Archive pour Kinshasa

Misères et Splendeurs de la circulation routière à Kinshasa

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, RDC (Congo) with tags , , , , , on 11 janvier 2016 by violemmenthumaine

Saluuuuuuuuuuuuuut mon Inconnu/e préféré/e !!!

Avant toute chose, je veux remercier (à nouveau) la quelqu’une qui a appelé à « mon retour » : parce que vi, ça fait grave zizir !!
Si j’ai été aussi silencieuse aussi longtemps, c’est un peu beaucoup, comme je l’ai répondu à mes fans (#chevilles baobab #auto-persuasion), parce que pendant longtemps je ne pouvais tout simplement pas travailler sur le blog. Je me disais que ça ferait un bon sujet de post de retour, expliquer qu’Internet, en dehors du fait que non ce n’est pas accessible partout et que oui ça peut aussi coûter un bras, hé bien c’est facile à pister/verrouiller/surveiller –beaucoup plus que ce que l’on nous dit dans « nos » pays-, mais comme j’ai déjà évoqué la question, en fait non.
J’ai pensé aussi que je pouvais revenir à mes premiers moutons : parler de moi (#Internet attitude). Parce qu’il s’est passé et se passe pleiiiiiiiiiiiiiiiiin de trucs, que je me pose tout plein de questions et que, parfois, un avis extérieur ça aide bien. Puis là encore, non. Pas tout de suite en tous cas.

kokokokpkpkpokp

Envie de parler de petits riens, ces petits trucs qu’on ne remarque pas forcément et qui font que le quotidien à Paris, New-York, Trou-sur-bouse-les-pécores, Ouagadougou, Valparaiso ou Kinshasa a des couleurs différentes.

Le visage protéiforme des transports urbains est l’un de ces petits riens qui font tout le « charme » du quotidien.

****GIF

pacman

Pacman

Après des années passées dans différentes métropoles africaines, la râlatitude permanente des franciliens quant aux services offerts par la RATP et la SNCF me semble obscène m’amuse al chouïa : moi, à chaque fois, j’en rêve avec des étoiles dans les yeux du RER et du métro au bout de quelques mois dans l’une de ces mégalopoles tentaculaires que sont la plupart des capitales africaines (j’ai dit la plupart, pas toutes. Bangui par exemple ressembleait à un petit village plus qu’autre chose.).

**GIF étoiles dans l

Ma tête au bout de quelques mois dans une grande ville africaine quand j’entends « métro », « RER », « noctambus ». Si. (et je vous parle pas de « tramway », là je frôle l’orgasme !)

Ma tête au bout de quelques mois dans une grande ville africaine quand j’entends « métro », « RER », « noctambus ». Si. (et je vous parle pas de « tramway », là je frôle l’orgasme !)

es yeux c est coooool**

  • Matrice

                                – Les bus

Non pas qu’il n’y ait pas de transports en commun : chaque pays, chaque ville regorge de mini-bus aux appellations variées mais toujours… euh…. Aussi « colorées » que leur look improbable, aux prix dérisoires et à la sécurité variant de l’aventure-je-suis-un-vrai-routard-proche-des-populations-locales-et-je-le-montre-ça-me-donne-du-grain-à-moudre-pour-épater-les-meufs-dans-les-soirées-estivales-hexagonales à Survivor-c’est-de-la-gnognote-pour-poupées-anémiées-à-côté-de-moi.

Certains plus finauds que d’autres en ont même fait un fond de commerce, comme au Kenya où les autocollants aux couleurs du drapeau affichant des « I tested matatu and I survived ! » et autres blagounettes se vendent comme des petits pains dans les magasins de souvenirs.

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Incroyable : l’ami Google non plus que les autres moteurs de recherche ne m’ont sortie que ça sur le sujet. Il n’empêche que ça reste un exemple (même s’il n’est très clairement pas vendu au Kenya) du phénomène.

Incroyable : l’ami Google et les autres moteurs de recherche ne m’ont sortie que ça sur le sujet. Il n’empêche que ça reste un exemple (même s’il n’est très clairement pas vendu au Kenya) du phénomène.

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Si on veut se la jouer local mais vraiment local l’on aime vivre dangereusement ou que l’on n’a pas les moyens de faire autrement, on peut donc se dire que l’on a à disposition un réseau de bus et voilà. Sauf que.

Quelle que soit la ville/le pays où j’ai séjourné, ce mode de transport, c’est-à-dire celui de la plupart des gens, est toujours limité en termes d’horaires (jamais de service nocturne, ou alors seulement jusque 21 ou 22h), et très souvent en termes de couverture géographique : ils couvrent rarement les quartiers vraiment riches, et ne couvrent les quartiers vraiment craignos que jusqu’à la tombée de la nuit, soit vers 18h. Et surtout, à Kinshasa et plus encore à Nairobi, l’ensemble du réseau est centré sur le centre ville, ce qui, à Nairobi, multipliait le trajet (et je ne parle même pas du temps d’icelui….) par 2 quand ce n’est pas par 5 ou 6…

**carte nai

pour article

Voyez par exemple, à Nairobi, pour aller du point A au point B (entre 25 et 45 mn à pied, 5 à 10 mn en moto), en bus collectif il faut passer par le point 0, au centre ville, et donc compter entre 1 et 2 HEURES. Vi vi vi.

robi travaillée****

Les cartes des transports n’existant dans aucune des villes où j’ai séjourné, d’une part, et les horaires dépendant de tout et n’importe quoi d’autre part, emprunter les bus collectifs hors des horaires d’arrivée au boulot (soit entre 5 et 8h du mat) et de retour chez soi (entre 16 et 17h30) pour un trajet directement desservi par le dit bus ne doit s’envisager que dans un cadre de flânerie et de découverte hasardeuse et jamais, jamais, JAMAIS dans un cadre professionnel ou tout simplement pour un trajet où le respect de l’horaire a une quelconque importance même de loin.

[Parenthèses :

1) linguistique : au Sénégal et au Burkina Faso, on les appelle les taxis brousse, au Kenya les matatu (« seulement trois » en swahili, soit le prix -300 kenyan shillings, à peu près 30 centimes d’euro- pour une unité de trajet), mais à Kinshasa on les appelle tout simplement les « esprits de mort ». Comme ça c’est clair.

2) esthétique : où que ce soit où j’ai séjourné en Afrique noire, les bus collectifs arborent tous, outre un état que n’importe quel contrôle technique qualifierait de bon pour la casse, une customisation toute personnelle au chauffeur ou/et proprio de la bête. Je regrette infiniment par exemple de ne pas avoir eu d’appareil photo pour immortaliser ce superbe matatu tombé du camion de l’écurie Playboy : entièrement matelassé à l’intérieur de faux cuir rose barbie avec les logos lapin du fameux magazine…. Le tout parsemé de “God is the answer” et “maiden is the wisdom” (sic) et une médaille de Jean-Paul II tressautant à côté du visage du chauffeur à chaque assaut des basses du ragga ghetto sortant des baffles d’un mètre de haut accrochées aux quatre coins du bus.]

ojojoijojjoi

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Tu as fait 25 mètres en 40mn et tu as du suer plus de 6 l et tu te fais chier comme un rat ? Occupe-toi avec les Grosses Têtes de Boulevard (Tain. Voilà ce qui arrive quand on n’écrit pas de post pendant aussi longtemps : des jeux de mots pourris limite incompréhensibles –ici entre le nom du présentateur d’une fameuse émission radiophonique française, la dite émission… et le nom de THE artère de Kinhasa, toujours bloquée -mais ce n’est pas la seule à l’être, loinnnnnnnnnnnnnn de là-, communément appelée « LE boulevard » -alors que 1) il y a pleiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin d’autre boulevards, 2) celui-là, comme les autres, a un nom, « du 30 juin » en l’occurrence).

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Occupe-toi, donc, disais-je, avec les Grosses Têtes de Boulevard: cherche le slogan d’esprit de mort inédit ou, au choix, le plus what the fuck, le plus mégalo ou le plus hypocrite.. Celui qui gagne a droit à un Carambar.

oihhoihoihoihoihoih

Ces fameux bus sont le principal moyen de locomotion des classes populaires, soit l’écrasante majorité de la population de Kinshasa. Les bourgeois congolais, tout comme leurs homologues kenyans, les évitent comme la peste (« on n’est plus au village ça c’est pour les sauvages ») (sic), et les expatriés toutes nationalités confondues ne les empruntent quasiment jamais (c’est moins vrai en Afrique de l’Ouest. Peut-être parce que les trajets y sont mieux indiqués et les conducteurs largement moins tarés).

– Les taxis

En dehors des bus ayant fait la guerre de 14, toute capitale africaine possède des services de taxi foisonnants de trois types : les taxis motos et les taxis voiture, eux-mêmes répartis le plus souvent en taxis collectifs et taxis directs.

Les taxis motos sont à peine plus chers que les bus, mais comme eux, ils ont une sphère d’action réduite, car il n’est pas rare qu’ils soient purement et simplement interdits dans les quartiers riches centraux. Par contre, ce sont eux qui bossent le plus tard (en gros, toute la nuit sans interruption). En Afrique de l’ouest, ça reste le principal moyen de transport de l’ensemble de la population non motorisée, voire le seul de nuit. Perso, j’adore les utiliser : les mecs sont tellement éberlués de voir unE Blanche avoir recours à leur service qu’ils ne pensent même pas à gonfler les prix. Œuf corse, les motos ont elles aussi leur comptant d’autocollants, fausses fourrures fluo et scotchs fleurant bon la classe et le bon goût.

[Dommage encore une fois que je n’ai pas trouvé ni n’ai fait de photo classe de la chose : les « stations » de taxi mot ont pourtant, avec leur touche Easy Rider, un sacré touche.]

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Tit exemple de « hoooo quelle est belle ma bécane Kin’ style

Tit exemple de « hoooo quelle est belle ma bécane Kin’ style

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Avec les taxis voiture collectifs, on jumpe côté prix : la masse ne les utilise pas, il faut au moins appartenir à ce qu’on appelle chez nous la classe moyenne (qui reste, dans la plupart des pays africains, encore en voie d’apparition) pour pouvoir se les offrir régulièrement. Les premières fois ça décontenance un peu : plus que des taxis, ce sont des bus améliorés : ils font un trajet et un seul, mais s’arrêtent à la demande du client quand il est arrivé à destination plutôt que de s’arrêter uniquement à des stations. Tout comme les bus collectifs, tout bagage, même très lourd et même très volumineux, sera accepté. Je n’en ai pas vu à Nairobi (ce qui ne signifie pas qu’ils n’y existent pas).

Enfin, les taxis tout court : une voiture qui ne prend qu’une demande à la fois. Là, ça varie beaucoup en fonction des villes et des pays. A Nairobi, en dehors du quartier des boîtes et bars, il était extrêmement difficile de trouver un taxi disponible après 21h si l’on ne passait pas par une centrale d’appel, et la plupart refusait de desservir autre chose que les quartiers résidentiels. C’est le mode de transport des riches en transit ou des touristes. Les prix…. Disons que puisqu’il n’y a jamais (ou presque, et la seule fois où j’ai vu ça –à Ouagadougou en 2013-, leurs tarifs étaient à 400% du prix du marché hé hé hé) de prix affichés, le montant demandé/négocié sera toujours le fruit d’un savant calcul en fonction du statut social que le chauffeur supputera être celui de son client, et toujours très largement au-dessus du prix local réel quand il sera destiné à un Etranger.

     –  Avoir sa voiture

S’il y a bien une chose qui a changé entre ma première fois africaine il y a une vingtaine d’années et aujourd’hui, c’est le nombre de voitures dans les rues des villes africaines. A Ouagadougou en 1997, on pouvait compter le nombre de caisses rencontrées en une journée, et la quasi totalité appartenait à des Blancs. Aujourd’hui les routes des capitales ressemblent au périph’ à 18h en semaine : tout cadre africain possède sa/ses bagnole/s, et le syndrome mesurage de bite statut social affilié à la marque/la taille/la brillance des chromes fait des ravages. Considérant la nature très particulière du trafic et du réseau routier dans les capitales africaines, un fou rire me tiraille toujours le bide quand je vois un 4/4 suffisamment grand pour excéder la taille de ton salon de parisien bohème mais pas bourgeois, ou mieux encore (moins courant aussi il faut le reconnaître) quand je croise une putain de voiture de course rutilante au châssis à moins de 20 cm du sol dans ces coins où avoir accès à une route bitumée, plate et sans nid-de-poule est aussi courant que devenir président de la République après avoir fait le buzz sur youporn pour s’être tapé une mannequin en polystyrène à tête de vache en sniffant de la colle.

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LA voiture idéale à Kinshasa : un vrai 4/4 mais en format twingo

LA voiture idéale à Kinshasa : un vrai 4/4 mais en format twingo

photo Rav 4. ***

– Utiliser ses pieds

A l’exception de Nairobi (‘tain, ce sont des Xmen ces types qui font du vélo à Nairobi : sans même parler du côté wild du trafic, on parle quand même d’une ville ou le plat n’existe pas et qui ne descend jamais à moins de 1600m d’altitude hein. Non, respect éternel !), je n’ai jamais vu (en RDC, au Sénégal, Burkina, Congo, Gabon, Zimbabwe, Ethiopie) quiconque utiliser un vélo comme moyen de locomotion habituel (si ce n’est comme succédané de charrette pour transporter des marchandises), et encore moins des rollers, patinettes et autres skate.

Il reste donc les pieds. Se bouger le fion quoi.

Alors, soyons clair : si tu prends en considération tout ce qui précède, tu devines bien que beaucoup de gens les utilisent, leurs pieds. Mais TOI, toi le riche/le Blanc/le zig tout court, il est impensable que tu marches. Marcher, c’est pour les pauvres. Marcher : on ne marche que lorsqu’on ne peut pas faire autrement. Marcher quand tu peux te payer une course en transport ou que tu as une bagnole, c’est impossible, ça fait buguer les gens, carrément. Là encore il y a des variations selon les pays, mais on reste toujours dans le même paradigme. (de quoi faire un post à soi tout seul ça, le rapport à la marche !).

Mais pour être honnête, marcher limite forcément les déplacements, sans même parler du climat : Paris est minuscule comparé à Kinshasa ou Nairobi. Vraiment minuscule. Ce qui implique, à moins d’être un putain d’athlète, de rester à peu de choses près dans son quartier.

Le réseau routier

Une fois posés les différents moyens de locomotion à disposition, il faut avoir à l’esprit la Toile sur laquelle ils s’utilisent.

Kinshasa, même dans ses trois communes riches, a peu, très peu de routes bitumées. Et même celles-ci comptent toutes ou presque des trous (on te parle pas de quelques centimètres hein, non non, on parle de gouffres dans lesquels une berline urbaine de base s’encastre pour de bon), fissures et autres joyeusetés. Il pleut des torrents les ¾ de l’année, ce qui transforme les rues en marécages dans le meilleur des cas et en torrents de boue dans le pire (des dizaines de morts chaque année durant les saisons des pluies dans les quartiers les plus pauvres.)

**** photo rue

Cette rue, par exemple, se situe dans LE quartier le PLUS RICHE et le mieux équipé de Kinshasa (la commune de la Gombe), celle où sont situés toutes les ambassades, les ministères et la plupart des expatriés tout comme une bonne part de l’élite congolaise).

Cette rue, par exemple, se situe dans LE quartier le PLUS RICHE et le mieux équipé de Kinshasa (la commune de la Gombe), celle où sont situés toutes les ambassades, les ministères et la plupart des expatriés tout comme une bonne part de l’élite congolaise).

plein d’eau :

Ajoutons à cela la quasi inexistence de panneaux d’indication de direction, d’une part, et la rareté des panneaux de signalisation tout court et autres futilités que sont les feux rouges et les passages piétons, la plupart du temps purement symboliques car dépourvus des feux susmentionnés.

La RDCongo est pourtant l’une des mieux placées, paraît-il (O.M.G), sur l’échiquier africain à ce sujet. Si si. D’ailleurs, le gouvernorat de Kinshasa a investi lourdement sur la question avec un certain succès côté buzz, avec l’installation d’une dizaine de…. Robots sortis d’un film de SF des années 50 censés réguler le trafic aux principaux carrefours de la ville. Lesquels ne marchent jamais plus d’un jour sur 5.

*** les 2 tof

Voilà, donc, un exemple de "robot-roulage", celui de Kitambo Magasin en l'occurence.

Voilà, donc, un exemple de « robot-roulage », celui de Kitambo Magasin en l’occurence.

s des robots***

Voilà. Le tableau est brossé.

Forcément, avec un bordel pareil, la circulation serait de tout repos que l’on sauterait à pieds joints hors de toute probabilité de Réel…

Sur la route un sith jedi tu seras

Vu que je suis principalement parisienne dans ma vie hexagonale, je sais ce que c’est que des automobilistes adeptes du n’importe nawak speedesque bien agressif. Sans doute la raison pour laquelle, malgré tout, dans les bons jours, je ne trouve pas la circulation kinoise si angoissante.

Je suis d’une totale mauvaise foi.

Je sais pas toi, mais quand les faits suivants appartiennent à l’ordinaire, j’ai du mal à rester zen.

  • Se mettre au point mort au milieu de la rue tous feux éteints, ou mieux encore, en plein virage (en général pour téléphoner mais c’est pas forcé)
  • Voir une bagnole retournée (au sens propre du terme) sur le côté de la route
  • Voir une bagnole juchée en équilibre sur les séparateurs de file/le poteau électrique/le feu plus du tout rouge
  • Voir une caisse rouler à contre-sens d’une 4 voies sur 400 mètres
  • Les pleins phares à 99,9% du temps de nuit
  • Un 45 tonnes arrêté à la perpendiculaire de ce qu’on appellerait ailleurs une nationale quand ce n’est pas une autoroute.
  • les queues de poisson sous toutes leurs formes

La queue de poisson est tout un art en fait, on peut même considérer que tout vrai permis de conduire congolais devrait en inclure une dans l’épreuve de conduite tant cela fait partie intégrante de la conduite à Kin, que tu le veuilles ou pas d’ailleurs : vu que personne ne respecte le principe de voie (genre si tu veux tourner à gauche tu vas dans la file d’extrême-gauche, mais seulement dans ce cas : « Tssssss, en tous cas toi tu es vraiment compliqué ») et que l’embouteillage spontané est carrément élevé au rang de l’art conceptuel ici (exemple : vous êtes à 5 autos sur un boulevard à 8 voies ; poussée par une dizaine de gars, une charrette surmontée de 500 kg de manioc le remonte et un sac tombe. Les 2 bagnoles arrivant devant la dite charrette et son sac auront 8 chances sur 10 de se tourner en tête bêche en bloquant toutes les voies. 10 mn plus tard, le boulevard est bloqué sur 500 mètres pour une bonne demi-heure minimum. Voilà voilà)

Les camions, les grooooos bus taille RATP le pratiqueront tout aussi allégrement que les autres hein. Evidemment.

Même sans aller chercher jusque là, il est clair que si tu veux faire plus de 300 mètres en moins d’une heure, il te faudra impérativement maîtriser l’art d’« entrer la tête », c’est-à-dire foncer dans le tas au dernier moment pour espérer pouvoir tourner.

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 Voilà à quoi ressemble la circulation à Kinshasa dans un bon jour. Jeune padawan, si tu parviens à identifier le sens dans lesquels roulent l’ensemble des voitures de cette photo en moins dune minute tu auras gagné ton premier sabre laser…

Voilà à quoi ressemble la circulation à Kinshasa dans un bon jour. Jeune padawan, si tu parviens à identifier le sens dans lesquels roulent l’ensemble des voitures de cette photo en moins dune minute tu auras gagné ton premier sabre laser…

rafic.

Bien sur, vous pourrez rencontrer un camion sur une route en boue terre de 2.5m de large.

Et il y a les piétons. Autant ceux-ci (sans doute parce qu’ils tiennent à la vie) sont très vigilants à Nairobi, autant les piétons kinois pensent être les fils cachés d’Iron man. Entendons par là que le piéton kinois aura une tendance affirmée à traverser au dernier moment en surgissant de ton angle mort, y compris en pleine nuit (alors qu’il n’y a pratiquement pas de lampadaires en état de fonctionnement, ce qui change quelque peu la donne), d’une part, et une tendance non moins prégnante à ralentir quand il te voit arriver. Il est même assez fréquent de le voir s’arrêter au beau milieu de la chaussée pour tailler le bout de gras, ou, version plus-je-cherche-le-fight, à te détailler des cheveux à la taille pour bien marquer sa désapprobation de ne pas avoir la rue à lui tout seul.

Manque encore une touche essentielle pour avoir une image à peu près ressemblante du trafic routier kinois : le bruit. Genre le périph c’est pipi de chat moi je te le dis. Car en plus des harangues des chauffeurs de taxis et bus collectifs indiquant leur destination aux péquins –qu’on retrouve partout en Afrique noire- tu dois rajouter une utilisation hystérique permanente du klaxon. Quand je dis permanente, je pèse mes mots. Les grosses artères de la ville sont un chaos excédant largement les 200 db de 6 h du mat à 10h du soir.

Beaucoup de ces caractéristiques se retrouvent dans d’autres grandes villes africaines, mais parmi celles où j’ai vécu, aucune n’a cette saveur propre à Kinshasa qui fait que, en fin de compte, ça donne le sourire si tant est qu’on veuille le voir.

N’oublie pas de cliquer « j’aime », l’éclat de diamant de la route kinoise

A lire tout ce qui précède, on pourrait résumer la circulation kinoise comme un avatar de l’enfer sur Terre où seuls les enfoirés total égoïstes naviguent.

Et pourtant…. Si les Latins « parlent avec les mains », les Kinois, eux, conduisent en langage des signes.

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Les conducteurs indiquent leur déplacement (ou plutôt leur désir de déplacement) par des mouvements de la main codifiés. Si cette pantomime permanente peut sembler participer au foutoir général, parmi tous ces gestes il en est un qui me donne toujours le sourire et qui permet d’en récolter à foison :

Quand un véhicule en laisse passer un autre (le doubler, tourner, traverser une rue, s’arrêter convenablement), l’autre sortira sa main et lèvera le pouce.

Presque toujours (je dirais environ 8 fois sur 10). Et en général avec un grand sourire.

*** pouce

Ce petit geste à la con, quand il n’est pas virtuel, bin ça fait toujours chaud au cœur.

Ce petit geste à la con, quand il n’est pas virtuel, bin ça fait toujours chaud au cœur.

levé :

Je sais pas moi, mais j’imagine mal à Paris ce genre d’attitude : oui c’est vrai les tires filant en sens interdit, montant sur les trottoirs ou passant d’une file à l’autre au dernier moment ne sont pas très courant (lol), mais en dehors des insultes si françaisement colorées je n’ai pas trop vu d’interactions entre les conducteurs, et jamais de pouce levé avec un grand sourire.

Mieux encore : si vous lever le pouce en préventive (longue pratique perso), le type qui était prêt à plier ton capot contre ce camion essence sans autre façon s’arrêtera à presque tous les coups ; le flic (Hummmmmmmmmmmmm, un autre article peut-être, un jour) renoncera avec un haussement de sourcils surpris à bloquer ta caisse pour te soutirer tes dollars.

C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. En tous les cas ça change ma vision du truc quoi : ça donne l’impression de rencontrer des dizaines de nouveaux copains à chaque fois qu’on prend la route et ça redonne espoir dans le côté choupi de l’humanité : si, dans ce bordel foutraque, des gens sont capables de rester cool, alors le meilleur est possible.

Le pouce levé ou la splendeur de la circulation routière à Kinshasa.

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Charlie à Kinshasa

Posted in Act up!, Big A(frica), Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo), Retrouvons les vraies valeurs with tags , , , , , , , , , on 5 février 2015 by violemmenthumaine

 

Salut mon Inconnu/e préféré/e !!!

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Détail article page 3 du journal congolais le Phare du 3 février 2015.

Détail article page 3 du journal congolais le Phare du 3 février 2015.

* fermeture réseaux sociaux.

UPDATE pré article (comment ça c’est un non-sens sémantique ?):

Bon, vous le savez, ou pas, mais le beau pays Fort Fort lointain où je réside à nouveau depuis quelques mois a connu et connaît les prémisses d’un nouvel épisode de grand foutoir depuis quelques semaines.

Explication rapide : le président actuel, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2002, finit actuellement son deuxième mandat quinquennal (les deux premières années au siège présidentiel n’ayant pas été le fruit d’un vote démocratique mais le résultat des accords de Sun City, qui ont mis « fin » à la guerre). La constitution interdit, comme dans pas mal de pays dont le notre, de prétendre à un troisième mandat. Or celui en cours se finit en 2016.

Joseph a donc tenté de voir si y’avait pas moyen de changer la constitution. La réaction de la « communauté internationale » a visiblement suffi à lui faire abandonner l’idée pour le moment. Il fallait donc trouver autre chose. Qu’à cela ne tienne : il se donnerait du temps (celui de voir comment la « communauté internationale » réagira aux aléas électoraux de ses voisins, en l’occurrence le Burundi et, surtout, le Rwanda) en repoussant les élections par le biais de la loi électorale. Kesaco ? Au Congo comme partout ailleurs, chaque élection est précédée du vote d’une loi électorale, qui rappelle ou précise les modalités de la dite élection. Chez nous, ça passe comme une lettre à la poste car la loi électorale ne change pas grand-chose et se contente de rappeler le nombre des circonscriptions, ce genre de choses. Ici, la majorité électorale a tenté d’ajouter un petit article, l’article 8, qui assujettissait la conduite des élections à celle d’un recensement national, ce qui, d’un point de vue « transparence et vérité des élections », peut sembler pertinent, ce d’autant plus que le dernier recensement date quand même de 1984 (!!!! Depuis, les organisations nationales et internationales ne travaillent que par des projections. N’oublions pas non plus qu’on considère que près de 75% de la population n’est pas enregistrée à l’état civil –normal, c’est payant-).

Le hic, c’est que dans ce pays aux dimensions continentales doté d’infrastructures proche du néant, un recensement ne peut se faire en moins de 2 ans. Comme la majorité savait très bien que le truc n’allait pas passer comme un couteau dans du beurre, elle a fait voter la loi par l’Assemblée Nationale en catimini dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 janvier. Lundi 19, c’était le darwa : manifestations, et, comme souvent ici et n’importe où quand une majorité écrasante de la population vit dans une misère crasse alors que le pays est de plus en plus riche, des pillages. Le bordel a duré quatre jours, jusqu’à ce que le sénat (qui, comme chez nous, doit revoter la loi après l’Assemblée), qui avait suspendu ses délibérations dès le lundi midi, déclare qu’il laisse tomber l’article 8. Le week-end d’après, dans la nuit du dimanche au lundi, une nouvelle loi, conçue par une commission mixte Assemblée/sénat, a été votée, sans le fameux article 8 mais avec tout plein d’alinéas, dont l’article 115, qui maintiennent, ce dans un flou artistique propice à l’apaisement des foules, la conditionnalité des élections au recensement.

Dès le deuxième jour, soit le mardi 20 janvier, le gouvernement, pour minimiser les capacités d’organisation des mouvements d’opposition et de la jeunesse (ici comme ailleurs, les salops d’étudiants ont été particulièrement actifs, et Unikin, l’université spécialisée en sciences humaines/sciences politiques/droit, a été l’un des foyers d’insurrection les plus actifs, ce même alors que la force publique congolaise l’ait encerclée dès les premières heures), a purement et simplement fermé les signaux des fournisseurs d’accès à Internet, et rendu impossible l’envoi de textos sur tous les réseaux téléphoniques (il y en a globalement 5 en RDC). Au bout d’une semaine, le pays accusait des pertes de 19 millions de $ américains par jour !!. C’est qu’ici comme ailleurs, l’économie entière, à commencer par les banques, fonctionne désormais entièrement via le web. Le gouvernement a donc ré-ouvert les vannes d’Internet… Pour les entreprises, et seulement pour les boîtes emails, les sites et pages business. A ce jour, soit mercredi 5 février, il est toujours impossible de se connecter à un réseau social (Facebook, Twitter, Snapchat, Tumblr, mais aussi LinkedIn), de recevoir ou envoyer un texto, et de surfer d’une manière ou d’une autre sur son téléphone mobile (ceux-ci utilisaient la 3G, et ce système là, lui, n’a pas été réactivé du tout). Comme je fais partie des privilégiés, je suis donc, après plus de deux semaines sans connexion -ce qui n’est pas un drame en soit voyez, mais peut être problématique quand vous vivez à des km de votre famille et que la presse claironne que ça pète un peu un peu là où vous vous trouvez-, et pour une somme équivalente au salaire mensuel de la plupart des femmes de ménages et gardiens du coin, passée à la 4G.

Personne ne sait quand le gouvernement congolais remettra les réseaux à la « normale », ce qui laisse présager de nouveaux soubresauts, et peut légitimement mener à conclure que l’article 115 (remonte un peu tu verras de quoi je parle) n’est pas là pour rien, et que peut-être, d’ailleurs, la loi passée ne sera pas promulguée. Voui : ici, comme dans plein d’autres pays, la promulgation des lois dépend, après vote à l’Assemblée puis au Sénat, de la ratification présidentielle… dans les 15 jours qui suivent le vote au Sénat. Soit dimanche prochain. Le suspens est à son comble et comme les Léopards, l’équipe nationale de foot congo-zairois, a perdu son match de demi-finale de la CAN hier soir, la population n’est à nouveau plus distraite….

Tout ceci explique pourquoi l’article suivant peut sembler si retardataire, voire franchement dépassé. Mais l’actualité ci-dessus évoquée éclaire plus violemment encore ce que je voulais dire ici. Voyez : Charlie/LIBERTE D’EXPRESSION/FERMETURE D’INTERNET. OK ??

*** article de la page 3 du journal con

article de la page 3 du journal congolais le Phare du mardi 3 février 2015.

article de la page 3 du journal congolais le Phare du mardi 3 février 2015.

golais le Phare du mardi 3 février 2015.

Bon. Ceci acquis, passons si tu le veux bien mon Inconnu/e, à ce qui m’a tellement énervée. :

Je ne voulais pas rajouter un grain de sable dans le marigot hystérique mondial autour de la mort d’icônes de ma jeunesse (initiation sexuelle via Wolinski à la fin du collège, –ouais je sais ça fait zarbi en ces temps de youporn que voulez-vous j’ai plus de 25 balais-, période punk, et, vraiment jeune cette fois-ci, les caricatures de Dorothée –truc de ouf non, que quelqu’un paye quelqu’un d’autre pour se faire caricaturer !!-) : tout se dit et continuera un petit moment à se dire, y compris du très con qui met en colère et qui donne envie de pleurer, et pas souvent ce que je pense -et non je ne suis pas l’auteure de cet article, mais, comment dire, c’est tellement ce qu’il y a dans mon cœur et ma tête que voilà je le mets direct en lien).

 

Mais, sans doute parce que je me suis sentie, ici à Kinshasa, très, très, très seule et par là très, très, très triste, je suis en colère, très en colère. Alors si, je vais parler comme tout le monde de « Charlie ». Mais ici, à Kinshasa.

Mise en bouche (parce que, même si les journaux et plus encore les réseaux sociaux l’oublient plus ou moins involontairement, le contexte, c’est TOUT)

Chère/er Inconnue/u, le Pays Fort Fort Lointain qu’est la République Démocratique du Congo est beaucoup, beaucoup de choses, mais pas vraiment une Démocratie où l’Etat de Droit et la Liberté d’Expression dépassent le vague concept, comme les derniers événements le montrent plus que bien.

Tu vois par exemple, quand tu es journaliste ici et que tu veux dire ou écrire autre chose que « Ouah c’est cool ce que vous faîtes messieurs du gouvernement », c’est, souvent et depuis longtemps, risquer sa vie, et, parfois, la perdre.

*** Bilan liberté

Petit extrait par capture d’écran du bilan 2014 de la liberté de la presse de RSF, page sur la République Démocratique du Congo.

Petit extrait par capture d’écran du bilan 2014 de la liberté de la presse de RSF, page sur la République Démocratique du Congo.

presse RSF 2014***

Tu vois par exemple, trouver que tenter –et réussir- de changer la loi électorale pour faire semblant de ne pas changer la constitution et ainsi pouvoir briguer un autre mandat ou, en l’occurrence, l’allonger éhontément, c’est pas normal et, donc, manifester devant l’Assemblée Nationale, c’est savoir que l’on va se faire caillasser par les flics. Lundi 12 janvier par exemple, et puis aussi lundi 19, où la première réaction policière a été de tirer à balles réelles. Pas de liberté de manifestation ici.

*** congo cl

Carte interactive du classement de la liberté de la presse dans le monde 2014 . Reporter Sans Frontières. La RDC est donc classée 151ème (sur environ 180).

Carte interactive du classement de la liberté de la presse dans le monde 2014 . Reporter Sans Frontières. La RDC est donc classée 151ème (sur environ 180).

assement**

 

Tu vois, il y a deux semaines, quand les étudiants ont voulu exprimer leur opinion, certains d’entre eux, et pas qu’un peu, ont fini à l’hôpital, et en sont mystérieusement sortis dans des camions de la force publique, quand ils n’ont pas été purement et simplement exécutés (dans l’hôpital oui oui). L’activiste droitsdelhommiste (tu sais, cette « insulte » inventée par l’un de nos ex présidents) qui était présent lors de ce haut fait d’armes, a, lui aussi, connu quelques bricoles…

C’est le cas dans plein d’autres pays, comme l’ont fait si finement remarquer tout plein de journaux après le défilé de présidents divers et variés dimanche 11 janvier à Paris (et tant pis si ce fait précis est une première dans l’histoire, tant pis si, plus qu’une hypocrisie sur la liberté d’expression, cela révèle, à mon sens, autre chose, comme par exemple, un amour de la France et la persistance de son importance sur l’échiquier mondial –toutes choses qui ne vont pas dans le sens de beaucoup, dont l’histrion en tête de gondole éditoriale en France en 2014- et, aussi et bien sur, un consensus politique contre le fondamentalisme islamique, plus spécialement sous sa forme terroriste).

C’est même parfois –rarement c’est vrai, mais quand même- le cas chez nous (on n’est que 39ème dans le classement RSF hein). C’était plutôt courant sous notre intouchable Général, et ça a connu un renouveau flippant sous notre précédent Président. Et l’hystérie consécutive à « Charlie » ne tend pas à prouver que la Liberté d’Expression est réellement constitutive de notre pays. M’enfin bon.

D’un autre côté, contrairement à nombre d’autres pays du monde, le Congo ex Zaïre abrite peu de musulmans, lesquels n’ont aucun poids politique ni démographique à Kinshasa. La France ne provoque pas non plus d’animosité particulière dans le pays. Pas de risque particulier, donc, à soutenir Charlie Hebdo ici (contrairement à d’autres pays comme le Sénégal ou le Niger, où des manifestations anti-françaises se sont déjà déroulées.)

 

Vous gardez ça en mémoire pour la suite ?

Bien.

Ambassade : représenter la France, oui, mais pas Charlie

Il y a une Ambassade de France à Kinshasa. Il y a aussi une Alliance française, et un Cercle français.

Certaines/s des Inconnues/s qui viennent ici ne savent pas trop ce que c’est, cette Alliance et ce Cercle ?

Les Alliances françaises sont des centres culturels. Présentes dans presque tous les pays du monde, parfois sur plusieurs sites dans un même pays, elles « représentent la culture française et l’ouverture sur le monde ». Les Alliances proposent des programmes d’enseignement du français, sanctionnés par des diplômes reconnus par l’état, et des programmes culturels, centrés sur la culture française et celle du pays d’accueil : médiathèque, expositions, concerts, diffusion de films, de ballets, de pièces de théâtre, organisation de débats…. La plupart des Alliances possèdent au moins un petit bar voire un restaurant. C’est le cas à Kinshasa, ce dernier étant doublé d’une grande terrasse, l’un des lieux les plus courus de la ville, y compris par les congolais –de classe aisée bien sur-.

Il s’agit de structures étatiques, c’est-à-dire que les équipes directrices sont des fonctionnaires, nommées par l’Etat (même si le budget national alloué au financement des Alliances françaises à travers le monde a prodigieusement –plus de 70% !!!!!- diminué depuis vingt cinq ans).

A Kinshasa, l’Alliance et ses différentes structures sont ouvertes du lundi au samedi jusqu’environ 23h, plus lors des soirées-concerts, mais est totalement fermée le dimanche.

Le statut du Cercle français, ou « Maison de France », est moins « officiel »: ici à Kinshasa, il appartient à l’UFE (Union des Français de l’Etranger), l’une des deux plus importantes associations d’expatriés français. Théoriquement apolitique et relevant d’un statut associatif, l’UFE est cependant reconnue d’utilité publique et a des liens plus que privilégiés avec l’Ambassade française dans tous les pays où j’ai séjourné. A Kinshasa, le Cercle français jouxte l’Alliance française, qui elle-même partage sa concession avec le complexe scolaire secondaire français. Le Cercle propose quelques vagues manifestations commerciales culturelles de type marchés artisanaux ou foire aux vins, mais surtout de nombreuses activités, sportives principalement, le tout à l’intérieur de son complexe : un petit bâtiment, deux courts de tennis et surtout une piscine, un bar aux tarifs prohibitifs et aux snacks parmi les plus dégueulasses de la ville, et l’un des restaurants les plus onéreux de Kinshasa, modestement et très apolitiquement nommé le Petit Trianon.

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Le petit Trianon (Source)

Le petit Trianon (Source)

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Le mur d’entrée de la concession du Cercle est orné d’un gigantesque « coq français » en céramique, à gauche de l’entrée, plus un autre aux couleurs du drapeau, peint, sur le mur à droite, sous l’inscription « Maison de France ».

Le Cercle est ouvert tous les jours mais ferme à 22h, et à 17h le dimanche.

Voyez le tableau ??? Tout cela représente, de manière très officielle donc, la France.

Je répète : ces lieux représentent la France à Kinshasa.

Quelles ont été les manifestations organisées par ces différentes structures ?

  • Le Cercle : rien, nada, nibs de nibs. L’UFE, au niveau international, s’est quant à elle fendue d’une manifestation hyyyyyyyyyyyyyyyyyyyper lourde question impact et représentativité : une « marche virtuelle », dont la complexité (il suffit, si tu es inscrit à l’UFE, de cliquer une fois au bon endroit après avoir indiqué le pays où tu crèches) démontre avec brio la nécessaire implication des participants et la diffusion ultra large (non seulement il est impossible de partager le truc via un quelconque réseau social grand public, mais la dite marche ne figure pas sur les sites des délégations nationales de l’UFE, en tous cas pas celle du Congo) suffisent à faire oublier le fait pas du tout foutagedegueulesque que la dite marche a été mise en ligne…. Le 14 janvier. Quoi vous trouvez que c’est un peu tardif comme action et que ça fait un peu pas très « unité nationale » comme approche ??! Vous êtes d’une totale mauvaise foi, d’ailleurs moi je propose que le prochain 14 juillet soit fêté le 25 aout.

*** marche

caapture ecran UFE 1

Exemple d’e-communication ultra efficace, donc.

Exemple d’e-communication ultra efficace, donc.

1 +2***

  • L’Alliance : organisation, dès le vendredi qui a suivi les exécutions de la rédaction de Charlie, d’une exposition d’illustrations satiriques autour de l’événement pendant un mois. Rien d’autre, pas de débat, pas de réunion proposée, pas d’ouverture le dimanche de la marche nationale.

Sauf que j’y suis allée, voir « l’expo ». Abritée dans la médiathèque, c’est-à-dire pas dans le hall dédié aux expositions, les vraies. Elle se résume à un panneau de liège recto/verso sur lesquels ont été scotchés des photocopies en noir et blanc, pas franchement lisibles, de pages de journaux congolais ayant couvert l’événement, et un demi-panneau sur lequel ont été scotchées une photo de Cabu (en couleur, lui) et de Wolinsky. Ça c’est de l’investissement, ça c’est de l’hommage, une vraie réflexion sur le concept de caricature et de la liberté d’expression !!….

Peut-être que des gens ont été aussi un peu énervés par la chose, vu que, depuis la semaine dernière, est prévue de surcroît, pour le mois de février, un deuxième « expo », toujours dans les mêmes conditions, soit sur les panneaux en liège dédiées aux petites annonces de la médiathèque, présentant des caricatures (sur l’événement?) conçues par différents dessinateurs congolais. On verra bien ce qu’il en est….

 

  • L’Ambassade : mise à disposition d’un « livre d’Or » !!!! Sérieux, j’ignore qui est le/la responsable communication de l’Ambassade, mais, comment dire, il ou elle témoigne d’un manque d’à propos dans le choix de la terminologie quelque peu hallucinant. On aurait pu dire, bien des choses en sommes, en variant le ton, comme par exemple livre de soutien, cahier de témoignages citoyens, recueil de condoléances…. Le dit livre n’a été accessible que pendant 3 jours, du 12 au 14 janvier, soit après le jour de deuil national et après la marche nationale, et seulement pendant les heures d’ouverture, et pas une minute de plus. Il était disposé à l’intérieur du bâtiment consulaire, soit bien APRES le passage des contrôles d’identité, ce qui signifie que pour les personnes n’étant pas ressortissantes françaises et ne cherchant pas à avoir de visa, bin c’est mort : si t’es pas français t’as pas à te sentir touché par l’événement et en tous les cas pas le droit de vouloir témoigner de ton soutien aux morts, à leurs familles ni à la France. C’est ce qu’on appelle un coup de comm’ de folye côté « ouverture sur le monde » ça coco!!

Le fameux dimanche 11 janvier, quand plus de 3 millions de français communiaient ensemble, le fameux « Livre d’Or » n’était pas encore disponible, l’Ambassade était fermée as usual et n’avait rien organisé, pas même un discours (ce jour là, ni avant, ni après), l’Alliance était aussi fermée et le Cercle restait identique à lui-même.

Quand un ressortissant français eut la bonne idée de mobiliser son large réseau (pas comme le mien donc) pour inviter ses compatriotes et ceux qui voulaient à se rejoindre autour d’un verre ce fameux dimanche, le tout à 19h au Cercle et en a officieusement informé l’Ambassade, le Cercle n’a pas prolongé ses heures d’ouverture malgré le côté exceptionnel de la chose. Assez logiquement, quand les gens sont arrivés dans leur voiture et qu’ils ont vu le portail fermé, ils sont donc repartis (à ma connaissance au moins une cinquantaine de personnes).

Voilà.

« Union nationale », « événement national », « deuil national », « atteinte à la France » ??? Pour l’Ambassade et ses petits chiots, cela n’est pas entré en ligne de compte, cela ne méritait pas qu’on en fasse pas même une occasion de se réunir.

 

Cerise sur le gâteau

Comme si cela ne suffisait pas, il s’est passé un truc…. Un truc tellement merveilleux que cela m’a fait passer l’envie d’aller inscrire quoi que ce soit dans ce si mal nommé « livre d’or », de peur de ne pas réussir à réfréner mon envie subite d’insulter le personnel de l’Ambassade, digne représentation de la « France des Droits de l’Homme ».

Le vendredi qui suivit les exécutions chez Charlie, une petite quinzaine de personnes, majoritairement des Congolais mais aussi quelques Blancs (j’ignore s’ils étaient français), se sont regroupés devant les murs de l’Ambassade de France avec des panneaux « je suis Charlie ». Ils ne criaient pas, ils n’ont pas tenté de pénétrer dans l’enceinte de l’Ambassade. Ils étaient juste là pour soutenir Charlie et son pays. Notre pays et sa valeur « sacrée » qu’est la liberté d’expression.

Que croyez-vous, chers/ères Inconnus/es, qu’il se passa ?

Hé bien la « manifestation », soit 15 quidams silencieux avec des feuilles A4 brandies les bras levés, donc à l’évidence une foule outrageusement belliqueuse, fut « dispersée » par les jolis Robocop locaux, les joyeux drilles de la PIR, c’est-à-dire l’équivalent de nos CRS, uniforme compris.

***rob

les Robocop kinois, ce sont eux. (Ceci est un recadrage d’une photo de © Christophe Rigaud, lors de la manifestation, ou plutôt la tentative de manifestation contre la réforme de la loi électorale du lundi 12 janvier 2015 à Kinshasa)

Les Robocop kinois, ce sont eux. (Ceci est un recadrage d’une photo de © Christophe Rigaud, lors de la manifestation, ou plutôt la tentative de manifestation contre la réforme de la loi électorale du lundi 12 janvier 2015 à Kinshasa)

ocop 

Yes.

Oui oui oui.

Des gens, des Congolais, sont venus témoigner pacifiquement de leur soutien à la « valeur française » qu’est la liberté d’expression et aux « morts nationaux » que sont les 12 (ce jour là, à cette heure là, les 5 autres étaient encore en vie) personnes de la salle de rédaction de Charlie Hebdo devant l’Ambassade de France, et furent violemment (ici la Force publique est rarement autre chose que violente) remis à leur place : le néant.

Last but not least : le truc, c’est que la vitesse de réaction de la force publique congolaise est proche de celle de l’escargot. (si les flics et militaires sont là lors des manifestations, c’est qu’elles sont prévues).

Alors, même si je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, on peut légitimement supposer à défaut de savoir, que c’est quelqu’un de l’Ambassade, et forcément quelqu’un de haut placé, qui a appelé les Robocops.

Nausée et double gerbouille.

A part ça tout est normal hein.

« Etre né sous l’signe de l’hexagone c’est pas franchement une sinécure

Et le roi des cons sur son trône il bosse à l’ambassade de France à Kin ça j’en suis sure. » (Renaud m’excusera de déformer son texte).

Et Bonne Année à toutes et tous mes Inconnus/es.

Pour vous la souhaiter de manière moins pas glop, voici la principale caricature congolaise sur Charlie.

**** je su

© Kash

© Kash

is charlie***

 

UPDATE Post article :

Rayon connerie made in French Ambassy, sur un tout autre sujet, celui de la protection des ressortissants, ils ont fait très fort lors de la semaine d’émeutes et répression policière. Vraiment fort. En gros, ils ont juste… rien fait.

Le truc le plus top moumoute, c’est que leurs consignes (en gros, « ne sortez que si c’est nécessaire et évitez les foules ») ont été transmises…. Sur leur site Internet. C’est-y pas fort ça, quand le pays entier s’est retrouvé sans accès au Net ?

Mais ils n’ont pas fait, ou plutôt pas pas fait, que ça. Alors que la Belgique, le Canada, les USA, ont fermé leurs écoles dès le mardi, alors que toutes les écoles publiques et privées congolaises ont fait de même (quand, en ce qui concerne les universités, elles n’étaient pas occupées par des étudiants en colère évidemment), la France…. N’a juste rien fait. Du tout.

Il faut savoir que, contrairement à ce qui se passe sur le territoire français où les proviseurs/ses sont responsables directement de la sécurité de leurs élèves et ne reçoivent de directives que du rectorat et du préfet, les directeurs d’établissements français à l’étranger sont assujettis aux consignes de l’Ambassade. Théoriquement, ils ne peuvent rien décider de leur propre chef. Le résultat magnifique de cet état de fait et de l’inertie absolue de l’équipe de l’Ambassade de France à Kinshasa a été que les élèves se sont retrouvés entre 3 et 5 par classe (bin oui, les parents ne sont pas cons), et que tous les jours de cette semaine faste, les élèves qui venaient étaient invités à repartir entre 2 et 4 h après leur arrivée. Invités seulement, vous noterez. Les pauvres mômes de parents optimistes qui se sont retrouvés en classe le jeudi, par exemple, ont regretté amèrement leur présence, puisque, dans la classe de mon gnome en tous cas, un prof ultra brillant a eu l’idée de « les faire parler »… et n’a plus ouvert la bouche pendant que les gamins échangeaient leurs expériences traumatiques internationales diverses en alimentant ainsi leurs peurs, ce sans que la charmante prof ne songe que son « idée brillante » aggravait les choses plus qu’elle ne les calmait. Heureusement que mon gnome à moi est exceptionnel côté flegme hein. Enfin bon.

Le truc qui rend ces faits encore plus « pertinents » et pas du tout choquants, c’est que le complexe maternel/primaire, lui, a suivi des consignes plus strictes et a bel et bien fermé plusieurs jours. Serait-ce que sa localisation l’exposait plus directement de potentiels troubles ? …. Bin en fait c’est plutôt le contraire. L’école primaire et secondaire se trouve au bord du fleuve, juste en face de la résidence de l’Ambassadeur, soit sur l’un des bords de la commune la moins touchée par les troubles quand ils adviennent (à la vérité, ce coin là n’a été touché par les pillages/combats que 3 fois dans toute l’histoire postcoloniale de la RDC hein –en 1993, 2003, 2006 et dans une toute petite mesure en 2011). Par contre, le complexe secondaire,

1) est ouvert,

2) n’a pas de « safe zone »,

3) se trouve de l’autre côté de cette commune, soit à quelques centaines de mètres de la frontière avec une autre commune, beaucoup plus populaire, elle, et où des mouvements ont été signalés.

….. Décidément, vraiment, le Roi des Cons bosse bien à l’Ambassade de France à Kinshasa…

 

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