Archive pour humanitaire

Floribert et les mecs (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 2)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo) with tags , , , , , , , on 22 septembre 2014 by violemmenthumaine

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve, après Djibéou, avec

Floribert et les mecs

République Démocratique du Congo. Goma.

J’ai 27 ans, je suis étudiante, je suis là pour « faire mon terrain » nécessaire à l’écriture de mon mémoire et par là à l’obtention de mon DEA. Je bosse comme une dingue. Je suis accueillie au sein d’un programme d’une grande ONG internationale. C’est ma première fois en contexte humanitaire en zone de conflit.

Comme c’est le cas la plupart du temps quand on est en mission en HP*, j’habite avec tous les autres membres du programme, et les expatriés qui bossent en brousse viennent chez nous pour leurs « vacances » (ne jamais oublier que tout est relatif).

Ce n’est donc encore pas moi qui embauche ou paye qui que ce soit, je ne suis pas la « patronne », encore moins vu mon statut bâtard.

Mais c’est à ce moment là que j’ai compris :

1) qu’il était impossible hors capitale de travailler sans employer de personnel de maison (à moins de ne pas dormir).

[Problème : X travaille entre 8 et 12 h par jour. X n’a pas de machine à laver à disposition, ni aucun aliment prêt à consommer non plus que d’appareil électroménager à l’exception d’un four à gaz antédiluvien et d’un petit frigo. Puisque les routes ne sont pas goudronnées et les fenêtres non étanches, l’intérieur de la maison se recouvre en 24h d’une belle couche noirâtre (mais ailleurs ça peut être rougeâtre, marron, blanchâtre ou du plus bel ocre) de plusieurs millimètres. Combien de temps restera-t-il à X s’il va au marché (entre 1h30 et 3h), fait sa propre pitance (entre 1 et 3 h pour chaque repas), le ménage (2h minimum) et la lessive (environ 1h pour le linge de deux jours) ? 24 moins 13 minimum = entre 8h30 et 3h pour souffler, dormir, manger… et tout le reste. Et ça c’est quand il y a l’électricité et l’eau courante à dispo. C.Q.F.D]

****femme pilan

-Tu crois que c’est facile ? Tu la vois la dame là hein ? Il lui a fallu plus de trois heures pour remplir les bassines du résultat de son pilage. Et ELLE, elle a toute sa vie d’expérience (ou presque) derrière elle. Toi (ou moi) il nous faut le double (au moins).

-Tu crois que c’est facile ? Tu la vois la dame là hein ? Il lui a fallu plus de trois heures pour remplir les bassines du résultat de son pilage. Et ELLE, elle a toute sa vie d’expérience (ou presque) derrière elle. Toi (ou moi) il nous faut le double (au moins).

t dori****

2) Que ce n’est pas parce que tu es HP* que tu te conduis normalement/respectueusement/bien/décemment avec le dit personnel de maison.

3) Que beaucoup de « personnel de maison » estiment leur situation privilégiée quand ils travaillent pour une ONG internationale.

Floribert, le cuisiner de la petite troupe (on était entre 3 et 8 dans la maison, tous les jours), est vite devenu mon grand pote, ainsi que les gardiens (dont environ les 2/3 avaient suivi des études supérieures). Pas les filles qui faisaient le ménage et la lessive, car je n’étais pas là durant leurs heures de travail (bin oui, je travaillais aussi), on s’est juste croisées une fois à mon arrivée.

Pas parce que je leur ai rendu un quelconque service. Juste parce que je leur ai parlé, me suis intéressée à leur vie, leurs espoirs, leurs familles. Et parce qu’une fois ou deux j’ai pris leur parti face aux exigences ubuesques de certains HP* (comme, par exemple, avoir des crêpes tous les matins, alors qu’il n’y avait rien d’autre à dispo pour ce faire que du lait en poudre –Nido 4 ever).

C’est en discutant avec eux que je réalise qu’en fait, la plupart du staff de maison considère que travailler pour une ONG est une chance : la majorité du temps, le salaire est de 2 à 5 fois celui qu’ils toucheraient ailleurs pour le même travail, et surtout, contrairement à ce qui se fait la plupart du temps dans le privé, ils bénéficient ainsi que toute leur famille proche (époux/se/s, enfants, mais aussi parfois père, mère et fratrie) de couverture santé gratuite, et d’horaires fixes sans heures supplémentaires avec week-end toujours libre. (Et oui encore heureux il ne manquerait plus que ça !!!!)

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Semaine d’HP

Posted in Act up!, Cherche présent et avenir désespérément, Hors case with tags , , , , , , , , on 22 mars 2011 by violemmenthumaine

Inconnu/e cher à mon cœur….

C’est zarbi non la vie ?

Normalement, je devrais n’avoir envie que de vous parler de mes sublimes bonds en avant professionnels, (de mes deux contrats, ah non c’est vrai il n’y a pas de contrats puisque chaque « mission », chaque vacation quoi, même si le statut ne sera pas celui de vacataire, nécessite un autre contrat).

Mais en fait franchement pas.

Ma putain de semaine-d’il-y-a-3-semaines a été saturée d’HP* et voilà, tant pis, j’ai du mal à sortir de ça.

Comme j’ai du mal à ne plus lire d’anthropologie, je ne parviens pas à évacuer l’H.P de ma life, non plus que de mes réactions primaires.

Hein, quoi ?

Pfff, vous suivez rien les crouquougnous ! H.P = Humanitaire Professionnel. Bon. Donc:

Après que, suite à une nouvelle utilisation de mon travail sur un blog humanitaire très suivi, j’ai enfin osé contacter l’ONG qui tient le dit blog pour évoquer le … euh… l’étonnement que j’ai de voir que tout le monde utilise et même parfois suit mes recommandations mais que personne ne m’engage jamais, on m’avait répondue.

On s’était excusé même. On m’avait proposé un rendez-vous.

Vous m’aviez pour nombre d’entre vous chaleureusement félicitée et souhaitée tout plein de trucs totalement irréalistes pour la suite de cette affaire.

Bien sûr, comme je le pensais et le savais d’avance, cela n’a abouti à aucune sorte d’espoir de rémunération/boulot futur.

Mais, encore une fois quand il s’agit d’H.P, on m’a considérée, parlée comme à une professionnelle.

Mais on m’a proposée –et bien sur je vais le faire, comme toujours- de publier à mon tour dans ce fameux blog et d’exposer pourquoi je trouve que les anthropologues devraient être engagés et considérés comme une valeur ajoutée dans les programmes d’H.P.

La veille de ce rendez-vous ultra productif pragmatiquement parlant, j’ai eu au téléphone l’équipe de l’ONG qui m’a succédée par le biais de mon Barbu en goguette professionnelle à Kinshasa. Et…

Ça ne change rien, Ça ne me donne pas de boulot.

Mais entendre, et surtout savoir, réaliser, que le travail que l’on a fait a changé les choses….

Qu’il y a pour de vrai un avant et un après soi.

Que…

Ouais, désolée aujourd’hui je suis peu ressemblante à moi-même dans mes posts, mais, vous savez quoi ? Me dire que moi, Vcomme…, j’ai vraiment permis que la vie des plusieurs personnes, et là on parle de centaines voire de milliers de personnes, soit moins pourrie, que des victimes de viols aient enfin accès à de l’aide, que les interventions en la matière soient un peu moins connes et un peu plus utiles…

Bah entre les deux, entre  ce coup de téléphone de l’autre bout du monde et mon déjeuner parisien, j’ai réalisé que, oui, c’est ça,

c’est ça que je suis.

Professionnellement. Je joue un rôle là-dedans.

Là, dans ce secteur, dans ce champ du monde, je suis utile.

Je suis compétente.

J’en suis fière. En fait, j’en ai le droit.

Et quand je fais ça, quand je travaille pour ça, quand je réfléchis sur ça : je prends mon pied.

Alors bon, voilà, je ne sais pas combien de temps cela va prendre ni même si je vais réussir à gagner ma guerre insurrectionnelle (tiens, je ferais bien un beau schéma sur la question…) personnelle contre les absconseries (je continuerai jusqu’à la mort à pondre des barbarismes et je proute celles et ceux que ça défrise) du marché du travail dans l’humanitaire et ce que j’appellerai plus vastement l’anthropologie appliquée, je mènerai les batailles collatérales des tafs alimentaires, mais, oui, j’arrête le reste.

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