Archive pour zimbabwe

l’Hyper-Inflation comme si tu y étais

Posted in Big A(frica), Hors case with tags , , , , , , , , , on 30 septembre 2014 by violemmenthumaine

Salut mon Inconnnue/u préférée/é !

Aujourd’hui, cours d’histoire économique.

Enfin, non, pas vraiment, anyway ce n’est pas là l’objectif.

L’objectif est plutôt d’essayer de rendre significatif, concret, de traduire un grand « concept » dans la réalité de tout le monde, dans la vie quotidienne.

Tu vois, quand on te raconte, par des cours, des essais, des films, des news, des livres, des articles, l’histoire avec un grand H (et l’économie) ? La guerre, l’esclavage, les camps nazis, ce genre de trucs ? Qu’est-ce que ça implique au jour le jour, dans les décisions et les pratiques les plus banales ? Si tu es pauvre, si tu es Noir aux USA en 1935 ou dans tellement de pays dont la France encore aujourd’hui, que cela impliquera-t-il quand tu iras acheter ton pain, quand tu auras mal à la gorge ou que ton linge aura déteint ?

C’est exactement ce que j’ai envie de faire ici là maintenant au sujet de l’hyper inflation, celle que subît le Zimbabwe dans la deuxième moitié des années 2000.

Peut-être parce que je ne m’en suis toujours pas remise des années après.

Pas de cours d’économie, pas de présentation des causes du phénomène (ce d’autant plus que la plupart des analystes économiques se mono-focalisent sur une écriture de l’histoire bien bien « Blanc souverainiste » biaisée qui, bien qu’elle ne soit pas fausse, oblitère totalement des pans entiers de la réalité et reflète surtout la survivance d’un racisme nauséabond.)

Juste une petite illustration de ce que veut dire l’hyper-inflation au jour le jour, rien de plus.

HYPER 

                                      

INFLATION

La définition ne nous apporte aucune révélation fracassante hein : l’hyper inflation, c’est quand l’inflation s’emballe hors de tout contrôle.

Ce n’est pas arrivé très souvent dans l’Histoire, mais vous en avez tous entendu parler au moins une fois pendant vos cours au collège au moment où l’on vous a parlé de la Crise de 29 et de comment l’Allemagne a douillé.

Perso, l’image de mon livre d’histoire d’alors qui illustrait l’inflation en Allemagne, un vieux à moustache de ouf en redingote devant une charrette de billets [une putain de CHARRETTE de billets !] dans la rue, m’avait stupéfiée.

Je trouvais ça presque drôle, un peu magique et sans beaucoup de sens. Comment ce Monsieur si digne et si bien habillé pouvait-il être « pauvre » avec tous ces billets ?

*****char

Ce n’est pas la photo dont je me souviens, mais ça s’en rapproche pas mal et c’est la plus proche de mes souvenirs dans tout ce que j’ai pu trouver on line.

Ce n’est pas la photo dont je me souviens, mais ça s’en rapproche pas mal et c’est la plus proche de mes souvenirs dans tout ce que j’ai pu trouver on line.

rette****

Je ne savais pas que je vivrai un jour de l’intérieur la même chose que ce digne bourgeois moustachu des années 30 pendant quelques mois.

L’inflation qui ravagea le Zimbabwe  entre 2006 et 2009 est après la Hongrie le pire épisode d’hyper-inflation de l’histoire de l’humanité à ce jour.

J’ai vécu au Zimbabwe en 2007. Ce qui signifie, malgré le chaos dont j’ai été témoin, que ce que j’ai vu n’est même pas le pire de ce qu’ont vécu les femmes et les hommes zimbabwéennes/ns.

En effet, quand je suis arrivée, le dollar US ne valait encore « que » 300.000 dollars zimbabwéens, et « que » 1.200.000 quand je suis partie.

En 2008, les prix ont continué à doubler… tous les jours.

***infla

inflations

tions***

Maïdé maïdé, Alpha Tango à Tango Charlie, votre communication est arrivée avec friture, pouvez-vous répéter ?

Tango Charlie à Alpha Tango : Les prix doublaient tous les jours. Je répète : les prix, tous les prix, doublaient tous les jours. …. ; Allo allo ? Alpha Tango ?????

***gif QG arm

QG armee hallucine

ee hallucine***

Ouais.

Cette Absurdie a continué jusqu’en 2009.

Le 16 Janvier, le gouvernement édita son dernier nouveau billet en dollar zimbabwéen : celui avec un 1 et 14 ZEROS derrière.

Un billet, donc, de cent mille milliards.
**** 10.000.millia

million de milliard zim

rd dollars****

Avec des nombres de cet ordre, déjà de manière générale et à moins d’être astronome, géologue ou physicien moléculaire, on est déjà un peu largué.

Mais réalise que là, c’est toi qui utilises ces nombres tous les jours. Des nombres incroyablement élevés, tellement qu’à moins d’être Bill Gates tu n’achèteras jamais, en France et à la vérité dans la plupart des pays du monde, quoi que ce soit dont le prix atteigne le montant égal du plus petit billet de banque en dollars zimbabwéens nécessaire a minima à la fin de 2008.

Fin janvier 2009, le gouvernement abandonnait sa monnaie.  Malgré les assurances officielles que cela n’était que temporaire, la monnaie du Zimbabwe est encore aujourd’hui le dollar américain.

Néanmoins, l’abandon du dollar zimbabwéen pour le dollar américain a mis fin à l’inflation. Il y a même eu « baisse des prix » depuis.

Mais, du jour au lendemain, la majorité des zimbabwéennes et zimbabwéens se sont retrouvés avec des milliards qui ne valaient plus rien.
*****Starving mil

lionnaire****

Retour en 2007.

Qu’est-ce que ça veut dire au jour le jour de vivre dans un pays où l’inflation est de 22% par jour ?

Des baignoires de flouze

Cela veut dire, très simplement, que vous payez un avocat 1 million de dollars.

***ex prix

ou bien qu’il vous faut 100 millions de millions de dollars pour acheter 3 œufs. Source http://evilnitsuj.wordpress.com/2010/12/31/zimbabwean-dollar/

Ou bien qu’il vous faut 100 millions de millions de dollars pour acheter 3 œufs. Source

d’achat***

Assez logiquement, cela veut dire que, quelque soit la nature de tes achats, tu te trimballes avec des MONTAGNES d’argent. Au sens propre du terme.

Par exemple, quand j’allais faire les courses au supermarché, je partais avec mon sac à dos rempli à ras bord, bourré au maximum de liasses de billets. Il fallait une valise de billets pour dîner au restau.

*** restau

restau zim

Oui oui, c’était bien comme ça. Source

Zim***

Forcément, ça change ton rapport à l’argent.

La première fois où, en soirée, tu vois un mec allumer son cigare (production locale. En fait, à l’époque en tous cas, le Zimbabwe était le premier pays producteur au monde de tabac) avec un billet de 500.000, tu manques t’étouffer dans ton verre.

 

Les premiers jours, devant les amas de billets, tu as l’impression d’être Tony Montana.
*** sca

scarface

L’administratrice quand elle devait payer le staff -y compris nous- tous les 2 ou 3 jours.

rface***

Puis, au bout d’une ou deux semaines, après avoir rempli ta baignoire de billets de banque et jamais fait tes courses sans qu’il te manque au final deux ou trois millions comme tout le monde, on te dit billet et tu penses à ça :

**** Robes

en thune

Ou encore à ça:
**** pyramide

L’Allemagne durant la crise des années 30, encore...

L’Allemagne durant la crise des années 30, encore…

de billets**** .

Et puis surtout, à ça :

****pou

belle****
Tu ne te sens plus coupable parce que tu n’as pas à l’être : tout le monde, même les enfants des rues, fait comme toi : j’ai vu des feux lancés avec des liasses de billets par des gens pieds nus et habillés de loques, des trous dans les murs colmatés avec des billets….

*** thune

Bin quoi ? Je n’ai pas pris de photos à l’époque, donc rebelote avec l’Allemagne des années 30, mais en l’occurrence c’est du pareil au même.

Bin quoi ? Je n’ai pas pris de photos à l’époque, donc rebelote avec l’Allemagne des années 30, mais en l’occurrence c’est du pareil au même.

ordure***

Et tu voyais des trucs comme ça tous les jours:

*** pq

only****

Mais il n’y avait pas que cet aspect des choses qui rendait la vie au quotidien un tantinet surréaliste et al chouïa stressante.

Serial Etiqueteur

Je n’avais jamais pensé à une conséquence pourtant criante d’un doublement des prix quotidien: l’étiquetage des produits mis en vente devenait obsolète en moins d’une journée.

En conséquence de quoi, tous les supermarchés avaient engagé du personnel supplémentaire dont la seule et unique tâche était d’écrire et/ou de coller les étiquettes au prix actuel sur tous les produits des rayons.

On faisait ses courses de base au milieu d’un ballet d’hommes et de femmes en uniforme (souvent des blouses en toile de bleu de travail) dont le bras virevoltait sans cesse, le regard concentré et les sourcils froncés sur leur calculatrice, le doigt crispé sur leur crayon.

Files d’attente comme en 40

Vivre au jour le jour dans un pays où l’inflation est de 22% par jour veut aussi dire que la question de savoir si tu réussiras à avoir à becqueter aujourd’hui et demain perd définitivement tout aspect rhétorique.

Cela s’est passé ainsi à chaque épisode d’hyperinflation dans l’Histoire, mais, dans mon esprit inculte en tous cas, les files d’attente pour de la nourriture, les magasins vides, c’était associé à la guerre. L’association d’idées étant profondément ancrée dans mon esprit, le vivre, ce dans un pays en paix et qui était 10 ans avant considéré comme le grenier de l’Afrique, était super déstabilisant.

Encore une fois, ça veut dire quoi ?

Cela veut dire que si tu veux acheter de la farine, du sucre ou du pain, tu fais la queue.

*** qu

Comme ça. ..... sauf qu'à la vérité....

Comme ça. ….. sauf qu’à la vérité….

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A la vérité cette file d’attente est ridiculement petite.

A la vérité cette file d’attente est ridiculement petite.

+ queue 2****

Le dernier mois que j’ai passé à Hararé (la capitale du Zimbabwe), les queues en centre ville mesuraient ….. 1 km en moyenne. Un KILOMETRE !!!!!!!!!!

Qui dit queue dit, étonnamment rarement, fight. Quand tu attends sagement ton quignon pendant une heure et demi, qu’il ne te reste plus que 3 personnes devant toi et que là on te dit « il n’y a plus rien revenez demain », forcément, parfois les gens s’énervent.

Pas comme le *¤# de consumériste qui vitupère parce qu’il a raté son Prada en soldes ou le dernier Itruc ultra tendance et ultra pollueur, mais comme le type qui n’a plus rien à bouffer dans ses placards. Pas la même donne tu vois.

Et pourtant, en 4 mois je n’ai vu d’émeute qu’une putain de seule fois. [Respect et totale incompréhension pour ces hommes, ces femmes, qui n’ont pas, ni à ce moment ni plus tard (quand les délires de Robert ont directement causé une épidémie de choléra qui ravagea le pays, ou quand le même Robert dit –va te faire foutre- aux résultats des urnes, et, plus tard, à son vice-président d’opposition) donné la parole à la violence.]

Jeu De Rôle Grandeur Nature « Ville Fantôme dans les rayons »

Queue ou pas queue, encore faut-il qu’il y ait un truc à se procurer au final. L’ensemble des supermarchés n’étaient plus régulièrement approvisionné.

Durant le temps que j’y ai passé, le paroxysme du syndrome rayons de supermarchés désertiques a été atteint quand R. a gentiment envoyé à son seul pote hors Zimbabwe, la Chine, la quasi-totalité de la production animale du pays (viande, mais aussi œufs et produits laitiers). A ce moment là, joint aux problèmes réguliers de réapprovisionnement, les supermarchés étaient parfois vides à plus de 90%.

***Zi

m 1****
**** zi

m

2**

Ethologie de la fourmi en matière de stocks alimentaires : marathons et sprints stratégiques

Une fois que tu as bien tout ça en tête, tu devines qu’avoir de quoi bouffer chaque jour relève un peu du challenge.

Le serial étiquetage permanent et les flottements dans l’achalandage des rayons te transforment en athlète : tu fais un repérage express entre les deux ou trois grandes surfaces que tu peux dévaliser dans les mêmes 30 mn avant de choisir la moins chère, tu cours pour acheter les trucs qui ne sont pas encore ré-étiquetés, tu épluches ceux qui le sont pour être sur de ne pas passer à côté de celui qui a été oublié par le serial étiqueteur.

En cas d’aubaine comme une arrivée de farine, de café, de sucre, tu achètes, oui même toi qui ne dévalises pas la moitié du stock comme une bonne moitiée des gens, qui font les courses avec des chariots de manutentionnaires, même toi tu achètes en double. De retour chez toi tu verras si tu peux échanger le deuxième sac contre un truc que tu n’auras pas trouvé.

De toute façon, tu stockes au maximum.

Et évidemment, tu ne changes pas ton salaire de dollars US en une seule fois, mais tu l’échelonnes au max, 4 à 5 fois par semaine, histoire de ne pas te retrouver à ne pouvoir acheter qu’un paquet de clopes et une bouteille d’eau avec le reste de ton revenu mensuel 4 jours plus tard.

Tu deviens rapidement très scrupuleuse/x à suivre ces stratégies car ce sont les seuls éléments qui te permettent de maîtriser même un petit peu ce grand foutoir.

Mais même malgré ça, tu sais que tu ne repartiras jamais ni avec tout ce que tu avais mis sur ta liste, ni avec tout ce que tu avais mis dans ton caddy.

Voilà ce que cela signifie, au quotidien, de vivre l’hyperinflation.

………

Voilà ce que cela signifiait quand on appartient, comme c’était mon cas de Blanche expatriée en couple avec un homme travaillant pour une grande ONG internationale, (donc payé 1) décemment 2) au taux réel 3)en dollars américains), à la classe moyenne confortable.

Une personne qui n’avait pas à incorporer les transports dans son budget, , ce qui lui permettait de traverser la ville et d’aller chercher la viande à la source, soit l’abattoir de la ville et les usines de fabrication de pain et de lard and co, en plein dans la zone industrielle après le plus gros bidonville d’Hararé….

Je ne suis jamais parvenue à comprendre comment les masses urbaines de petite classe moyenne et en dessous ont survécu, comment ils ont fait au quotidien, et encore moins comment la population a pu rester calme et… réélire Robert Mugabe. (2 fois déjà depuis).

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Annie (Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments 3)

Posted in Big A(frica), Des humains supra chouettes, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , on 22 septembre 2014 by violemmenthumaine

 

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve, après Djibéou et Floribert, avec

Annie

Zimbabwe. Harare.

J’ai 30 ans, je suis « dépendante », c’est-à-dire que je suis la « compagne inutile du » Barbu, qui bosse pour les Chevaliers Blancs. Je suis là avec mon gnome, et ce sagouin va déjà à l’école. Je suis donc seule à la maison de 7h du mat au milieu de l’après-midi.

Comme nous sommes en famille, nous n’habitons pas avec les autres dans une des deux maisons communautaires (grosse mission) mais, comme deux autres familles (rarissime), rien que nous dans un appartement et quand nous arrivons, il y a déjà une bonne attitrée rien que pour nous.

Annie a la soixantaine, même si elle paraît bien 10 ans de plus. Elle est percluse de rhumatismes et ne voit plus grand-chose, mais elle est veuve sans enfants et n’a pas de famille ici : le salaire, toujours payé en dollars américains (et vue l’ « inflation » -à ce niveau là mon met des guillemets !- à l’époque, c’est un *%¤# d’avantage !!!) et la couverture santé sont juste vitaux pour elle.

Bien évidemment, je ne lui dis pas d’aller se faire voir et que je veux être tranquille chez moi.

Au chômage et en manque certain de méga-patate, je dois donc me lever tous les jours à 6h 30 pour être décente et fraîche comme une rose quand Annie arrive, entre 7 et 8h moins le quart.

Annie…. C’est avec elle que je découvre que le « personnel de maison » peut être le pire des loups pour le « personnel de maison ». Elle était tanzanienne, figurez-vous : une des incarnations de la « pas de souche bien louche » au Zim’ si vous voulez. C’est donc « tout naturellement » que les autres femmes de ménage de la mission, toutes beaucoup plus jeunes qu’elle et en forme, avaient pris l’habitude de lui refiler toutes les corvées à la moindre embrouille : ainsi, quand la machine à laver de la maison x, que l’ensemble des femmes de ménage de la mission utilisait, est tombée en rade et que tout le rez-de-chaussée de la baraque a été inondé, c’est à Annie que l’une des femmes de ménage est venue commander de nettoyer… et de faire la lessive de toute la mission.

***gif yoda allu

-A peu près ma tronche quand j’ai entendu la greluche parler à Annie comme si elle était son esclave.

A peu près ma tronche quand j’ai entendu la greluche parler à Annie comme si elle était son esclave.

me son sabre ****

Ni une ni deux, faut que je fasse quelque chose…

Quoi ?

Je n’aurais jamais cru pouvoir prononcer un truc comme ça : « De qui Annie est-elle la bonne ? Moi. JE suis la patronne, et moi je lui ordonne de rester chez moi tous les jours et de faire le travail que je lui demande. C’est clair ou il faut que je l’en parle à l’admine ? ».

Encore moins que cela pût susciter des larmoiements de remerciements dans les yeux de la dite bonne et son indéfectible amitié.

écarquillés***

monde à l-envers
*** monde à l’envers****

-DE L’IMPORTANCE DU CONTEXTE QUOI-

Bloubiboulga de Couleurs de Sentiments

Posted in Big A(frica), Hors case, Kenya, Mensonges et plus si affinités with tags , , , , , , , on 21 septembre 2014 by violemmenthumaine

Yo bel/le Inconnu/e !

Le « personnel de maison » -comme on dit en politiquement correct- en Afrique. Cela fait longtemps que je pense à écrire un p’tit truc sur le sujet, mais j’hésitais plus qu’un peu car c’est particulièrement propice aux malentendus.

Quand tu dis/découvres que tu as une « bonne » là bas à quelqu’un en France, en gros, tu as au choix trois réactions :

1) « Ah je voiiiiiiiiiis, Mâdââaâme se la pète/est une grosse bourge//pétasse friquée ». (Euh, oui, d’un certain point de vue, enfin peut-être, mais en fait, non, mais de toute façon cela n’a RIEN A VOIR en l’occurrence)

2) « Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan, comment c’est trop une vie de rêve sérieux. » (ah ???)

3) « Salope de raciste/néocolonialiste/social traître ». (bin même si non enfin pas totalement, c’est exactement ce que je pense en valeur absolue du fait d’avoir des domestiques, en Afrique ou ailleurs d’ailleurs. Ça complique forcément les choses quand tu en « as » un/e, de domestique.)

Je ne vais donc pas prendre de risque en abordant le sujet et me cantonner à ce que je sais le mieux faire ici : raconter ma life et mes réactions, rien de plus.

Les « domestiques » n’existent plus pas en France et en Occident en général (ou alors dans des sphères tellement huppées/friquées/jet set qu’elles comptent pour du beurre) mais font encore partie intégrante du tissu social urbain de la plupart des pays d’Afrique noire, en tous les cas de la dizaine que je connais.

En France, ils représentaient encore presque 14% de la population active à la fin du XIXème siècle.
***p 174

Si vous regardez bien : les domestiques ne travaillaient pas que pour les grands bourgeois mais bien pour presque toutes les couches de la société et si on calcule, on s’aperçoit qu’en dehors  du secteur industriel et de celui de la force publique, entre 1 famille sur 10 et 1 famille sur 4 employaient au moins un/e domestique.

Si vous regardez bien : les domestiques ne travaillaient pas que pour les grands bourgeois mais bien pour presque toutes les couches de la société et si on calcule, on s’aperçoit qu’en dehors du secteur industriel et de celui de la force publique, entre 1 famille sur 10 et 1 famille sur 4 employaient au moins un/e domestique.

***

Cette catégorie socioprofessionnelle a presque entièrement disparu avec la première guerre mondiale, et on ne la connaît plus en Europe aujourd’hui que sous des représentations nostalgiques d’un passé exotique dans les films à la Ivory ou dans Downtown Abbey.
**capture vestige

Antony Hopkins dans Les vestiges du Jour d'Ivory. #admiration#respect

Antony Hopkins dans Les vestiges du Jour d’Ivory. #admiration#respect

s du jour***dowtown-abb

La joyeuse petite troupe des domestiques de Dowtown Abbey (12 hein quand même, c’est carrément une PME !)

La joyeuse petite troupe des domestiques de Dowtown Abbey (12 hein quand même, c’est carrément une PME !)

ey-servants **

En fait, aujourd’hui, à moins que tu ne t’appelles Kardashian ou le Prince Harry, tu n’as pas de « domestique » : quelqu’un qui, lundi mardi mercredi jeudi vendredi, et (mais jamais quand il s’agit d’ONG internationales) souvent samedi et parfois même le dimanche aussi, arrive chez toi très tôt le matin pour ne repartir que le soir si ce n’est dort sur place, et fait ton ménage tes courses ta bouffe ta lessive ton repassage et tout le reste.

Non.

A l’extrême rigueur, tu auras peut-être une femme de ménage qui passera quelques heures chez toi une fois par semaine, et peut-être même pendant quelques années si besoin est une nourrice puis une baby-sitter, mais c’est tout et encore, ce n’est pas un passage obligé.

Alors qu’en milieu urbain au Burkina Faso, au Sénégal, en RDC, au Kenya, au Zimbabwe, au Gabon, en Ouganda et ailleurs, les domestiques sont omniprésents (et aussi aux Philippines, au Liban, en Inde ou au Mexique et yep, si je n’ai pas réussi à trouver un lien kawaï sur le sujet c’est peut-être bien parce que ça ne l’est pas, kawaï). C’est une estimation à vue de nez, mais je dirais que plus de 90% des expatriés emploient entre un et cinq « personnels de maison » sans compter le ou les gardiens: une bonne évidemment, une nounou pour 99% de celles (et ceux) qui ont un ou des mioches, un jardinier, un ou une cuisinière et un chauffeur.
Le plus souvent, la bonne se charge aussi des tâches de cuisine et des enfants.

Si vous avez vu (ou lu) La Couleur des Sentiments, vous voyez le tableau. Mais pas forcé de la jouer « bonnes noires vs patronnes blanches », ça peut se faire dans toutes les déclinaisons de couleur de peau côté patronnes.

Car, j’ai mis des années à le réaliser, tout le monde emploie des domestiques, pas seulement les Blancs-vilains-néocolons-racistes-et-pire-encore (mais ils existent ça pas de doute !).

En tous les cas, au début tout début (et puis encore longtemps après aussi), ça surprend, déstabilise et met pas top à l’aise.

Après non plus d’ailleurs en ce qui me concerne.

Juste, je vomis le concept côté domestiques (pas besoin d’explication, si ?) et je le refuse tout simplement côté patron.

Parce que j’ai envie d’être chez moi dans ma maison, pouvoir m’engueuler avec qui je veux comme je veux, déprimer ou exploser de rire ou jouir en hurlant quand je veux, traîner à oilpé ou baby doll ou tee-shirt dégueu plein de taches si je veux. Assez étrangement pour un humain vivant en 2014 et ayant un blog, j’affectionne vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup le concept de vie privée (genre je ne parle jamais plus de 2 mn au portable si je suis dans un lieu public par exemple). C’est un truc qui m’a toujours fait halluciner de voir, et pas seulement dans Downtown Abbey, combien les « patrons/nes » qui emploient des domestiques ne semblent pas réaliser et en tous cas se soucier de jouer Secret Story irl dans leur propre maison.

Mais parfois, souvent, on n’a pas le choix : le/la domestique est déjà là.

Cela veut dire qu’il y a quelqu’un qui est chez toi tous les jours, que tu sois absent/e ou sur place, seul/e ou pas, désœuvré/e ou surbooké/e. Ce quelqu’un n’est pas ton ami/e, il/elle n’est pas avec toi chez toi parce qu’il/elle t’aime bien mais parce que c’est son travail et qu’il/elle est payé/e pour cela, même si pas forcément par toi.

Perso, je n’ai jamais été pote avec mes employeurs chez qui je faisais le ménage, et l’eussè-je voulu que ce n’était très clairement pas envisageable au programme. De manière générale, je sais combien tenir des postes peu ou pas qualifiés peut faire subir de situations d’humiliation et quelle est la dose de violence symbolique quotidienne que l’on affronte quand on est personnel considéré comme peu qualifié. En ce qui me concerne, je parle et me conduis de la même manière avec tout le monde quelque soient les circonstances, ce qui a tendance à la fois à me faire haïr de tout plein de monde et me faire des potes chez les clochards et les caissières.

Mais ce n’est pas forcément ultra pertinent dans les relations quotidiennes avec la personne qui est domestique chez toi. Il peut y avoir comme un abîme de mécompréhension on va dire…

Les expériences qui passent ne m’ont toujours pas donné le truc pour le vivre à la cool et me démêler de l’imbroglio relationnel qui va avec.

La preuve avec Djibéou au Burkina, Floribert et les mecs, Monsieur Philippe et Florence en RDC, Annie au Zimbabwe et Doris au Kenya, un post pour chacun.

C’est la Fêêêêêêêêêêête…..

Posted in Des humains supra chouettes, Hors case, XX et XY with tags , , , , , , on 8 mars 2011 by violemmenthumaine

 

 

Salut mes Inconnus/ues préférés/es !!!

 

Aujourd’hui comme toute la semaine dernière et pour encore un bon moment (chic chouette patacouette) j’ai la tête dans tout plein de choses diverses et variées, et pas plus le temps que ça de me mettre à mon clavier.

 

Seulement, aujourd’hui ce n’est pas  seulement le jour de mes tests afpa, aujourd’hui il paraît que c’est la Fête de la Femme.

Comme je n’ai pas le temps, je ne me lancerai pas dans un match à la con pour/contre bourré d’arguments bidon et de mauvaise foi,

je ne rendrai pas hommage aux Hommes ni à « La » Femme qui n’existe pas,

je ne parlerai pas non plus de ma Fête de la Femme congolaise,

ni de celle de l’an dernier où j’ai passé la nuit au poste sous les humiliations des schtroumpfs après avoir passé la journée à me faire insulter par les juristes et militants associatifs luttant contre les violences faites aux femmes.

Je ne parlerai pas non plus du recul hallucinant qui plane sur le droit des femmes à disposer de leur corps et combien mon dernier passage à Saint Michel au beau milieu des « pro-vie » ânonnant des cantiques en latin (si si) avec mon gnome m’a foutu la gerbe,

ni même ne pondrai un billet mode d’emploi pour toutes les gisquettes en prévision de la prochaine agression qu’elles auront à affronter avec exemples divers et personnels à l’appui.

 

Non.

 

Je me contenterai de recopier le texte que j’avais écrit dans le cadre des cours de chishona que j’ai suivi lorsque ma vie tumultueuse m’a menée jusqu’à Harare.

Entre tous les pays dont personne ou presque ne parle il en est un, le Zimbabwe, où l’apartheid saigne encore dans tous les esprits (vi vi, il n’y a pas eu que sa voisine l’Afrique du Sud, il y a eu aussi le Zimbabwe, qui s’appelait alors la Rhodésie du Sud).

C’est la dernière dictature maoïste du monde avec la Corée du Nord.

Son économie peut faire faire des cauchemars n’importe qui: c’est une expérience bizarre que d’aller faire ses courses avec 10 millions de dollars dans son sac à dos. ou de pouvoir prendre un bain de billets avec la somme nécessaire pour acheter un kg de farine et un kg de sucre.

La séropositivité de la population oscille entre 18 et 28%, et voyez-vous jamais personne là-bas ne dira cette contre-vérité de plus en plus répandue que « on le guérit maintenant le sida »……

On y parle comme partout ailleurs qu’en Europe quantité de langages, mais on peut grossièrement dire que la moitié nord du pays parle le chishona et la moitié sud le ndebele. (une langue à clic, juste un truc de ouf!)

J’ai eu la chance (ahhhhhhhhhhhhhhhhhh les avantages de ne pas travailler ma bonne dame….) de pouvoir non  seulement, comme à mon habitude, grappiller des infos linguistiques et progressivement baragouiner deux ou trois phrases, mais de pouvoir prendre des cours de shona. Collectivement d’abord, auprès de « l’alliance allemande », puis en cours particulier au domicile de ma prof, B.

Je suis devenue plus proche  d’elle que ce que tout zimbabwéen pensait visiblement possible entre un/e Blanc/he et un/e Noir/e  et elle fut ma bulle d’oxygène dans cet univers si cloisonné….

Elle me proposa quelques jours avant que je ne doive quitter le pays de montrer si j’avais bien tout assimilé de mes leçons en écrivant «  un texte qui parle de nous ».

 

Alors j’ai écrit ça :

 

Nolakatandara pano ne panze,

Je me suis assise ici et ailleurs et j’ai écouté,

Uye pano ne panze nguwa dzose.

Et ici et ailleurs c’est la même chose.


Varume vanotonga vakadzi uye vakadzi vanotongwa ne varume.

Les hommes dominent les femmes et les femmes sont dirigées par les hommes.


Asi….

Mais…..


Asi chinhu chisingafanirwi kukanganwa ne vakadzi, kuti….

Mais il est une chose que les femmes ne devraient pas oublier, et c’est….

 

Mukadzi ndi amai we murume.

La femme est la mère de l’homme.

Mukadzi anobika, uye kubika kunobata mhuri.

La femme cuisine, et cuisiner unit la famille.

Uye chikafu murume anoda mukadzi kuti asafe.

Et par la nourriture, l’homme a besoin de la femme pour ne pas mourir.

 

Mukadzi anozvara.

La femme donne vie.

Uye ne vana murume anoda mukadzi kuri asafe.

Et par les enfants l’homme a besoin de la femme pour ne pas mourir.

 

Mukadzi anopa chinhu chake ku murume chinhu chake.

La femme donne sa chose à celle de l’homme.

Uye ne usiku murume anoda mukadzi kuti ave murume chaiye.

Et par la nuit l’homme a besoin de la femme pour devenir véritablement un homme.

 

Uye varume vanotonga vakadzi ?

Et les hommes dirigeraient les femmes ?

Maiwee-ee ! Jakayoma !

Mon Dieu, on croît rêver !

 

Icho, chokwadi varume vanotandanisa vakadzi, uye vangadonha kana vakadzi vava vavasiya.

La vérité vraie, c’est que les hommes courent après les femmes et qu’ils s’effondreraient si les femmes les quittaient.

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B. l’avait lu, elle avait ri. Elle m’avait prise dans ses bras et quand elle s’était reculée elle avait les larmes aux yeux. Elle m’avait dit que mon shona était devenu excellent (souvenirs souvenirs), soupiré, secoué la tête et déclaré (* le Zimbabwe est anglophone):

« Hum, You’re so so strange mama’, your skin is just liar! You are shona! Right now you took my …. You feel the female breath and plays with it in our own game!”

 

 

Je crois que c'est la Meuf de CLG qui a bidouillé cette image.

 

PS: Moi pas prendre à mon compte patati patzta. Moi seulement dire « recul », « écouter », « autres perspectives ».

 

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