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De l’art de faire plier la réalité au marché, cours magistral 1

Posted in Act up!, Mensonges et plus si affinités, XX et XY with tags , , , , , , , , , on 10 janvier 2011 by violemmenthumaine

 

Me revoilà déjà. Ma colère de geek dopé-aux-pixels s’est calmée, et comme à mon grand regret je n’ai pas encore reçu aucune des réponses que j’attends de plus en plus fébrilement (pour celles et ceux qui suivent ça concerne principalement l’assoce avec qui je bosse, au final, comme d’hab, bénévolement puisque les contrats d’aide à l’embauche/CAE/CUI n’existent plus, dans l’espoir fou de réussir à vendre les projets demandés et donc à me faire salarier ou au moins payer. Youpie.et puis mes autres projets bizarres aussi, où j’attends….. des trucs), je vais donc me remettre à l’ouvrage ici et maintenant.

 

Il est très facile de m’énerver tu l’as sans doute déjà remarqué ô Inconnue/u.

 

Le dernier truc en date m’a vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup escagassée. Tellement que, comme d’hab, j’ai passé un temps certain à contempler Il s’agit d’un article paru dans le Dailymail, un des plus gros quotidiens anglais. Vous pouvez y accéder ICI.

 

Bon, avant que d’aller plus loin, je présente mes excuses à l’avance à la dame si sa recherche a été, comme tant de chercheurs en sciences humaines, trahie/abêtie/détournée par la journaliste et que l’article en question ne reflétait pas, en fait, son analyse, que, je dois reconnaître, je n’ai pas lue hein.

Ça, c’est fait.

Alors, cet article qui résume un travail de recherche, il dit quoi ?

Pour ceusses qui ont la flemme et pour ceux qui sont français et donc des pines d’huitre en langues ne parlent pas anglais, je m’en vais te faire là tout de suite un petit résumé de la chose.

Voilà, y’a une nana qui est chercheuse en économie. (n’oublie pas sa discipline jeune padawan, ça te permettra de mieux sentir le fond du truc).

Comme toute chercheuse elle s’est penchée pour seule motivation la soumission au Capital la recherche de Savoir et la meilleure compréhension de l’humain, avide de découvrir scientifiquement ce qui est le désir profond de chaque femme. Ce sans aucune idée préconçue et aucune conclusion pré-écrite bien sûr.

 

Alors, on peut résumer le truc ainsi.

LES DONNEES

= ce qui est VRAI, constatable, mesurable, vérifiable, à partir desquelles la chercheuse a tiré ses conclusions.

Les femmes anglaises et espagnoles (mais les tendances sont les mêmes dans le reste de l’Europe et l’Australie), sont mariées pour 38% d’entre elles au Prince charmant/à Greg le millionnaire, en fait, plus vaguement à un homme « financially successful » et plus précisément, à un homme « who earn more than themselves » = qui gagne plus qu’elles-mêmes.

 

Ce, à un degré supérieur à ce qui se passait dans les années 40 (où là, dixit le rapport/la recherche et l’article, ces mariages hypergames –et vlan ! je me lâche en jargon anthropo et perd au passage 80% de mes lecteurs. Bon, mariage hypergames = un mariage où la femme occupe le statut social le plus bas-  ne représentaient que 20% des femmes), « malgré des années de campagne pour l’égalité entre les sexes ».

Ça ce sont les faits, et ni moi ni personne ne pouvons, à moins que la chercheuse en question ait fait de la merde et mérite autant le nom de chercheuse que moi celui de sosie de Grâce Jones, le nier.

A la question de savoir le pourquoi de la chose, la chercheuse comme la journaliste expliquent sans sourciller visiblement l’ombre d’une seconde que, c’est parce que

l’analyse

1)      « The idea of most women wanting to be financially independent is a myth” = l’idée selon laquelle les femmes veulent leur indépendance financière est un mythe.

2)    Les femmes DESIRENT être femme au foyer même si :

3)      La plupart n’osent pas avouer et reconnaître cet état de fait car le discours majoritaire le dévalorise. : « It is so politically incorrect to admit it ».

En conséquence de quoi (sic), il est « normal que les femmes gagnent moins que les hommes à statut égal », et  si « men dominate the top positions » = les hauts postes sont avec une majorité écrasant tenus par des hommes, c’est « because women simply do not want careers in business » = parce que les femmes ne veulent simplement pas faire carrière.

Attends attends c’est pas fini !

Le truc tu vois (je te vois t’agiter là minette, tss tss, écoute la voix de la sagesse on te dit. Chuuuuut !), c’est que nous les femmes on ne veut pas « faire la balance entre carrière et vie de famille », on veut juste la vie de famille tu vois.

D’ailleurs les « women today have more choices than men, including real choices between a focus on family work and/or paid employment” = les femmes aujourd’hui ont PLUS DE CHOIX que les hommes, y compris de choix entre une vie centrée sur la « travail familial » (wtf ?) et/ou un travail rémunéré.


Même que, en fait, les politiques visant à aplanir les salaires hommes/femmes, c’est du caca, c’est « rest on faulty assumptions and dated evidence. The latest research shows that most of the theories and ideas built up around gender equality in the last few decades are wrong” construit sur de fausses hypotheses et des preuves obsolètes? Les dernières recherches montrent que la plupart des théories et des idées construites autour de l’égalité des genres dans les dernières décennies sont fausses”.

En fait, CQFD, « contrairement aux affirmations des féministes, la vérité c’est que les hommes et les femmes ont pour la plupart des aspirations différentes en matière de carrières, de priorités de projets de vie. »

 

Bon.

Voilà.

Ah, n’oublions pas –quand même- le seul truc objectif et réellement analytique de l’article, qui explique que les politiques augmentant les privilèges des femmes pour les congés maternités aboutissent au contraire de leurs objectifs, soit à une augmentation de la discrimination des femmes dans les entreprises parce que les patrons s’inquiètent de leur projets de maternité et des congés afférents.

 

De la démarche scientifique


Je pourrais me lâcher et jouer ma  « féministe hystérique » (association fatale et semblant pourtant si naturelle, comme si on ne pouvait défendre les droits des femmes sans entrer dans un tableau de psychopathologie clinique).

 

Je pourrais parler de moi, de combien cette situation de dépendance financière d’avec mon barbu me rend folle et me fait sentir une merde, de combien justement le fait d’être socialement réduite au rôle de Mère (avec majuscule et tu comprends en fait j’ai de la chance et tout et tout) me rend malade dans tous les sens du terme, de combien je souffre de mon absence de carrière et combien je trouve injuste la différence de traitement entre moi et mon barbu à stade égal pour la seule raison que je suis femme et lui homme.

 

Mais non, ça n’aurait que peu d’intérêt, et à vrai dire, ça serait également peu scientifique, peu « vrai » même si profondément réel.

Je veux juste souligner quelques traits, histoire de….

1)      Du contexte de la recherche « scientifique »

Bien sur, le fait que cette « recherche », publiée d’ailleurs non sous la forme habituelle d’une recherche (thèse, bouquin) mais sous celle d’un « rapport », sorte au moment où l’Union Européenne songe à allonger le congé maternité et à l’uniformiser dans tous les pays de la CEE, ainsi qu’au moment où un député anglais fait une proposition de loi aboutissant à  la contrainte légale d’une égalité des salaires hommes/femmes, c’est une pure coïncidence et je suis certaine qu’aucune entreprise avec une dynamique sexiste ne finance le think tank originaire de l’étude.

2)      De la représentativité des données collectées


Je rappelle que les conclusions du rapport portent sur « les femmes », voire même « les aspirations/désirs des femmes ». On ne parle pourtant dans l’article que des femmes mariées. Je sais pas moi, je n’ai pas accès aux données démographiques anglaises, ni n’ai fait de recherches sur la question sur celles de la France, mais…… Quel est le pourcentage de femmes mariées parmi la population féminine adulte ? Et parmi la population féminine en couple ?

Moi, on m’a appris que ce genre de choix de population ce n’était pas représentatif, et que cela s’appelait biaiser les données. Mais en même temps moi je ne suis pas chercheuse à la London Academy of Economics et ne suis pas financé par le plus gros think tank de politiques gouvernementale anglais.

3)      De l’oubli (volontaire ?) des données allant dans le sens contraire des conclusions

Rappelons les deux périodes mises en comparaison : les années 40 et aujourd’hui.

Durant les années 40 il y a eu 1° la guerre et 2° la reconstruction post-guerre mondiale, soit le plein emploi absolu, avec emploi de presque toute la population féminine.

Aujourd’hui le chômage est une réalité pour tous les pays du monde ou presque.

 

4)      Du retournement des analyses contradictoires en une phrase péremptoire

« Sex differences are treated as self-evident proof of widespread sex discrimination and sex-role stereotyping rather than the result of personal choices and preferences”. =

Les différences [de statut, enfin j’espère que la dame sous-entend la chose] entre les sexes sont traitées comme des preuves indéniables d’une discrimination sexuelle généralisée et une caricature stéréotypée des rôles sexués plutôt que le résultat de choix personnels et de préférences. »

Certes. Le problème, c’est que la phrase peut rigoureusement être inversée, en tous cas c’est que les tenants –et tenantes- de la femme à la maison-qui-s’occupe-des-mioches-et-fait-la-cuisine-et-le-ménage-tandis-que-tarzan-ramène-les-picaillons-à-la-force-de-ses-biceps-et-de-ses-neurones-supérieurement-développés ont toujours expliqué.

Aucune preuve. Aucune  analyse pour légitimer cet ensemble d’affirmations.

5)      Du « désir » féminin

En fait, tout repose sur… sur quoi ?

La chercheuse est économiste n’est-ce pas ? En quoi a-t-elle plus de légitimité qu’un boulanger, une informaticienne ou un champion de tennis pour espérer pouvoir analyser les désirs d’une population ?

Est-elle psy ? Sociologue ? Anthropologue ?

 

A-t-elle pris le temps d’observer ces femmes dans leur vie, dans leur interelation aux autres, a-t-elle eu de longs entretiens ouverts et contradictoires, a-t-elle confronté leurs déclarations à elles-mêmes, à celles des autres, aux pratiques de ces femmes ?

Comment a-t-elle eu accès à ces « désirs » féminins si enfouis que, elle-même le dit, les femmes ne le disent jamais, pas même à leur conjoint et si rarement à elles-mêmes ?

Elle a une boule de cristal en liaison directe avec « la » psyché féminine ?

D’ailleurs, pour terminer mesquinement comme tout un chacun ou presque : dîtes donc, qu’est-ce qu’elle fait à faire des « recherches » en économie la dadame ? Et la journaliste ? Allez, oust, à la maison, allez torcher vos mômes et faire des ourlets aux napperons. Êtes-vous réellement des femmes, mesdames, à vous obstiner à être chercheuse et journaliste ? Soyez un peu cohérentes avec vos délires merde!

Tout ça pour dire que, si là presque tout le monde peut voir où la démarche n’a pas grand-chose de scientifique, ce n’est pas forcément le cas pour la plupart des « études » dont les media, et plus spécialement les portails de news sur le web, font la promotion via des résumés-minute de recherches faisant des centaines de pages.  Et pourtant il en de même pour nombre d’entre elles. Il en est ainsi par exemple de celle sur le « retard » des personnes nées au mois de Décembre (tout enseignant saura de quoi je veux parler et se sera énervé à la vue de ces encarts)….

Plus la recherche en sciences humaines sera « sponsorisée » et plus on arrivera à de tels n’importe nawak : les chercheurs ne servent pas à « trouver » et surtout pas à comprendre, mais à servir de caution pour manipuler.

Mais c’est pas grave je suppose.

 

D’ailleurs, comme je suis une femme je m’en vais me détourner de cet objet de Satan qu’est ce Pc pour aller faire l’unique chose à laquelle j’aspire puisque je n’ai ni bite ni couilles et si peu de testostérone : les courses.

Olé !

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