Archive pour mépris

Charlie à Kinshasa

Posted in Act up!, Big A(frica), Mensonges et plus si affinités, RDC (Congo), Retrouvons les vraies valeurs with tags , , , , , , , , , on 5 février 2015 by violemmenthumaine

 

Salut mon Inconnu/e préféré/e !!!

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Détail article page 3 du journal congolais le Phare du 3 février 2015.

Détail article page 3 du journal congolais le Phare du 3 février 2015.

* fermeture réseaux sociaux.

UPDATE pré article (comment ça c’est un non-sens sémantique ?):

Bon, vous le savez, ou pas, mais le beau pays Fort Fort lointain où je réside à nouveau depuis quelques mois a connu et connaît les prémisses d’un nouvel épisode de grand foutoir depuis quelques semaines.

Explication rapide : le président actuel, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2002, finit actuellement son deuxième mandat quinquennal (les deux premières années au siège présidentiel n’ayant pas été le fruit d’un vote démocratique mais le résultat des accords de Sun City, qui ont mis « fin » à la guerre). La constitution interdit, comme dans pas mal de pays dont le notre, de prétendre à un troisième mandat. Or celui en cours se finit en 2016.

Joseph a donc tenté de voir si y’avait pas moyen de changer la constitution. La réaction de la « communauté internationale » a visiblement suffi à lui faire abandonner l’idée pour le moment. Il fallait donc trouver autre chose. Qu’à cela ne tienne : il se donnerait du temps (celui de voir comment la « communauté internationale » réagira aux aléas électoraux de ses voisins, en l’occurrence le Burundi et, surtout, le Rwanda) en repoussant les élections par le biais de la loi électorale. Kesaco ? Au Congo comme partout ailleurs, chaque élection est précédée du vote d’une loi électorale, qui rappelle ou précise les modalités de la dite élection. Chez nous, ça passe comme une lettre à la poste car la loi électorale ne change pas grand-chose et se contente de rappeler le nombre des circonscriptions, ce genre de choses. Ici, la majorité électorale a tenté d’ajouter un petit article, l’article 8, qui assujettissait la conduite des élections à celle d’un recensement national, ce qui, d’un point de vue « transparence et vérité des élections », peut sembler pertinent, ce d’autant plus que le dernier recensement date quand même de 1984 (!!!! Depuis, les organisations nationales et internationales ne travaillent que par des projections. N’oublions pas non plus qu’on considère que près de 75% de la population n’est pas enregistrée à l’état civil –normal, c’est payant-).

Le hic, c’est que dans ce pays aux dimensions continentales doté d’infrastructures proche du néant, un recensement ne peut se faire en moins de 2 ans. Comme la majorité savait très bien que le truc n’allait pas passer comme un couteau dans du beurre, elle a fait voter la loi par l’Assemblée Nationale en catimini dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 janvier. Lundi 19, c’était le darwa : manifestations, et, comme souvent ici et n’importe où quand une majorité écrasante de la population vit dans une misère crasse alors que le pays est de plus en plus riche, des pillages. Le bordel a duré quatre jours, jusqu’à ce que le sénat (qui, comme chez nous, doit revoter la loi après l’Assemblée), qui avait suspendu ses délibérations dès le lundi midi, déclare qu’il laisse tomber l’article 8. Le week-end d’après, dans la nuit du dimanche au lundi, une nouvelle loi, conçue par une commission mixte Assemblée/sénat, a été votée, sans le fameux article 8 mais avec tout plein d’alinéas, dont l’article 115, qui maintiennent, ce dans un flou artistique propice à l’apaisement des foules, la conditionnalité des élections au recensement.

Dès le deuxième jour, soit le mardi 20 janvier, le gouvernement, pour minimiser les capacités d’organisation des mouvements d’opposition et de la jeunesse (ici comme ailleurs, les salops d’étudiants ont été particulièrement actifs, et Unikin, l’université spécialisée en sciences humaines/sciences politiques/droit, a été l’un des foyers d’insurrection les plus actifs, ce même alors que la force publique congolaise l’ait encerclée dès les premières heures), a purement et simplement fermé les signaux des fournisseurs d’accès à Internet, et rendu impossible l’envoi de textos sur tous les réseaux téléphoniques (il y en a globalement 5 en RDC). Au bout d’une semaine, le pays accusait des pertes de 19 millions de $ américains par jour !!. C’est qu’ici comme ailleurs, l’économie entière, à commencer par les banques, fonctionne désormais entièrement via le web. Le gouvernement a donc ré-ouvert les vannes d’Internet… Pour les entreprises, et seulement pour les boîtes emails, les sites et pages business. A ce jour, soit mercredi 5 février, il est toujours impossible de se connecter à un réseau social (Facebook, Twitter, Snapchat, Tumblr, mais aussi LinkedIn), de recevoir ou envoyer un texto, et de surfer d’une manière ou d’une autre sur son téléphone mobile (ceux-ci utilisaient la 3G, et ce système là, lui, n’a pas été réactivé du tout). Comme je fais partie des privilégiés, je suis donc, après plus de deux semaines sans connexion -ce qui n’est pas un drame en soit voyez, mais peut être problématique quand vous vivez à des km de votre famille et que la presse claironne que ça pète un peu un peu là où vous vous trouvez-, et pour une somme équivalente au salaire mensuel de la plupart des femmes de ménages et gardiens du coin, passée à la 4G.

Personne ne sait quand le gouvernement congolais remettra les réseaux à la « normale », ce qui laisse présager de nouveaux soubresauts, et peut légitimement mener à conclure que l’article 115 (remonte un peu tu verras de quoi je parle) n’est pas là pour rien, et que peut-être, d’ailleurs, la loi passée ne sera pas promulguée. Voui : ici, comme dans plein d’autres pays, la promulgation des lois dépend, après vote à l’Assemblée puis au Sénat, de la ratification présidentielle… dans les 15 jours qui suivent le vote au Sénat. Soit dimanche prochain. Le suspens est à son comble et comme les Léopards, l’équipe nationale de foot congo-zairois, a perdu son match de demi-finale de la CAN hier soir, la population n’est à nouveau plus distraite….

Tout ceci explique pourquoi l’article suivant peut sembler si retardataire, voire franchement dépassé. Mais l’actualité ci-dessus évoquée éclaire plus violemment encore ce que je voulais dire ici. Voyez : Charlie/LIBERTE D’EXPRESSION/FERMETURE D’INTERNET. OK ??

*** article de la page 3 du journal con

article de la page 3 du journal congolais le Phare du mardi 3 février 2015.

article de la page 3 du journal congolais le Phare du mardi 3 février 2015.

golais le Phare du mardi 3 février 2015.

Bon. Ceci acquis, passons si tu le veux bien mon Inconnu/e, à ce qui m’a tellement énervée. :

Je ne voulais pas rajouter un grain de sable dans le marigot hystérique mondial autour de la mort d’icônes de ma jeunesse (initiation sexuelle via Wolinski à la fin du collège, –ouais je sais ça fait zarbi en ces temps de youporn que voulez-vous j’ai plus de 25 balais-, période punk, et, vraiment jeune cette fois-ci, les caricatures de Dorothée –truc de ouf non, que quelqu’un paye quelqu’un d’autre pour se faire caricaturer !!-) : tout se dit et continuera un petit moment à se dire, y compris du très con qui met en colère et qui donne envie de pleurer, et pas souvent ce que je pense -et non je ne suis pas l’auteure de cet article, mais, comment dire, c’est tellement ce qu’il y a dans mon cœur et ma tête que voilà je le mets direct en lien).

 

Mais, sans doute parce que je me suis sentie, ici à Kinshasa, très, très, très seule et par là très, très, très triste, je suis en colère, très en colère. Alors si, je vais parler comme tout le monde de « Charlie ». Mais ici, à Kinshasa.

Mise en bouche (parce que, même si les journaux et plus encore les réseaux sociaux l’oublient plus ou moins involontairement, le contexte, c’est TOUT)

Chère/er Inconnue/u, le Pays Fort Fort Lointain qu’est la République Démocratique du Congo est beaucoup, beaucoup de choses, mais pas vraiment une Démocratie où l’Etat de Droit et la Liberté d’Expression dépassent le vague concept, comme les derniers événements le montrent plus que bien.

Tu vois par exemple, quand tu es journaliste ici et que tu veux dire ou écrire autre chose que « Ouah c’est cool ce que vous faîtes messieurs du gouvernement », c’est, souvent et depuis longtemps, risquer sa vie, et, parfois, la perdre.

*** Bilan liberté

Petit extrait par capture d’écran du bilan 2014 de la liberté de la presse de RSF, page sur la République Démocratique du Congo.

Petit extrait par capture d’écran du bilan 2014 de la liberté de la presse de RSF, page sur la République Démocratique du Congo.

presse RSF 2014***

Tu vois par exemple, trouver que tenter –et réussir- de changer la loi électorale pour faire semblant de ne pas changer la constitution et ainsi pouvoir briguer un autre mandat ou, en l’occurrence, l’allonger éhontément, c’est pas normal et, donc, manifester devant l’Assemblée Nationale, c’est savoir que l’on va se faire caillasser par les flics. Lundi 12 janvier par exemple, et puis aussi lundi 19, où la première réaction policière a été de tirer à balles réelles. Pas de liberté de manifestation ici.

*** congo cl

Carte interactive du classement de la liberté de la presse dans le monde 2014 . Reporter Sans Frontières. La RDC est donc classée 151ème (sur environ 180).

Carte interactive du classement de la liberté de la presse dans le monde 2014 . Reporter Sans Frontières. La RDC est donc classée 151ème (sur environ 180).

assement**

 

Tu vois, il y a deux semaines, quand les étudiants ont voulu exprimer leur opinion, certains d’entre eux, et pas qu’un peu, ont fini à l’hôpital, et en sont mystérieusement sortis dans des camions de la force publique, quand ils n’ont pas été purement et simplement exécutés (dans l’hôpital oui oui). L’activiste droitsdelhommiste (tu sais, cette « insulte » inventée par l’un de nos ex présidents) qui était présent lors de ce haut fait d’armes, a, lui aussi, connu quelques bricoles…

C’est le cas dans plein d’autres pays, comme l’ont fait si finement remarquer tout plein de journaux après le défilé de présidents divers et variés dimanche 11 janvier à Paris (et tant pis si ce fait précis est une première dans l’histoire, tant pis si, plus qu’une hypocrisie sur la liberté d’expression, cela révèle, à mon sens, autre chose, comme par exemple, un amour de la France et la persistance de son importance sur l’échiquier mondial –toutes choses qui ne vont pas dans le sens de beaucoup, dont l’histrion en tête de gondole éditoriale en France en 2014- et, aussi et bien sur, un consensus politique contre le fondamentalisme islamique, plus spécialement sous sa forme terroriste).

C’est même parfois –rarement c’est vrai, mais quand même- le cas chez nous (on n’est que 39ème dans le classement RSF hein). C’était plutôt courant sous notre intouchable Général, et ça a connu un renouveau flippant sous notre précédent Président. Et l’hystérie consécutive à « Charlie » ne tend pas à prouver que la Liberté d’Expression est réellement constitutive de notre pays. M’enfin bon.

D’un autre côté, contrairement à nombre d’autres pays du monde, le Congo ex Zaïre abrite peu de musulmans, lesquels n’ont aucun poids politique ni démographique à Kinshasa. La France ne provoque pas non plus d’animosité particulière dans le pays. Pas de risque particulier, donc, à soutenir Charlie Hebdo ici (contrairement à d’autres pays comme le Sénégal ou le Niger, où des manifestations anti-françaises se sont déjà déroulées.)

 

Vous gardez ça en mémoire pour la suite ?

Bien.

Ambassade : représenter la France, oui, mais pas Charlie

Il y a une Ambassade de France à Kinshasa. Il y a aussi une Alliance française, et un Cercle français.

Certaines/s des Inconnues/s qui viennent ici ne savent pas trop ce que c’est, cette Alliance et ce Cercle ?

Les Alliances françaises sont des centres culturels. Présentes dans presque tous les pays du monde, parfois sur plusieurs sites dans un même pays, elles « représentent la culture française et l’ouverture sur le monde ». Les Alliances proposent des programmes d’enseignement du français, sanctionnés par des diplômes reconnus par l’état, et des programmes culturels, centrés sur la culture française et celle du pays d’accueil : médiathèque, expositions, concerts, diffusion de films, de ballets, de pièces de théâtre, organisation de débats…. La plupart des Alliances possèdent au moins un petit bar voire un restaurant. C’est le cas à Kinshasa, ce dernier étant doublé d’une grande terrasse, l’un des lieux les plus courus de la ville, y compris par les congolais –de classe aisée bien sur-.

Il s’agit de structures étatiques, c’est-à-dire que les équipes directrices sont des fonctionnaires, nommées par l’Etat (même si le budget national alloué au financement des Alliances françaises à travers le monde a prodigieusement –plus de 70% !!!!!- diminué depuis vingt cinq ans).

A Kinshasa, l’Alliance et ses différentes structures sont ouvertes du lundi au samedi jusqu’environ 23h, plus lors des soirées-concerts, mais est totalement fermée le dimanche.

Le statut du Cercle français, ou « Maison de France », est moins « officiel »: ici à Kinshasa, il appartient à l’UFE (Union des Français de l’Etranger), l’une des deux plus importantes associations d’expatriés français. Théoriquement apolitique et relevant d’un statut associatif, l’UFE est cependant reconnue d’utilité publique et a des liens plus que privilégiés avec l’Ambassade française dans tous les pays où j’ai séjourné. A Kinshasa, le Cercle français jouxte l’Alliance française, qui elle-même partage sa concession avec le complexe scolaire secondaire français. Le Cercle propose quelques vagues manifestations commerciales culturelles de type marchés artisanaux ou foire aux vins, mais surtout de nombreuses activités, sportives principalement, le tout à l’intérieur de son complexe : un petit bâtiment, deux courts de tennis et surtout une piscine, un bar aux tarifs prohibitifs et aux snacks parmi les plus dégueulasses de la ville, et l’un des restaurants les plus onéreux de Kinshasa, modestement et très apolitiquement nommé le Petit Trianon.

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Le petit Trianon (Source)

Le petit Trianon (Source)

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Le mur d’entrée de la concession du Cercle est orné d’un gigantesque « coq français » en céramique, à gauche de l’entrée, plus un autre aux couleurs du drapeau, peint, sur le mur à droite, sous l’inscription « Maison de France ».

Le Cercle est ouvert tous les jours mais ferme à 22h, et à 17h le dimanche.

Voyez le tableau ??? Tout cela représente, de manière très officielle donc, la France.

Je répète : ces lieux représentent la France à Kinshasa.

Quelles ont été les manifestations organisées par ces différentes structures ?

  • Le Cercle : rien, nada, nibs de nibs. L’UFE, au niveau international, s’est quant à elle fendue d’une manifestation hyyyyyyyyyyyyyyyyyyyper lourde question impact et représentativité : une « marche virtuelle », dont la complexité (il suffit, si tu es inscrit à l’UFE, de cliquer une fois au bon endroit après avoir indiqué le pays où tu crèches) démontre avec brio la nécessaire implication des participants et la diffusion ultra large (non seulement il est impossible de partager le truc via un quelconque réseau social grand public, mais la dite marche ne figure pas sur les sites des délégations nationales de l’UFE, en tous cas pas celle du Congo) suffisent à faire oublier le fait pas du tout foutagedegueulesque que la dite marche a été mise en ligne…. Le 14 janvier. Quoi vous trouvez que c’est un peu tardif comme action et que ça fait un peu pas très « unité nationale » comme approche ??! Vous êtes d’une totale mauvaise foi, d’ailleurs moi je propose que le prochain 14 juillet soit fêté le 25 aout.

*** marche

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Exemple d’e-communication ultra efficace, donc.

Exemple d’e-communication ultra efficace, donc.

1 +2***

  • L’Alliance : organisation, dès le vendredi qui a suivi les exécutions de la rédaction de Charlie, d’une exposition d’illustrations satiriques autour de l’événement pendant un mois. Rien d’autre, pas de débat, pas de réunion proposée, pas d’ouverture le dimanche de la marche nationale.

Sauf que j’y suis allée, voir « l’expo ». Abritée dans la médiathèque, c’est-à-dire pas dans le hall dédié aux expositions, les vraies. Elle se résume à un panneau de liège recto/verso sur lesquels ont été scotchés des photocopies en noir et blanc, pas franchement lisibles, de pages de journaux congolais ayant couvert l’événement, et un demi-panneau sur lequel ont été scotchées une photo de Cabu (en couleur, lui) et de Wolinsky. Ça c’est de l’investissement, ça c’est de l’hommage, une vraie réflexion sur le concept de caricature et de la liberté d’expression !!….

Peut-être que des gens ont été aussi un peu énervés par la chose, vu que, depuis la semaine dernière, est prévue de surcroît, pour le mois de février, un deuxième « expo », toujours dans les mêmes conditions, soit sur les panneaux en liège dédiées aux petites annonces de la médiathèque, présentant des caricatures (sur l’événement?) conçues par différents dessinateurs congolais. On verra bien ce qu’il en est….

 

  • L’Ambassade : mise à disposition d’un « livre d’Or » !!!! Sérieux, j’ignore qui est le/la responsable communication de l’Ambassade, mais, comment dire, il ou elle témoigne d’un manque d’à propos dans le choix de la terminologie quelque peu hallucinant. On aurait pu dire, bien des choses en sommes, en variant le ton, comme par exemple livre de soutien, cahier de témoignages citoyens, recueil de condoléances…. Le dit livre n’a été accessible que pendant 3 jours, du 12 au 14 janvier, soit après le jour de deuil national et après la marche nationale, et seulement pendant les heures d’ouverture, et pas une minute de plus. Il était disposé à l’intérieur du bâtiment consulaire, soit bien APRES le passage des contrôles d’identité, ce qui signifie que pour les personnes n’étant pas ressortissantes françaises et ne cherchant pas à avoir de visa, bin c’est mort : si t’es pas français t’as pas à te sentir touché par l’événement et en tous les cas pas le droit de vouloir témoigner de ton soutien aux morts, à leurs familles ni à la France. C’est ce qu’on appelle un coup de comm’ de folye côté « ouverture sur le monde » ça coco!!

Le fameux dimanche 11 janvier, quand plus de 3 millions de français communiaient ensemble, le fameux « Livre d’Or » n’était pas encore disponible, l’Ambassade était fermée as usual et n’avait rien organisé, pas même un discours (ce jour là, ni avant, ni après), l’Alliance était aussi fermée et le Cercle restait identique à lui-même.

Quand un ressortissant français eut la bonne idée de mobiliser son large réseau (pas comme le mien donc) pour inviter ses compatriotes et ceux qui voulaient à se rejoindre autour d’un verre ce fameux dimanche, le tout à 19h au Cercle et en a officieusement informé l’Ambassade, le Cercle n’a pas prolongé ses heures d’ouverture malgré le côté exceptionnel de la chose. Assez logiquement, quand les gens sont arrivés dans leur voiture et qu’ils ont vu le portail fermé, ils sont donc repartis (à ma connaissance au moins une cinquantaine de personnes).

Voilà.

« Union nationale », « événement national », « deuil national », « atteinte à la France » ??? Pour l’Ambassade et ses petits chiots, cela n’est pas entré en ligne de compte, cela ne méritait pas qu’on en fasse pas même une occasion de se réunir.

 

Cerise sur le gâteau

Comme si cela ne suffisait pas, il s’est passé un truc…. Un truc tellement merveilleux que cela m’a fait passer l’envie d’aller inscrire quoi que ce soit dans ce si mal nommé « livre d’or », de peur de ne pas réussir à réfréner mon envie subite d’insulter le personnel de l’Ambassade, digne représentation de la « France des Droits de l’Homme ».

Le vendredi qui suivit les exécutions chez Charlie, une petite quinzaine de personnes, majoritairement des Congolais mais aussi quelques Blancs (j’ignore s’ils étaient français), se sont regroupés devant les murs de l’Ambassade de France avec des panneaux « je suis Charlie ». Ils ne criaient pas, ils n’ont pas tenté de pénétrer dans l’enceinte de l’Ambassade. Ils étaient juste là pour soutenir Charlie et son pays. Notre pays et sa valeur « sacrée » qu’est la liberté d’expression.

Que croyez-vous, chers/ères Inconnus/es, qu’il se passa ?

Hé bien la « manifestation », soit 15 quidams silencieux avec des feuilles A4 brandies les bras levés, donc à l’évidence une foule outrageusement belliqueuse, fut « dispersée » par les jolis Robocop locaux, les joyeux drilles de la PIR, c’est-à-dire l’équivalent de nos CRS, uniforme compris.

***rob

les Robocop kinois, ce sont eux. (Ceci est un recadrage d’une photo de © Christophe Rigaud, lors de la manifestation, ou plutôt la tentative de manifestation contre la réforme de la loi électorale du lundi 12 janvier 2015 à Kinshasa)

Les Robocop kinois, ce sont eux. (Ceci est un recadrage d’une photo de © Christophe Rigaud, lors de la manifestation, ou plutôt la tentative de manifestation contre la réforme de la loi électorale du lundi 12 janvier 2015 à Kinshasa)

ocop 

Yes.

Oui oui oui.

Des gens, des Congolais, sont venus témoigner pacifiquement de leur soutien à la « valeur française » qu’est la liberté d’expression et aux « morts nationaux » que sont les 12 (ce jour là, à cette heure là, les 5 autres étaient encore en vie) personnes de la salle de rédaction de Charlie Hebdo devant l’Ambassade de France, et furent violemment (ici la Force publique est rarement autre chose que violente) remis à leur place : le néant.

Last but not least : le truc, c’est que la vitesse de réaction de la force publique congolaise est proche de celle de l’escargot. (si les flics et militaires sont là lors des manifestations, c’est qu’elles sont prévues).

Alors, même si je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, on peut légitimement supposer à défaut de savoir, que c’est quelqu’un de l’Ambassade, et forcément quelqu’un de haut placé, qui a appelé les Robocops.

Nausée et double gerbouille.

A part ça tout est normal hein.

« Etre né sous l’signe de l’hexagone c’est pas franchement une sinécure

Et le roi des cons sur son trône il bosse à l’ambassade de France à Kin ça j’en suis sure. » (Renaud m’excusera de déformer son texte).

Et Bonne Année à toutes et tous mes Inconnus/es.

Pour vous la souhaiter de manière moins pas glop, voici la principale caricature congolaise sur Charlie.

**** je su

© Kash

© Kash

is charlie***

 

UPDATE Post article :

Rayon connerie made in French Ambassy, sur un tout autre sujet, celui de la protection des ressortissants, ils ont fait très fort lors de la semaine d’émeutes et répression policière. Vraiment fort. En gros, ils ont juste… rien fait.

Le truc le plus top moumoute, c’est que leurs consignes (en gros, « ne sortez que si c’est nécessaire et évitez les foules ») ont été transmises…. Sur leur site Internet. C’est-y pas fort ça, quand le pays entier s’est retrouvé sans accès au Net ?

Mais ils n’ont pas fait, ou plutôt pas pas fait, que ça. Alors que la Belgique, le Canada, les USA, ont fermé leurs écoles dès le mardi, alors que toutes les écoles publiques et privées congolaises ont fait de même (quand, en ce qui concerne les universités, elles n’étaient pas occupées par des étudiants en colère évidemment), la France…. N’a juste rien fait. Du tout.

Il faut savoir que, contrairement à ce qui se passe sur le territoire français où les proviseurs/ses sont responsables directement de la sécurité de leurs élèves et ne reçoivent de directives que du rectorat et du préfet, les directeurs d’établissements français à l’étranger sont assujettis aux consignes de l’Ambassade. Théoriquement, ils ne peuvent rien décider de leur propre chef. Le résultat magnifique de cet état de fait et de l’inertie absolue de l’équipe de l’Ambassade de France à Kinshasa a été que les élèves se sont retrouvés entre 3 et 5 par classe (bin oui, les parents ne sont pas cons), et que tous les jours de cette semaine faste, les élèves qui venaient étaient invités à repartir entre 2 et 4 h après leur arrivée. Invités seulement, vous noterez. Les pauvres mômes de parents optimistes qui se sont retrouvés en classe le jeudi, par exemple, ont regretté amèrement leur présence, puisque, dans la classe de mon gnome en tous cas, un prof ultra brillant a eu l’idée de « les faire parler »… et n’a plus ouvert la bouche pendant que les gamins échangeaient leurs expériences traumatiques internationales diverses en alimentant ainsi leurs peurs, ce sans que la charmante prof ne songe que son « idée brillante » aggravait les choses plus qu’elle ne les calmait. Heureusement que mon gnome à moi est exceptionnel côté flegme hein. Enfin bon.

Le truc qui rend ces faits encore plus « pertinents » et pas du tout choquants, c’est que le complexe maternel/primaire, lui, a suivi des consignes plus strictes et a bel et bien fermé plusieurs jours. Serait-ce que sa localisation l’exposait plus directement de potentiels troubles ? …. Bin en fait c’est plutôt le contraire. L’école primaire et secondaire se trouve au bord du fleuve, juste en face de la résidence de l’Ambassadeur, soit sur l’un des bords de la commune la moins touchée par les troubles quand ils adviennent (à la vérité, ce coin là n’a été touché par les pillages/combats que 3 fois dans toute l’histoire postcoloniale de la RDC hein –en 1993, 2003, 2006 et dans une toute petite mesure en 2011). Par contre, le complexe secondaire,

1) est ouvert,

2) n’a pas de « safe zone »,

3) se trouve de l’autre côté de cette commune, soit à quelques centaines de mètres de la frontière avec une autre commune, beaucoup plus populaire, elle, et où des mouvements ont été signalés.

….. Décidément, vraiment, le Roi des Cons bosse bien à l’Ambassade de France à Kinshasa…

 

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