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Elections et réflexions pas si à la con à J-si peu

Posted in Big A(frica), Hors case, Kenya with tags , , , , , , on 3 mars 2013 by violemmenthumaine

Evidemment, si tu viens lire cet article plus de quelques heures après sa parution, l’échéance sera obsolète et une bonne partie de mes blablatages me feront passer soit pour une couillonne soit pour une visionnaire soit juste pour quelqu’un qui se tient un peu au courant et qui réfléchit un peu plus d’un quart de seconde.

Là tout de suite là maintenant, nous sommes à J-1 des élections au Kenya.

Élections qui dureront deux jours, et dont les résultats devraient être connus dans la nuit de mercredi à jeudi.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le lundi 4 mars 2013, les Kenyans qui auront eu la volonté d’abord, et la chance ensuite de pouvoir voter (puisque seuls 11 millions d’électeurs sur 18 ont pu s’enregistrer), auront un pain long comme un jour sans sur leur planche citoyenne.

Yep, vu qu’après presqu’un demi-siècle d’indépendance et les dernières élections présidentielles qui ont mené à ce que l’on sait (vive wikipedia) , les Kenyans ont enfin décidé de faire une nouvelle constitution (en 2010, par referendum, avec un taux de participation inédit là-bas (d’ailleurs 71% c’est pas si mal), les autorités on décidé qu’il était temps de l’appliquer, la Constitution.

Celle-ci prévoit un énooooooooooooooorme processus de décentralisation (et une réforme foncière qui soit ne sera pas appliquée, soit provoquera bien des remous ça c’est clair), avec pour but d’enfin donner la parole à tout le monde, aka à toutes les provinces, donc à peu près à tous les peuples formant la nation kenyane.

Plutôt que d’organiser des élections successives, ce qui coûte un peu-beaucoup-à la folie des sous et demande une motivation juste pas concevable de la part des électeurs, ce scrutin unique aboutira donc à l’élection de :

-le président/e de la République

-les députés nationaux

-les gouverneurs provinciaux

-les députés des assemblées provinciales

– les sénateurs

-les représentants des Femmes (ce qui est « marrant » quand on voit la part ridicule proportionnellement parlant des candidatEs aux élections. Passons)

Publié dans le quotidien Daily Nation du mardi 26 Février 2013

Publié dans le quotidien Daily Nation du mardi 26 Février 2013

6 élections d’un coup d’un seul. Rien que ça. Dont cinq sur un seul tour, la présidentielle pouvant tout aussi  bien se jouer en un tour qu’en deux.

L’avenir du Kenya, mais aussi de toute la région, se jouent.

Alors que les Ambassades et autres grosses huiles affichaient un calme olympien quand Nairobi et pas mal des provinces s’embrasaient les 4 derniers mois, depuis début Février c’est l’hallali. D’un seul coup, les points de rassemblement des ressortissants expatriés se couvrent de barrières, les consignes de sécurité se multiplient et les expatriés s’enfoncent comme à leur habitude soit dans un déni catégorique soit dans une angoisse proche de la panique. En général, les premiers sont encore présents à siroter du mauvais Cabernet tandis que les seconds ont sauté dans le premier avion après la fin de l’école (bin vi, les écoles françaises comme anglaises ont des vacances de février).

Vu que je n’ai pas envie de transformer ces pages de rigolmarade (merci Claude) bloguesque en truc sérieux, mais que je me dis qu’apprendre un truc ou deux en traînant en ligne ça peut être chouette, je vous conseille fortement chers/ères Inconnus/es, de cliquer ICI et d’y naviguer un peu partout histoire d’avoir une idée de ce qui est jeu, et de ce qui risque de se passer ou pas.

Pour les flemmards/es qui n’aiment pas ouvrir plein d’onglets (et qui parlent anglais, vu le côté n’importnawak de la traduction simultanée proposée), je remets direct ici  les passages essentiels :

Plutôt que de donner des pronostics, vu que je ne suis toujours pas medium et que de toutes façons, il y a plusieurs scénarios possibles probables (mais pas un où cela se passe sans incident, et pas un non plus où l’on sortirait vraiment des mêmes sempiternels problèmes : en gros, la présidentielle comme partout ailleurs, entre deux candidats, en l’occurrence les deux dinosaures vieux de la vieille un peu caricaturaux, dont un en procès auprès de la Cour Internationale de la Paix pour crimes de guerre), j’ai envie de lâcher dans le vent quelques observations qui me viennent.

1)      Ici comme partout, là-bas, ici : le péril djeune.

Bon. Vu le bordel de la mise en service des nouveaux papiers d’électeurs biométriques, tout plein d’électeurs ne pourront pas voter, OK.

Mais le vilaine curieuse que je suis a remarqué que plusieurs jeunes kenyans, genre très semblables aux jeunes pointés du doigt dans les JT français, vous savez, les vilains qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales parce qu’ils affirment que les politiques-c’est-tous-des-pourris-y-font-rien-pour-moi-keske-j’en-ai-à-foutre, se sont inscrits, cette fois-ci. Des gens éduqués, plus des ados mais encore jeunes, qui n’avaient jamais voté de leur vie avant le référendum de 2010 sur la nouvelle constitution, mais qui veulent qu’on les entende.

Des jeunes qui veulent autre chose que le sempiternel refrain clientélisto-tribalo-mes-choses. Qui veulent qu’on leur parle accès santé, business, boulot. Qui veulent que le pays leur laisse la place d’exister, pas que leur « ethnie » existe mais eux, vraiment eux, sans avoir à attendre que les vieux meurent. Ceux-là affirment haut et fort qu’ils voteront pour Peter Kenneth ou Martha karua, les deux outsiders proposant un truc qui ressemble à un programme.

Peter Kenneth. La presse oscille entre le panégérique fan de d'ultra-libéralisme (le Sieur est un gros PDG d'entreprise, dont le seul programme consiste à déclarer qu'il fera du Kenya ce qu'il a fait de son trust), et relayer les bagarres de chiffonnier racisto-nationaliste entre lui et Uhuru.

Peter Kenneth

Peter Kenneth et Martha Karua, les outsiders aimés par les jeunes éduqués de Nairobi.

et Martha Karua, les outsiders aimés par les jeunes éduqués de Nairobi.

Bon, honnêtement, le poids du nombre laisse peu de chance à ces aspirations de se concrétiser, mais…. Pour moi, ça ressemble à de l’espoir.

2)      Parano visionnaire ?

La CPI. La presse kenyane, tout comme nombre de ses homologues africaines, a du mal à se dépêtrer de l’idée que la Justice Internationale soit autre chose que l’un des nombreux avatars du néo-colonialisme. En gros, le fait que la Cour Pénale Internationale n’inculpe depuis son existence que des Africains (ou presque hein. Il y a notamment des serbes aussi. Mais bon, puisqu’on vous dit que la CPI c’est les vilains Blancs qui agressent les noirs. Si on vous dit) leur pose problème.

Que les dits Africains soient bien en l’occurrence des criminels de guerre d’envergure, que le dernier procureur de la CPI soit également une Africaine (Fatou Bensouda, guinéenne), et, enfin et surtout, que la CPI ne soit que la dernière incarnation d’organismes de Justice Internationale, après, par exemple, le TPI (Tribunal Pénal International) qui lui a bien inculpé des « non-africains » (notamment Milosevic et quelques uns de ses sbires, ou bien encore les hauts dignitaires des khmers rouges) ne semble pas entrer en ligne de compte, non plus le fait que les assignations à la CPI émanent d’Africains aussi.

Bon. Je ne vais pas rentrer dans le débat ici, ce n’est pas le lieu.

Mais…. Certains expatriés semblent avoir la frousse qu’au lieu de s’étriper entre eux, les Kenyans expurgent leurs frustrations diverses, pas mal focalisées sur la CPI en l’occurrence, sur les expatriés, Blancs tout particulièrement.

Perso, je n’ai absolument pas senti quoi que ce soit qui puisse renforcer cette crainte, qui ressemble pour moi bien à de la « parano expat », du genre « je-suis-le-centre-du-monde-donc-c’est-bien-moi-qui-vais-prendre-aaahhhhhhh ».

3)      De l’art de l’affiche et du placardage

Les panneaux électoraux, chez nous, forment le principal lieu d’exposition des affiches électorales. Ici, comment dire….

Les affiches se placardent partout, avec un talent impressionnant côté créativité : sur les murs bien sûr, ce d’autant plus que les habitations sont le plus souvent regroupées en lotissements encadrés de grands murs donnant sur la rue ; mais aussi, sur les arbres, les poteaux électriques, le bitume des routes sur plusieurs mètres d’affilé, les voitures (sur la carrosserie, mais aussi en banderoles flottant en bas du coffre), les toits : en un mot, partout quoi.

Les affiches en elles-mêmes laissent songeur/se sur les raisonnements des conseillers/ères en communication.

D’abord, le fait qu’une bonne moitié des affiches semblent avoir été fait avec un appareil photo jetable par un photographe ayant quelques problèmes de vue.

Ensuite, le fait étrange que nombre de candidats semblent… comment dire…. Avoir un look un peu étrange : une coupe chelou (genre une femme qui garde ses bigoudis. Si si), des habits perroquet style, une tête de gamin (un candidat me fait irrésistiblement penser, par exemple, à l’acteur qui jouait Arnold dans la « fabuleuse » sitcom des années 70 Arnold et Willy).

Certains candidats arborent des poses…. Personnelles : l’un se relève les manches avec un gros sourire, une part non négligeables ne sont pas de face mais de trois quart voire semblent carrément fuir l’objectif, beaucoup affichent une mine d’enterrement (bin vi faut être sérieux quoi)….

A noter, les affiches du NARC, le parti (plus que minoritaire) de la seule candidatE à la présidentielle, Martha Karua, qui présentent non seulement le/la candidat/e, mais aussi le suppléant en arrière-plan.

A mon grand regret, je n’ai pu récupérer plus que deux affiches dans la rue (voui, malgré tout, je n’avais pas trop envie de provoquer un incident : ici comme ailleurs, la sensibilité politique est parfois violente voyez-vous).

Mais elles représentent bien, je trouve, l’étonnement qui peut saisir à les voir.

L'un des deux favoris donc: Raila Odinga, actuel premier ministre et dont plusieurs hauts représentants du parti (l'ODM) sont actuellement en procès à la CPI.Ce n'est pas uune photo, comme vous l'aurez remarqué. Et moi je ne peux m'empêcher de me demander le pourquoi du comment de ce choix. Non mais sérieusement???! Si un expert en communication a une idée sur la question ça m'intéresse! ;)

L’un des deux favoris donc: Raila Odinga, actuel premier ministre et dont plusieurs hauts représentants du parti (l’ODM) sont actuellement en procès à la CPI.
Ce n’est pas une photo, comme vous l’aurez remarqué. Et moi je ne peux m’empêcher de me demander le pourquoi du comment de ce choix. Non mais sérieusement???! Si un expert en communication a une idée sur la question ça m’intéresse! 😉

Dans le registre non mais WTF, il y a, par exemple, ce candidat-là:

017

A Nairobi, en plus des différents scrutins, il a les représentants des « wards », l’équivalent des arrondissements à Paris. Celui où j’habite, Kikeleshwa, est un quartier résidentiel, petit pour Nairobi, principalement habité par la petite bourgeoisie kenyane.
Et, parmi les candidats, il y a lui.
Respect total pour le look (les dreads sont plutôt associés à la délinquance à Nairobi), la pose, et plus particulièrement l’expression uuuuuuuuuultra sympatoche du visage. Non, vraiment, chapeau Oo

4)      Méthode Coué ou signe de paix ?

La paix, contrairement aux idées de celles et ceux qui n’ont pas vécu la guerre autrement que par leur petit écran, ça se travaille.

Le Kenya, les Kenyans ont été traumatisés par les dernières élections, ce d’autant plus que ce furent les premières violences (au niveau national s’entend) que le pays a connu depuis l’Indépendance. La bouche de beaucoup de Kenyans exprime, revendique, crie et invoque le « plus jamais ça ».

Depuis un mois les Kenyans claironnent à qui veut l’entendre que cette fois-ci, tout se passera bien. Qu’il s’agisse d’une tentative pour s’auto-convaincre est bien sûr une possibilité, mais il est indéniable qu’une partie conséquente de la population ne veut pas de violences et se mobilise réellement pour des élections démocratiques sereines.

En effet, sans parler de la si fameuse « communauté internationale », la société kenyane (artistes, « leaders locaux », « société civile », responsables religieux) s’est fortement mobilisée, à tous les niveaux, pour la paix.

Cette semaine ont été organisés beaucoup de festivals pour la sauvegarder, le plus souvent mis en place par la Croix Rouge kenyane, très appréciée par la population et considérée généralement comme neutre politiquement.

Youtube Kenya (qui, ici comme ailleurs, parsème vos errements internautes de pubs diverses et variées) balance non stop depuis un mois cette pub fédératrice en faveur de la paix électorale, ce par la voix du comme toujours méga-populaire monde sportif.

Et puis, pour la première fois depuis toujours, les candidats, qui auparavant se seraient à peine dit bonjour, se sont rejoints lors d’un gigantesque rallye électoral dans le grand parc populaire du centre ville de Nairobi, Uhuru Park, dimanche 24 février dernier. Les charmants lurons ont fait la une de tous les journaux du lendemain après s’être tenu les mains et avoir prié d’une commune voix pour la paix durant et après les élections.

dimanche 24 février 2013, à Uhuru Park, le "festival de pières pur la paix" regroupant tous les candidats en un corps de gentils-bisounours-tous-unis-pour-la-paix: de gauche à droite, Uhura Kenyatta, James Kiyiapi, Peter Kenneth, Raila Odinga, Mohamed Dida et Martha Karua. Source Daily Nation du lundi 25 février 2013.

dimanche 24 février 2013, à Uhuru Park, le « festival de pières pur la paix » regroupant tous les candidats en un corps de gentils-bisounours-tous-unis-pour-la-paix: de gauche à droite, Uhura Kenyatta, James Kiyiapi, Peter Kenneth, Raila Odinga, Mohamed Dida et Martha Karua. Source Daily Nation du lundi 25 février 2013.

OK, ce n’est que du symbole et de la communication.

Mais.

Mais c’est rare, et oui, cela a une valeur et reflète bien quelque chose.

5)      Ragga fever ou comment Doc Gyneco peut aller se rhabiller.

Un dernier truc, qui rend la période électorale étonnamment festive : les candidats ont envoyé durant toute la campagne des camions, voire des chars dans toute la ville.

Non seulement les chars diffusent des discours électoraux, mais aussi et surtout… de la musique. A donf. Genre un petit côté gay pride, avec des dizaines de gens juchés sur les camions et qui chantent, dansent et interpellent les passants.

Ce y compris dans les quartiers de la petite et de la grande bourgeoisie.

Et puis pas n’importe quelle musique : du dancehall, de la house, et surtout du reggae et du ragga.

Or, si les deux premiers genres musicaux font le bonheur des boîtes de nuits branchées fréquentées par la bourgeoisie kenyane et les expatriés, les deux derniers sont la musique, essentiellement, des pauvres, celle qui envahie les taxis et les bidonvilles tentaculaires de la ville.

C’est un peu comme si l’UMP et le PS diffusaient Mafia K’1fri et Sniper en boucle en envoyant des mini-vans avec des amplis de 200 watts dans le 15ème et le 6ème arrondissement.

Pas trop notre truc hein ?

Genre, quand notre ex-président a voulu récupérer les djeunes, il a recruté Doc Gyneco.

Doc Gyneco ouais quand même.

(On ne peut pas dire que cela ait marché pour le Doc hein. Genre ça a foutu un peu définitivement en l’air sa carrière. Bon, OK, il ne rameutait pas franchement les foules dans les doubles zep, mais quand même.)

Ici, bin ça marche. Et non seulement ça marche, mais personne ne trouve à y redire.

Ce ne sont bien sûr que quelques observations, pas une analyse ni des prévisions de quoi que ce soit. Mais, moi et mes idées à la con, je trouve que tout ceci a du sens, et éclaire les élections kenyanes d’une lumière au moins aussi parlante que bien des articles politiques.

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Tout va très bien Madame la Marquise

Posted in Big A(frica), Hors case, Kenya, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , , , , , , on 19 décembre 2012 by violemmenthumaine

Salut Inconnu/Inconnue.

Christmas time !!! Visiblement, marigot de guirlandes rouges, vertes et ors et pénible tâche de remplir la hotte sans en avoir les moyens sont largement mondialisés. Du moins, kenyanisé.

Yep ! Car décembre à Nairobi, c’est ça : les centres commerciaux, principal lieu de sociabilisation pour la minorité l’ensemble de la population ne vivant pas dans les bidonvilles, se remplissent de déco surchargée avec plus encore d’enthousiasme et de fioritures que sur les Champs Elysées, et l’on voit un peu partout des Pères Noël noirs  à barbe blanche bien raide accueillir les petits n’enfants sur leurs genoux pour faire des photos dignes d’un Tumbl’r américain devant leur « grotte-chalet suisse », le tout baignant dans les chants de Noël à la Dickens, souvent exécutés en live par des chorales composées de Kenyans d’âge divers et variés en uniforme divers et variés (ouais, encore). Les marchés de Noël se multiplient un peu partout au milieu de la luxuriance végétale tropicale…. Bref, je regrette ardemment l’interdiction formelle de prendre toute photo dans un centre commercial, vous auriez pu dans le cas contraire toucher du doigt le côté surréaliste de la chose.

Noël à Nairobi ça aurait pu être ça...

Noël à Nairobi ça aurait pu être ça…

Mais c'est définitivement ça puissance 10 (source dosima.org)

Mais c’est définitivement ça puissance 10 (source dosima.org)

 

 

 

 

 

 

 

 

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Noël, c’est beau, c’est mignon, c’est le Moment de Paix Universel patati patata. Est-ce pour cela que, contrairement à l’an dernier, personne ou presque, ni parmi les ONGs, ni dans les ambassades, gros trusts ou structures officielles, personne ne semble s’inquiéter de la montée de la tension politique à Nairobi ?

Nan, je ne veux pas dire que ça sent direct la guerre civile, mais j’avoue que la différence en termes d’équation risque réel/ réaction entre ce mois de décembre 2012 et les mois d’octobre à décembre 2011 me laisse songeuse….

 L’an dernier : 1 enlèvement/assassinat d’une française ultra médiatisé, et 2 grenades lancées à Nairobi, moins de 10 morts, le tout exclusivement dans des zones attenantes au système tellement « exotique » des matatus, qui, or le fait de susciter le marketing de nombres d’autocollants caustiques pour les touristes et expats (genre « Be aware, I’ve been matatu driver ! » et autres « I’ve been in matatu and I survived ! »), ont la particularité de n’être pratiquement pas fréquenté par les riches, les officiels, les expatriés.

*****

S’en était ensuivi des mesures de couvre-feu et d’interdiction de mouvements en cascade de l’ensemble des Ambassades occidentales, des entreprises internationales, et, plus grand guignolesque encore, de nombreuses ONGs internationales.

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Cette année, rien.

Pourtant, comment dire….

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Brossons un peu le tableau. Le Kenya fait figure pour beaucoup de modèle parmi l’Afrique post-coloniale, tant au point de vue économique que social et politique, ayant la particularité de n’avoir connu aucune explosion de violence de son accès à l’indépendance si l’on ne compte pas les conflits fonciers inter claniques des provinces du nord… aux dernières élections présidentielles, soit fin 2007. Le candidat de l’opposition contesta avec raison les résultats du vainqueur, et le pays connut durant les mois qui suivirent des successions d’émeutes mâtinées de chasse ethnique. Bilan, entre 1 200 et 2 500 morts, 250 000 déplacés (vous remarquerez que comme souvent, on ne comptabilise ni les viols ni les pillages), puis, comme souvent dans ces cas là, un gouvernement mixte mêlant avec plus ou moins de bonheur les deux camps criminels de guerre politiques.

Après s’être étonnés, les analystes se sont étendus pour expliquer doctement que la crise était, bien sûr, prévisible.

Par ailleurs, les Kenyans, eux, ont l’air 5 ans après de ne toujours pas s’en être remis. Je ne parle pas des conséquences économiques, je parle du fait que l’ensemble des Kenyans avec qui j’ai parlé en un an et demi ont TOUS exprimé de la peur, avec le même sentiment de surprise absolue que les Américains après le 11/09, et avec autant de terreur absolue. La « société civile » (arrrrrrrrrrrrrrrrgh, le charme des ONGismes !), le milieu artistique, tout le monde s’est mobilisé pour la « restauration de la paix nationale ». Une constitution clairement plus démocratique a été votée par référendum fin 2010. Plus encore, très vite, un processus de justice pour les crimes commis a été mis en place par la CPI, et 6 des meneurs des violences assignés à comparaître pour crime contre l’humanité le 8 mars 2011. (ils ne sont actuellement plus que 4)

Le processus, comme toujours en ce cas là, est long et donc toujours en cours.

Là où ça devient rigolo, c’est quand l’on constate les points suivants :

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Des candidats plus démocrates-tu-meurs

  • Sur les 5 candidats aux prochaines élections présidentielles kenyanes…. 2 au moins sont concernés directement par le procès en cours à la CPI (sans compter un troisième, non candidat mais qui s’est allié à l’un des 2 en échange d’un poste de 1er ministre). La cinquième fait vraiment figure d’exception, puisque non seulement elle n’est pas suspectée de crimes contre l’humanité, mais elle est une femme, et, ô hallucination, plutôt socialo (entendons, en faveur de programmes sociaux, et rétive à l’ultra libéralisation).

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L'un des deux favoris, donc (spécialement à Nairobi): Uhuru Kenyatta, ci-dessus durant sa première comparution devant le tribunal de la CPI, le 8 avril 2011). Sa récente alliance avec William uto, lui aussi mis en accusation par la CPI, mais pour l'un des camps adverses, est considérée comme la "Meilleure chance pour la prévention de nouvelles violences" (dixit l'East African, le journal le plus sérieux de l'Afrique de l'Est)....

L’un des deux favoris, donc (spécialement à Nairobi): Uhuru Kenyatta, ci-dessus durant sa première comparution devant le tribunal de la CPI, le 8 avril 2011). Sa récente alliance avec William Uto, lui aussi mis en accusation par la CPI, mais pour l’un des camps adverses, est considérée comme la « Meilleure chance pour la prévention de nouvelles violences » (dixit l’East African, le journal le plus sérieux de l’Afrique de l’Est)….

Raila Odinga, actuel Premier Ministre eyt chef de file du parti d'opposition, l'ODM, ayant tenté de faire sa "révolution orange" lors des derières élections (mais non mis en accusation auprès de la CPI, lui). A également fait alliance (avec plus de 10 personnes/partis). Favori pour "Jeune Afrique".

Raila Odinga, actuel Premier Ministre et chef de file du parti d’opposition, l’ODM, ayant tenté de faire sa « révolution orange » lors des dernières élections (mais non mis en accusation auprès de la CPI, lui). A également fait alliance (avec plus de 10 personnes/partis). Favori pour « Jeune Afrique ».

Peter Kenneth. La presse oscille entre le panégérique fan de d'ultra-libéralisme (le Sieur est un gros PDG d'entreprise, dont le seul programme consiste à déclarer qu'il fera du Kenya ce qu'il a fait de son trust), et relayer les bagarres de chiffonnier racisto-nationaliste entre lui et Uhuru.

Peter Kenneth. La presse oscille entre le panégérique fan de d’ultra-libéralisme (le Sieur est un gros PDG d’entreprise, dont le seul programme consiste à déclarer qu’il fera du Kenya ce qu’il a fait de son trust), et relayer les bagarres de chiffonnier racisto-nationaliste entre lui et Uhuru.

James ole Kiyiapi. Le seul candidat au parcours d'homme politique qui n'ait pas de mise en accusation internationale sur le dos. Etait jusqu'à la campagne Ministre de l'Education.

James ole Kiyiapi. Le seul candidat au parcours d’homme politique qui n’ait pas de mise en accusation internationale sur le dos. Le seul également, avec l’unique candidatE, à avoir refusé toute alliance « car cela amoindrirait les gains démocratiques réalisés au kenya » Etait jusqu’à la campagne actuelle Ministre de l’Education.

Martha Karua. Tout le monde s’en fout parce qu’elle est d’un tout petit parti (le NARC) et refuse tout de go toute alliance parce que « 40 millions de kenyans -soit y compris les nourrissons!- vont l’élire présidente »… Elle la seule à avoir un programme différent: « [she’s] the one that is most ideologically different from the rest. It is left to the centre, where the rest lean right, with a strong human-rights agenda. » (East African 14/12/2012).

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  • A Nairobi, les meetings politiques ont commencé, et l’on voit fleurir partout des tee-shirts et chemises rouges, marquant ainsi un soutien pour Uhuru Kenyatta, (allié avec son ancien adversaire durant les tueries de 2008) celui contre qui les accusations sont les plus sérieuses. Ses futurs votants se comptent d’ailleurs à foison parmi le personnel kenyan des organisations de lutte contre les violations des Droits de l’Homme ou de « peacebuilding » (ouais. Même les organisations francophones utilisent le terme, sans visiblement aucune velléité de franciser la chose), ce qui ne déprime absolument pas les HP* avec qui ils travaillent hein. Le truc hyper funky, c’est que le résultat du procès à la CPI, qui décidera donc si Uhuru est coupable de crimes contre l’humanité ou non, aura lieu APRES les élections présidentielles. No soucy Mc Fly.
Un p'tit rally: à Nairobi comme à Tokyo-New-York,-Berlin-Paris, c'est toujours joli.... (source kenya.rcbowen.com)

Un p’tit rally: à Nairobi comme à Tokyo-New-York,-Berlin-Paris, c’est toujours joli…. (source kenya.rcbowen.com)

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Un processus méga transparent visant à s’assurer que tous les citoyens pourront voter

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Et pendant ce temps, la guerre continue….

  • Bin oui, le Kenya est toujours en guerre contre les vilains al shebaab, aka tentent, avec succès d’ailleurs, de faire croire à leurs compatriotes que leur armée enchaîne succès sur succès, mais, hein, quand même, la guerre est toujours en cours et voilà.

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Des attentats et agressions dont tout le monde se talque

Voilà. Ca, c’est le contexte. OK.

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Dans le même temps, depuis un mois environ, les événements violents politiques s’enchaînent (sans compter, en octobre dernier, l’exécution très « commando style » d’un imam très influent à Mombasa, qui entraina 2 jours de manifs dans tout le pays): d’abord, ce fut une embuscade contre la police kenyane dans les territoires du nord, durant laquelle la bagatelle de 31 policiers fut tués (la presse kenyane s’est alors violemment interrogée, sous la forme qui n’a d’humoristique que pour les français suivante : « que sont donc nos policiers pour qu’on les tire comme des poulets ? ». Sans relation avec le fait précédent, les attentats et émeutes se multiplient à Eastleigh.

***

Eastleigh, c’est, comme son nom l’indique, un grand quartier du sud-est de Nairobi, encadré par des zones industrielles. Un quartier pauvre, mais qui est le véritable cœur des échanges dans la capitale, un marché gigantesque à ciel ouvert, avec ses petits quartiers : l’alimentaire frais, l’alimentaire industriel (sodas, eaux minérales, huiles, stocks de pâtes, de sucre etc), les tissus, des fringues à des prix défiant toute concurrence (mais visiblement, quand je dis que, le prix de vente étant inférieur au prix de production, cela ne peut qu’être directement issu de la piraterie organisée somali, j’énerve tout le monde), du mobilier, de la ferraille, etc etc. Un quartier sans aucune route goudronnée, comme si l’on était dans les bidonvilles (et non. Dans les bidonvilles comme Kibera ou Kabete, c’est largement pire), ce qui, vu la pluviométrie locale, équivaut à un marécage de la grandeur d’une ville entière. Un quartier plein de mosquées, et de leurs principaux fidèles : les Somalis.

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Eastleigh, c'est ça.

Eastleigh, c’est ça.

Eastleigh et les fringues: un costard neuf à 20 € ou les charmes de la piraterie… (source migration.ox.ac.uk)

La bouffe et les épices, aussi. Toutes les boutiques sans exception ou presque sont tenues par des somalis.

Eastleigh, c’est aussi la bouffe et les épices. Toutes les boutiques sans exception ou presque, qu’il s’agisse de vendre des quintaux de sucre, des épices en vrac, des tissus, des fringues ou des tables de jardin, sont tenues par des somalis. (source hiraan.com; un journal de la diaspora somalie)

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Eastleigh, c’est  la fois LE quartier somali, et LE quartier commerçant de Nairobi (même si la plupart des expatriés blancs n’y mettent jamais les pieds).

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La Somalie, c’est-à-dire le pays où l’armée kenyanne est en guerre depuis maintenant plus d’un an, sans avoir fait évoluer ses positions depuis plusieurs mois.

A Eastleigh, le 18 novembre dernier, une grenade envoyée dans un bus (les fameux matatus !) avait fait 9 morts et une trentaine de blessés. S’en est ensuivi deux jours d’émeute durant lesquels la population kenyane non somalie a fait le misère aux « vilains terroristes somalis » (qui décidément sont soit très très cons puisqu’ils se visent eux-mêmes, soit innocents des attentats, d’ailleurs non revendiqués. M’enfin bon).

Quelques jours plus tard, une bombe posée dans la rue : un mort et un blessé.

Enfin, le dernier en date à ce jour, vendredi 7 décembre, une grenade fut lancée à la sortie d’une mosquée, tuant cette fois-ci 5 personnes, dont un député, et une petite dizaine blessées.

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Voilàààààààààààààà.

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L’ambiance est donc super übber funky winky détendue smooth et sereine, hein.

Vachement plus que l’an dernier.

Hein, comment cela on dirait plutôt le contraire ?

Je ne vous le fais pas dire.

Mais, cette fois ci, étrangement, aucun communiqué d’aucune ambassade à destination de ses ressortissants pour instaurer un quelconque procédé d’urgence sécuritaire, rien, que dalle, que dchout. Non plus chez les gros trusts, dont les grands cadres pourront tous aller passer les Fêtes dans de somptueux lodges  à 9000 $ la semaine sur la côte, y compris à Lamu.

Comme je suis une vieille anar un peu bas du bulbe, je me dis que bon, cette année, ce ne sont que les pauvres d’un quartier pauvre et musulman qui sont touchés, et que donc on s’en fout. Mais l’an dernier non plus, aucun expatrié, aucun bourgeois n’avait été touché par les 2 ou 3 grenades minables.

Alors ?

La réussite de tout plan d’évacuation ou de sécurisation de ressortissants/employés serait-elle tout bêtement assujettie à 200 % au secret le plus total ? En ce cas, ce pourrait être le pourquoi d’un tel silence.

Non ?

Ou bien ces élites diverses et variées seraient-elles pétries de la certitude niaisement béate de croire que l’un des Marchés les plus fleurissants du continent ne peut absolument pas rebasculer dans la violence ? Ou que taire les risques est le meilleur moyen de conjurer le sort ?

Ou bien tout le monde serait-il simplement con ?

Et, quand si les élections, ou plutôt les post-élections, ne se déroulent pas dans un climat serein et idéalement démocratique, quelques gros pontes expatriés témoigneront-ils de leur surprise, ou bien au contraire de leur Savoir Immense qui leur avait fait prévoir le truc, ou bien encore nieront-ils minimiseront-ils juste les faits ?

Notons tout de même que le degré d’inquiétude des uns (le conglomérat expatrié) est inversement proportionnel à celui des analystes et medias politiques.

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