’échelonnes au max, 4 à 5 fois par semaine, histoire de ne pas te retrouver à ne pouvoir acheter qu’un paquet de clopes et une bouteille d’eau avec le reste de ton revenu mensuel 4 jours plus tard.

Tu deviens rapidement très scrupuleuse/x à suivre ces stratégies car ce sont les seuls éléments qui te permettent de maîtriser même un petit peu ce grand foutoir.

Mais même malgré ça, tu sais que tu ne repartiras jamais ni avec tout ce que tu avais mis sur ta liste, ni avec tout ce que tu avais mis dans ton caddy.

Voilà ce que cela signifie, au quotidien, de vivre l’hyperinflation.

………

Voilà ce que cela signifiait quand on appartient, comme c’était mon cas de Blanche expatriée en couple avec un homme travaillant pour une grande ONG internationale, (donc payé 1) décemment 2) au taux réel 3)en dollars américains), à la classe moyenne confortable.

Une personne qui n’avait pas à incorporer les transports dans son budget, , ce qui lui permettait de traverser la ville et d’aller chercher la viande à la source, soit l’abattoir de la ville et les usines de fabrication de pain et de lard and co, en plein dans la zone industrielle après le plus gros bidonville d’Hararé….

Je ne suis jamais parvenue à comprendre comment les masses urbaines de petite classe moyenne et en dessous ont survécu, comment ils ont fait au quotidien, et encore moins comment la population a pu rester calme et… réélire Robert Mugabe. (2 fois déjà depuis).

Doris (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 6 -final)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Kenya, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , on 25 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

Après l’avoir prouvé avec Djibéou, Floribert, Annie, Monsieur Philippe et Florence, je mets un point final à cette série avec

 

Doris

Kenya. Nairobi.

****

Quand je suis arrivée à Nairobi il y a 3 ans, je me disais que youpie, je pourrais me passer de « personnel de maison » : on avait, pour la première fois de toutes mes vies africaines, un vrai chez nous.

*****

Aucune bonne déjà sur place à ne pas foutre à la porte.

*****

Il y avait l’électricité environ 3h par jour et l’eau courante sauf pendant 4 mois par pompe, on trouvait des supermarchés un peu partout et il était donc possible de faire la cuisine en un temps similaire à celui que l’on y passe en France.

***gif joie

joie de la balle

de la balle***

Ouais.

***

Les modalités du réel (ça en jette non ?) de l’électricité et de l’eau courante étant à la vérité très fluctuantes, et l’installation d’une machine à laver impliquant de carrément péter une pièce, on abandonna l’idée de posséder ce pas de géant dans la condition féminine pour l’humanité qu’est la machine à laver le linge.

****

Un mois. Presque deux.

****

Chacun a des limites au-delà desquelles ses convictions et sentiments basculent (sinon la traumatologie, la torture, la psycho n’existeraient pas). Par rapport au fait de ne pas employer d’aide de maison, en ce qui me concerne, c’est l’absence de machine à laver (et de laveries automatiques).

*****

Laver son linge à la main…. Je l’ai fait, plein de fois : durant presque tout mon séjour au Burkina, et à chacun de mes séjours africains où je séjournais chez des gens ou à l’hôtel (parce que le prix est juste une blague cosmique : à ce prix là tu peux légitimement te demander si tes nipes ne sont pas rincées au champagne).

*****

Tu vois les pubs à la con pour le lavage à la main, genre ça :

****

Ou ça :

****

Bin c’est pas seulement du top kitsch sois-une-potiche-et-souris-style.

****

C’est aussi limite une escroquerie tellement le synopsis est fake, faux, impossible, irréalisable, absurde. Même avec la lessive la plus top moumoute du monde, laver quoi que ce soit ne prend jamais, jamais, jamais 5 minutes top chrono et ne se fait jamais, jamais, jamais nonchalamment du bout des orteils en se balançant du haut d’un hamac.

****

En vrai, après avoir lavé son linge, on ressemble en gros à ça :

-gif fatigue après

fatigue apres boulot teuf je suis

boulot teuf je suis-

Laver son linge, spécialement des jeans, des serviettes de bain et des draps, c’est juste juste long, très long, très, très chiant, et à moins d’avoir des mains de joueur de jumbé tu as la paume et la peau entre les doigts quasiment à vif alors que tu n’as pas encore essoré la moitié du truc.

Là en plus je n’étais pas toute seule: on était trois (avec ses horaires de malade, le Barbu était hors jeu pour cette fois côté lessivage). Trois, putain, dont un gremlin.

Juste NON.

Finalement, j’ai donc cherché quelqu’un pour s’occuper de ça, juste pour ça : faire la lessive et la repasser. Soit trois fois 3 h par semaine.

La femme de ménage du bureau du Barbu avait une fille, Doris, qui bossait en petits temps partiels chez différents employeurs, dont le bureau lui-même quand des analystes arrivaient en poste ou étaient juste de passage et que l’appartement « de passage » était donc occupé.

On engagea donc Doris.

Sauf que c’était la première fois que c’était moi qui payais, et donc qui devais choisir combien je payais.

J’avais déjà frayé dans les eaux insalubres des desperate expats housewifes et je connaissais donc les prix moyens de rémunération (une misère), d’une part, et le prix moyen de la vie (similaire à celui d’une grosse ville de province en France) d’autre part.

Honnêtement, quand on convertit en euros, ça fait juste exploitation pure et dure, mais en la payant à l’heure un peu plus du double du prix « normal », on savait par expérience qu’il y avait déjà un risque qu’au lieu de nous penser sympas elle nous catalogue direct braves couillons.

Même aujourd’hui je ne sais pas du tout ce qu’elle a jamais pensé de notre accord. Qui peut bien savoir ce que pense Doris ??…

Doris…… Ah, Doris.

Qui est Doris ?

***gif holmes

Même Lui donnerait sa langue au chat à cette question: QUI est Doris?

Même Lui donnerait sa langue au chat à cette question: QUI est Doris?

reflexion

Certains (comme elle travaillait à l’appartement de passage du bureau du Barbu, beaucoup de nos copains/ines la connaissaient et elle nous faisait tous un peu flipper) affirment péremptoirement qu’elle est légèrement déficiente mentale.

**

Je suis loin de partager cette certitude, mais cela fait en effet partie des éventualités.

**

Une autre serait que sa maîtrise de l’anglais n’est que relative. Particulièrement à l’écrit.

**

Ou bien qu’elle est traumatisée (par quoi ou qui ??? un/e ex patron/ne ? enfant battue ?? les élections précédentes ??? ….)

**

Ou tout simplement qu’elle incarne l’un des paroxysmes de ce « cloisonnement de classes » si prégnant au Kenya.

**

Ou encore au contraire qu’elle s’en fout (de tout, de ces chaînes qui pendent à nos couuuuuuuuus) que c’est une grosse anar nihiliste et rebelle qui joue la comédie. (mais alors elle le cache avec un talent inégalable).

**

Ou peut-être un mélange de plusieurs de ces possibilités.

***

Le fait est qu’employer Doris et l’avoir chez moi trois après-midis par semaine n’a pas été un élément choupi à l’aise Blaise de ma vie à Nairobi.

***

Les trois premiers mois.

Doris se fige dès que je lui parle en swahili. Elle se fige aussi quand je lui pose des questions ou lui demande son opinion sur quoi que ce soit dès lors que cela n’a pas trait à son taf.

Mais aussi, Doris pète tout.

***gif intervention

intervention étrangère pas délicate

Piolet dorisien

étrangère pas délicate-

Quand je dis tout, c’est tout.

Soit, en trois mois : une cafetière électrique, trois tasses, deux verres, le couvercle de la chasse d’eau, une brosse à cuvette de W.C, le four (porte bloquée et/ou démontée 3 fois. Regard paniqué/exorbité de Doris quand je réparais le truc). Je devais également relaver tous les draps après elle, et tous les vêtements où il y avait vraiment des taches.

Doris était venue à chaque fois m’avertir de la casse.

A chaque fois, elle gardait la tête et le regard baissé et énonçait la chose d’une petite voix chevrotante. Elle ressemblait à un mélange de ça :

***gif choupinou bord de

choupinou bord larmes i need a hug

s larmmees need a hug***** –
Et ça :
**** pplanète

planete-terreur-un-film-grindhouse-grindhouse-planet-terror-2007-08-15-5-g

terreur****

Je lui répondais donc à chaque fois que ce n’était pas grave. (#bisounours)

**

Sauf que quand même, je relavais derrière elle souvent et elle pétait plein de trucs. Il fallait que je trouve un moyen que cela s’arrête.

***

Les échanges en matière d’horaires et de nature du travail m’avaient contrainte à me rendre à l’évidence: visiblement, il était juste impossible/inconcevable pour elle de ne s’occuper que de la lessive et donc de n’avoir que ces 3 putains d’heures 3 jours par semaine plutôt que 3 après-midis, soit une bonne heure de plus à chaque fois. Au final elle s’occupa aussi du nettoyage des sols et des poussières ainsi que de celui du four et de ses plaques de gaz.

Joint à cela, l’envie permanente de vérifier que mes cheveux ne se sont pas transformés à mon insu en serpents à chaque fois que j’essayais de lui parler et qu’elle se transformait en statue m’avaient déjà bien ébranlée.

***

Comment faire ?

***

Quand la lessive de la semaine avait abouti à ce que deux caleçons du Barbu finissent éventrés en deux, j’ai pris mon courage à la main et ai exprimé mon mécontentement.

***

La semaine d’après encore, d’autant plus que cette fois c’est un pantalon qu’elle avait explosé. (Doris, du haut du son mètre 40, a un côté Terminator bien caché).

***

Je commençais à trouver que… comment dire… (le problème est très exactement là, comment le dire?)

***

La semaine d’après, quand elle a à nouveau pété un pantalon (à moi cette fois) et un caleçon, je ne me suis pas énervée.

***

Mais je lui ai expliqué calmement qu’à partir de là on prélèverait 1000 shillings kenyans (soit le prix d’un pantalon au marché de seconde main ou à Eastleight) par habit ou objet détruit, 500 s’il s’agit d’un caleçon, parce que nos habits ne poussent pas sur les arbres. Que je peux parfaitement faire la lessive moi-même comme je l’avait fait auparavant en attendant de trouver quelqu’un pour la remplacer et que cela ne serait pas compliqué vu la paye que nous proposons, car, oui, nous connaissons les prix et c’est bien notre choix de rémunérer à cette hauteur.

***

La semaine d’après, elle niqua encore un pantalon, plus une robe. (ouais, moi qui ne savais pas ce qu’était un dressing jusqu’il y a peu, j’avoue que là, même moi je commençais sérieusement à m’inquiéter pour nos garde-robes.)

***

A la fin du mois, donc, je lui ai donné 2000 shillings en moins. (sur 20000).

****

Je suis peut-être un peu une salope de Social Traître limite néocolonialiste, mais plus jamais Doris ne péta quoi que ce soit.

****

Les 18 mois qui suivirent

**

Doris ne se contentait pas de se figer dès que je tentais de lui adresser la parole, tentatives que je cessai au bout de 6 mois d’essais infructueux.

***

Non. Doris ouvrait aussi des yeux grands comme des soucoupes…

***gif yeux é

yeux écarquillés

quarquillés****

Quand je jouais à la Wii avec mon gnome.

**

Quand je faisais la cuisine.

**

Encore plus quand elle me voyait faire la vaisselle.

**

Quand je recousais des habits.

**

Quand je skypais.

**

Quand je bossais mon swahili.

**

En gros, dès qu’elle me voyait me comporter anormalement par rapport à la case à laquelle je suis sensée appartenir, soit trèèèèèèèèèès souvent. Pas ultra choupi.

***

Vu que Doris n’a jamais réussi à arriver à l’heure, elle ne repartait pas tôt (en fait la plupart du temps c’est moi qui lui disais de partir vers 18h). Ce qui fait que, plusieurs fois, Doris croisa le Barbu.

***

Là, ce n’était même plus une statue, mais…. Je ne sais pas comment dire autrement que cela : elle se conduisait comme si elle craignait qu’il la frappe, rasant les murs comme si elle voulait y disparaître et tenant toujours la tête baissée, les épaules rentrées…

***

Avant la semaine de notre mariage (et si jamais la tête apeurée/traumatisée de Doris était en fait la traduction de sa désapprobation envers notre vie maritale « dans le pêché »???? Cela est également possible…..), je n’avais jamais vu Doris sourire autrement que lorsque mon gnome ui parlait ou quand je disputai le dit gnome par rapport à ses fringues recouvertes de boue.

***

Doris a mis un an et demi pour comprendre/accepter/croire et enregistrer que

***

1) on n’attendait ni ne voulait qu’elle vienne travailler un jour férié (il y en a plusieurs au Kenya évidemment) et que non elle ne perdait pas de salaire pour autant,

***

2) qu’après 18h grand max (la nuit est tombée à 19h/19h15 tous les jours de l’année. Et personne ne sort sans voiture la nuit à Nairobi.) elle partait,

***

3) que si il avait fini son taf, elle pouvait partir et que là non plus elle n’aurait pas de sous en moins.

*****

Mais elle n’a jamais compris/accepté/cru(qu’en sais-je ?) que je voulais juste qu’elle fasse la lessive, le repassage et les sols et qu’elle reparte le plus vite possible, que le truc à la base est que je la payais pour une tâche et pas pour une durée.

Si elle a compris que c’était bien moi et pas elle qui rangeait le linge, que la vaisselle était toujours faite quand elle arrivait et que le linge sale était toujours déjà prêt à être laver (aka, mariné depuis au moins 1h dans une bassine remplie d’eau chauffée + poudre à laver), elle n’a jamais accepté de se contenter de ne faire que les sols et de ne pas épousseter/cirer tous les meubles, (et, régulièrement, de le faire également à l’intérieur de toutes les étagères de la cuisine).

Pour Doris, case housekeeper = ménage tout complet, point barre.

***

Je me sentais tellement mal à l’aise quand elle était là que je fuyais la maison le plus souvent possible les 3 fameux après-midis.

***

Je n’ai jamais osé lui dire -en dehors de l’épisode Opération Stop Destruction, moralement pestilentielle mais qui s’est avéré efficace à 100% comme évoqué plus haut- quoi que ce soit à propos de son travail, même si sa manie de ranger les choses dans la cuisine de sa manière très personnelle nous rendait chèvres.

***

[Parenthèse : mais POURQUOI faisait-elle ça ? En l’occurrence, à chaque fois qu’elle vidait les étagères qui étaient au mur, biennnnnn hautes et profondes et qu’elle les remplissait après nettoyage, elle rangeait méticuleusement les boîtes de conserves, les épices, les bocaux de pâtes etc. touuuuuuuuuuuuuuut au fond des étagères. C’est-à-dire inatteignables sans se déboîter la hanche et l’épaule quoi. Je précise que pour ce faire, Doris avait besoin de changer de pièce, de prendre une chaise dans le salon, de la rapporter devant, de grimper sur la chaise, et c’est seulement alors qu’elle pouvait ranger tout ça de cette manière si terriblement pratique. Hein, POURQUOI ? Pourquoi Doris rangeait-elle systématiquement l’ouvre-boîte, les couteaux de cuisine, les boules à thés et les planches à découper non seulement ailleurs que là où nous les rangions nous à chaque fois, mais aussi et surtout aux endroits les plus inaccessibles (mais toujours les mêmes) ? Fermons la parenthèse]

Le fait que la demoiselle ait en permanence cet air de chien battu et d’incompréhension angoissée, voire de panique totale durant mes tentatives de communication en swahili et mes tentatives d’échanges,

tout ça,

cette permanente interrogation psycho-linguistico-anthropologique qu’elle représentait et l’impression subséquente d’être face à quelqu’une que l’on sait juste ne pas comprendre même un peu, mais qui elle en revanche a plein d’idées sur toi mais tu ne sais pas non plus lesquelles exactement, c’est juste ME-GA-RE-LOU.

***

Doris est très clairement une des raisons pour lesquelles j’ai été contente de quitter Nairobi en novembre dernier.

****

Jamais plus Jamais

*****

Dans pas très longtemps si tout va bien je repars ailleurs, dans mon Pays Fort Fort Lointain adoré, et cette fois-ci, ho miracle, ou pourra avoir une machine à laver (la précédente occupante s’est barrée avec, la chienne), et l’appart a connu seulement une coupure d’électricité en un an et aucune coupure d’eau.

***gif poney moon

poney moon walk fier

walk fier ***
Oh yeah.

Florence (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 5)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo) with tags , , , , , on 24 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

Après Djibéou, Floribert, Annie et Monsieur Philippe, la preuve avec

 

Florence

 

République Démocratique du Congo. Kinshasa.

***
J’ai 32 ans. Je travaille pour une ONG internationale avec le Barbu, mon bureau est ma maison et ma maison mon bureau, ceci comprenant évidemment le gnome (c’est déjà pas forcément top en général, mais c’est juste NO WAY quand tu es HP* pour tout un tas de raisons).

***
Ce qui signifie que Florence, une jeune maman de quelques années de moins que moi, fait le ménage ++++ : pas seulement celui de la maison d’habitation et la lessive des 3 ou 4 ou 5 expatriés qui y habitent mais aussi le ménage des 4 bureaux de la mission. (Avant notre arrivée, elle faisait également la cuisine des expatriés, après seulement le déjeuner du personnel congolais pour la pause de midi quand la cagnotte était pleine.)

***
Rapidement, je m’aperçus que l’équipe congolaise parlait à Florence comme de la merde (genre le comptable qui jette à terre devant elle son assiette sale –véridique-).

*!*!*!*

lunettes retirées wtf

Il a fait quoi là Dugland à Florence?

!*!*!*

Rien de mieux qu’un borsalino et un regard de tueur  qu’une ou deux phrases bien senties pour que plus personne n’oublie son prénom ni de s’exprimer dans les formes avec elle.

****

Du coup, Florence m’aimait bien. Moi aussi.

*****
Florence, c’est la seule de toutes les « domestiques » que j’ai « eues » avec qui j’ai partagé, je crois, une relation normale, sans peur, foutage de gueule, mécompréhension ni gêne d’un côté comme de l’autre.

*****
C’est-à-dire ?
Je lui demandais un travail précis, n’hésitant pas à exprimer mon mécontentement quand il n’était pas fait (2 ou 3 fois au début et ralass), ce n’était pas mon amie ni ma pote et je ne me sentais obligée de rien envers elle, mais nous nous parlions, poliment, respectueusement, amicalement même (comment ça je me contredis ? Bin en fait non, avoir une discussion amicale avec quelqu’un qu’on voit tous les jours, c’est juste normal, ce n’est pas être copain/copine). Si elle avait un problème par rapport au taf elle me le disait, moi idem, et tout allait bien.

******

Unique dans ma série perso. (no prise de tête, no culpabilité, no rien du tout.)

*****

Monsieur Philippe (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 4)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo) with tags , , , , , , , on 22 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

Après Djibéou, Floribert et Annie, la preuve avec

Monsieur  Philippe

République Démocratique du Congo. Bas Congo, ville routière.

J’ai 30 ans, je suis ici avec le Barbu et le gnome, je travaille avec le Barbu pour une consultance, donc boulot boulot tous les jours de 8h du mat à minuit, avec une pause de 3h en après-midi pour faire cours au Fruit de mes entrailles.

Encore une fois, l’homme-à-tout-faire est déjà présent et engagé à notre arrivée dans cette « maison d’hôte » au milieu du compound d’une association locale, qui bénéficie du courant en permanence ainsi que de l’eau courante. Monsieur Philippe a l’âge de mon père et a été « le boy de bons Pères Blancs belges » pendant des années.

Monsieur Philippe est celui qui nous fit réaliser que demander à un homme-à-tout-faire de cuisiner un plat traditionnel local est une ERREUR FATALE pour tes papilles, tes maxillaires et l’ensemble de ton système digestif.

Quand, le premier jour, nous lui avions dit que nous ferions nous-mêmes la cuisine (comme toujours), il s’était redressé droit comme un I et avait expliqué que ses anciens employeurs « lui avaient appris la cuisine traditionnelle de « chez nous », que son pâté de tête de veau en gelée était incomparable et qu’il pouvait relever n’importe quel défi ».

** dignité

Monsieur Philippe avait à ce moment là la même tête que le type à gauche, là sur la photo (–source http://kamizole.blog.lemonde.fr/2010/09/23/photo-parlante-%C2%ABsarkosarko-outrage%C2%BB-franche-ment-ridicule-et%E2%80%A6-psychotique/ )

Monsieur Philippe avait à ce moment là la même tête que le type à gauche, là sur la photo (source )

outragée***

Bon, clairement, l’honneur de Monsieur Philippe était en jeu : OK on était des Mundele (des Blancs en lingala) al chouia chelou et il voulait bien ne pas faire la cuisine pour nous (??!!), mais il tenait à nous faire un repas : quoi que l’on voudrait, il le ferait !

Okayyyyyyyyyy.

Vu que l’essentiel des denrées disponibles dans le coin se résumait à première vue à du chou, des haricots rouges (et des verts, et des blancs, et des crèmes), des lentilles, des oignons et des aubergines, (l’atmosphère des home sweet homes embaumait les fragrances les plus rares), et qu’en matière de cauchemar de végan, on ne pouvait trouver que du poulet et du bœuf consommables sans marteau piqueur à l’unique condition d’avoir été battus sauvagement à coup de bouteille de Ricard, on a préféré lui demander de nous faire découvrir LE plat traditionnel du coin.

*** gif ttendrissage

-tutoriel d’attendrissage de viande-qui-connaît-les-chambres-frigorifiques-des-routiers-mais-pas-la-chaîne-du-froid made in Hulk. DIY attitude

Ci-dessus, petit tuto d’attendrissage de viande-qui-connaît-les-chambres-frigorifiques-des-routiers-mais-pas-la-chaîne-du-froid made in Hulk. DIY attitude

made in hulk****

Il choisit de nous faire découvrir le fumbwa, fierté du Bas Congo mais qui est consommé dans toute l’Afrique centrale.

****fumbwa

Voilà un fumbwa qui a tout l’air de casser la chatte à priori. (vous trouverez plein d’infos sur la plante et la recette ici) http://saveurdici-mbuji-mayi.blogspot.fr/2014/04/fumbwa-morue-grille-congo-rdc.html

Voilà un fumbwa qui a tout l’air de casser la chatte à priori. (vous trouverez plein d’infos sur la plante et la recette ici)

hum 2****

C’est délicieux. En fait c’est même une vraie tuerie (spéciale dédicace à Chouchou).

Sauf que.

Voyez, Monsieur Philippe a beau avoir été homme de ménage/cuisiner/homme-à-tout-faire pendant 17 ans, c’est un congolais de sexe masculin, marié et qui n’a pas fait d’études supérieures. Ce qui implique que, jamais ô grand jamais il n’a levé le petit doigt dans une cuisine autre que celle de ses patrons, et à fortiori jamais dans la cuisine familiale. Donc qu’il n’a jamais préparé un fumbwa de sa vie.

Or, voyez, le fumbwa c’est cool, y’en a toute l’année, ça apporte des protéines un peu (là je parle de la plante à l’origine du plat), mais, comme un tas d’autres trucs de l’éventail alimentaire africain, ça demande une putain de préparation avant d’être consommable.

La base du plat est constituée, donc, des feuilles de la plante qui porte son nom.

****plante

ça ressemble à ça, au départ.

ça ressemble à ça, au départ.

originale***

On peut le deviner en regardant bien la photo ci-dessus : dures, résistantes, très fibreuses, les feuilles de fumbwa ressemblent plus à celles d’un artichaut mutant qu’à celles de la laitue blanche.

Tellement qu’avant toute tentative de cuisson, on émince très, très, très finement les feuilles et on les fait tremper au moins une heure. C’est en général sous la forme pré-découpée qu’on trouve le truc dans les marchés.

**** fumbwa

C'est vendu comme ça, voilà.

C’est vendu comme ça, voilà.

pas cuit***

Monsieur Philippe avait bien acheté le truc déjà coupé, OK. Mais il s’est contenté de faire cuire le tout, y plongeant pour faire fête des thomsons, poissons pas mauvais du tout mais à côté desquels la truite n’a pas d’arêtes si vous voyez le genre (et attention hein, des arrêtes de compète, du genre à résister à la pression bien comme il faut et à lacérer l’œsophage quelque chose de bien), qu’on trouve sur les marchés, fumés et séchés, un peu partout en Afrique centrale.

****poisson

ce n’est pas du thomson (sans doute de l’anguille) mais le conditionnement est le même. (source http://www.souvenirducameroun.com/about.html )

Ce n’est pas du thomson (sans doute de l’anguille) mais le conditionnement est le même. (source)

fumé***

Sauf que, le poisson il l’a foutu tel quel genre 10mn avant la fin, donc il n’a pas eu le temps de se réhydrater même un peu (ni de parfumer le plat) et est donc resté dur comme le cul à Jeannette.

Sauf qu’il n’a pas fait tremper les feuilles une heure avant de commencer la cuisson (qui dure au moins une heure elle aussi).

Aussi nous sommes nous retrouvés, attablés devant Monsieur Philippe qui attendait anxieusement notre verdict, à bouffer du foin farci d’arêtes eeeeeeeeeeextrêmement acérées dépassant de boulettes de ferraille poiscaille au goût plus fort que du fromage corse en état de décomposition avancé.

***** pain de

Avouez que ça y ressemble, à du foin !

Avouez que ça y ressemble, à du foin !

nain fumbwa****
**** arete de pois

non ça n’a rien à voir, mais c’est ce que j’ai trouvé –merci Google- en cherchant des images de poisson avec beaucoup beaucoup d’arrêtes. Je trouve la chose …… surréaliste (création de Giuseppe Zanotti) alors voilà.

non ça n’a rien à voir, mais c’est ce que j’ai trouvé –merci Google- en cherchant des images de poisson avec beaucoup beaucoup d’arrêtes. Je trouve la chose …… surréaliste (création de Giuseppe Zanotti) alors voilà.

son giuseppe***

Comme nous sommes bien élevés et que si nous ne le faisions pas, ce n’aurait pas été les arrêtes qui nous auraient perforé le bide mais le regard de Monsieur Philippe, nous avons fini notre plat. Avec des mines enchantées qui plus est.

On a été malades comme des chiens (oui, il faut vraiment bien suivre la procédure avec ces feuilles !!!) et eu mal au bide pendant plus d’une semaine.

Mais l’honneur de Monsieur Philippe était sauf.

Annie (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 3)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , on 22 septembre 2014 by violemmenthumaine

 

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve, après Djibéou et Floribert, avec

Annie

Zimbabwe. Harare.

J’ai 30 ans, je suis « dépendante », c’est-à-dire que je suis la « compagne inutile du » Barbu, qui bosse pour les Chevaliers Blancs. Je suis là avec mon gnome, et ce sagouin va déjà à l’école. Je suis donc seule à la maison de 7h du mat au milieu de l’après-midi.

Comme nous sommes en famille, nous n’habitons pas avec les autres dans une des deux maisons communautaires (grosse mission) mais, comme deux autres familles (rarissime), rien que nous dans un appartement et quand nous arrivons, il y a déjà une bonne attitrée rien que pour nous.

Annie a la soixantaine, même si elle paraît bien 10 ans de plus. Elle est percluse de rhumatismes et ne voit plus grand-chose, mais elle est veuve sans enfants et n’a pas de famille ici : le salaire, toujours payé en dollars américains (et vue l’ « inflation » -à ce niveau là mon met des guillemets !- à l’époque, c’est un *%¤# d’avantage !!!) et la couverture santé sont juste vitaux pour elle.

Bien évidemment, je ne lui dis pas d’aller se faire voir et que je veux être tranquille chez moi.

Au chômage et en manque certain de méga-patate, je dois donc me lever tous les jours à 6h 30 pour être décente et fraîche comme une rose quand Annie arrive, entre 7 et 8h moins le quart.

Annie…. C’est avec elle que je découvre que le « personnel de maison » peut être le pire des loups pour le « personnel de maison ». Elle était tanzanienne, figurez-vous : une des incarnations de la « pas de souche bien louche » au Zim’ si vous voulez. C’est donc « tout naturellement » que les autres femmes de ménage de la mission, toutes beaucoup plus jeunes qu’elle et en forme, avaient pris l’habitude de lui refiler toutes les corvées à la moindre embrouille : ainsi, quand la machine à laver de la maison x, que l’ensemble des femmes de ménage de la mission utilisait, est tombée en rade et que tout le rez-de-chaussée de la baraque a été inondé, c’est à Annie que l’une des femmes de ménage est venue commander de nettoyer… et de faire la lessive de toute la mission.

***gif yoda allu

-A peu près ma tronche quand j’ai entendu la greluche parler à Annie comme si elle était son esclave.

A peu près ma tronche quand j’ai entendu la greluche parler à Annie comme si elle était son esclave.

me son sabre ****

Ni une ni deux, faut que je fasse quelque chose…

Quoi ?

Je n’aurais jamais cru pouvoir prononcer un truc comme ça : « De qui Annie est-elle la bonne ? Moi. JE suis la patronne, et moi je lui ordonne de rester chez moi tous les jours et de faire le travail que je lui demande. C’est clair ou il faut que je l’en parle à l’admine ? ».

Encore moins que cela pût susciter des larmoiements de remerciements dans les yeux de la dite bonne et son indéfectible amitié.

écarquillés***

monde à l-envers
*** monde à l’envers****

-DE L’IMPORTANCE DU CONTEXTE QUOI-

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